mardi 13 février 2018

J'ai testé pour vous : une marche exploratoire

Bonjour !

J'aurais voulu trouver un titre un peu plus original mais je n'avais rien sous le coude, il va falloir faire avec... ! Hier, comme je vous l'annonçais sur Hellocoton, j'ai participé à une marche exploratoire dans les rues de ma ville (je ne serai pas plus précise sur ladite ville) et je me disais que c'était une bonne occasion pour écrire un article. Un article qui sera sans doute tellement long que je vais même y mettre des sous-titres pour que tout soit clair (y compris pour moi !) !

Qu'est-ce qu'une marche exploratoire ?


Déjà, pour commencer par le début et pour celles et ceux qui comme moi avant de me retrouver dedans ne savent pas trop ce que c'est, une marche exploratoire c'est un outil pour mieux comprendre le rapport des femmes à la ville, leur vécu, leur utilisation de la ville, le tout partant du constat que les femmes traversent la ville mais ne s'y arrêtent pas alors que ce sont elles qui font la plupart des trajets. On réunit donc des femmes habitantes d'une partie localisée de la ville et on leur fait tracer sur une carte leurs itinéraires et marquer les endroits où elles se sentent bien et ceux où elles se sentent moins bien.

Puis on crée une marche qui va passer dans le plus possible de ces endroits. De jour et de nuit. Pendant la marche les femmes prennent des notes, se posent des questions, s'écoutent, et notent ce qu'il faudrait pour améliorer les choses aux endroits repérés où elles s'arrêtent (un ralentisseur devant l'école, plus d'éclairage, etc.). Les marches se font en partenariat avec les décideurs qui statueront à la fin pour savoir ce qu'il est possible de faire et ce qu'il n'est pas possible de faire, quand on pourra le faire, etc. Le but est de permettre aux femmes de se sentir mieux dans la ville, et d'avoir leur avis sur la ville et l'urbanisme étant donné que, dans les groupes mixtes, les hommes prennent la parole et les femmes se taisent.

Comment j'ai atterri là ?


Ce n'est pas que je ne me sente pas bien dans ma ville, ou que j'appréhende de parler devant des hommes, que je ne suis pas à l'aise (si je vous disais le contraire vous ne me croiriez sans doute pas d'ailleurs xD)... En fait, je travaille pour une radio, et nous nous sommes demandé comment nous allions pouvoir traiter le sujet, si c'était une bonne idée de le faire, etc. Et puis, parallèlement, on voulait traiter les questions d'accessibilités/mobilités dans la ville et les marches exploratoires pouvaient être un pan de ce grand thème. C'est comme ça que moi, habitante du quartier incriminé, je me suis retrouvée à prendre les marches en cours de route, sans être totalement acquise à la cause, sans être non plus tout à fait contre même si j'avais entendu des critiques sur ces marches. J'y allais en attendant de voir, sans trop savoir où je mettais les pieds (mais en sachant pourquoi, ce qui constitue déjà un bon début :P).

Qu'est-ce que j'en ai pensé ?


Une marche toute en paradoxe


C'est là que le bât blesse. Sur le principe de donner la parole aux femmes, de libérer leur parole, de leur permettre de dire ce qu'elles pensent de la ville, de l'urbanisme, etc., de pouvoir s'approprier la ville et d'aller où elles veulent quand elles le veulent sans utiliser de stratégie d'évitement comme ne pas aller chercher sa voiture au parking en pleine nuit alors qu'on en a besoin, je n'ai rien à redire. Le premier problème c'est que cette marche ne m'a pas été présentée que comme ça (au contraire de la vidéo sur les Lombardines de Rouen que l'on m'a fait regarder). On a aussi mis en avant le fait que les femmes, au contraire des hommes, pensent à tout le monde alors que les hommes ne pensent qu'à eux (le trottoir cabossé on s'en fout tant qu'on a le terrain de foot). Or, cet argument me laisse un peu perplexe parce que ça renvoie encore les femmes à leur rôle de genre : le soin des autres, de la famille, etc. Du coup ça entre, à mon sens, en contradiction avec le premier argument... donc j'attends de voir comment ces marches seront présentées pendant la conférence de presse prochaine, pour vérifier l'emprise du paradoxe sur les marches.

