samedi 9 juin 2018

Le changement se fait dans la rue, pas sur internet

Bonjour !

En discutant avec Tinhy du blog Ta Pote Reloue suite à l'un de ses articles, j'ai eu comme une impression étrange. Ce n'était peut-être qu'une impression due à mon esprit très tatillon sur la question du juste-milieu et du militantisme (disons que chez moi la marge est faible entre le raisonnable et le déraisonnable dans une opinion) mais c'est quand même mon impression ; qui m'a amenée à une réflexion sur le statut de victime ou plutôt comment réagir face à ce qui peut nous faire ou non sentir victime.

L'on ne considère pas tous la même chose comme étant une agression. Comme on est sur le thème du féminisme et du "droit à la rue" je vais puiser mes exemples là-dedans : à l'image de beaucoup de femmes j'ai déjà eu droit à des réflexions tandis que je marchais, mais je ne les considère pas toutes comme des agressions. Certaines sont de simple "bonjour" qui agacent mais ne sont pas méchants, d'autres des compliments jetés à la volée, d'autres appuyés de regards qui m'ont mise vraiment mal à l'aise : voilà donc en gros les trois catégories que je distingue. À partir du moment où je passe du stade "agacée" pour le stade "mal à l'aise" on est dans l'agression. Du moins est-ce mon barème (et je le partage avec vous pour pouvoir comparer mais aussi parce que cela peut avoir son importance pour l'article). Donc, nous ne considérons pas tous la même chose comme étant une agression et nous n'avons pas tous peur de la même chose, et la peur elle-même peut être relativisée (sur la peur, je vous renvoie à mon article sur les marches exploratoires (sous-partie "mon sentiment de la ville a-t-il changé ?")).

Étant donné que nous ne sommes pas tous intimidés par les mêmes choses, et que nous n'avons pas tous le même caractère, évidemment, nous ne réagissons pas tous de la même manière à l'objet de notre sentiment d'intimidation. C'est pourtant sur cette réaction que je voudrais lancer une réflexion.

Au cours de la discussion que nous avons eu avec Tinhy, elle me disait que le thème du "manspreading" ou cette tendance des hommes a écarter ostensiblement les jambes lorsqu'ils sont assis dans les transports en commun avait été véritablement relayée à partir du moment où des photos avaient été publiées sur les réseaux sociaux montrant des hommes continuant d'écarter les jambes tandis qu'à côté d'eux se trouvaient une femme qui, elle, se faisait toute petite. Et elle me disait combien il n'était pas normal qu'ils ne se rendent pas compte, qu'ils n'aient pas conscience que ça dérange, et que ce n'était pas aux femmes de s'imposer mais à eux de faire attention.

Alors... bon déjà, argument qui va sans doute m'attirer des critiques mais ce n'est pas grave, nous avons beau être civilisés nous n'en restons pas moins des animaux, or, à ma connaissance, les plus forts ne courbent pas l'échine devant les plus petits. Nous avons un gros cerveau, certes, mais une partie de ce cerveau est reptilien et basique : il faut lui parler simplement (et donc oser se manifester (sans leur taper dessus, on est quand même civilisés)). Mais, surtout, avant que vous ne me lanciez de gros cailloux, le "vrai" argument c'est que : ils ne peuvent pas se rendre compte si on ne le leur dit pas.

Et je ne parle pas de leur dire sur les réseaux sociaux.

Voilà. Nous sommes au point de ma réflexion.

Cette impression étrange que j'ai eu au cours de ma discussion avec Tinhy c'est celle-là : l'image de femmes qui prennent bien soin de fermer leur clapet pour ensuite aller tout cracher sur les réseaux sociaux et l'Internet mondial (oui, je caricature). Or, nous sommes des animaux, pas des machines : nous sommes pourvus de moyens biologiques de communication. Moyens de communication qui fonctionnent bien mieux que toutes nos technologies...

Bien sûr, que les hommes ne se rendent pas compte, si on ne le leur dit pas. Le dire sur les réseaux sociaux, sur les blogs, sur des sites militants, c'est ne s'adresser à personne. C'est parler à tout le monde mais ne s'adresser à personne. Vous trouvez étonnant, vous, qu'ils continuent de ne pas se rendre compte ? Moi pas. De la même manière que l'on apprend mieux avec un professeur en face de soi qu'en lisant un livre, on comprend mieux une critique quand elle nous ait faite directement.

