jeudi 27 septembre 2018

La violence, c'est mal ?

Bonjour !

Ce matin je marchais entre les bâtiments des différents UFR de l'Université à la recherche de celui de STAPS quand je suis passée devant un groupe de jeunes qui discutaient des pires trucs en conduite. L'une d'elle dit "nan, le pire c'est le clignotant [...] quand ils le mettent pas" et à l'autre de répondre un truc du genre "ah oui, j'ai envie de les tuer !". Amusée, je marmonne "ah ben non, faut pas les tuer, la violence, c'est mal". Ce qui m'a fait me souvenir d'une réflexion que j'avais amorcée il y a quelques semaines mais que je n'avais jamais poussé au point de l'écrire. Et comme ça fait deux mois que je n'ai rien écrit ici il faudrait peut-être que je m'y remette...

La réflexion, en fait, a commencé il y a plusieurs années, sur un blog précédent, quand une lectrice m'avait dit qu'elle ne laissait pas jouer sa fille avec de fausses armes, parce que la violence, c'est mal. Quelques jours plus tard j'entendais un psychologue à la radio dire que, en fait, on pouvait parfaitement laisser jouer les enfants avec de fausses armes, pistolets à eau et autres, ce qui permettait aussi de trouver d'éventuels "problèmes" comme par exemple si l'enfant veut constamment prendre le rôle du méchant. Mais ce qu'avait dit cette lectrice m'est resté dans un coin de la tête. Et puis, l'année dernière, en faisant une émission sur les jeunes et la culture, j'avais invité la documentaliste du CDI d'un collège qui m'expliquait qu'elle avait eu une formation sur les mangas.

Elle ne savait plus trop expliquer le pourquoi du comment mais, en gros, la violence dans les mangas a une vraie histoire par rapport à l'Histoire du Japon et, quand il y a un dessin avec par exemple une paire de ciseau qui traverse le crâne par les oreilles, ce n'est pas ce que les gens voient. En gros, si j'ai bien compris, c'est un peu comme avec les contes. C'est une violence symbolique.

Du coup, j'avais commencé quelques recherches sur tout ça et j'ai mis la main sur quelques trucs intéressants, dont un article de Jean-Pierre Klein pour La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation en 2011 (n°53). Il parle d'ateliers qu'il a fait avec des jeunes réputés violents. Au début de l'article il aborde les cinq pièges de la lutte contre la violence : son degré de contagion, l'apologie de la "prise de conscience", la diabolisation de la violence, la confusion désir/acte, et la parole préventive de l'acte. Ce qui me paraît le plus intéressant pour ce que j'essaye de vous dire (je suis un peu rouillée, faut me pardonner) c'est le quatrième. La confusion désir/acte qui consiste à ne pas réprimer que la violence mais aussi la pensée violente, l'agressivité ressentie, le désir violent, qui mène finalement à interdire les gros mots, les armes en plastiques, les conflits, et la colère.

Nous avons besoin de la violence. Ne serait-ce que pour mettre quelque chose qui nous gêne à distance. Par exemple j'ai mis fin à ma période d'essai dans un restaurant de restauration rapide parce que j'avais sur le dos une espèce de pouffe méprisante. Pour décompresser, je la critiquais le soir sur le chemin du retour avec une collègue. Et je disais "j'ai envie de la massacrer". Violence, oui, mais plutôt salvatrice (pour éviter d'exploser devant elle et de faire fuir les clients) (ce qui ne m'a finalement pas empêcher de me carapater). Dans un genre un peu différent j'avais entendu parler d'une étude qui avait montré que les personnes qui juraient après s'être blessés donnaient un niveau de douleur moins élevés que les personnes auxquelles on avait demandé de se retenir de jurer. Vive la violence.

