samedi 9 juin 2018

Le changement se fait dans la rue, pas sur internet

Bonjour !

En discutant avec Tinhy du blog Ta Pote Reloue suite à l'un de ses articles, j'ai eu comme une impression étrange. Ce n'était peut-être qu'une impression due à mon esprit très tatillon sur la question du juste-milieu et du militantisme (disons que chez moi la marge est faible entre le raisonnable et le déraisonnable dans une opinion) mais c'est quand même mon impression ; qui m'a amenée à une réflexion sur le statut de victime ou plutôt comment réagir face à ce qui peut nous faire ou non sentir victime.

L'on ne considère pas tous la même chose comme étant une agression. Comme on est sur le thème du féminisme et du "droit à la rue" je vais puiser mes exemples là-dedans : à l'image de beaucoup de femmes j'ai déjà eu droit à des réflexions tandis que je marchais, mais je ne les considère pas toutes comme des agressions. Certaines sont de simple "bonjour" qui agacent mais ne sont pas méchants, d'autres des compliments jetés à la volée, d'autres appuyés de regards qui m'ont mise vraiment mal à l'aise : voilà donc en gros les trois catégories que je distingue. À partir du moment où je passe du stade "agacée" pour le stade "mal à l'aise" on est dans l'agression. Du moins est-ce mon barème (et je le partage avec vous pour pouvoir comparer mais aussi parce que cela peut avoir son importance pour l'article). Donc, nous ne considérons pas tous la même chose comme étant une agression et nous n'avons pas tous peur de la même chose, et la peur elle-même peut être relativisée (sur la peur, je vous renvoie à mon article sur les marches exploratoires (sous-partie "mon sentiment de la ville a-t-il changé ?")).

Étant donné que nous ne sommes pas tous intimidés par les mêmes choses, et que nous n'avons pas tous le même caractère, évidemment, nous ne réagissons pas tous de la même manière à l'objet de notre sentiment d'intimidation. C'est pourtant sur cette réaction que je voudrais lancer une réflexion.

Au cours de la discussion que nous avons eu avec Tinhy, elle me disait que le thème du "manspreading" ou cette tendance des hommes a écarter ostensiblement les jambes lorsqu'ils sont assis dans les transports en commun avait été véritablement relayée à partir du moment où des photos avaient été publiées sur les réseaux sociaux montrant des hommes continuant d'écarter les jambes tandis qu'à côté d'eux se trouvaient une femme qui, elle, se faisait toute petite. Et elle me disait combien il n'était pas normal qu'ils ne se rendent pas compte, qu'ils n'aient pas conscience que ça dérange, et que ce n'était pas aux femmes de s'imposer mais à eux de faire attention.

Alors... bon déjà, argument qui va sans doute m'attirer des critiques mais ce n'est pas grave, nous avons beau être civilisés nous n'en restons pas moins des animaux, or, à ma connaissance, les plus forts ne courbent pas l'échine devant les plus petits. Nous avons un gros cerveau, certes, mais une partie de ce cerveau est reptilien et basique : il faut lui parler simplement (et donc oser se manifester (sans leur taper dessus, on est quand même civilisés)). Mais, surtout, avant que vous ne me lanciez de gros cailloux, le "vrai" argument c'est que : ils ne peuvent pas se rendre compte si on ne le leur dit pas.

Et je ne parle pas de leur dire sur les réseaux sociaux.

Voilà. Nous sommes au point de ma réflexion.

Cette impression étrange que j'ai eu au cours de ma discussion avec Tinhy c'est celle-là : l'image de femmes qui prennent bien soin de fermer leur clapet pour ensuite aller tout cracher sur les réseaux sociaux et l'Internet mondial (oui, je caricature). Or, nous sommes des animaux, pas des machines : nous sommes pourvus de moyens biologiques de communication. Moyens de communication qui fonctionnent bien mieux que toutes nos technologies...

Bien sûr, que les hommes ne se rendent pas compte, si on ne le leur dit pas. Le dire sur les réseaux sociaux, sur les blogs, sur des sites militants, c'est ne s'adresser à personne. C'est parler à tout le monde mais ne s'adresser à personne. Vous trouvez étonnant, vous, qu'ils continuent de ne pas se rendre compte ? Moi pas. De la même manière que l'on apprend mieux avec un professeur en face de soi qu'en lisant un livre, on comprend mieux une critique quand elle nous ait faite directement.