C'est un peu la même chose avec les réflexions dans la rue, dans le fond. Une fois un mec m'a jeté un compliment, en ajoutant derrière "Mademoiselle". J'étais agacée, j'ai ignoré et je n'ai pas répondu. Il a dit "ou Madame, c'est pas grave". Pour lui je ne répondais pas parce qu'il m'avait interpellée de la mauvaise manière, pas parce qu'il m'avait interpellée tout court. Je n'ai rien dit. Peut-être que, le soir, en rentrant chez lui, il a vu passer des articles de blog, des posts sur Facebook, ou des tweet dénonçant le harcèlement de rue. A-t-il compris ? A-t-il fait le lien avec ce qu'il m'avait dit le matin-même ? Je ne pense pas. Aurait-il mieux compris si je m'étais arrêtée pour lui expliquer le problème ? Je pense que oui.

Le changement, le vrai changement, il se fait au niveau des individus. Regarder la situation en macro ? Pour quoi faire ? L'être humain ne comprend pas le macro. Par contre il comprend le micro. Si vous êtes agressée dans le métro, et que vous criez "aidez-moi ! quelqu'un, aidez-moi !" personne ne vous aidera, parce que tous se diront que l'autre, à côté d'eux, va faire quelque chose. Et nous n'y pouvons rien, c'est la psychologie humaine, le cerveau humain est comme ça. Par contre, si vous regardez quelqu'un droit dans les yeux et que vous dites "s'il vous plaît, aidez-moi", vous maximisez vos chances d'être secourue, parce que la personne éprouvera davantage de culpabilité à ne pas vous aider, puisque vous vous êtes adressée directement à elle, particulièrement à elle, individu. La psychologie humaine est ainsi faite.

Le changement, il ne se fait pas d'un seul coup à l'échelle de sociétés entières : il commence par une mère qui explique à ses enfants la notion de consentement et de respect ; et il commence par une femme qui explique gentiment au monsieur écartant les jambes à côté d'elle qu'elle ne se sent pas à l'aise.

Vous savez, l'être humain à beau être un petit peu bête (dû à son cerveau, on n'y peut rien :P), il n'est généralement pas méchant. On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir de les mettre mal à l'aise. Tinhy me disait "je trouve cela toujours différent de demander à quelqu'un de bouger son sac pour pouvoir s'asseoir vs demander à un homme de serrer ses jambes pour avoir davantage de place. [...] je me vois beaucoup plus difficilement demander à un homme de serrer ses jambes". Sauf que l'on est pas obligée de formuler comme ça (ce qui peut effectivement être étrange). On peut dire "excusez-moi Monsieur, pourriez-vous pousser votre genou, s'il vous plaît ? je ne me sens pas à l'aise". On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir. Le monsieur, je pense, poussera sa jambe sans trop de problèmes. Surtout si vous dites "je ne me sens pas à l'aise" et pas "vous me gênez". Pourquoi ? Encore un coup du cerveau ! Une personne prendra moins mal un reproche si vous ne l'attaquez pas ! ("je ne comprends pas" vs "tu ne sais pas expliquer" – et pourtant il y a véritablement des gens qui ne savent pas expliquer !).

Le changement il commence là.

D'ailleurs, le changement, il commence en vous.
(Mon Dieu, on dirait une phrase tout droit sortie d'un bouquin de développement personnel ! xD)

S'il est important de reconnaître le statut de victime, il est aussi important de ne pas s'enfermer dedans. Or, à attendre que ça soit aux hommes de prendre conscience, que ça soit aux hommes de penser à, que ça soit aux hommes de faire si ou de faire ça, eh bien nous nous complaisons dans le statut de victime. "Je ne peux pas m'asseoir, il écarte les jambes, je me sens intimidée".

Certes, on ne réagit pas tous de la même manière face à un sentiment d'intimidation, et le changement ne peut parfois pas se faire du jour au lendemain, on peut avoir besoin d'aide (par exemple commencer par mettre des shorts ou des jupes seulement quand on sort en groupe, pour prendre confiance). Mais il faut aussi savoir se mettre un grand coup de pied dans le derrière. Je peux me plaindre qu'il y ait des hommes qui me fassent chier dans la rue, mais c'est aussi à moi de m'affirmer et de leur dire que là, ça ne me plaît pas. Et si toutes les femmes qu'ils abordent chaque jour le leur disent, peut-être qu'ils finiront par comprendre. Le changement, il commence là.

Il commence là et certainement pas sur les réseaux sociaux. Sur les blogs. Sur les sites féministes. Ou même dans les média. Le changement il commence dans la rue. Il commence dans la vraie vie, en face à face et pas par écrans interposés.

Je pense que mon avis ne sera pas populaire mais je m'en fiche, c'est le mien.

Qu'en pensez-vous ? C'est aux hommes de prendre conscience ou bien les femmes peuvent leur filer un petit coup de main ?

