samedi 1 décembre 2018

Augmenter les frais universitaires pour les étudiants étrangers est une bonne mesure

Source photo – Ludwig Favre
Bonjour !

Avant de me sauter à la gorge en me traitant de sotte (pour les plus polis) et en me rappelant à quel point c'est injuste d'augmenter aussi fortement les frais universitaire, bla bla bla, laissez-moi m'expliquer. On peut critiquer cette mesure. On peut même le dire au gouvernement, si on veut. Mais pour le dire au gouvernement il faut lui parler dans sa langue ; et pour lui parler dans sa langue il faut admettre que cette mesure est une bonne mesure. Je m'explique :

Une bonne mesure est une mesure qui répond à la réalisation d'un ou de plusieurs objectifs (si on peut faire d'une pierre deux coups, c'est mieux). Ici, les objectifs sont un peu plus précis que ce que les journalistes relaient. Le gouvernement ne veut pas attirer plus d'étudiants étrangers hors Europe : il veut attirer plus d'étudiants chinois. Ce n'est pas moi qui l'invente, c'est dans le dossier de presse que vous pouvez télécharger ici. Page 25, je cite : "[...] la campagne de communication ciblera davantage les pays émergents (Chine, Inde, Vietnam, Indonésie) [...] les pays identifiés sont la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, le Moyen-Orient, les pays d’Afrique anglophone [...] et les grands pays francophones [...]". Le but, ce sont les pays émergents, avec une nouvelle classe moyenne qui a de l'argent. La Chine, donc. Et pour attirer ces étudiants-là, il y a un objectif intermédiaire : faire en sorte que ces (futurs) étudiants ne considèrent pas que les formations en France sont moins bonnes parce que moins chères. Conclusion : pour attirer davantage les étudiants des pays-cibles, il faut augmenter de manière significative les frais universitaires. La mesure annoncée par le gouvernement est donc une bonne mesure (CQFD).

Ce n'est qu'une fois que l'on a admis que cette mesure est bonne – parce que répondant aux objectifs – qu'on peut la critiquer. Et on peut la critiquer. Puisqu'augmenter les frais universitaires va nous priver des étudiants ne venant pas des pays-cibles, ou bien dans des familles peu aisées, et ne pouvant pas s'offrir des études à l'étranger. C'est le cas de ma colocataire, Mongole ; et d'une camarade de promo, Malaisienne. D'ailleurs, elle a été prof de français langue étrangère en Malaisie, et elle me disait l'autre jour que, pour donner envie aux élèves d'apprendre le français, les profs disent qu'en parlant français ils pourront venir étudier chez nous parce que ce n'est pas cher et qu'il suffit de trouver un travail pour payer le loyer, et que maintenant, avec cette mesure, cet argument ne tient plus, ce qui pose problème pour l'apprentissage du français. Il y a aussi cette étudiante colombienne, ce matin sur Europe1, qui disait qu'elle et ses sœurs ont été inscrites au lycée français, que le but c'était d'aller faire des études en France, et que c'est désormais compromis. Donc, il est vrai que l'on se coupe de toute une partie des étudiants étrangers, qui sont loin d'être bêtes mais n'auront pas les finances pour payer des études en France. On pourrait peut-être imaginer que les universités tissent des partenariats ou signent des conventions avec les lycées français pour accorder une ristourne sur les frais aux futurs étudiants ?

Mais il y a aussi un truc que les journalistes ne disent pas trop (je ne peux pas affirmer qu'ils ne le disent pas du tout, je ne m'informe pas assez pour ça) : c'est que, a priori, les étudiants qui font actuellement leurs études en France pourront les terminer, au moins s'ils sont en M1 ou en L2. Parce que, je cite le dossier de presse du gouvernement (page 18), "[...] les étudiants internationaux qui ne sont pas ressortissants d’un pays de l’Espace économique européen ou de la Suisse et qui s’inscrivent pour la première fois dans un cycle supérieur de formation en France seront amenés [...]". Donc, par exemple, ma camarade malaisienne et ma colocataires sont en M1, donc elles vont pouvoir faire leur M2. Par contre il faudrait préciser si les étudiants de L1 cette année devront payer ou pas pour leur L3, ou s'ils pourront finir leur cursus. Mais, je trouve dommage que l'on ne parle pas davantage de ce point de détail, parce qu'on peut vite avoir l'impression qu'en augmentant les frais on va foutre dehors les étudiants déjà présents...

Donc, je ne dis pas que cette mesure est parfaite, puisqu'elle va nous priver de beaucoup d'étudiants étrangers, et qu'elle pourrait même avoir des répercussions sur l'enseignement du français dans le monde. Mais si on la rejette complètement, on ne peut pas discuter avec le gouvernement. Pour discuter de cette mesure, il faut admettre que c'est une bonne mesure, dans le sens où elle répond à un objectif. Et il ne faut pas oublier non plus qu'il y aura plus de bourses, et des formalités administratives simplifiées (à voir si ça compense vraiment l'augmentation des tarifs). En fait, il ne faut pas dire au gouvernement "reculez", il faut dire "trouvez-nous une solution pour que les étudiants de milieux modestes puissent venir quand même" (par exemple en signant des conventions avec les lycées français ?).

Voilà ! Qu'en pensez-vous ?

2 commentaires:

  1. C'est toute l'ambiguïté quand on parle de "bonne mesure" ou de "mesure rationnelle" effectivement, tout dépend de l'objectif poursuivi ! Personnellement je défends une université ouverte à tous quel que soit la classe sociale d'origine, le pays... Et une Université qui ne soit pas soumise aux impératifs de l'économie capitaliste, qui produise du savoir et permette aux étudiants de développer un esprit critique. Tout va dans le sens inverse en ce moment. Donc c'est probablement une bonne mesure pour ce gouvernement. Pour moi, c'est exactement ce que je combats.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais si les étudiants étrangers veulent payer ? Je veux dire... dans certains pays, une formation peu chère voire gratuite est une formation de mauvaise qualité. C'est un peu bête mais c'est comme ça. Donc, pour une action dans un court laps de temps c'est plus efficace de monter les prix que de mettre en place toute une campagne pour dire à quel point, en dépit de leur prix, les formations des universités françaises sont fantastiques.
      Et puis, je comprends ta vision, et dans un sens je suis plutôt d'accord, et en même temps c'est très utopiste. Une formation ça coûte cher à l'Etat. On a beaucoup de chances que les nôtres soient gratuites. Mais si les étrangers veulent payer... eh bien qu'ils payent ! C'est un peu... cynique (c'est le mot ?) ce que je dis, c'est vrai. Et en plus il y a une énorme limite à ça : c'est que je mets tous les étudiants étrangers dans le même panier, alors que je montre dans mon article précisément le contraire.

      Supprimer