mercredi 9 mai 2018

Ambivalence au poids

Bonjour !

J'ai un problème, ou tout du moins ce qu'un psychologue pourrait appeler un "événement émotionnel" qui m'encombre et qui pose beaucoup de question au rapport au corps, à soi, et presque à l'identité. C'est presque anodin, et, finalement, on pourrait facilement me répondre "mais les bonnes femmes ne sont jamais contentes !". Pourtant il y a quelque chose qui m'interpelle, là-dedans. Le fait est que j'ai maigri. À l'heure où vont commencer à fleurir un peu partout des articles et des publicités pour inciter les femmes à maigrir – ou au moins mincir – avant les premières vraies chaleurs, je me me pose question d'avoir maigri.

Jamais contentes, les bonnes femmes.

Mais, mon problème, ce n'est pas tant dans la perte de poids (qui après tout pourrait tout aussi bien être inquiétante si elle était drastique et me rapprochait du sous-poids) que le fait que je ne l'ai pas voulue. Et, même, à voir mon alimentation actuelle, on était plutôt en droit de penser que j'allais grossir. D'ailleurs, c'était ma crainte. Quand je me mettais à table (et c'est toujours le cas) je me disais que j'allais grossir, que ma mère allait m'en faire la remarque la prochaine fois qu'elle me verrait, et que j'allais moi-même le constater en enfilant mon pantalon. Mais j'ai maigri. Et je ne comprends pas. Et je m'inquiète.

Je ne comprends pas parce que ces derniers temps j'ai plutôt mangé du sucre (Kinder délices® et autres Mars®...) et des pâtes au beurre. Beaucoup de pâtes, et beaucoup de beurre. Je ne fais pas véritablement d'exercice, d'autant moins que je ne vais pas à l'aïkido toutes les semaines (pas bien), même si je monte quelques côtes (dans ma ville, ça ne manque pas).

Du coup, de cette incompréhension naît l'inquiétude. Si je ne fais rien pour maigrir mais que je maigri alors c'est un facteur émotionnel ? ou bien je dépense plus d'énergie que je ne l'imagine ? Quoi qu'il en soit, au lieu de me dire que c'est formidablement super, je ressers un peu la vis et je me dis qu'il faudra que je fasse bien bien attention quand je changerais de contexte de vie, que je changerais de ville, de rythme, pour manger moins. En même temps, comme je suis toujours dans le contrôle, mon inconscient n'allait pas me lâcher maintenant (ben non, tu penses).

Je voulais perdre du poids (sans rien faire pour que ça arrive) et maintenant que c'est le cas ça m'interpelle. D'ailleurs, ce n'est pas moi qui ai remarqué, mais un tiers. Ensuite je me suis rendue compte qu'effectivement j'avais un problème pour faire tenir mon pantalon à ma taille, et un pyjama qui tenait jusque-là tout seul et que je dois maintenant accrocher pour éviter qu'il ne glisse. Ce qui est assez intéressant d'ailleurs : avant qu'on me dise que j'avais maigri, j'aurais mis mon pantalon qui glisse sur le compte d'autre chose que d'une perte de poids, parce que je ne l'aurais pas remarqué dans le miroir (ce que je crois voir maintenant, je perds la boule, les amis)).

C'est pour ça que, dans le processus d'acceptation, maigrir, en soi, ça ne sert à rien si ça ne s'accompagne pas d'un changement d'état psychologique et c'est pour ça que s'accepter ce n'est pas simple.

Mais du coup, ça pose aussi une question du point de vue du rapport à la nourriture.
Je vous avais parlé de mes compulsions alimentaires en 2013. J'ai supprimé l'article l'autre jour (avec une bonne pelletée d'autres, d'ailleurs) mais ça ne supprime pas ma relation à la nourriture.

Actuellement je prépare une émission sur l'alimentation des jeunes, ce qui m'a amenée à lire un peu de sociologie. L'un des articles que j'ai lu rapportait le fait que les jeunes filles sont beaucoup plus attentives à leur poids, à leur minceur, et transcrivait notamment les propos d'une adolescente qui disait qu'elle culpabilisait de manger du chocolat parce qu'elle se disait qu'elle allait grossir. Et, quand j'ai lu ça, je me suis rendue compte que c'était exactement ce à quoi je pensais au moment de manger. Quand je me sers ma grande plâtrée de pâtes au beurre une voix dans ma tête me souffle que c'est beaucoup trop, que je vais grossir. D'ailleurs je mange trop vite, et j'ai souvent l'impression de me gaver. Je n'aime pas manger. C'est une perte de temps. C'est pour ça que ça ne me gêne pas de manger des pâtes au beurre midi et soir pendant un mois (et je suis modeste sur la durée). La culpabilité fait aussi que, quand j'achète des sucreries, je ne me dis pas "je me fais plaisir" mais que c'est un craquage.