Source photo – barnyz

18 commentaires:

  1. On peut leur donner un coup de main certes, mais je trouve quand même ton article un brin manichéen. Il y a ceux qui écouteront et il y a ceux qui n'écouteront pas. Il y a ceux qui se sentiront agressés par un simple "excusez moi pouvez vous remettre vos jambes à leur place". Je pense que le changement vient de deux côtés, et qu'il y a des circonstances à prendre en compte. Une femme qui se sent agressée par le geste de l'homme, par ses jambes écartées ça arrive très souvent, très fréquemment, pour moi, je me sentirai figée, comme si on ne me respectait pas, mais j'aurai peur, énormément. Du coup, soit je réagirais de manière très agressive, de façon à lui faire comprendre par des gestes plutôt que par des mots (ce qui ne marche pas) qu'avec la parole, parce que la parole m'est impossible. J'aime beaucoup ton article, il pose des questions pertinentes. C'est juste que tu as oublié les ressentis d'une femme face à ce comportement de domination, certes inconscient. Je te rejoins quand tu dis que l'éducation commence par la mère qui explique à son enfant, c'est la base même du changement.

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    1. Oui c'est vrai, je caricature un peu les comportements.
      Bien sûr, il y a ceux qui n'écouteront pas, et on ne peut pas faire grand-chose avec eux, mais il y a aussi ceux qui, visiblement, ne comprennent vraiment pas le problème (cf mon exemple) et eux comprendront sans doute. Quand on se fait aborder dans la rue, en fonction des situations, parfois on peut savoir si ça vaut le coup ou pas ! Le mec qui te regarde comme si t'étais un morceau de chair fraîche (je l'ai vécu) et qui te met super mal à l'aise, ben ça sert à rien de lui dire quoi que ce soit !

      Ce n'est pas tant que j'ai oublié le ressenti qu'une femme peut avoir (je préfère "qu'une" à "d'une" parce que je trouve que le deuxième généraliste à toutes les femmes, ce qui ne marche ni pour mon article ni pour ton commentaire ^^'), c'est plutôt que je ne l'ai pas traité.

      C'est-à-dire que je le dis paragraphe 2 en partant du début "Donc, nous ne considérons pas tous la même chose comme étant une agression et nous n'avons pas tous peur de la même chose" et paragraphe 4 en partant de la fin : "Certes, on ne réagit pas tous de la même manière face à un sentiment d'intimidation, et le changement ne peut parfois pas se faire du jour au lendemain, on peut avoir besoin d'aide (par exemple commencer par mettre des shorts ou des jupes seulement quand on sort en groupe, pour prendre confiance)". Et je dis aussi "sentiment d'intimidation" parce qu'on a pas tous ce sentiment au même moment et pour les mêmes choses. Donc je ne l'ai pas oublié, c'est plutôt que je ne me suis pas concentrée dessus.

      Mais bien sûr, non seulement on n'a pas tous peur des mêmes choses, mais également pas au même degré et on ne réagit pas tous pareil face à la peur (ceux qui tétanisent, ceux qui fuient à toutes jambes, etc.). Mais du coup, ça, c'est aussi un travail sur soi, parce que la peur ça se relativise. Évidemment il y a la question du traumatisme (quand tu es victime ou témoin d'une véritable agression) mais ça, ça se soigne ! Le groupe de marches exploratoires dans lequel j'étais avait une adolescente de 14 ans témoin de l'agression de sa mère dans son commerce, les marches exploratoires l'ont vraiment aidé à calmer sa peur de la rue. En fait, si j'ai choisi de ne pas plus traiter que ça cette question de la réaction face à la peur, c'est qu'il y a tellement de choses à dire que l'on peut faire un autre article. Mais je l'ai quand même mentionné, et ça ouvre la voie aux discussions complémentaires par commentaires !

      Et enfin, évidemment, c'est aussi aux hommes de faire l'effort d'entendre les femmes et le fait que certaines aient peur. Parce que souvent ils disent "mais non, y a rien à craindre" et ils n'écoutent pas du tout, et ça évidemment c'est problématique.

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    2. J'ai aussi décidé de ne pas traiter cette question de la peur parce qu'en fait ce n'était tout simplement pas mon angle. Du coup, il n'y avait pas vraiment de place pour traiter des différentes réactions face à la peur. Ce n'était pas mon sujet. Mais comme c'est dans le même thème, on peut facilement l'intégrer en commentaire comme tu viens de le faire :) Et j'aime bien aussi que les commentaires puissent permettre d'élargir la réflexion et pas seulement de réagir à l'article :)

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  2. Bonjour Melgane,

    Je te lis depuis quelques temps mais c’est la 1ère fois que je te laisse un commentaire. Pour répondre à la question à la fin de ton article, j’aurais tendance à penser que le changement de comportement des hommes sur le long terme ne peut principalement venir que d’eux-mêmes. Effectivement, si tu demandes à un homme de pousser ses genoux à un instant t, je pense qu’il le fera mais je ne suis pas sûre qu’il ne recommence pas à écarter ses jambes à un instant t+1. Je ne crois pas qu’il soit suffisant d’une seule fois pour varier changer durablement les mentalités. La pédagogie ou l’art de la répétition ! Après si tu as le courage d’expliquer calmement à chaque fois à homme qui fait du «manspreading» que ça te met mal à l’aise, respect !