C'est un peu la même chose avec les réflexions dans la rue, dans le fond. Une fois un mec m'a jeté un compliment, en ajoutant derrière "Mademoiselle". J'étais agacée, j'ai ignoré et je n'ai pas répondu. Il a dit "ou Madame, c'est pas grave". Pour lui je ne répondais pas parce qu'il m'avait interpellée de la mauvaise manière, pas parce qu'il m'avait interpellée tout court. Je n'ai rien dit. Peut-être que, le soir, en rentrant chez lui, il a vu passer des articles de blog, des posts sur Facebook, ou des tweet dénonçant le harcèlement de rue. A-t-il compris ? A-t-il fait le lien avec ce qu'il m'avait dit le matin-même ? Je ne pense pas. Aurait-il mieux compris si je m'étais arrêtée pour lui expliquer le problème ? Je pense que oui.

Le changement, le vrai changement, il se fait au niveau des individus. Regarder la situation en macro ? Pour quoi faire ? L'être humain ne comprend pas le macro. Par contre il comprend le micro. Si vous êtes agressée dans le métro, et que vous criez "aidez-moi ! quelqu'un, aidez-moi !" personne ne vous aidera, parce que tous se diront que l'autre, à côté d'eux, va faire quelque chose. Et nous n'y pouvons rien, c'est la psychologie humaine, le cerveau humain est comme ça. Par contre, si vous regardez quelqu'un droit dans les yeux et que vous dites "s'il vous plaît, aidez-moi", vous maximisez vos chances d'être secourue, parce que la personne éprouvera davantage de culpabilité à ne pas vous aider, puisque vous vous êtes adressée directement à elle, particulièrement à elle, individu. La psychologie humaine est ainsi faite.

Le changement, il ne se fait pas d'un seul coup à l'échelle de sociétés entières : il commence par une mère qui explique à ses enfants la notion de consentement et de respect ; et il commence par une femme qui explique gentiment au monsieur écartant les jambes à côté d'elle qu'elle ne se sent pas à l'aise.

Vous savez, l'être humain à beau être un petit peu bête (dû à son cerveau, on n'y peut rien :P), il n'est généralement pas méchant. On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir de les mettre mal à l'aise. Tinhy me disait "je trouve cela toujours différent de demander à quelqu'un de bouger son sac pour pouvoir s'asseoir vs demander à un homme de serrer ses jambes pour avoir davantage de place. [...] je me vois beaucoup plus difficilement demander à un homme de serrer ses jambes". Sauf que l'on est pas obligée de formuler comme ça (ce qui peut effectivement être étrange). On peut dire "excusez-moi Monsieur, pourriez-vous pousser votre genou, s'il vous plaît ? je ne me sens pas à l'aise". On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir. Le monsieur, je pense, poussera sa jambe sans trop de problèmes. Surtout si vous dites "je ne me sens pas à l'aise" et pas "vous me gênez". Pourquoi ? Encore un coup du cerveau ! Une personne prendra moins mal un reproche si vous ne l'attaquez pas ! ("je ne comprends pas" vs "tu ne sais pas expliquer" – et pourtant il y a véritablement des gens qui ne savent pas expliquer !).

Le changement il commence là.

D'ailleurs, le changement, il commence en vous.
(Mon Dieu, on dirait une phrase tout droit sortie d'un bouquin de développement personnel ! xD)

S'il est important de reconnaître le statut de victime, il est aussi important de ne pas s'enfermer dedans. Or, à attendre que ça soit aux hommes de prendre conscience, que ça soit aux hommes de penser à, que ça soit aux hommes de faire si ou de faire ça, eh bien nous nous complaisons dans le statut de victime. "Je ne peux pas m'asseoir, il écarte les jambes, je me sens intimidée".

Certes, on ne réagit pas tous de la même manière face à un sentiment d'intimidation, et le changement ne peut parfois pas se faire du jour au lendemain, on peut avoir besoin d'aide (par exemple commencer par mettre des shorts ou des jupes seulement quand on sort en groupe, pour prendre confiance). Mais il faut aussi savoir se mettre un grand coup de pied dans le derrière. Je peux me plaindre qu'il y ait des hommes qui me fassent chier dans la rue, mais c'est aussi à moi de m'affirmer et de leur dire que là, ça ne me plaît pas. Et si toutes les femmes qu'ils abordent chaque jour le leur disent, peut-être qu'ils finiront par comprendre. Le changement, il commence là.