Ces marches, c'est le moment de pointer tout ce qui ne va pas dans l'urbanisme : des trottoirs cabossés, étroits, dangereux, des encombrants qui s'entassent autour des poubelles, le manque de verdure, les travaux qui durent depuis des plombes, les façades des maisons toutes déconfites, les numéros de rue qu'on ne voit plus, la cohabitation difficile piétons/voitures, etc., etc., etc., qui sont des choses qui vont servir à tout le monde et c'est très bien si on fait les travaux là où il en faut. Mais à la question "comment ça se passe pour les femmes ?" (et qui donc raccroche à la question particulière du rapport des femmes à la ville, à la sécurité, etc.) on n'a jamais vraiment répondu : il n'y a pas de spécificité des femmes. On retrouve alors le paradoxe de la présentation de ces marches.

Une question de genre et de regard


Du coup, je suis assez sceptique. Les femmes ne sont pas plus sensibles que les hommes ; elles ont juste une expérience de la ville différente. Ce n'est peut-être pas qu'elles pensent plus aux autres ; c'est que leur expérience de la ville se croise avec d'autres. C'est l'exemple de la poussette. La poussette a des roues, sur les trottoirs cabossés c'est galère ; elles remarquent donc peut-être plus les trottoirs en mauvais état que les hommes qui, eux, ont moins souvent à aller chercher les enfants à l'école. Or, qui d'autre peut rencontrer des problèmes à cause de roues ? Les personnes en situation de handicap qui se déplacent en fauteuil roulant. Ce n'est donc peut-être pas que les femmes pensent plus aux autres que les hommes, c'est qu'elles font des parallèles entre leur expérience de la ville et celle des autres. Une femme qui fait le trajet à poussette tous les jours peut peut-être plus facilement se dire "et t'imagines pour quelqu'un en fauteuil ?!" qu'une personne qui ne fait pas ce trajet.

Ceci dit ce n'est pas qu'une question de répartition des taches et de rôles de genres. C'est une question de regard. Un homme qui est sensibilisé aux questions sur le handicap par exemple, ou la vieillesse, parce que c'est son métier ou que la problématique touche quelqu'un de sa famille, parce qu'il a été frappé par une campagne de sensibilisation, remarquera lui aussi les trottoirs cabossés, même s'il ne va pas chercher ses enfants en poussette à l'école. Et moi, qui suis une femme, je ne suis pas sensible à la question parce que femme ; je suis sensible à la question depuis une campagne où l'on voyait une devanture de boulangerie avec des marches et où la question était de savoir comment le fauteuil allait accéder. Le regard, la sensibilité aux autres expériences de la ville, ce n'est pas inné, c'est acquis, et ce n'est pas que le genre.

Peut-être qu'avec ces marches on peut entrer dans un cercle vertueux et permettre d'ouvrir le regard, mais seulement si la pédagogie autour est bien faite et que ce n'est pas détourné ou moqué comme un "truc de bonnes femmes".

Un groupe peu diversifié


J'ajouterais que, en plus, j'ai trouvé, comparé aux Lombardines de Rouen (vidéo postée sur Youtube par la ville de Rouen), que le groupe était peu diversifié que ce soit en âge (à vue de nez presque toutes ont plus de cinquante ans) ou en origine ethnique (que des Blanches). Je dois nuancer en disant que je ne connais pas la sociologie de cette partie de la ville (peut-être que c'était en fait représentatif) et que je n'ai pas rencontré toutes les participantes. Cependant ce problème est réel et vient peut-être de la manière dont les femmes ont été recrutées. En fait il n'y a presque pas eu de publicité autour du projet, car les organisateurs qui sont rattachés à la mairie avaient déjà entendu les propos de beaucoup de femmes qu'ils ont donc contactées par ce biais-là.

Je pense qu'il y a ici un problème, car une femme noire (ou d'une autre origine ethnique, on s'entend) n'a pas forcément la même approche de la ville, ou les mêmes rues qu'elle évite. Les poussettes et les trottoirs cabossés c'est pour tout le monde mais si, dans une rue, elle se fait insulter par des propos racistes chaque fois qu'elle passe, elle ne la prendra plus. Peut-être que je chipote, mais je trouve ça quand même dommage. D'autant que des femmes noires il doit y en avoir, dans ce quartier, puisqu'une dame m'a dit en parlant de ma rue (je ne me souviens plus exactement et j'ai peut-être mal compris mais c'est l'idée) : "mais ça craint un peu dans ce coin, il y a beaucoup de Noirs, non ?". Ahem. C'est donc que des femmes noires et du racisme il y en a et donc sans doute aussi des femmes noires confrontées au racisme. De même que la ville des jeunes n'est pas la ville des personnes âgées ; j'avais abordé le sujet dans l'article sur la tribune de Catherine Deneuve.

Quels changements ?