    La probabilité que toutes les femmes en fasse autant me semble très faible. Entre celles qui n’osent pas, celles qui n’ont pas envie de déranger, celles qui n’ont pas la patience et la majorité qui je pense s’en fiche (tout simplement), je ne suis pas sûre que le changement sur le «manspreading» viendra des individus. Je reconnais être assez pessimiste sur la capacité des humains à se remettre en question durablement même si je considère que l’éducation au respect et au consentement pour les générations futures est quelque chose d’essentiel qui peut fonctionner. En effet, il me semble plus facile d’inculquer certaines notions aux plus jeunes et cela aura un impact plus grand surtout si cette éducation provient des parents.

    Pour résumer, je serais moins enthousiaste que toi sur la capacité des femmes à faire évoluer la mentalité des hommes. Je ne dis pas que c’est impossible (je veux bien croire que certains hommes aient pris conscience de certaines choses après des discussions avec des femmes ; mais pour reprendre l’exemple du «manspreading» dans le transport, je pense qu’une brève interaction non répétée n’est pas très significative pour aboutir à un changement de mentalité sur ce sujet) mais je crois que c’est aux hommes de réfléchir par eux-mêmes et de faire le plus gros du chemin de façon générale. J’émet aussi des réserves sur le fait que tu considères que le vrai changement se fait au niveau des individus (mon pessimisme, le retour !!) et je crois qu’un changement serait plus rapide si l’état s’en mêlait. Je considère, peut-être à tort, que les lois votées à Madrid par exemple, ont permises aux habitant(e)s de prendre conscience de ce phénomène et/ou de se remettre en question.

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    1. Effectivement, de la même manière que je dis que le changement commence dans les femmes, le changement commence aussi dans les hommes (dans les individus, en fait) et comme je le dis dans l'article : si toutes les femmes rencontrées par un homme lui disent ce qui ne va pas, peut-être finira-t-il par comprendre ?
      Je n'ai jamais eu le problème de manspreading pour le moment, donc je n'ai jamais eu à expliquer, donc je ne sais pas si je le ferais, en plus moi très franchement ça me met pas plus mal à l'aise que ça.

      Bien sûr, il est toujours plus facile d'inculquer aux plus jeunes, mais les plus jeunes ont des parents qui n'ont pas forcément conscience et donc ne peuvent pas inculquer ! (par exemple mes voisins, qui disent à leurs gamins de ne pas faire du bruit dans le couloir pour ne pas déranger, ce qui est très bien, mais qui le font en parlant fort !)
      Toutes les femmes ne se sentent pas forcément capables, ou n'ont pas la ressource sur le moment (et c'est mon cas ! le mec qui n'avait pas compris que le problème ce n'était pas "mademoiselle" je ne lui ai rien dit ! (j'aurais dû, l'essai sera donc pour une prochaine fois ! :P)).

      Une brève interaction non, mais si toutes les femmes s'y mettent...
      Effectivement, les hommes doivent aussi évoluer par eux-mêmes, et écouter les femmes au lieu de nier en bloc leur malaise !
      Enfin, l'État peut apporter quelque chose (les gens étaient contre l'arrêt de la peine de mort, c'est l'État qui a décidé, par exemple) mais il ne peut pas agir seul, il faut une action conjuguée pour que ça soit réellement efficace sur le court terme et dans la profondeur, je pense.

      En tout cas merci d'être sortie de ton silence et d'avoir pris le temps d'écrire quelques mots ! :)

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  3. De rien :) Merci beaucoup pour ta réponse. Et je suis plutôt d'accord avec toi sur la nécessité d'une action conjuguée. Je crois que là où j'ai davantage de réserves, c'est quand tu dis (je me permets de reprendre ta phrase telle quelle) : ''si toutes les femmes rencontrées par un homme lui disent ce qui ne va pas, peut-être finira-t-il par comprendre ?''. C'est le ''toute'' qui me fait tiquer, peut-être que je chipote sur un mot mais pour moi, ça implique que toutes les femmes seraient d'accord sur le fait de dire quelque chose dès qu'elles voient du ''manspreading''. Alors que les avis sur le sujet divergent (ce qui est intéressant d'ailleurs :) !).