Il commence là et certainement pas sur les réseaux sociaux. Sur les blogs. Sur les sites féministes. Ou même dans les média. Le changement il commence dans la rue. Il commence dans la vraie vie, en face à face et pas par écrans interposés.

Je pense que mon avis ne sera pas populaire mais je m'en fiche, c'est le mien.

Qu'en pensez-vous ? C'est aux hommes de prendre conscience ou bien les femmes peuvent leur filer un petit coup de main ?

Source photo – barnyz

lundi 4 juin 2018

Vous avez dit "original" ?

Bible de Gutenberg
Bonjour !

Est arrivé dans ma boîte mail aujourd'hui le nouvel article d'Alois Glogar, journaliste et blogueur espagnol qui parle de photographie. Il s'intéressait dans son article à l'impossibilité de faire œuvre originale et j'ai trouvé ça très intéressant ! Ça vaut pour la photographie mais ça vaut aussi pour l'écriture, et c'est ce qui m'intéresse ici.

Nous sommes constamment influencés. Par absolument tout ce qui nous entoure. Ce que nous lisons, ce que nous entendons, ce que nous voyons... nous avons dans la tête les musiques, les livres qui nous ont plu, les photos, et, pour faire court : les créations des autres. Nous imitons, nous tâtonnons. Parfois, quand je me lance dans un texte, je me dis qu'il y a l'ambiance un peu glauque de ce manga que je voudrais reproduire, que je voudrais faire ressentir à mes (hypothétiques futurs) lecteurs. Une ambiance un peu lourde qui m'a bien plu, un peu suintante, et que je voudrais être capable de retrouver. Je suis influencée. D'ailleurs, c'est assez net : si je lis un même auteur pendant longtemps, je vais avoir tendance à le "copier", à retrouver des expressions, par exemple, et ça très naturellement, sans le chercher (c'est même plutôt que je cherche le contraire !). Du point de vue individuel nous ne pouvons donc pas vraiment faire œuvre originale. Mais nous ne le pouvons pas non plus du point de vue de l'humanité.

C'est un handicap que sans doute n'a pas la photographie, dans la mesure où l'on a commencé à écrire bien avant de prendre des photos. On a commencé à écrire il y a quoi...? Cinq mille ans ? En tout cas, il y a environ quatre mille ans, un illustre inconnu a rédigé pour la première fois le texte connu sous le nom de L'Épopée de Gilgamesh. C'est une grande aventure, c'est l'histoire d'un homme qui ne veut pas mourir, de dieux, d'une rivalité mais aussi d'une amitié. Et vous savez quoi ? À la fin il y a un déluge. Oui, madame ! un déluge ! Le même que dans la Bible. Bible qui a été rédigée... bien longtemps après ! Eh non, même la Bible n'est pas une œuvre originale ! À partir de là je ne vois pas bien comment nous, en l'an 2018, nous pouvons faire guère mieux.

Nous avons tout écrit. L'amour, la passion, l'homosexualité, la peur, la joie, le deuil, la guerre, la trahison, l'immortalité, la richesse, le déclassement social ou au contraire l'ascension... Tout ! Tout y est passé ! Comment voulez-vous que l'on invente quelque chose ? Alois Glogar cite André Gide, qui résume assez bien la situation : "Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer." C'est comme en musique. On va tabler sur deux-mille ans d'Histoire de la musique : avec seulement sept notes toutes les combinaisons ont largement eu le temps d'être faites. Vous ne croyez pas ?

Et pourtant on cherche l'originalité. D'ailleurs, il y a cette question des "clichés" qu'il faudrait éviter à tout prix, ou détourner absolument (mais même les manières de détourner les clichés sont limitées !). Mais s'ils sont devenus des clichés c'est que, quelque part, ça marche, non ?

Alors, évidemment, il ne s'agit pas de les enchaîner, mais un ou deux par-ci par-là, dans le fond, pourquoi pas, si c'est l'histoire que vous avez envie de raconter ?