Cette notion de contrôle, dans ce que j'ai lu, revient beaucoup. L'idée que les personnes obèses, ou en tout cas en surpoids, sont celles qui ne se restreignent pas ; que les filles se contrôlent moins que les garçons ; qu'il faut de la discipline, ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé. Ne pas craquer.

Or, manger, ça ne devrait pas être ça. D'ailleurs je ne mange pas : je me nourris. Et il n'y a guère que le petit-déjeuner que j'aime manger. Un bon gros petit-déjeuner bien rassasiant. C'est tout. C'est le seul repas que j'aime manger. D'ailleurs, paradoxalement, je pense que ce qui a pu me faire perdre du poids c'est de manger de vrais petit-déjeuners, et pas des petit-déjeuners où je me restreins plus ou moins inconsciemment parce que je dois tenir la semaine avec mon paquet (ce qui est complètement bête, parce que je ne suis pas en manque d'argent au point de devoir faire ça et, d'ailleurs, de manière tout à fait objective, je ne "manque" pas d'argent). Mais, si manger des pâtes tous les jours ne me gêne pas, par contre me restreindre dans mon petit-déjeuner m'emmerde. Donc j'ai arrêté. Donc j'ai maigri. Enfin je crois que c'est ça, parce que je ne vois pas d'autre modification dans mon alimentation ou mes dépenses énergétiques.

Mais mon rapport à la nourriture est tronqué. Je ne mange pas, je me nourris.
D'ailleurs, les filles ont plus de risques d'être touchées par des troubles du comportement alimentaire. En plus de mes anciennes compulsions alimentaires, je crois que je vous l'avais déjà dit mais il y a souvent des moments où j'ai faim sans avoir envie de manger, et envie de manger sans avoir faim...  j'ai aussi du mal parfois à savoir si j'ai faim ou si, au contraire, je suis rassasiée (ce qui fait que assez régulièrement je me dis après avoir mangé "rah, j'ai trop mangé" parce que mon ventre est trop rempli)... tout est donc parfaitement bien réglé dans mon corps !...

Donc voilà. J'ai maigri et, au lieu de me dire que c'est super, je me dis qu'il y a encore trop de graisse et que, surtout, si je ne fais pas un minimum attention, je vais tout reprendre, vue que ma perte de poids n'est en aucun cas contrôlée par un rééquilibrage alimentaire sain. En gros, c'est le chaos. (Jamais contentes, ces bonnes femmes).

Et vous ? Quel est votre rapport à votre poids, à votre corps, et à la nourriture ?

Source photo – lukas.wibowo 

6 commentaires:

  1. Bravo pour cet article intéressant, qui remet sur la table (ah ah ahem) toutes les questions autour du poids chez les femmes en particulier. Je ne me suis jamais considérée comme quelqu'un de sensible à ces histoires de poids, de régime, d'image du corps et pourtant je sais que je me ment à moi-même et que j'y suis totalement sensible et totalement perméable en réalité, probablement comme tout le monde et toujours insatisfaite finalement, même si m'a beaucoup aidé le fait de me dire (au bout de beaucoup d'années quand même) que je ne viendrais pas à bout de ma morphologie et de mes gènes et donc que beaucoup de contraintes et d'objectifs étaient parfaitement inutiles et absurdes.
    Au delà du poids, j'ai un petit problème comme toi avec le fait de manger : pour moi aussi, ça me parait ennuyeux et inintéressant (même la nourriture végétarienne qui est la mienne), ce qui n'aide pas à relativiser et à voir l'alimentation du bon coté.

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    1. "qui remet sur la table", si c'est pas fait exprès c'est GÉNIAL ! :DDD

      Oui, on ne va pas à l'encontre de sa morphologie, mais même en se disant ça on peut ajouter "mais on peut en tirer le meilleur", donc ça n'aide pas les esprits les plus retors (et il y en a, malheureusement !)

      Et effectivement même quand on s'en fiche et qu'on regarde ça un peu de loin, on a des pensées en piqûre de rappel...

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  2. C'est très intéressant, tout ça !
    N'aurais-tu pas maigri justement parce que tu avais si peur de grossir ? Cela a pu impliquer chez toi un genre de stress qui t'a retenue sur les quantités, ou qui t'a fait brûler plus de calories. Mais la piste du petit-dèj plus copieux est réaliste !

    Le poids, c'est une vraie part de l'identité. Moi, je suis mince (sans effort, je précise car ça a son importance), je l'ai toujours été, je me suis toujours envisagée comme telle, et en toute logique, je me vois le rester jusqu'à ma mort.