    Personnellement, j'ai déjà été confrontée au ''manspreading'' et je ne dirai pas que j'ai été mal à l'aise pour autant. J'ai plutôt été agacée que certains hommes ne respectent pas ce que je considère comme une règle de savoir-vivre élémentaire (ce serait intéressant d'ailleurs d'avoir l'avis d'hommes sur le sujet). Cela ne m'a empêché de ne pas avoir les ressources nécessaires sur le moment pour dire quoi que ce soit. En plus, dans mon cas de personne peu sociable, j'ai du mal à aller parler aux inconnus (pour demander un renseignement ça va, mais voilà quoi :)) et encore plus pour manifester une quelconque gêne et/ou agacement. J'arrive à le faire quand je commence à connaître les personnes, ce qui n'a pas toujours été le cas (et je pense pouvoir encore progresser dans ce domaine avec le temps!!).

    En tout cas, merci encore pour ta réponse et pour cet article qui m'aura fait réfléchir sur le sujet et même sur moi-même vu la fin de mon commentaire !

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    1. Tu as raison de chipoter sur ce mot ! Toutes les femmes ne sont pas d'accord sur le manspreading. D'ailleurs, moi, globalement, je m'en fiche pas mal ! Après je vais peut-être quand même dire quelque chose le jour où je serais bloquée entre un mec et la vitre du métro, mais ça sera plus pour une raison pratique (comme si quelqu'un avait posé son sac et que j'étais toute serrée). Du coup ça serait plus "toutes les femmes mal à l'aise", effectivement !

      C'est clair qu'il faut aussi savoir garder son sang-froid pour réagir ! Très clairement, le mec qui avait pas compris pourquoi je répondais pas dans la rue, sur le coup ça m'a saoulée mais je n'ai même pas pensé au fait que je pouvais éventuellement dire quelque chose (genre "c'est la fatalité, je la ferme et j'avance") alors qu'en vrai même si je suis une fille j'ai le droit d'ouvrir ma grande bouche (surtout que je pense que la plupart du temps dans la vie je crois que je me gêne pas trop). Mais c'est aussi pour ça que je dis que c'est un travail sur soi. Même si c'est vrai que je parlais plus de la peur, ça vaut pour quand on agacée sans avoir peur !

      De rien pour les deux ! C'est normal que je prenne le temps de répondre ! Et c'est vrai que j'aime bien quand je peux retourner un sujet pour essayer d'apporter un autre angle, comme quand j'avais parlé de "balance ton porc". D'ailleurs il y a un autre truc qui me chiffonne sur ce hashtag, peut-être que j'aurais l'occasion d'en parler une fois !

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  4. Ohlala ton article me donne envie de dire plein de choses ce qui est très bon signe héhé :D !

    D'abord, c'est vrai que beaucoup de personnes ne mettent pas mal à l'aise pour le plaisir de le faire... sauf que. Sauf qu'en fait, précisément, beaucoup de mecs font ça exprès, surtout quand ils sont en groupe, le jeu est parfois justement de mettre mal à l'aise car ils savent pertinemment qu'en sifflant et en lançant des Mademoiselle, l'idée n'est pas d'entamer une relation sympathique avec la femme en question. Donc malheureusement je crois qu'on a beaucoup de contre exemples là dessus ! Les seuls cas "innocents" c'est vraiment les mecs qui effectivement essaient d'entrer en contact de manière un peu reloue, mais sans que ça ne soit à proprement parler une agression (j'ai un barème un peu similaire au tien, à ceci près que je peux me sentir mal à l'aise sans considérer que c'est un comportement d'agression). Si c'était les seuls comportement dont on avait à s'inquiéter, pfiou, quels progrès on aurait fait !

    Ensuite, sur le fait d'en parler aux hommes, sur le principe je suis vraiment d'accord, dans l'ensemble, en théorie on devrait répondre calmement qu'on n'interpelle pas une fille comme ça, et on devrait aussi parler de ce qu'on vit aux hommes de notre entourage pour qu'ils en prennent conscience. Je me souviens il y a trois ou quatre ans quand le harcèlement de rue a commencé à être médiatisé, beaucoup de mes amis sont tombés de haut, parce qu'on ne pensait pas à leur dire les remarques qu'on avait tous les jours... Comme ça n'arrive pas quand ils sont là, ils sous estimaient la situation ! Voilà, ça c'est la théorie, et c'est quelque chose qui est possible quand notre entourage est à l'écoute, ou quand les interpellations sont le fait de personnes sympathiques mais maladroites. Mais il n'empêche que ça demande beaucoup de courage et de sentiment de sécurité pour faire ça, et pour certaines femmes, en parler aux amis ou au mari est inconcevable : ça se solde par des moqueries sur la victimisation, des humiliations, bref quand on sait ça à l'avance, ben on se tait car on doit déjà mettre son énergie ailleurs, dans la quotidien. Et c'est vrai que du coup les réseaux sociaux font vite office de soupape de décompression, avec un intérêt réel parfois (faire circuler davantage la parole, mettre des femmes en contact les unes avec les autres), mais aussi avec des limites.