C'est comme ça qu'Alois Glogar conclut d'ailleurs son article : peut-être que ne pas chercher à être original est le meilleur moyen de s'en approcher. Peut-être que la solution, l'une d'elles en tout cas, est de chercher d'abord à raconter ce que l'on a envie ou besoin de raconter, et de ne se poser des questions existentielles qu'après ?

Alois Glogar dit autre chose de très intéressant, c'est qu'on devrait au contraire assumer nos influences, pour pouvoir s'en servir et les transmettre correctement. Par exemple si je prends mon cas (celui que je connais le mieux, héhé :P) : je vais beaucoup chercher dans l'Histoire de France et d'ailleurs (en ce moment beaucoup l'Amérique latine précolombienne), mais j'ai aussi des influences dans les contes, les mythologies, et les mangas. Avec tout ça, il y a moyen que je fasse une soupe à peu près digeste (bien que, si je m'en tiens aux articles de conseils avec citations d'éditeurs je ne fasse rien comme il faut).

Et puis, surtout, comme tout a déjà été dit, et que même la Bible a plagié un autre texte, l'important est sans doute moins l'histoire elle-même que le regard porté dessus. Je suis absolument persuadée que, si on donnait le même scénario à plusieurs personnes et qu'on leur demandait d'écrire une histoire complète, ces histoires seraient à la fin semblables (forcément) mais aussi complètement différentes ! Et ça dans la mesure où l'angle ne serait pas le même, le point de vue du narrateur ne serait pas le même, la morale ne serait pas la même... C'est le regard unique, sinon original, de l'auteur qui fait l'originalité du texte et globalement de la création.

Qu'en pensez-vous ? En quête d'originalité ?

Source photo – NYC Wanderer

jeudi 10 mai 2018

Service Civique et dévouement bénévole, regard d'une missionnée


Bonjour !

Voilà une réflexion qui me trotte dans la tête depuis un moment, mais qu'un vieil article de Plumaline sur lequel je suis tombée un peu par hasard m'a décidée à écrire. En Décembre 2017 elle se demandait si l'on faisait du bénévolat seulement par altruisme et réalisait que son engagement lui apportait quelque chose, du point de vue des relations humaine, surtout. Cet article m'a refait penser à quelque chose que j'avais lu dans un article de Reporterre sur le blocage de la fac de Tolbiac. Ils rapportaient notamment une partie d'un débat sur le Service Civique regrettant qu'il n'y ait pas "dévouement bénévole" et que les jeunes engagés se soient lancés d'abord pour l'argent et en vue d'obtenir une première expérience professionnelle. Une critique était également faite à propos du fait que le Service Civique a été proposé à certains jeunes à la place d'une peine de prison, ce qui annule le côté "volontaire" de la mission.

Au risque de paraître égoïste, ou pessimiste, je pense que l'on ne fait rien "gratuitement", simplement par altruisme. Même quand on aide quelqu'un sans attendre qu'il nous renvoie l'ascenseur un jour, on l'aide parce que ça nous fait plaisir de l'aider, ou que le remerciement nous flatte, nous rend fier d'avoir fait quelque chose de bien, par exemple. Lison s'engage parce qu'elle acquiert du savoir, rencontre des gens qu'elle n'aurait rencontré autrement, que ça l'enrichit et qu'elle y trouve un intérêt. L'Homme est ainsi fait que, si l'on ne trouve pas d'intérêt à ce que l'on fait, eh bien on ne le fait pas. Mais l'intérêt peut être aussi de simplement trouver sa voie, donner un sens à sa vie en donnant de son temps pour essayer d'améliorer la planète, que l'on quittera en se disant que finalement on n'a pas été là pour rien. Ou même des choses encore plus bêtes.

Par exemple j'aime bien candidater pour être bénévole sur des compétitions sportives internationales, et être en tribune de presse pour rouspéter contre les journalistes qui prennent des photos alors que c'est interdit. Pourtant, professionnellement, ce n'est pas super enrichissant... et en plus ça me coûte de l'argent (en transport, hébergement et nourriture). Alors pourquoi je le fais ? Parce que je rencontre des gens mais aussi parce que j'aime bien l'ambiance des stades de sport. C'est tout. Un truc aussi bête que ça : l'ambiance des stades (sans les sifflets).

