dimanche 14 janvier 2018

La tribune ou le débat des extrémités

Bonjour !

À la base, aujourd'hui, j'aurais voulu essayer d'écrire un article sur l'éducation aux médias pour vous parler d'une formation subie il y a plusieurs semaines déjà et dont mon esprit ne parvient pas à se défaire. Mais j'ai lu un article d'EllaStique au sujet de la fameuse ; la tribune cosignée par cent femmes que l'on a beaucoup critiquée pour les exemples qu'elle contient et le "service après vente" de la publication. De guerre lasse et parce qu'il vaut mieux savoir de quoi on parle avant de donner son avis, je suis allée lire cette tribune. Que j'aie trouvée sur Reddit (c'est pas bien) ce qui m'a aussi permis d'avoir accès à des commentaires extrêmement intéressants et sur certains desquels je reviendrai.

Lorsque j'ai eu fini de lire la tribune il m'est resté un sentiment étrange d'incertitude tant le décalage m'a paru grand entre le message de fond qu'elle tente de faire passer et l'aspect dérangeant des arguments utilisés pour le défendre. Elle est mal fichue, cette tribune. Très mal fichue. Et, ce sentiment étrange je ne suis apparemment pas la seule à l'avoir ressenti, du moins c'est ce que je pense à la lecture de certains commentaires dont celui de Spacexfrance : "A la première lecture je me suis dit que c'était bien pour dénoncer les dérives du mouvement me too et ya plusieurs points intéressants. A la deuxième je me suis dit qu'il y a plusieurs choses de trop quand même. Le frotteur du métro et Polanski c'est les deux plus évidents. C'est mal amené l'argumentation à mon avis.". L'argumentation est effectivement mauvaise.

J'ai eu l'impression que ces femmes mélangeaient tout. Et les questions autour de l'art (changer des œuvres d'art ou les censurer, la question de la distinction à faire ou non entre l'homme et l'artiste, etc.), et #metoo, et la drague, et le harcèlement... rien n'est clair. Tantôt elles confondent drague et harcèlement/agression sexuelle – "Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés [...] alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d'un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque" ; si toucher un genou peut se défendre en fonction des circonstances, voler un baiser est une agression sexuelle, envoyer des (!) messages connotés sexuellement à une personne que l'on sait ne pas partager nos sentiments est du harcèlement – tantôt elles s'en défendent ! : "[...] mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle". Elles en arrivent à ce qu'on comprenne qu'elles excusent des délits tant leurs formulations sont ambiguës ("Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle voire comme un non-événement.") !

Si bien qu'au final, avec leurs arguments, elles disent le contraire de ce qu'elles annoncent et de ce par quoi elles terminent ! Elles disent pourtant des choses intéressantes en soulevant les excès de #metoo et #balancetonporc qui peuvent en arriver à juger sur la place publique. Leur conclusion est intéressante également et mérite d'être soulevée : "Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d'importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Pour celles d'entre nous qui ont choisi d'avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser. Les accidents qui peuvent toucher le corps d'une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités."

C'est là leur message de fond (je crois...), mais qui dit le contraire des arguments et exemples avancés. Ce qui a été pointé du doigt par un commentateur qui remarquait que la conclusion n'avait pas de rapport avec le reste. Elle est fichtrement mal fichue, cette tribune. Confuse. Des commentateurs disent : "[...] Enfin si vous ne voulez pas que les mecs vous draguent, portez le voile ; or c'est juste ce dont les 100 vous mettent en garde car vous faites le jeu des intégrismes, et notamment de Daesh ; c'est clairement dit dans la tribune !" ou encore : "La drague étant perçue comme du harcèlement, c'est justement ce qui est dénoncé... et c'est donc du puritanisme !" Mais rien n'est clair dans cette tribune ! Rien n'est dit comme le formulent ces commentateurs (qui ont donc le mérite d'avoir compris quelque chose à ce vaste capharnaüm).