    Je pense qu'une partie du problème, c'est qu'il ne s'agit pas de luttes individuelles en fait... si on a besoin de davantage de confiance dans notre capacité d'action, je pense que c'est plus facile d'acquérir celle-ci si on rejoint des collectifs militant (et qui ne militent pas seulement en ligne). Le monde militant n'est pas toujours rose, mais se sentir solidaire d'autres femmes qui ont décidé d'agir, ça peut être un formidable levier... et ça peut nous aider à argumenter avec plus de sérénité et de détermination au quotidien

    A bientôt !

    Irène
    https://manebuleuse.wordpress.com

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    1. Mon barème est comme ça parce que je ne me suis jamais sentie mal à l'aise sans que ça soit un comportement d'agression (même si c'est juste un regard), mais il est peut-être amené à évoluer.
      Mais du coup, ceux qui font exprès de mettre mal à l'aise et le font en groupe... bon, je ne voudrais pas minimiser, mais je ne l'ai jamais vu. Après, c'est clair que leur parler à eux va être compliqué (et surtout inutile), c'est que je disais dans une réponse à l'un des commentaires : des fois il y a des situations où on comprend que ça sert à rien de répondre, et d'autres (quand c'est pas une agression à proprement parler) où on comprend bien que le mec a vraiment pas compris le problème (cf mon exemple).

      Effectivement, le changement doit aussi venir des hommes qui doivent pouvoir être plus à l'écoute et ne pas se moquer, c'est aussi ce que j'admettais dans une réponse à un autre commentaire. Evidemment, quand on sait à l'avance qu'on va se faire moquer, ben on dit plus rien. Mais c'est là aussi que d'autres choses peuvent être mises en place pour se libérer de ça. Je ne sais pas si tu as lu mon article sur les marches exploratoires, mais des femmes du groupe ont vraiment été mieux après ! Aller en parler à un psy peut être pas mal non plus, pour parler et pas écrire (la différence étant sensible, comme je le disais dans mon article sur #balancetonporc), parce que non, il n'y a pas que les fous qui ont besoin d'aller voir un psy, et d'ailleurs "fou" n'est pas un diagnostique. Après, les limites de ça, c'est que les marches exploratoires c'est pas dans toutes les villes, et le psy a un coût. Mais tout ça pour dire qu'il y a des outils pour apprendre à libérer sa parole et à gérer sa peur, aussi ! Donc c'est pas une fatalité d'avoir peur et d'avoir des gens fermés au dialogue dans son entourage.

      Oui, bien sûr ! Se rapprocher d'associations, ou sortir entre femmes, ça peut être l'un des outils à utiliser pour se sentir mieux ! Même si je t'avouerais que moi le militantisme... c'est pas ma tasse de thé, on va dire. J'ai sans doute beaucoup de préjugés sur la question, mais il m'est aussi apparu que les personnes qui se disent "militantes" me paraissent... dans une certaine radicalité de la pensée qui n'est absolument pas compatible avec mon amour maladif et profond pour le juste-milieu x'D

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  5. Ah et un dernier truc en complément : certes le changement global se fait à travers les individus, mais il se fait lorsque les individus agissent ensemble... J'aimerais bien être convaincu que les choses vont changer en expliquant aux hommes au fur et à mesure pourquoi ça ne va pas, et qu'eux se disent "oh mais c'est vrai elles ont raison"... mais malheureusement ce n'est pas si simple ! Déconstruire toute une socialisation, tout un tas de réflexes, c'est beaucoup moins évident que de juste décider de faire un peu attention à ses jambes. Le manspreading c'est un tout petit symbole, une toute petite incarnation du problème, et nous ce qu'on veut, c'est agir sur les causes profondes du système. Donc pas simplement convaincre les quelques hommes de bonne volonté de faire attention : s'il suffit de leur dire, c'est qu'ils n'incarnent que la partie la plus "soft" de ce qui nous préoccupe... Par contre, il est clair qu'on a besoin de prendre confiance en nous pour faire face aux remarques des mecs (et des filles !) qui minimisent ou moquent les luttes féministes dans leur ensemble, pour argumenter, pour montrer en quoi telle position est problématique etc. D'une part, ça peut réellement convaincre, d'autre part, même si les personnes concernées continuent à bougonner, si à force elles se retrouvent en minorité, et bien on crée un rapport de force. On oblige à tenir compte de ces questions. Je crois que c'est ça qu'il faut viser par nos argumentations quotidiennes, aussi :)