Donc, même quand il n'y a pas de notion d'argent, ou de ligne en plus à ajouter sur son CV, on peut retirer un intérêt – humain – à faire ce que l'on fait. Et c'est pour ça que l'on le fait. J'ajouterais que, si soi-même l'on n'est pas bien dans ce que l'on fait, ou ce que l'on est, on peut difficilement aider les autres.

Donc non, il n'y a pas de "dévouement bénévole". Et en fait, dans le fond, on s'en fiche pas mal. D'une part en raison du fait que ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de "dévouement bénévole" que le travail accompli ne plaît pas au jeune en Service Civique ; et d'autre part parce que l'important ce ne sont pas les raisons qui ont amenées le jeune à candidater en Service Civique, mais ce qu'il se passe pendant ce Service Civique.

Qu'est-ce que ça fait si le jeune voulait gagner un peu d'argent ? voulait obtenir une certaine indépendance ? voir autre chose ? acquérir une expérience professionnelle ? Je vais vous dire : j'ai candidaté en Service Civique pour travailler dans une radio, m'améliorer, pouvoir ensuite le valoriser sur mon CV parce qu'à ce moment-là je ne voulais pas faire d'études dans le journalisme ; j'ai candidaté aussi pour avoir l'occasion de ne plus vivre avec mes parents pendant un an, goûter à l'indépendance, mais aussi découvrir une autre ville, une autre région, et rencontrer d'autres gens. Est-ce que ça veut dire que je ne m'implique pas dans ma mission ? Est-ce que ça veut dire que je n'apprécie pas travailler avec mes collègues ? Que je ne suis pas honnête et investie ? et que je ne fais pas du bon travail ? Non.

Peu importent les raisons qui font que je me suis inscrite dans un Service Civique : l'important c'est le résultat. Le résultat c'est que je rencontre des gens que je n'aurais jamais rencontré sans ça, y compris des gens qui ne sont pas de ma catégorie socio-professionnelle, ou du même bord politique que moi (déjà faudrait que j'arrive à me placer dans l'échiquier politique, mais c'est une autre question...). Je rencontre des gens qui m'enrichissent. Peut-être même plus humainement que professionnellement. Et, quand je partirai de la ville où je suis, ma façon de m'engager sera un peu différente. Ici, par exemple, j'achète une partie de ma nourriture au marché, et mes livres dans une librairie, ce que je ne faisais pas avant mais que je continuerai de faire après. On pourrait dire que ce n'est rien, que j'aurais pu le faire sans ça... peut-être. Peut-être pas.

Je sais aussi que cette année de Service Civique est une vraie respiration pour moi. Comme une parenthèse. Que j'ai pu me poser et réfléchir lentement à ce que je voulais faire après. Sans avoir à me presser, en voyant que j'ai des tas de possibilités, et en me rapprochant de celles qui me plaisent le plus. Peu importent les raisons pour lesquelles je me suis retrouvée ici : l'important c'est ce que ces quelques mois de Service Civique vont faire sur moi, sur ce que je sais, et sur ce que je suis.

Et c'est pour ça que je ne vois pas le problème à ce que l'on propose à des jeunes le Service Civique plutôt qu'une peine de prison. Alors, évidemment, ça dépend de la mission, si on la lui impose ou si on la lui laisse choisir. Mais, franchement, vous préférez qu'il termine dans un centre de détention absolument pas pédagogique pour un sou, et en ressorte encore plus énervé que quand il y est entré ? Ou qu'il rencontre des gens pour lui ouvrir un peu l'esprit, lui redonner confiance en lui, l'accompagner ?

Bien sûr, ce n'est pas tout rose. Bien sûr, il y a de grosses structures qui ne respectent pas les règles (comme le fait de ne pas verser les cent sept euros, ou de faire faire trop d'heures, ou des missions qui ne devraient pas dépendre du Service Civique...) mais est-ce une raison pour descendre le principe même ? Oui, bien sûr, ça permet de faire baisser les chiffres du chômage des jeunes. On n'est plus à ça près... Moi, je préfère qu'un jeune aille en Service Civique plutôt qu'il connaisse la prison.