Je reviens aux mangas (c'est l'bordel, c't'article). Dans les mangas la violence est... violente. Y a du sang qui gicle partout, ou qu'on voit tomber au sol en une flaque d'ailleurs souvent épaisse (à un moment je m'étais intéressée à la représentation du sang dans les animés, je trouvais ça assez sympa de voir les différences de couleur et d'épaisseur). Et puis elle survient comme ça, tout d'un coup, perpétrée parfois par des personnages qui s'en délectent. Au final, l'important n'est peut-être pas le degré de violence en lui-même, mais le moment où elle survient (pour choquer un personnage qui pensait que tout était fini et qui pensait pouvoir se consoler). De cette violence extrême et qui paraît gratuite on peut pourtant se mettre à distance.

Déjà, certaines histoires ont lieu dans des mondes qui ne sont pas les nôtres (comme Les Enfants de la Baleine, par exemple (dont je conseille la version animée qui est très jolie)), ou alors des mondes transformés (comme Les Mémoires de Vanitas, qui se déroule à Paris mais dans un Paris steampunk revisité). Et puis les personnages de manga ne sont pas vraiment humains, dans le fond. Sans parler de leur nez pointu ou de leurs grands yeux par lesquels passent toutes les émotions, ils ont beaucoup trop de cheveux et des coiffures impossibles, des poses gracieuses, précises, dont nous ne sommes pas capables sans une bonne concentration, et des expressions qui ne sont pas humaines. Ils ne pleurent pas comme nous, et quand ils sont contents leurs yeux se ferment en deux grands ponts. Moi, quand je suis contente, mes yeux ne se ferment pas... pas comme ça, en tout cas. Du coup, même si ce n'est pas la raison principale, je pense que ça permet de mettre à distance là aussi.

La violence dans les mangas est avant tout symbolique. Tout comme dans les contes. D'ailleurs, dans un article de la revue Le Débat (n°195), Jean-Marie Bouissou rappelle que l'on aime les mangas pour la même raison que Bettelheim dit que l'on aime les contes : ils sont en accord avec nos peurs, nos espoirs, et nos aspirations (article "Le manga en douze questions", question : "Le manga est-il dangereux pour les adolescents ?").

Le conte, donc. J'en ai un extrait des Contes populaires et légendes du Nord et de la Picardie (Club France Loisir, 1975). C'est l'histoire d'un tailleur qui, quand on lui apporte du tissu pour confectionner dedans des vêtements, se sert et met de côté pour son propre usage de grands morceaux qu'il garde dans un coffre. Il est averti par trois rêves mais passe outre. Sa réputation est tellement mauvaise que plus personne ne lui fait confiance et que les clients veulent le voir faire sous leurs yeux. Par un stratagème il se débarrasse d'une cliente et se coupe un grand morceau dans son étoffe, mais son attention est détournée et : "Le curieux Warlemaque releva la tête tout en continuant de jouer des ciseaux. /// Il en joua, hélas ! si maladroitement qu'il se coupa une artère et trépassa une heure après". Si ça, ce n'est pas violent, je ne sais pas ce qu'il vous faut. Mais voilà, ça arrive comme ça, tout aussi soudainement que dans les mangas, et on ne parle pas des détails, de la douleur, du sang partout, etc., etc., etc.. C'est le moment où ça intervient, plus que l'acte, qui est important, je pense. Ici encore, c'est une violence symbolique.

C'était aussi une violence symbolique que la violence de la jeune femme qui, face à des conducteurs qui ne mettent pas les clignotants, s'exclame : "j'ai envie de les tuer".