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    1. Je suis d'accord avec ça, justement ! Agir sur le fond du problème ! (et c'est pour ça que franchement lutter contre le manspreading je m'en fous : plutôt que d'élaguer les feuilles il faut couper à la racine : elles seront plus irriguées, ces feuilles, et c'est comme ça pour pleins de trucs).
      Mais justement : pour couper à la racine on a aussi besoin des hommes. Une fois j'avais lu l'article d'une fille qui disait que le féminisme n'avait pas besoin des hommes, qu'on n'allait quand même pas leur demander la permission, etc. Je trouvais ça tellement con ! J'avais même écrit un article sur le fait que le féminisme a besoin des hommes. Pas parce qu'on demande la permission, ou que l'on est en patriarcat et que donc ce sont eux qui ont les clefs du monde, mais parce que la notion de genre ben... ça vise pas seulement les femmes : ça vise aussi les hommes ! (qui doivent faire du foot et pas de la danse classique, porter du rose et pas du bleu, jouer avec des voitures et pas des barbies...) et que donc, en tout cas à mon sens, le féminisme non seulement a besoin des hommes mais en plus agit aussi pour les hommes, en un sens.
      Et donc, la déconstruction de la socialisation telle qu'on la connaît, a besoin des hommes. Et donc ce n'est pas en les insultant de "porc" (en généralisant) ou en les mettant tous dans le même panier comme avec le projet crocodiles ou le hashtag "men are trash" qu'on va se les mettre dans la poche !

      Et j'ajouterais que l'intérêt ce n'est pas de faire changer l'autre d'avis, mais de le faire se poser des questions. Il n'est pas dit que quelques interventions dans la rue suffisent seules à faire changer un mec d'avis/comportement, par contre, si 2 ou 3 interventions par jour (ou même une par semaine) sont conjuguées à des interventions dans les média, etc. ben à force il commencera à s'interroger, le type !

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    2. J'ai peut-être même une anecdote significative (enfin je ne sais pas si elle l'est, mais elle m'a interpellée, en tout cas).

      Il y a quelques jours sur Twitter j'ai lu un tweet très rigolo d'une internaute qui mettait une photo d'un carton de déménagement ou chose du genre avec deux cases à cocher "très lourds" et "très fragile". Je ne me souviens plus de la légende, mais en gros elle disait que les hommes étaient très lourds et très fragiles x'D J'ai trouvé ça gentillet, très bien vu et rigolo comme tout. Mais dans les réponses à ce tweet il y avait, de la part des internautes hommes (pas de tous, mais toutes les mauvaises réactions étaient celles d'hommes), une véritable haine. Ils insultaient la tweeteuse de pute (ce qui est une insulte euh... du degrés bien au-dessus de "lourds" et "fragile"), etc. Ce n'étaient pas du tout des réactions mesurées.

      Je me demande (je viens tout juste de me demander, en fait) dans quelle mesure ce n'est pas un signe que la violence ressentie sur les réseaux sociaux par certains hommes ne ressort pas. Peut-être que ces mecs étaient juste cons, mais peut-être aussi qu'à force de lire des amalgames, des "men are trash" etc., ils sautent à la gorge de la moindre insulte, même si c'est juste une mignonne petite blague... et si j'ai raison eh bien c'est un peu... dangereux ?

      Après, on sait que la violence s'exprime de toute manière sur les réseaux sociaux... mais je me demande dans quelles mesures ça ne peut pas être un effet de la violence ressentie par les hommes de la part de certaines féministes...

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  6. Je ne sais pas si tu connais le blog Egalitaria (il est dans ma blogoliste) mais elle vient d'écrire un article qui pourrait t'intéresser je pense : https://egalitaria.fr/2018/07/07/le-feminisme-doit-il-etre-victimaire/

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    1. Merci ! J'irai le lire ! Je ne connais pas cette blogueuse !

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  7. Tout d'abord, merci pour cet article Melgane, qui je trouve a le mérite d'aborder un sujet qui concerne beaucoup d'entre nous (hommes et femmes), et dont on parle peu, en tous cas, peu de manière aussi subjective.

    Comme tu l'as justement dit, il y a beaucoup de coups de gueules poussés sur le net par des nanas qui se sont senties "agressées", beaucoup d'insultes de leur part, sans essayer de comprendre ce qu'il se cache de l'autre côté du miroir.

    Je ne vais pas revenir sur ce qui a été (pertinemment) écrit dans les commentaires précédents et qui ouvrent plusieurs pistes de réflexions aussi riches les unes que les autres.