Et puis, quel est le mal à vouloir gagner de l'argent ? Quel est le mal à vouloir développer ses compétences professionnelles ? On ne peut pas ? Même si on ne voulait pas ça serait impossible : toute expérience nous nourrie, humainement comme professionnellement. Et on a besoin d'argent pour vivre. Ce ne sont pas de vils motifs que de vouloir gagner un peu d'argent et ajouter une ligne significative à son CV (d'autant plus dans le contexte actuel). Ce n'est pas ça qui va salir notre travail. Ou alors il va falloir m'expliquer...

Non, il n'y a pas de dévouement bénévole, mais ce n'est, encore une fois, pas ce qui importe. Ce qui importe c'est l'effet du Service Civique sur les jeunes. Et puis d'abord on a le droit de vouloir toucher du doigt d'indépendance. Certains jeunes en ont même besoin, considérant leur cadre familial.

Qu'en pensez-vous ? Êtes-vous bénévole dans une association et qu'en retirez-vous ?

Source photo – Ouest France

mercredi 9 mai 2018

Ambivalence au poids

Bonjour !

J'ai un problème, ou tout du moins ce qu'un psychologue pourrait appeler un "événement émotionnel" qui m'encombre et qui pose beaucoup de question au rapport au corps, à soi, et presque à l'identité. C'est presque anodin, et, finalement, on pourrait facilement me répondre "mais les bonnes femmes ne sont jamais contentes !". Pourtant il y a quelque chose qui m'interpelle, là-dedans. Le fait est que j'ai maigri. À l'heure où vont commencer à fleurir un peu partout des articles et des publicités pour inciter les femmes à maigrir – ou au moins mincir – avant les premières vraies chaleurs, je me me pose question d'avoir maigri.

Jamais contentes, les bonnes femmes.

Mais, mon problème, ce n'est pas tant dans la perte de poids (qui après tout pourrait tout aussi bien être inquiétante si elle était drastique et me rapprochait du sous-poids) que le fait que je ne l'ai pas voulue. Et, même, à voir mon alimentation actuelle, on était plutôt en droit de penser que j'allais grossir. D'ailleurs, c'était ma crainte. Quand je me mettais à table (et c'est toujours le cas) je me disais que j'allais grossir, que ma mère allait m'en faire la remarque la prochaine fois qu'elle me verrait, et que j'allais moi-même le constater en enfilant mon pantalon. Mais j'ai maigri. Et je ne comprends pas. Et je m'inquiète.

Je ne comprends pas parce que ces derniers temps j'ai plutôt mangé du sucre (Kinder délices® et autres Mars®...) et des pâtes au beurre. Beaucoup de pâtes, et beaucoup de beurre. Je ne fais pas véritablement d'exercice, d'autant moins que je ne vais pas à l'aïkido toutes les semaines (pas bien), même si je monte quelques côtes (dans ma ville, ça ne manque pas).

Du coup, de cette incompréhension naît l'inquiétude. Si je ne fais rien pour maigrir mais que je maigri alors c'est un facteur émotionnel ? ou bien je dépense plus d'énergie que je ne l'imagine ? Quoi qu'il en soit, au lieu de me dire que c'est formidablement super, je ressers un peu la vis et je me dis qu'il faudra que je fasse bien bien attention quand je changerais de contexte de vie, que je changerais de ville, de rythme, pour manger moins. En même temps, comme je suis toujours dans le contrôle, mon inconscient n'allait pas me lâcher maintenant (ben non, tu penses).

Je voulais perdre du poids (sans rien faire pour que ça arrive) et maintenant que c'est le cas ça m'interpelle. D'ailleurs, ce n'est pas moi qui ai remarqué, mais un tiers. Ensuite je me suis rendue compte qu'effectivement j'avais un problème pour faire tenir mon pantalon à ma taille, et un pyjama qui tenait jusque-là tout seul et que je dois maintenant accrocher pour éviter qu'il ne glisse. Ce qui est assez intéressant d'ailleurs : avant qu'on me dise que j'avais maigri, j'aurais mis mon pantalon qui glisse sur le compte d'autre chose que d'une perte de poids, parce que je ne l'aurais pas remarqué dans le miroir (ce que je crois voir maintenant, je perds la boule, les amis)).

C'est pour ça que, dans le processus d'acceptation, maigrir, en soi, ça ne sert à rien si ça ne s'accompagne pas d'un changement d'état psychologique et c'est pour ça que s'accepter ce n'est pas simple.