Là où je pense que c'est le débat des extrémités c'est que, parmi ceux qui soutiennent les dénonciations massives, se trouve un courant du féminisme assez extrême qui lui aussi en vient à faire la confusion entre agression et drague ou "accostage". Or, un simple "bonjour", voire un sifflet, n'est pas forcément une agression. On m'a dit bonjour plusieurs fois, on m'a sifflée de manière admirative une fois ; je ne me suis pas sentie agressée. Par contre, le jour où un jeune homme m'a dit "salut" d'un air qui se voulait sans doute aguicheur, en me détaillant de bas en haut et de haut en bas comme en essayant d'évaluer la qualité de ma viande, là je me suis sentie mal à l'aise et déboussolée.

On a donc des féministes parfois extrêmes qui font une confusion entre harcèlement et drague d'un coté et des signataires qui font la confusion entre drague et harcèlement de l'autre. L'ordre des mots a une importance. Dans le premier cas ces féministes voient certaines tentatives de drague lourde comme des agressions et, dans le second, les signataires considèrent des actes agressifs ou de harcèlement comme de la drague (pour minimiser les faits quand les autres les aggravent) (je ne sais pas si je suis claire). Dans les deux camps on a des idées bien arrêtées, à tel point que quand on en vient à critiquer #metoo ou #balancetonporc en pointant du doigt leurs limites c'est forcément que l'on est tout à fait d'accord avec la tribune... et si on critique la tribune que l'on est tout à fait d'accord avec #balancetonporc. On ne peut pas se placer quelque part entre les deux. Pourtant il n'y a pas que deux courants du féminisme mais une multitude !

EllaStique a fait, quant à elle, une remarque assez intéressante dans son article. Elle dit qu'il faudrait "juste pouvoir discuter avec ces femmes blanches cis" (l'italique est d'origine). Mais, comme je le lui disais par commentaire, je ne suis pas certaine que la problématique soit de cet ordre. Je pense qu'il s'agit davantage d'une question de classes sociales.

Ces signataires sont probablement des femmes issues des classes socio-professionnelles aisées. Or leur ville n'est pas la mienne. C'était mon intuition, confirmée par Yankel Fijalkow dans son livre Sociologie des villes (oui parce que je suis allée chercher de la sociologie pour un peu appuyer ce que je dis, en plus) : "[...] les catégories sociales vivent dans des univers urbains différents : la ville des cadres n’est pas celle des ouvriers, ni celle des étudiants ou des personnes âgées. On peut donc dire que les positions spatiales traduisent des positions sociales et agissent sur les représentations et les pratiques des habitants." La ville de ces femmes (le Paris ?) n'est pas la même que celle des classes moyennes et classes populaires. Elles ne fréquentent pas les mêmes quartiers, n'utilisent peut-être pas les mêmes moyens de transport (taxis vs. métro), et donc, au final, n'ont pas la même expérience d'accessibilité de la ville (de Paris ?), de sécurité de la ville (de Paris ?), et d'urbanisme. Elles n'ont pas le mode de vie des classes moyennes.

De là rien d'étonnant à ce qu'elles n'aient pas de vrais arguments pour séparer "abordage" d'agression. Ou pour parler des frotteurs du métro. Ainsi disent-elles que ça doit être un non-événement, ce que l'on peut interpréter de deux manières. Soit, pour elles qui ne fréquentent peut-être pas tellement le métro (vivent les préjugés sur les classes bourgeoises !), un frotteur est un non-événement parce que rare ; soit c'est un non-événement parce que ça arrive tous les jours donc c'est banal. Et c'est bien là tout le nœud du problème. Un frotteur, en soi, oui, c'est déjà une agression sexuelle (s'il touche des parties sexuelles), mais là où ça vient véritablement rompre le mental des femmes qui en sont victimes c'est la répétition incessante par des hommes différents, tous les jours ou chaque semaine. Du coup, leur tournure est très ambiguë et pas claire pour un sou ! Une commentatrice avait d'ailleurs deux interprétations. Or, pour ce genre de sujet, c'est quand même embêtant de laisser la porte largement ouverte à l'interprétation.

Comme ce sont les exemples et les arguments qui construisent et portent un argumentaire, leur dernier paragraphe est passé à la trappe, alors qu'il est assez intéressant, et actuellement je n'arrive toujours pas à déterminer s'il faut se fier à leurs exemples bancals ou à l'incipit et l'explicit de leur tribune...