Je ne peux pas parler de résultats comme la dernière marche n'a pas été faite et encore moins la marche finale en présence des décideurs. Donc il ne peut pas y avoir déjà des résultats concrets, c'est pour cela que je parle de changements. Dans la vidéo des marcheuses de Rouen l'une des femmes dit qu'elle redécouvre un peu son quartier, que des fois elle a peur pour rien finalement, et qu'elle découvre aussi le plaisir de se balader. C'est de ce genre de changements que je parle, d'un changement d'état d'esprit. Je n'ai pas vraiment parlé avec les femmes de mon groupe, donc je ne peux que partir de propos rapportés.

L'un des organisateur des marches m'a dit que certaines femmes avaient changé leurs itinéraires pour passer dans les rues des autres femmes (donc dans des rues où elles savent à quelles portes frapper pour avoir de l'aide). Pour moi, ça, c'est une stratégie d'évitement, un moyen de se rassurer, et pas une réappropriation de la ville. Peut-être qu'elles attendent les nouvelles installations mais... je ne suis pas sûre. Dans la vidéo de Rouen par exemple il y a une espèce d'espace avec des arbres mais peu de lumière et pas de bancs. Des femmes disent qu'elles ne passent pas par-là la nuit parce qu'elles ont peur, et de jour parce qu'il n'y a personne. Le problème c'est donc qu'il n'y a pas d'installations qui fassent vivant (comme des bancs) et sécurisant. La lumière ça ne suffit pas non plus (sinon elles iraient de jour). Du coup je me demande s'il suffit de mettre des lampadaires pour rassurer les personnes... surtout si elles développent de nouvelles stratégies d'évitement au sein même du groupe.

Ma première marche


Mon honnêteté intellectuelle m'oblige à nuancer tous mes propos en disant que c'était ma première marche, que j'ai pris les choses en cours de route, que je n'ai pas fait les marches nocturnes ni même inscrit mes trajets sur les cartes. Je n'ai pas pu vraiment parler à ces femmes et donc tenter d'en savoir plus sur pourquoi elles sont là, ce qu'elles en retirent, leurs stratégies d'évitement, s'il y a des rues que maintenant elles prennent alors qu'elles ne le faisaient pas avant... Cependant j'ai quand même l'impression que, en tout cas dans la manière dont ça a été présenté, la marche des Lombardines était mieux réussie (ceci dit la vidéo est publiée par la ville, qui a tout intérêt à dire que tout s'est bien passé, évidemment) que celle de ma ville. Peut-être que mon avis changera à la suite de ma seconde marche mais j'en doute un peu à vrai dire, peut-être parce que je ne fais pas partie des femmes qui n'osent pas parler en présence des hommes...

Mon sentiment de la ville a-t-il changé ?


Ces marches s'inscrivent dans un moment où je relativise beaucoup le sentiment de peur (le mien et la peur d'une manière générale) et l'une des choses qu'à dite l'organisateur qui m'a parlé me conforte plutôt dans le sens de la relativisation à vrai dire. Il m'a dit que, en gros, à certains endroits, avant de se connaître certaines femmes n'avaient pas du tout peur, et maintenant qu'elles ont entendu les histoires des autres elles ne passent plus par-là (ça va aussi un peu avec ce que je disais plus haut : au lieu de s'approprier la ville, il y a de nouvelles manœuvres d'évitement). Ça veut dire que la peur est interne, totalement subjective, et ne dépend pas que des facteurs extérieurs.

Si j'étais encerclée par des lions affamés j'aurais peut-être raison d'avoir peur, parce qu'un lion c'est plus grand que moi, plus fort, ça a des crocs, je ne cours pas vite et je ne pourrais pas me défendre. Ce serait une peur assez rationnelle. Mais avoir peur d'un mec qui fume une clope en bas d'un escalier l'hiver à 21h et choisir de changer de chemin c'est irrationnel. Il attend quelqu'un, ou il promène son chien. Rien ne me prouve qu'il va me faire une remarque, m'embêter, me suivre, insister, voire me blesser. Rien ne me prouve non plus que, sur l'itinéraire bis, il n'y aura pas quelqu'un de malintentionné. Donc on ne s'en sort plus. En fait, dans ces cas-là, on n'a pas peur d'une situation dangereuse, on a peur qu'il puisse éventuellement arriver quelque chose. C'est le monstre sous le lit qui pourrait te dévorer pendant ton sommeil ; ou l'araignée qui pourrait remonter le long du mur et venir sur ton oreiller. C'est irrationnel.

