samedi 17 novembre 2018

Le cercle de l'échec


Bonjour !

En ce moment, ça va pas fort, en même temps je peux m'en prendre qu'à moi-même, je me suis engouffrée dans un cercle vicieux toute seule avant même de m'en être rendue compte. En fait, en ce moment, j'échoue dans tous les domaines. Je suis nulle au code, je ne comprends pas les logiciels qu'on utilise en cours, je ne trouve pas de boulot, je ne trouve pas de stage, je n'y arrive pas en aïkido, et je suis une catastrophe en volley. En gros, rien ne va. En soi, c'est pas grave, je veux dire... il y a des choses plus grave dans la vie, des gens dans des situations pire que la mienne, et quand on échoue il suffit de rebondir. Sauf que d'une part c'est la première fois que je vis une situation d'échec comme un échec (ma moyenne de 6 en maths en Seconde j'ai vite lâché l'affaire en me disant que le prof était nul et que de toute façon j'étais intrinsèquement nulle en maths, que c'était comme ça et puis c'est tout (ou alors ceci est une reconstruction de ma mémoire, ce qui est largement possible)) ; que c'est partout ; et, en plus, ça touche a une peur que j'ai et dont je vous avais déjà parlé je crois : la peur de ne pas être à la hauteur de mes ambitions.

Je sais bien que, si j'échoue partout, ce n'est qu'une question d'état d'esprit. À force de me dire que je suis nulle, que j'y arriverai jamais, etc., j'ai fini par y croire et ça se répand dans tout ce que je fais. Et pour sortir de là, ce n'est pas simple (forcément). D'ailleurs je pense que c'est pour ça que je ne trouve pas de boulot : je me suis convaincue que seul McDo recrutait des filles comme moi, nouillasses, sans diplôme utile et sans expérience, et donc j'entre dans un truc qui pourrait ressembler au principe de la prophétie auto-réalisatrice : je me sabote toute seule en entretien et quand j'envoie des candidatures pour des stages (ou quand t'envoie à une structure mais que dans la lettre de motivation c'est le nom d'une autre...). Parce que je me sabote. Et quand je réponds aux questions en entretien je me rends compte que je me sabote. Mais je ne le fais pas exprès. Et après je m'en veux de m'être sabotée toute seule. Et après je me dis "bah tiens, c'est bien la preuve que t'es nulle", et donc ensuite j'ai encore moins confiance et je me sabote encore plus...

Et comme ce genre d'auto-conviction ça marche souvent beaucoup plus quand c'est du négatif que quand c'est du positif, sortir de là est assez compliqué...

Donc j'ai décidé de me reprendre (avec toujours l'arrière-pensée que j'y arriverai pas ; on fait ce qu'on peut, hein...). J'ai écrit mes objectifs sur une feuille que j'aie fixée au plafond au-dessus de mon lit, ce qui fait que je vais la voir tout le temps. J'ai décidé d'être moins passive, de travailler un peu plus sérieusement (mi-Novembre il était temps de se réveiller, quand même...). Mais je ne pense pas que ça suffira, parce que je pars quand même de loin... faut dire aussi que, comme je ne me confie à personne je n'ai personne sur qui m'appuyer, personne pour m'aider, donc je pense que ça ne simplifie pas les choses.

Et puis c'est surtout que, le problème, il est dans la tête. Je me vis en situation d'échec et pas en situation d'apprentissage. Or, en réalité, j'apprends. Je n'ai jamais fait de volley de ma vie, comment puis-je réussir toute de suite ? Il y a des logiciels dont je ne connaissais même pas l'existence. Comment puis-je les utiliser si la prof ne m'explique pas clairement ? Je suis en situation d'apprentissage, si j'objective ma situation, mais ce n'est pas comme ça que je me vis. Donc, écrire des objectifs sur une feuille ne servira à rien si je ne change pas cet état d'esprit.

Alors je sais pas trop ce que je cherche avec cet article qui ne sera sans doute pas très intéressant pour vous mais j'ai eu la sensation que ça pourrait être bien de l'écrire. Donc voilà...


Sur ce je vais aller rattraper mon retard dans la lecture de vos articles ! :)

Source photo – Poike/iStock/Getty Images

jeudi 27 septembre 2018

La violence, c'est mal ?

Bonjour !