Est-ce que l'on doit réprimer ce genre de choses ? Je ne le crois pas, car ça ne peut amener qu'à plus de frustration et donc plus de violence.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – J.C. Staff/Netflix

14 commentaires:

  1. Coucou !
    C'est amusant, le jour où je décide de te suivre sur hellocoton, tu publies un article :)
    Pour en venir au sujet du jour, je ne pense pas qu'il faille réprimer la violence... comme les gros mots ou parler de "tuer". Quand on dit ça, on se doute bien qu'on ne va tuer personne "en vrai", c'est une image. Et jurer, ou donner un coup de poing dans un oreiller parce qu'on est vraiment très très fâché.e est bénéfique, enfin dans certaines situations. Ça permet d'évacuer sa colère, de permettre à l'émotion de passer (je crois que les émotions restent 90 secondes environ).
    Sinon on risque d'exploser, comme une cocotte minute avec trop de pression. C'est comme quand on est triste mais qu'on n'en parle à personne, on finit souvent par ressembler à une fontaine...
    On peut être en colère sans être violent, mais qui dit "oh non celui là m'énerve beaucoup mais je ne dois pas le traiter (mentalement)" ? Personne je pense.
    Enfin ton article m'a beaucoup plu, c'est une belle réflexion que tu proposes :D
    À bientôt !!

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    1. Effectivement, je pense que pas grand monde se dit "surtout, je ne dois pas insulter cette personne qui me court sur le haricot" ! Mais on demande aux enfants de ne pas dire de gros mots et même de ne pas jouer avec de fausses armes parce que c'est violent...

      Oui, c'est assez drôle que tu me suives le jour où je publie ;)

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  2. Ton article est très intéressant. Et d'ailleurs je ne comprends toujours pas pourquoi le père de mes enfants leur interdise des gros mots (alors que lui, militaire, milieu machisme, les gros-mots, la violence de la guerre...). C'est contradictoire je trouve. Du coup mes filles sont très frustrées. Et la dernière fois, son père a interdit ma fille à regarder les vidéos du youtubeur Squeezie car il dit trop de gros mots, bref un type pas convenable, ça l'a déprimé car moi je tolère. Oui, je suis 100% d'accord, c'est humain d'avoir des envies de meurtres lol, il faut l'évacuer ! j'ai envie d'étrangler mes filles lorsqu'elles me poussent à bout par exemple lol. C'est humain cette violence en nous que l'on doit gérer, analyser, s'améliorer. La violence dans les mangas, ça me plaît, dernièrement One Punch, c'est pas mal ! J'ai horreur des films violents avec des armes blanches.... la couleur du sang "en vrai", ça me fait peur ! Il y a aussi des parents qui pensent que si leur fils joue à la poupée, ça va le rendre moins "homme"... alors des parents qui interdisent des fausses armes... En tout cas mes filles font de l'escrime et du tir à l'arc... !

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    1. Après, parfois, on dit trop de gros mots. Un "merde" de temps en temps quand on fait une connerie, ça va, mais moi par exemple je sais que j'ai tendance à en dire beaucoup trop, donc ça peut vite devenir agaçant pour les personnes qui m'entourent. Mais c'est clair que quand un adulte dit quelque chose à un enfant et ne respecte lui-même pas la prescription, les enfants sont frustrés, ils comprennent très vite le "faites c'que j'dis pas c'que j'fais".
      C'est drôle que tu soulèves la couleur du sang, parce que effectivement, le manga est en noir et blanc !

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  3. Je pense de mon côté qu'il faut distinguer la violence des émotions. Cela est valable pour soi face à soi-même, ou si l'on doit participer à l'éducation d'un enfant. Dans violence j'entends qu'il y a un transfert. Lorsqu'on est violent, on souhaite transmettre à quelqu'un la colère qu'on a en soit. Ca peut être une oreille amie, ou le sujet de notre colère. On ne veut pas nécessairement mettre à distance, on veut aussi parfois déclencher la colère (ou la peur, etc.) chez l'autre.
    La violence c'est mal il me semble lorsque les individus perdent de vue l'idée de solution. De manière générale, la violence ne règle pas grand chose, elle empire même les situations. Malgré tout, je ne crois pas qu'il faille la diaboliser et lui dire non nécessairement. Je vais prendre un exemple extrême : l'autre jour j'ai attrapé brutalement le bras de ma fille pour la retenir de traverser la route. Un vélo passait, j'avais eu peur qu'il la renverse. Le geste était violent, il a d'ailleurs choqué ma fille (qui ne supporte pas du tout la violence). Je ne pense pas qu'on puisse me reprocher le geste.
    La vie est souvent violente, car elle est intense et brutale. Il est bon d'accepter cette violence intrinsèque et de l'exprimer par les mots, les arts, les histoires… Mais, peut-être, n'oublions pas qu'elle n'est généralement pas source de solutions aux problèmes que nous rencontrons.