Mais du coup, ça pose aussi une question du point de vue du rapport à la nourriture.
Je vous avais parlé de mes compulsions alimentaires en 2013. J'ai supprimé l'article l'autre jour (avec une bonne pelletée d'autres, d'ailleurs) mais ça ne supprime pas ma relation à la nourriture.

Actuellement je prépare une émission sur l'alimentation des jeunes, ce qui m'a amenée à lire un peu de sociologie. L'un des articles que j'ai lu rapportait le fait que les jeunes filles sont beaucoup plus attentives à leur poids, à leur minceur, et transcrivait notamment les propos d'une adolescente qui disait qu'elle culpabilisait de manger du chocolat parce qu'elle se disait qu'elle allait grossir. Et, quand j'ai lu ça, je me suis rendue compte que c'était exactement ce à quoi je pensais au moment de manger. Quand je me sers ma grande plâtrée de pâtes au beurre une voix dans ma tête me souffle que c'est beaucoup trop, que je vais grossir. D'ailleurs je mange trop vite, et j'ai souvent l'impression de me gaver. Je n'aime pas manger. C'est une perte de temps. C'est pour ça que ça ne me gêne pas de manger des pâtes au beurre midi et soir pendant un mois (et je suis modeste sur la durée). La culpabilité fait aussi que, quand j'achète des sucreries, je ne me dis pas "je me fais plaisir" mais que c'est un craquage.

Cette notion de contrôle, dans ce que j'ai lu, revient beaucoup. L'idée que les personnes obèses, ou en tout cas en surpoids, sont celles qui ne se restreignent pas ; que les filles se contrôlent moins que les garçons ; qu'il faut de la discipline, ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé. Ne pas craquer.

Or, manger, ça ne devrait pas être ça. D'ailleurs je ne mange pas : je me nourris. Et il n'y a guère que le petit-déjeuner que j'aime manger. Un bon gros petit-déjeuner bien rassasiant. C'est tout. C'est le seul repas que j'aime manger. D'ailleurs, paradoxalement, je pense que ce qui a pu me faire perdre du poids c'est de manger de vrais petit-déjeuners, et pas des petit-déjeuners où je me restreins plus ou moins inconsciemment parce que je dois tenir la semaine avec mon paquet (ce qui est complètement bête, parce que je ne suis pas en manque d'argent au point de devoir faire ça et, d'ailleurs, de manière tout à fait objective, je ne "manque" pas d'argent). Mais, si manger des pâtes tous les jours ne me gêne pas, par contre me restreindre dans mon petit-déjeuner m'emmerde. Donc j'ai arrêté. Donc j'ai maigri. Enfin je crois que c'est ça, parce que je ne vois pas d'autre modification dans mon alimentation ou mes dépenses énergétiques.

Mais mon rapport à la nourriture est tronqué. Je ne mange pas, je me nourris.
D'ailleurs, les filles ont plus de risques d'être touchées par des troubles du comportement alimentaire. En plus de mes anciennes compulsions alimentaires, je crois que je vous l'avais déjà dit mais il y a souvent des moments où j'ai faim sans avoir envie de manger, et envie de manger sans avoir faim...  j'ai aussi du mal parfois à savoir si j'ai faim ou si, au contraire, je suis rassasiée (ce qui fait que assez régulièrement je me dis après avoir mangé "rah, j'ai trop mangé" parce que mon ventre est trop rempli)... tout est donc parfaitement bien réglé dans mon corps !...

Donc voilà. J'ai maigri et, au lieu de me dire que c'est super, je me dis qu'il y a encore trop de graisse et que, surtout, si je ne fais pas un minimum attention, je vais tout reprendre, vue que ma perte de poids n'est en aucun cas contrôlée par un rééquilibrage alimentaire sain. En gros, c'est le chaos. (Jamais contentes, ces bonnes femmes).

Et vous ? Quel est votre rapport à votre poids, à votre corps, et à la nourriture ?

Source photo – lukas.wibowo 

dimanche 6 mai 2018

Quand on commence, on n'a pas besoin de conseils, on a besoin de confiance


Bonjour !