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Marc Lagneau

mardi 9 janvier 2018

S'accepter, comme si c'était simple... !

Bonjour !

Ces derniers mois reviennent régulièrement des articles traitant la question de l'acceptation ; l'acceptation de soi, de son apparence physique et, à chaque fois, je suis assez béate, un peu déçue, je reste sur ma faim (en même temps j'ai pas lu tous les articles non plus). J'ai toujours l'impression que leurs autrices présentent le fait de s'accepter comme quelque chose de facile, d'évident, comme s'il s'agissait simplement d'avoir un déclic, de se faire un peu violence ; de ne plus regarder les publicités, les réseaux sociaux, de ne plus écouter les injonctions de la "société" ce démon que l'on accuse toujours de tout comme si aucun de nous n'en faisait partie, à se lever plus tôt, à manger ceci ou cela... comme si c'était la chose qui allait le plus de soi dans ce bas monde. Il y a quelques temps, quelque mois, je n'aurais pas relevé, vous voyez. J'aurais laissé passer et, si on m'avait demandé mon avis, je n'en aurais certainement pas eu. Mais maintenant que je suis dans cette démarche d'acceptation, justement, de rencontre avec mon corps, comme je vous le disais il y a quelques temps, je trouve que ces articles tout beau tout rose et tout mignons sont un peu... plats. Fades. La plupart du temps ils ne donnent pas de conseils sur comment on doit s'accepter, ou alors des conseils dérisoires qui frôlent le ridicule, voire – pire – le contre-sens.

Je sais que cette introduction peut vite me faire passer du côté de la fille qui tout à coup, parce qu'elle a une expérience sur le sujet, sait tout mieux que tout le monde et vient prêcher la bonne parole en dénigrant les autres. Je suis désolée si c'est ce que vous ressentez à la lecture de cet article. Ce n'est pas mon but. D'ailleurs la plupart des choses que je vais vous dire dans cet article, la base de la réflexion dirons-nous, je ne les ai pas inventées, je le sors du chapitre d'un livre de psychologie qui traite de l'acceptation appliquée aux problématiques de l'apparence physique :  « Chapitre 7. Accepter son apparence physique : apports de l'acceptation dans les problématiques d'image corporelle », Pleine conscience et acceptation. Les thérapies de la troisième vague. (par Sophie Cheval, Jean-Louis Monestès, et Matthieu Villatte. De Boeck Supérieur, 2011, pp. 207-232 ; que vous pouvez trouver ici). Le tout assorti de mon expérience, de mes ressentis (histoire de faire un vrai article humeur un peu perso, du genre qui plaît aux lecteurs ;P).

S'il y a deux choses à retenir de cette grosse vingtaine de pages c'est que déjà entre quelqu'un qui a un petit problème d'acceptation et quelqu'un pour qui ce problème tombe dans la pathologie il n'y a pas de différence de nature, seulement une différence de degré. Ensuite, le nerf de la guerre c'est ce que l'on appelle la fusion cognitive : le fait que vos pensées remplissent la fonction d'ordres auxquels vous obéissez. Par exemple : "oh mon Dieu les cernes de malade que je me tape ce matin !" vous pousse à mettre trois couches d'anti-cernes ou à enfoncer sur votre nez les lunettes de soleil les plus sombres que vous ayez. L'idée c'est qu'ainsi vous n'allez pas avoir à affronter vos pensées négatives à propos de votre corps : la peur de ne pas être normal(e), la peur du rejet des autres, et aussi une dépréciation de l'importance que vous vous accordez (comme vous êtes moche aujourd'hui vous êtes forcément une personne de peu de valeur).

Selon ce concept de fusion cognitive vous allez développer des stratégies d'évitement pour ne pas avoir à affronter ce que les auteurs du chapitre appellent les "événements psychologiques" déplaisants. Vous allez faire des régimes, du sport, etc., seulement pour contrôler votre corps et, ce faisant, vos pensées déplaisantes, et pas parce que vous en avez vraiment envie.