Vous savez, il y a quelques jours, il m'est arrivé un truc. Un truc anodin et stupide, mais qui est en fait le fondement de mon relativisme actuel sur la peur et le danger dans une rue. Je marchais, un peu perdue dans mes pensées, quand une silhouette s'est approchée de moi. Un jeune homme. Pendant une fraction de seconde j'ai appréhendé, j'ai eu même peur je pourrais dire, et je me suis dit "oh putain un mec me parle, qu'est-ce qu'il me veut encore ?!". Comme si j'allais forcément recevoir un "salut" ou un de ces compliments jetés à la volée, ou, pire, être agressée. Vous savez ce qu'il me voulait, ce monsieur ? Il voulait savoir où était le dentiste. Voilà. J'ai eu peur de ça ; d'un homme qui voulait savoir où était le dentiste. On en est là. J'aurais été aussi surprise si ça avait été une femme puisque j'étais pépère en train de réfléchir et que quelqu'un m'aborde quand je m'y attends le moins, mais je n'aurais pas eu peur. C'est ce qui m'a amené à me dire qu'en fait on a peur pour rien. Qu'en fait à entendre parler d'agressions et de harcèlement depuis des mois on craint quelque chose qui n'est pas si fréquent, on lui donne plus d'importance qu'il n'en a, on le surévalue, on devient paranoïaques.

Alors attention, je ne dis pas que des mecs qui vous abordent et vous saoulent ça n'existe pas ; ça m'est arrivé aussi, donc je sais que ça existe. Soit des réflexions lourdes mais qui ne sont pas des agressions (des compliments jetés en passant, des sifflets admiratifs, des bonjours...), soit des choses qui en sont ("madame vous avez de la chance qu'on vous laisse passer !", ou des regards équivoques qui vous font sentir mal à l'aise). Je ne dis pas que ça n'existe pas : ça m'est arrivé, donc je ne peux pas nier que ça existe. Mais je dis que, en fait... on est presque prête à considérer que tous les hommes que l'on va croiser vont se comporter comme ça, d'une part ; et d'autre part on appréhende une situation avant même qu'elle se produise en repérant les silhouettes masculines à deux-cents ou trois-cents mètres, en se disant "à tous les coups, celui-là...". Et ça, ça craint. Et ça, ce n'est plus rationnel.

En fait, voir tout ce qu'il s'est passé sur les réseaux sociaux, parler, etc. ça crée de la peur dans la mesure où on se dit "ah oui, dans cette rue il est arrivé un truc à Unetelle donc je dois pas la prendre". C'était cette rue mais ça aurait pu en être une autre... Et on a dans la tête beaucoup d'histoires qui font du coup remonter le taux réel d'agressions. Je suis dans ma ville depuis Octobre, soit quatre mois et demi, et ça ne m'est arrivé que deux fois ! Dont un épisode, le dernier, que je ne considère pas comme une agression.

Donc je relativise beaucoup le sentiment de peur, d'appréhension face à l'agression, parce qu'au final on a peur qu'une situation puisse peut-être se produire et pas quand elle est effectivement là. Je ne sais pas si je suis claire...

Qu'est-ce que j'attends des marches exploratoires ?


Pas grand-chose. Je ne suis pas convaincue que plus de bancs et de fleurs, plus de lumières, permettent vraiment aux femmes de s'arrêter dans des lieux et de se les approprier. Les femmes traversent la ville mais ne s'y arrêtent pas, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas assez de bancs : ça veut dire que soit elles ont peur soit elles n'ont pas le temps. Mettre des fleurs ça ajoute un peu de vie dans une rue, effectivement, alors elle apparaît moins comme une rue abandonnée où on ne recevra pas d'aide s'il nous arrive quelque chose. Il n'en demeure pas moins que si sous un porche un jeune en sweat et jogging a rabattu sa capuche sur sa tête (pour caricaturer) et fume et discute avec ses potes, des fleurs, de la lumière, et une jolie façade ne seront pas suffisantes pour convaincre une femme un peu sur ses gardes de changer de route.

Les femmes font la plupart des trajets en ville ; ça veut dire quoi ? Que ce sont elles qui vont chercher les enfants à l'école, faire les courses, amènent le chien chez le vétérinaire et les enfants chez le médecin, etc. Quand on va travailler, quand on revient d'une journée de boulot avec un enfant dans chaque bras, je pense que l'on n'a pas le temps de s'arrêter, ou que l'on veut juste se poser chez soi avec un café et pas sur un banc où il va falloir surveiller les gosses pour les empêcher de traverser tout seuls... Peut-être que mon analyse traduit ma méconnaissance du but des marches exploratoires, mais si les femmes ne s'arrêtent pas en ville c'est aussi parce qu'elles n'ont pas le temps et pas seulement parce qu'elles ne s'y sentent pas bien. Et elles n'ont pas le temps à cause de la répartition des tâches dans une famille (du moins en partie), je pense. Et moi je ne prends pas le temps d'aller me poser sur un banc avec un bouquin parce que je fais d'autres choix (mais j'ai repéré des endroits sympas pour le printemps).