Ceux et celles (écrire "ceux" avant !... mais où est donc passée la galanterie...?) qui me suivent sur Hellocoton savent que j'ai demandé un petit coup de main pour me lancer dans des articles sur l'écriture. J'ai des idées de sujets, mais pas vraiment de format et d'angle, et je patine, et j'attends, et donc j'ai demandé un petit coup de main. Et, si je n'ai pas trouvé exactement ce que je cherchais, j'ai trouvé autre chose. J'ai été interpellée par une phrase somme toute anodine de Mathilde de Dark Material World. Elle m'a dit "Moi-même j'aimerais me mettre à écrire mais j'ai besoin de conseils.". Ceci est faux. Quand on commence, on a pas besoin de conseils, on a besoin de confiance.

Et c'est vrai pour à peu près tout. Même dans les domaines où c'est plus difficile d'apprendre sur le tas. Quand on commence, avant d'avoir besoin de conseils, on a besoin de confiance. Alors... c'est vrai que je dis ça alors que j'ai commencé à écrire assez tôt. J'avais onze ans, à peu près, donc je ne sais pas ce que ça fait de se lancer sur le tard et de se poser plein de questions. Parce que quand on a onze ans on a encore ce petit côté enfant où on entreprend un truc comme ça, avec spontanéité et naturel, sans se demander par quel bout on va prendre la corde. Mais je sais que, quand on se lance, on a pas besoin de conseils, on a besoin d'y croire.

Les conseils peuvent rassurer, donner un cadre, mais si on n'a pas confiance ce cadre ne suffira pas. Pour commencer à écrire il suffit de prendre une feuille et un stylo, ou d'ouvrir un traitement de texte sur son ordinateur, ou même de s'emparer d'une vieille machine à écrire, et de créer des phrases en mettant des mots bout à bout. C'est tout. Vous avez écrit. Peut-être une poésie, peut-être du théâtre, peut-être un roman, peut-être une dissertation... Pour écrire une dissertation on n'a besoin de conseils, d'ailleurs. Parce qu'il y a une méthode, un certain nombre de choses que l'on doit mettre dans l'introduction ; comme pour le commentaire de texte, il y a un ordre dans l'argumentation : d'abord l'argument, puis la citation du texte, puis l'explication. Mais pour écrire de la fiction, pour créer, on n'a pas besoin de conseils : c'est de l'art. On a besoin de confiance.

Des articles de conseils on en trouve des millions (en tapant dans Google "conseils d'écriture" je suis tombée sur quinze millions quatre-cent-mille résultats !) et pourtant Mathilde ne s'est toujours pas lancée. Parce qu'on n'a pas besoin de conseils, on a besoin de confiance ! Quand je me suis lancée je n'ai pas lu les conseils de Stephen King (et pourtant ils sont plein de bon sens et je me rends compte qu'il y en a une bonne partie que j'applique !) : je me suis lancée, c'est tout.

Bien souvent les articles de conseils sont tous les mêmes, mais on n'a pas tous la même façon de travailler (c'est ce que je disais il y a deux ans, et je le pense encore). Et ça va peut-être vous décevoir mais je n'ai pas de conseils pour avoir confiance en soi. Parce que ça ne se provoque pas en un claquement de doigt, la confiance en soi. C'est tout un processus et un état d'esprit. Mais, pour commencer, il faut se lancer et se rendre compte que ce que l'on écrit n'est pas si mauvais. Bien sûr il y a plein de pistes d'amélioration (je peux même vous donner les miennes si vous voulez, comme ça on se rendra tous compte qu'après dix ans je ne suis toujours pas satisfaite : sur certains passages j'utilise trop "être", "avoir", et "faire" et ça m'agace ; j'ai encore du mal à ne pas utiliser trop d'adverbes (et pourtant, comme dit Stephen King, si une scène est bien préparée et décrite on n'en a pas besoin !)) ; il y en a toujours, mais le premier pas vers la confiance c'est de ne pas se comparer aux autres et de se rendre compte que ce que l'on écrit n'est pas si mal.

Mathilde, tu n'as pas besoin de conseils, tu as besoin de te mettre un grand coup de pied dans le derrière, de t'enfermer dans une pièce sans ton téléphone, de couper internet, et d'écrire les premières lignes, nom d'un p'tit bonhomme en mousse !

Qu'en pensez-vous ? Besoin de conseils ou besoin de confiance ?

Source photo – Jeanne Menjoulet