Du coup, là où je dis que les conseils sur certains articles traitant de l'acceptation peuvent aller au contre-sens c'est que... il y a quelques semaines j'ai lu un article de Sophie du blog Sophie's Moods. C'était au moment où je commençais tout juste à me mettre à l'aïkido pour ma coordination et tout le reste, donc quand je l'ai vu passer sur la sélection Hellocoton j'étais assez intéressée. Mais pour moi il y a un problème dans les conseils qu'elle donne (et je le lui ai dit par commentaire (je n'attaque personne par articles, et d'ailleurs ce n'est même pas une attaque, juste un manifestation de mon désaccord)).

D'abord elle dit qu'il faut faire du sport... mais comme je le lui disais par commentaire je pense que faire du sport quand on n'est pas déjà dans une démarche d'acceptation risque d'empirer les choses. Faire du sport ça suppose de faire bouger son corps, de se confronter à notre détestation (allant pour certaines personnes jusqu'au dégoût) de ce corps que l'on trouve trop gras, trop grand, trop petit, pas assez élégant, que sais-je. Faire bouger, mettre en mouvement, un corps que l'on déteste, que l'on n'a pas investi, je pense que ça ne peut que nous renvoyer à nos événements psychologiques déplaisants. Pour se lancer dans le sport de manière saine il faut l'avoir choisi, s'être dit que l'on voulait aller se confronter à ce corps, le prendre en main, le (re)trouver.

L'autre conseil qu'elle donne c'est de sourire. Elle conclut son paragraphe en disant qu'en souriant les autres ne verront plus nos défauts. C'est un contre-sens (je ne sais pas si c'est le bon mot que je cherche) à l'encontre des problématiques. Quand on met un gros pull les gens ne voient pas nos défauts : est-ce qu'on s'accepte mieux ? Non. Une personne qui ne s'accepte pas ne veut pas montrer l'objet de ses complexes aux autres (que ça soit les mains, les pieds, le gras, les seins, les cernes, etc.) et développe des stratégies d'évitement (les mains dans les poches, les lunettes de soleil...). Le sourire ne va pas aider ça. Il va simplement remplir la même fonction : je souris ("il faut que je sourie") pour que les autres ne voient pas mes défauts. Plutôt que de sourire parce que l'on se sent bien et à l'aise.

Je me doute que Sophie a dit ça pour aider les gens qui liraient son article et qui peut-être ont des problèmes avec leur corps, pour les aider à positiver... mais en réalité ces conseils ne mènent pas à grand-chose.

Je me suis rendue compte d'une chose un peu similaire en réfléchissant à l'article de Sandrine de Mon carnet déco (même si son article traitait plus indirectement de l'acceptation). Elle nous encourage à faire du sport parce que ça nous fait du bien (et pas pour une mauvaise raison), ce qui est le bon sens même, nous sommes bien d'accord. Mais une personne qui a du mal avec son corps ne raisonne pas comme ça. Faire du sport parce que ça nous fait du bien ce n'est pas le moyen, c'est la fin ! D'abord on rompt la fusion cognitive et ensuite on fait du sport parce qu'on aime ça.

Si je dois prendre mon exemple, jamais il ne me serait venu à l'esprit de faire du sport avant de décider de prendre mon corps en main. Parce que, comme je le disais, faire du sport suppose d'investir son corps, de le faire se mouvoir, de le voir. Et donc de se retrouver aussi avec dans la tête toutes les idées négatives sur notre corps ("je suis trop grosse", "j'ai grossi, on voit plus mes hanches", "j'ai trop de poils", "la forme de mes jambes est pas jolie", "je suis trop lente", etc.). Et il faut le vouloir.

Quand on a un problème avec son corps on ne peut pas faire du sport parce qu'on est bien : on ne peut pas être bien en faisant du sport parce qu'être bien en faisant du sport suppose d'être bien avec son corps (ou d'avoir accepté d'affronter les pensées négatives liées à ce corps). Donc soit on ne fait pas de sport, soit on s'inflige des exercices pour faire changer son corps. Pas parce que "la société", ou pas forcément, pas en premier plan, pas parce que c'est à la mode, mais parce qu'on ne supporte pas de voir ce corps tel qu'il est et qu'on se dit qu'on va le changer de forme et qu'ensuite on s'acceptera. On s'acceptera seulement quand il aura changé.