    Je voudrais juste ajouter, qu'au-delà de la question de la responsabilité, parce que comme tu l'as judicieusement souligné, on est tous responsables, et quand je dis tous c'est la femme, l'homme, les figures d'autorité, les parents, la société, et ce, au travers des normes, de l'éducation, des valeurs, de la cultures, des habitudes etc...

    Il serait intéressant d'interroger ces hommes qui "agressent" en leur demandant ce que eux ressentent avant, pendant et après l'acte. On a cette fâcheuse tendance à se diriger presque instinctivement du côté de la victime pour la parler de son ressenti, comme pour la soulager. Alors qu'en réalité, il me semble nettement plus judicieux et objectif de se placer aussi du côté de celui qui engendre l'action et le conflit pour mieux comprendre le phénomène (c'est d'ailleurs pour cela que ton exemple est très intéressant).

    Donc je ne pense pas tant qu'il est important de trouver et désigner le coupable, mais plutôt de faire un réel travail d'investigation sur les deux acteurs, l'agressé et l'agresseur pour comprendre, analyser et améliorer la situation.

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    1. Tu trouves qu'on n'est pas assez subjectif généralement ?

      Je ne dirais pas que c'est plus judicieux et objectif de parler de/à l'auteur de l'acte, je dirais que ça fait partie d'un tout. L'objectivité est impossible, de toute manière. Mais, oui, tous les auteurs d'actes ne sont pas des psychopathes et ça peut être intéressant d'avoir les explications. Par exemple une fois un mec m'a soufflé "bonjour" à l'oreille en passant à côté de moi. J'a trouvé ça vraiment super flippant. Lui a-t-il trouvé ça sexy et mystérieux ? C'est une vraie question que je me pose.

      Après il y a aussi des auteurs d'actes qui font ça précisément pour faire chier comme le mentionnait La Nébuleuse, donc creuser devient un peu plus ardu.

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  8. Tout est relatif en effet. Qu'est-ce que l'objectivité ? Par rapport à quoi on la mesure si finalement il n'y a pas d'objectivité universelle définie ?

    Pour apporter plus de précision à cette notion, par "objectivité", je dirais que l'on a tendance à adopter des comportements émotionnels, et qu'au lieu de juger en prenant connaissance de tous les paramètres, on va seulement prendre en compte nos émotions et notre ressenti. Ce qui est normal. Mais si l'on considère que l'on a raison parce qu'on "ressent", alors là pour le coup, on s'éloigne (à mon sens) de quelque chose qui pourrait être plus "objectif".

    Et pour aller plus loin, je dirais même que nos émotions sont dictées par des "normes" sociétales et valeurs culturelles grandement influencées par l'environnement dans lequel on vit.

    En France, si un homme regarde une femme trop longuement et droit dans les yeux, c'est malpoli, malsain et pervers, et celle-ci se doit de ressentir des émotions négatives.

    En Turquie ou en Asie, ce sont les deux parties du globe qui me viennent à l'esprit, mais j'imagine qu'il y en a d'autres, les hommes comme les femmes se permettent de te fixer, et tournent même la tête si tu es derrière eux pendant qu'ils conduisent pour continuer à te regarder. Et ce, que tu sois un homme ou femme.

    Au début, naïve petite Européenne que tu es, tu t'insurges et insultes, puis tu comprends finalement que ce n'est ni parce qu'ils te veulent du mal, te faire chier ou que tu es provocante par ta démarche et ton style vestimentaire.. mais que c'est culturel. Puis quand tu comprends ça, tu finis juste par ne plus remarquer ces regards fixés sur toi, et tu finis par en rire généreusement.

    Je suis d'accord, il y aura toujours des gens pour te faire chier, et la question n'est pas comment faire pour lutter contre ces gens ridiculement nuisants. Mais plutôt, comment nous, en tant qu'individu, on peut contribuer à améliorer notre propre bien-être en changeant de perspective..

    Ce point de vue n'engage que moi, évidemment.

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    1. Je ne pense pas que la subjectivité soit seulement l'émotion. Bien sûr les émotions et la manière dont on voit les choses ont une grande importance dans la construction de notre subjectivité, de notre avis, en fait, mais on peut aussi fonder un avis avec des arguments construits qui ne font pas intervenir l'émotion mais qui reste un avis subjectif.

      C'est vrai qu'il y a des normes culturelles qui peuvent intervenir sur notre manière de réagir. Mais globalement les émotions sont au contraire universelle : un film triste fera en principe pleurer n'importe qui autour de la planète, peu importe la culture. Un exemple tout récent c'est la série d'animation Miraculous, qui est diffusée dans 150 pays, donc des gens de 150 pays (et cultures) différents l'apprécient !

      Mais effectivement, parfois se placer du côté de l'auteur de l'acte peut changer la perspective !

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