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    1. Oui mais ce faisant on entre dans ce dont parlait le psychothérapeute que j'ai cité : la contagion de la colère/violence. Se mettre en colère/être violent ne provoque souvent que deux réactions chez la personne en face : soit elle est violente à son tour, soit elle baisse les yeux et se fait toute petite, se soumet, et, ce qu'il disait c'est que, dans les deux cas, la violence a gagné, car elle a fait un monde à son image. Mais bien sûr des fois on veut que l'autre ressente la même colère que nous, s'indigne à son tour (moyen de légitimer notre propre colère ? Si l'autre est en colère on a raison de l'être ? mais alors pourquoi ce besoin de légitimer un sentiment si on ne le trouve pas dangereux et anormal ? on n'a souvent pas besoin de légitimer sa joie, par exemple... c'est bien que l'on veut ne pas se mettre en colère parce que c'est violent et "pas bien", non ?).
      Non, effectivement, on ne peut pas te reprocher le geste, surtout si ensuite tu expliques à ta fille pourquoi tu as fait ça, je pense que, même si elle est petite, elle a la capacité de comprendre. Mais là, ce n'est pas pareil. Parce que le but de ton geste violent est bénéfique : sauver quelqu'un. Ce n'est pas la violence pour faire mal, blesser, annihiler l'autre, mais la violence pour le sauver. D'ailleurs, ce n'était pas de la violence pure : c'était un GESTE violent venu de la peur (et non de la colère/haine/mépris, par exemple). Donc on est déjà, je pense, dans un type de violence différent.
      Non, elle n'est pas source de solutions, et nous le savons. Mais entre le savoir et le reconnaître à un moment calme, un moment de réflexion, et parvenir à l'expérimenter, c'est autre chose. Par exemple, je suis plutôt une râleuse, je m'agace très facilement (bien que ce ne soit pas une colère sourde) et ça peut donner une image d'une certaine violence. J'aimerais beaucoup parvenir à rester calme, et je sais que ça ne sert à rien de grommeler derrière mon écran d'ordinateur par exemple, mais la pulsion de la violence est là. La violence/colère/etc. c'est une pulsion, et on ne calme souvent pas une pulsion par la seule raison, je pense.

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  4. La définition de la violence, c'est toute une histoire ! Tellement de formes possibles de violences, psychologiques, physique... Tellement de sensibilités différentes aussi, tout n'est pas violent de la même façon d'une personne à l'autre, d'une culture à l'autre etc. Je crois que du coup c'est impossible de déclarer des vérités générales de type "la violence c'est mal", "il faut toujours s'abstenir d'être violent", etc. Peut être plutôt pointer précisément ce qui nous paraît dangereux, pourquoi, et à quelles conditions au contraire une violence peut être libératrice (en particulier quand il s'agit plutôt d'autodéfense face à des violences autrement plus grandes). Je n'ai pas vraiment de réponses concernant les armes pour les enfants par exemple, je suis gênée par les armes très réalistes et leur banalisation ça c'est sûr, mais les enfants prennent facilement des batons ou de fausses épées pour se battre, à la fois comme un jeu, parce que ça s'inscrit dans un travail d'imagination aussi.. Ce n'est pas toujours négatif, il y a beaucoup d'enfants qui se mettent dans le rôle du justicier, ou qui forment des groupes de "gentils" dans des mondes où il faut combattre une menace :)

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    1. Ta mention du côté libérateur/bénéfique de la violence me fait penser à l'exemple de Céline dans le commentaire précédent !