Je n'écris pas cet article pour critiquer ceux des autres. J'écris cet article parce que moi, en tant que personne qui cherche à rencontrer son corps, à le comprendre, à l'habiter, à l'investir, à régler les problèmes que j'ai avec ce corps, quand je lis ces articles sur l'acceptation ils ne m'aident pas, ils ne me servent à rien. "Acceptez-vous" est leur conseil, leur injonction, mais ils ne disent pas comment faire, ils présentent ça comme si c'était simple et en ignorant (soit en sachant pas, soit en ne traitant pas) tout des problèmes sous-jacent derrière les questions d'acceptation (ce n'est pas juste une histoire d'idéal présenté dans les publicités).

Globalement les articles que j'ai pu voir passer sur l'acceptation me semblent relever de la mode du bien-être, du vivre mieux, du ceci-machin-chouette, mais n'apportent pas de fond (ou ne le creusent pas assez). C'est aussi pour ça que je vous ai donné la référence du chapitre de psychologie que j'aie lu (que j'ai trouvé par hasard quand j'essayais de faire une espèce de documentaire sur les pratiques esthétiques des femmes, d'ailleurs) : pour que ça puisse aider les personnes concernées, qu'elles aient de vraies réponses, et pas seulement "acceptez-vous, vous vous sentirez mieux".

Vous savez, on sait qu'on se sent sans doute mieux quand on s'accepte et c'est justement le but recherché : s'accepter pour ensuite être bien et pouvoir faire plein de trucs qu'on s'empêche de faire quand on se laisse bouffer par nos peurs (du regard/rejet des autres, de ne pas être assez bien, etc.). Vous savez, à chaque fois que je rentre dans le dojo d'aïkido je stresse, j'ai méga peur, je me dis "oh mon dieu qu'est-ce que je fous là", je ne sais tellement pas créer du lien avec les gens... d'ailleurs, je me demande si je n'ai pas retardé mon rendez-vous chez l'esthéticienne pour avoir autre chose à penser que mon corps à la coordination défaillante : mes poils, que je devais essayer de cacher (vive le kimono trop grand). Pourtant à chaque fois que j'en sors je suis tellement mieux, mais c'est tellement dur. Quand le prof montre l'exercice, trois, quatre fois, je suis toujours là à me dire "attends monsieur, quand t'avance ton bras là, ta jambe elle est où ? et après..." voilà. Parce que comme je vous le disais dans mon article sur le corps j'ai du mal à voir comment mon corps et ceux des autres réagissent au monde, où est le pied quand la main est là, et mon coude que je dois lever, ou baisser... d'abord pour savoir si je dois le lever ou le baisser je dois savoir où il est, vous voyez ?

Donc, on sait que s'accepter c'est mieux, ce n'est pas la peine de nous le dire. On fait tout pour s'accepter, sauf qu'on fait tout dans le désordre, tout dans le mauvais sens et on développe des stratégies d'évitement, et on laisse les pensées qui nous parviennent devenir des injonctions. On fait tout dans le désordre, c'est pour ça que ça ne sert à rien de nous dire de faire du sport ou de sourire. Le seul truc à faire c'est de rompre la fusion cognitive, vous voyez ? Mais si on ne sait pas que c'est ça le problème alors comment qu'on fait, hein ? Alors voilà, dans le fond c'est pour ça que j'écris cet article.

Le sujet de l'acceptation de soi, de son corps, est un vrai sujet, une vraie préoccupation, et ça me désespère de lire des articles vides de sens ou qui répètent des évidences : acceptez-vous, c'est mieux ; faites les choses parce qu'elles vous font du bien, c'est mieux. Des fois ça sonne comme de nouvelles injonctions. Des fois ça me laisse indifférente. Des fois ça me déçoit. Il y a de vraies choses à dire sur l'acceptation. Sur le rapport au corps, aux autres, à soi, à l'inconscient, à l'identité, à ce que l'on est et à qui on est. Voilà.

Qu'en pensez-vous ? Comment s'est passée ou se passe l'acceptation pour vous ?

Source photo – Solène MeSt