Et, du point de vue de l'autre côté, ce n'est pas parce qu'il y aura des fleurs que les mecs qui ne respectent pas les femmes arrêteront de les insulter, de les menacer, de les suivre... au final ce que j'essaye de dire c'est que c'est plus un problème entre citoyens qu'un problème d'infrastructures, même si une personne plus en confiance est sans doute une personne qui apparaît moins vulnérable et donc une cible moins tentante.

Si ces marches exploratoires aboutissent à quelque chose ça sera à une ville plus jolie, mais pas forcément une ville où les femmes oseront marcher, prendre la place, surtout si on les présente comme plus sensibles et trouvant des solutions qui arrangent tout le monde... Si au printemps je veux m'asseoir sur un banc pour lire un bouquin j'en choisirais un où il n'y a personne (c'est aussi parce que quand on veut lire un bouquin on veut être tranquille) et pas un où un groupe de mecs boivent des bières et parlent fort... j'écris un peu à chaud, un peu sans savoir quoi penser, et un peu pour m'aider à faire le tri dans mes ressentis, mais c'est un peu mon sentiment et peut-être qu'il se rééquilibrera après la conférence de presse, mais peut-être pas...

Conclusion


Vouloir avoir l'avis des femmes sur la ville est une super idée, vouloir qu'elles s'approprient la ville et fassent autre chose que la traverser est une super idée, vouloir libérer la parole des femmes est une super idée, et vouloir qu'elles se sentent plus en sécurité est une super idée. Dans le groupe des marcheuses il y a des femmes qui se sont faites agresser, il y a des femmes qui ont peur. Mais voilà, j'ai l'impression que l'on superpose deux problématiques : l'appropriation de la ville par les femmes et le sentiment d'insécurité. Et je pense que ce sont deux problématiques qui, si elles peuvent sur certains points se superposer comme des tuiles sur un toit, ne sont pas tout à fait identiques et méritent des traitements différents.

Et quand on parle aussi de sensibiliser les gendarmes et les policiers à plus prendre en compte la parole des femmes, à arrêter de demander comment elles étaient habillées, c'est bien mais en fait on n'est déjà presque plus dans la question de la ville : on a déjà un pied sinon les deux dans la question de la représentation de ce qu'est une agression et de ce qu'est un viol. C'est un vrai sujet, mais on n'est déjà presque plus dans l'expérience de la ville par les femmes, on s'en éloigne, en tout cas, pour entrer dans celles des représentations. Évidemment ça concerne la ville dans la mesure où on peut se faire interpeller dans la ville, insulter dans la ville, mais les policiers, eux, ne sont pas dans la ville : ils sont dans le commissariat donc là il s'agit plus des représentations que les policiers se font de l'expérience de la ville par les femmes : on n'est donc déjà plus tout à fait dans le sujet, ou en tout cas on y entre de manière indirecte. Et en fait c'est ça mon impression : qu'on a voulu superposer comme identiques deux problématiques qui peuvent s'entrecroiser mais qui sont différentes.

Qu'en pensez-vous ? Avez-vous déjà participé à des marches exploratoires ? Le souhaiteriez-vous ?

Source photo – David Cloux
Source photo – Cristina Barroca

3 commentaires:

  1. Ton article est super intéressant car je ne connaissais pas du tout les marches exploratoires. Ca me tenterait bien de m'approprier de la ville, comme si cette ville est un grand jardin qui m'appartient, où que j'aille c'est chez "moi". Mais bon, pas facile, car déjà on a des peurs illusoires car étant parent, ma fille qui est au collège, est de plus en plus autonome. Et bien sûr je m'inquiète, à savoir si elle sera toujours en sécurité si elle faisait un détour, un peu comme le petit chaperon rouge lol. Je préfère ma ville actuelle qui est plus sécurisante que la ville précédente où je vivais.

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    1. Justement, qu'est-ce qui te fait dire que ta ville actuelle est plus sécurisante ?

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    2. C'est l'aspect de la ville, verdoyante et spacieuse puis lumineuse avec ses rues piétonnières.

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