    Il y a 6 ans, à cause d'un important stress causé par ma situation de l'époque, combiné à la prise de la pilule, je me suis mise à grossir d'un coup. J'ai du prendre ...6-8 kilos en 6 mois. C'était un véritable choc identitaire pour moi, et ce qui coulait de source jusque-là (manger par plaisir, me nourrir, mon rapport au corps) est soudainement devenu difficile. Je ne savais plus qui j'étais, je ne comprenais pas ce que j'étais entrain de devenir.

    Les autres s'en apercevaient, mes vêtements me faisaient mal ... C'était toute ma vie qui me rejetait. Très violent.

    Finalement, c'est passé comme c'est venu. Le stress s'est intensifié et j'ai arrêté de me réfugier dans la nourriture. J'étais si faible mentalement que j'ai tout simplement cessé de manger. J'ai perdu plus de 10 kilos, je suis devenue maigre. Et pareil, je ne comprenais pas ce qui arrivait. Qui étais-je ? Quelle était ma "bonne forme" physique ?

    Ensuite ma vie s'est enfin stabilisée, le bonheur est revenu. J'ai dit au revoir à la pilule, et j'ai retrouvé mon corps, mon "moi", sans aucun effort. Il suffisait d'aller bien dans ma tête.

    Bon ... Je te raconte ma vie, je ne sais pas si c'est vraiment utile ... Je crois qu'il est important de te demander pourquoi tu manges, quand et comment (ce que tu fais déjà) et effectivement, de passer par un rééquilibrage pour ta santé future.
    Je suis comme toi, manger je peux adorer ça quand on me propose vraiment un met de qualité et raffiné (palais sensible), mais la plupart du temps, au quotidien, c'est juste pour me nourrir et j'attends vraiment de crever de faim pour faire quelque chose. MAIS !! Depuis que je me rééquilibre et que j'apprends à cuisiner, le plaisir s'immisce au quotidien, et mon corps (et ma tête) va beaucoup, beaucoup mieux ... !

    Ah, et j'adore ton nouveau design ! C'est chouette, c'est "racé" (dans le sens vraiment personnalisé), ça en jette.

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    1. Je ne sais pas si j'étais stressée au point de maigrir... mais je ne pense que que je me sois restreinte sur les quantités, au contraire (tu verrais la quantité de pâtes dont je m'empiffre... xD).

      J'étais mince aussi avant mes compulsions alimentaires. Peut-être que mon corps régule juste le trop-plain de plusieurs années ? (c'est beau, la naïveté).

      J'imagine effectivement la violence !... Surtout quand ça va si vite !

      Si, c'est utile parce que ça rappelle qu'il y a un vrai rapport émotionnel à la nourriture ! :D
      Moi j'aime bien cuisiné (des gâteaux surtout) mais j'aime quand même pas manger x)

      Merci :) Quand j'ai découvert Karabo Poppy Moletsane je me suis dit que je devais vraiment utiliser l'un de ses travaux !

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  3. Ohhh mais c'est tout coloré par ici !!!

    Concernant l'article ben à moins de continuer à maigrir dangereusement y'a pas de souci à se faire je pense. Tu l'a dit toi-même, tu prends des petits déjeuners plus consistants qu'avant puis bon, même si tu ne fais pas du sport toutes les semaines tu en fais un peu quand même. J'imagine qu'en ayant démarrer une nouvelle étape dans ta vie ton quotidien est quand même légèrement différent. Pour que le stress fasses maigrir il faut que ça atteigne des sommets. Tu n'aurais eu aucun doute si ça en avait été la cause.
    Y'a juste à apprécier ta nouvelle silhouette :-)

    Moi mon rapport à la bouffe est en partie déformé par ma cyclothymie malheureusement. Entre frénésies alimentaires (manger très gras, très salé, très sucré ou en plus grandes quantitées) et dégoût généralisé. (Plus d'envies, manger pour se nourrir et point barre) Donc c'est un peu relou parfois. Mais j'essaie de faire gaffe à ne pas aller dans les excès - à des moments je n'y arrive pas et c'est trop tard - et je me force la main quand j'ai envie de rien. (Sinon je serais capable de sauter des repas, je l'ai fait par le passé)
    Brefouille ^^ Tu n'es pas le cas le plus désespéré au monde.

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    1. Ouiiiii c'est tout coloré par ici ! :D

      Mais le pire c'est que je l'apprécie même pas, parce que je vois pas la différence à l’œil nu, et ma culotte de cheval je la vois, elle, par contre x)

      Ça ne m'étonne pas que tu ais un rapport compliqué à la nourriture vu que les émotions sont très liées à l'alimentation !
      Je sais bien que je ne suis pas le cas le plus désespéré du monde... et j'ai presque envie d'ajouter "malheureusement". Mais je pense que... quelque part il n'y a pas de cas "le plus désespéré" parce qu'à partir du moment où le rapport à la bouffe fait souffrir ben c'est pas bien... sans qu'on rentre dans une compétition du pire (même si je me doute que c'est pas ce que t'as voulu dire).

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