      Je ne saurais pas trop dire non plus pour les armes très réalistes... je pense que ce n'est pas gênant dans la mesure où, pour un enfant, une arme est une arme, je veux dire... quand il utilise un bâton pour en faire une épée il voit une épée, du coup je ne pense pas qu'il y ait plus de violence dans le fait de lui donner une épée déjà réaliste (simplement on peut se poser la question de l'imagination ??? Quoi que de toute façon un enfant imagine et, si ce n'est pas l'épée, c'est le costume et le monde qui va autour). Quand j'étais petite, je renversais un fauteuil et j'en faisais une moto un peu futuriste. Pour moi, ce n'était plus un canapé, c'était une moto. Je pense que ça n'aurait rien changé si on m'avait mise sur une vraie moto ! du moins par au point de vue du fond du jeu.

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  5. Bonsoir,

    Sujet sur lequel je suis hyper partagée. En tant que personne calme, j’ai tendance à trouver que la violence est très présente et largement banalisée (voire acclamée). Toutefois, loin de moi l’idée de mettre toutes les formes de violence au même niveau. En effet, je ne vois pas d‘exemples de violences symboliques dans ton article qui seraient potentiellement réprimables (même si je dois avouer que l’exemple des clignotants m’a laissée perplexe à ma 1ère lecture. Je trouve que certaines personnes ont envie de tuer les autres un peu trop souvent à mon goût (toujours les autres et jamais elles-mêmes d’ailleurs, mais bon c’est un autre sujet…) et pour des raisons que je juge disproportionnées. J’ai des difficultés à concevoir en quoi prononcer cette phrase peut apporter une quelconque amélioration). Je conçois néanmoins que la violence puisse soulager en cas de gestes pour sauver les autres (j’ai un peu de mal à trop voir dans quels autres cas mais je me pencherai dessus à l’occasion).

    Je suis également assez tranchée sur le fait de laisser des enfants jouer avec des armes réalistes. Même si je ne compte pas en avoir, je suis quand même assez d’accord avec ton ancienne lectrice. Je crois que c’est aux enfants de se créer leurs propres armes pour se battre. Je ne suis pas sûre que l’enfant voit une épée quand il utilise un bâton, je ne serais pas aussi catégorique là-dessus (tout dépend de l’imagination de chaque enfant et du fait d’avoir déjà vu une « vraie » épée ?). Peut-être qu’il/elle voit plutôt sa propre version d’une « épée » qui n’a rien de réaliste et je trouve que c’est plutôt une bonne chose. Je m’interroge aussi sur ce que je considère comme une sorte de gradation du réalisme : à la limite je ne suis pas trop gênée par des pistolets à eau mais quid des pistolets à billes ou autres ?

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    1. Acclamée ? Tu aurais un exemple ?
      Effectivement, "tuer" même symboliquement pour des clignotants peut paraître disproportionner, cela dit ne pas mettre ses clignotants peut amener à des situations potentiellement dangereuses voire mortelles...

      L'amélioration apportée par la phrase "je vais la tuer" n'est pas à voir je pense dans la situation en tant que telle, mais dans l'état de la personne qui la prononce. Je pense qu'elle permet de prendre de la distance, et de souffler. Par exemple, mon ancienne manager a eu à faire à un client très colérique et violent verbalement. En lui tournant le dos pour aller en cuisine elle a soufflé à une collègue (malheureusement le client l'a entendue) "il me casse les couilles". Cette phrase, violente, quand même, autant sur les mots (vulgaires) que sur la forme, lui a permis de faire sortir une partie de la colère qu'elle gardait en elle et de continuer ensuite de parler au client de manière polie et calme. C'est comme une cocote minute. A un moment il faut qu'elle siffle, sinon, elle explose. Ou un volcan qui doit faire sortir un peu de lave ou de cendre pour ne pas exploser. Avec une collègue, on a eu des problèmes avec d'autres collègues (qu'on a trouvé un peu abusif/méprisants/etc/), les critiquer sur le chemin du retour, dire qu'on avait envie de les étrangler, permet de prendre un peu de distance, et de faire exploser une partie de la colère, de la légitimer, aussi (parce que la personne avec qui on discute nous dit qu'on a raison) et permet ensuite de regarder la situation avec un peu plus de distance et de calme et de mieux réfléchir. Je pense que mettre des images sur la colère (tuer, étrangler, taper, etc.) permet de... comment dire... d'expulser une partie de notre agressivité mais d'une manière inoffensive (puisqu'on ne passe pas à l'acte).

      Comme je disais, je pense que les armes réalistes n'ont pas d'impact sur le degré de violence du jeu, mais sur l'imagination des enfants (qui du coup ne se porte pas sur l'arme, mais sur le costume ou l'environnement général de l'histoire qu'ils s'inventent). Parce qu'au final, une arme est une arme, qu'elle soit réaliste ou pas, à feu, blanche, ou contondante : le but est de faire mal voire de tuer. Je pense que, réaliste ou pas, le jouet a le même rôle : apprivoiser le mal/le bien/la mort. Mais c'est une question intéressante, ça ne m'étonnerait pas que des psychologues aient menés des recherches là-dessus !

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    2. "permet de... comment dire... d'expulser une partie de notre agressivité mais d'une manière inoffensive (puisqu'on ne passe pas à l'acte)." et j'ajouterais : expulser une partie de notre agressivité et nous empêcher de passer à l'acte (pas jusqu'au meurtre, hein) : nous empêcher de gueuler sur la personne ou du moins de la reprendre avec agressivité la prochaine fois qu'on la voit. La pensée violente prévient l'acte violent (mots ou gestes), je pense.

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  6. En fait, je comprends ce que tu dis et je suis globalement d’accord. Après, j’ai du mal à saisir qu’il n’y ait pas d’autres possibilités moins extrêmes que de prononcer « je vais la tuer » mais bon, je crois que c’est une question de caractère. Il m’arrive parfois de m’énerver mais j’opte pour des formules moins abruptes. Après, je me doute bien que la plupart des personnes n’ont aucune intention derrière et que si cela permet de se soulager, ma foi, je ne peux pas dire grand-chose. Ceci dit, j’ai quelques réserves sur ta dernière phrase « La pensée violente prévient l’acte violent (mots ou gestes) ». Je ne pense pas que ce soit systématique et je me demande dans quelle mesure la pensée ne suffit pas parfois à entraîner un passage à l’acte. De plus, j’ai tendance à croire qu’il existe une sorte de spirale de la violence et que l’acte le plus anodin n’est dans certains cas qu’une 1ère étape avant quelque chose de plus grave.

    Pour la violence acclamée, je crois que mon exemple peut déranger : la fessée pour les enfants. Même si je conçois qu’une fessée puisse être mise par un parent à bout, j’ai un soucis avec le fait que ce soit utilisé (pour la majorité des personnes avec qui j’ai eu le débat) comme une méthode éducative valable voire comme une solution miracle qui doit être perpétuée comme une sorte de tradition (et avec cet argument ultime du « moins j’en ai eu et je ne suis pas traumatisé », à part leur rétorquer « moi j’en ai pas eu et je vais bien aussi », superbe débat, n’est-ce pas ?). Ce n’était pas le sujet de ton article mais du coup je réponds juste à ta question.

    Un autre chose qui me chiffonne pour l’histoire des armes réalistes et des enfants, enfin des petits garçons ici. Je vois également ceci comme une injection pour eux à correspondre à une sorte de vision dépassée de la « virilité », du coup je ne vois pas trop ce que cela apporte en plus (à part de l’argent pour les entreprises qui vendent ce « jouet ») que d'imaginer se battre avec sa propre création.

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    1. Oui, je pense que c'est une question de caractère, puis je pense aussi que, au-delà de la fonction psychologique propre à la personne qui la prononce, ça sert aussi comme expression, comme hyperbole, pour dire "ce gars, il me saoule vraiment beaucoup". Un peu comme quand on dit "j'ai tellement faim que je pourrais manger un éléphant" alors qu'en vrai personne peut s'engloutir un éléphant.
      Bien sûr, je ne pense pas que ça soit systématique, je pense que ça dépend des cas, et de la psychologie de la personne. On sait que les tueurs en série, par exemple, ont souvent commencé par des actes classés comme moins grave, des petits délits, puis ensuite maltraiter et tuer des animaux, etc. et qu'il y a une montée de la violence dans leurs actes. Et puis on commence par tabasser quelqu'un et la fois suivante on le tue. Mais je pense que, pour des cas "simples" comme ça, chez des personnes qui n'ont pas une chimie du cerveau déréglée (parce que les psychopathes ils y peuvent rien, c'est dans la chimie de leur cerveau, c'est comme ça), la pensée violente peut aider à ne pas passer à l'acte (genre on se défoule dans son esprit (ou sur un punching-ball) et après ça va mieux. Que si on réprime totalement jusqu'à la pensée violente, peut naître de l'agressivité refoulée quelque chose de plus grave encore. Si on n'a peur d'être en colère et qu'on essaye de ne jamais l'être, on va l'être enfin... je ne sais pas trop comment expliquer ça... Benjamin Lubszynski l'a fait dans sa vidéo d'hypnose pour gérer sa colère. C'est un peu comme si je te dis de ne surtout pas penser à un chat rouge... je pense que dans ta tête tu as imaginé un chat rouge (je ne sais pas si ça fonctionne par l'écrit, mais face à une personne qui te le dit, tu penses à ce qu'on t'as dit de pas penser). C'est un sujet complexe en tout cas.

      Je ne sais pas si on peut dire "acclamée". Quand un parent donne une fessée à son gamin on n'est pas là à applaudir "bravo madame, j'aurais fait pareil !" et à encourager les gens à donner des fessées aux enfants... donc je vois ce que tu veux dire, mais je n'irai pas jusqu'à dire "acclamée".

      Pourquoi les petits garçons ? Enfant, j'ai demandé une épée, et jusqu'à preuve du contraire je suis une fille ;) Je pense que les enfants, même s'ils captent tous les messages sur le genre, le racisme, etc., s'en fichent : quand ils jouent, ils jouent. De toute façon, arme réaliste ou pas, l'enfant capte les messages donc, qu'il ait une arme réaliste ou sa propre création je vois pas bien la différence qu'il fera dans l'usage à proprement parler. Surtout qu'une arme réaliste peut devenir très vite irréaliste si l'enfant, pas satisfait qu'il ne lance que des billes, décide tout à coup que c'est un pistolet à rayons lasers. Le jouet, qu'il soit un bâton, un caillou, une arme réaliste ou une peluche, n'est qu'un support à l'imagination. On peut aussi imaginer avoir une arme alors qu'on a les mains vides. Du coup, bâton ou épée réaliste, quelle différence dans son usage si le garçon, pour reprendre ton exemple, décide de suivre la vieille virilité et de sauver la princesse du dragon ? Je ne comprends pas trop... l'injonction elle n'est pas dans l'objet qu'on leur donne, elle est dans les messages envoyés par la société et qu'ils captent très bien (comme cet exemple d'un enfant qui avait dit à sa mère "X il est Noir mais je vais l'inviter quand même [à mon anniversaire]").

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  7. Je partage ton avis, comme souvent !

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