Ce matin je marchais entre les bâtiments des différents UFR de l'Université à la recherche de celui de STAPS quand je suis passée devant un groupe de jeunes qui discutaient des pires trucs en conduite. L'une d'elle dit "nan, le pire c'est le clignotant [...] quand ils le mettent pas" et à l'autre de répondre un truc du genre "ah oui, j'ai envie de les tuer !". Amusée, je marmonne "ah ben non, faut pas les tuer, la violence, c'est mal". Ce qui m'a fait me souvenir d'une réflexion que j'avais amorcée il y a quelques semaines mais que je n'avais jamais poussé au point de l'écrire. Et comme ça fait deux mois que je n'ai rien écrit ici il faudrait peut-être que je m'y remette...

La réflexion, en fait, a commencé il y a plusieurs années, sur un blog précédent, quand une lectrice m'avait dit qu'elle ne laissait pas jouer sa fille avec de fausses armes, parce que la violence, c'est mal. Quelques jours plus tard j'entendais un psychologue à la radio dire que, en fait, on pouvait parfaitement laisser jouer les enfants avec de fausses armes, pistolets à eau et autres, ce qui permettait aussi de trouver d'éventuels "problèmes" comme par exemple si l'enfant veut constamment prendre le rôle du méchant. Mais ce qu'avait dit cette lectrice m'est resté dans un coin de la tête. Et puis, l'année dernière, en faisant une émission sur les jeunes et la culture, j'avais invité la documentaliste du CDI d'un collège qui m'expliquait qu'elle avait eu une formation sur les mangas.

Elle ne savait plus trop expliquer le pourquoi du comment mais, en gros, la violence dans les mangas a une vraie histoire par rapport à l'Histoire du Japon et, quand il y a un dessin avec par exemple une paire de ciseau qui traverse le crâne par les oreilles, ce n'est pas ce que les gens voient. En gros, si j'ai bien compris, c'est un peu comme avec les contes. C'est une violence symbolique.

Du coup, j'avais commencé quelques recherches sur tout ça et j'ai mis la main sur quelques trucs intéressants, dont un article de Jean-Pierre Klein pour La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation en 2011 (n°53). Il parle d'ateliers qu'il a fait avec des jeunes réputés violents. Au début de l'article il aborde les cinq pièges de la lutte contre la violence : son degré de contagion, l'apologie de la "prise de conscience", la diabolisation de la violence, la confusion désir/acte, et la parole préventive de l'acte. Ce qui me paraît le plus intéressant pour ce que j'essaye de vous dire (je suis un peu rouillée, faut me pardonner) c'est le quatrième. La confusion désir/acte qui consiste à ne pas réprimer que la violence mais aussi la pensée violente, l'agressivité ressentie, le désir violent, qui mène finalement à interdire les gros mots, les armes en plastiques, les conflits, et la colère.

Nous avons besoin de la violence. Ne serait-ce que pour mettre quelque chose qui nous gêne à distance. Par exemple j'ai mis fin à ma période d'essai dans un restaurant de restauration rapide parce que j'avais sur le dos une espèce de pouffe méprisante. Pour décompresser, je la critiquais le soir sur le chemin du retour avec une collègue. Et je disais "j'ai envie de la massacrer". Violence, oui, mais plutôt salvatrice (pour éviter d'exploser devant elle et de faire fuir les clients) (ce qui ne m'a finalement pas empêcher de me carapater). Dans un genre un peu différent j'avais entendu parler d'une étude qui avait montré que les personnes qui juraient après s'être blessés donnaient un niveau de douleur moins élevés que les personnes auxquelles on avait demandé de se retenir de jurer. Vive la violence.

Je reviens aux mangas (c'est l'bordel, c't'article). Dans les mangas la violence est... violente. Y a du sang qui gicle partout, ou qu'on voit tomber au sol en une flaque d'ailleurs souvent épaisse (à un moment je m'étais intéressée à la représentation du sang dans les animés, je trouvais ça assez sympa de voir les différences de couleur et d'épaisseur). Et puis elle survient comme ça, tout d'un coup, perpétrée parfois par des personnages qui s'en délectent. Au final, l'important n'est peut-être pas le degré de violence en lui-même, mais le moment où elle survient (pour choquer un personnage qui pensait que tout était fini et qui pensait pouvoir se consoler). De cette violence extrême et qui paraît gratuite on peut pourtant se mettre à distance.

Déjà, certaines histoires ont lieu dans des mondes qui ne sont pas les nôtres (comme Les Enfants de la Baleine, par exemple (dont je conseille la version animée qui est très jolie)), ou alors des mondes transformés (comme Les Mémoires de Vanitas, qui se déroule à Paris mais dans un Paris steampunk revisité). Et puis les personnages de manga ne sont pas vraiment humains, dans le fond. Sans parler de leur nez pointu ou de leurs grands yeux par lesquels passent toutes les émotions, ils ont beaucoup trop de cheveux et des coiffures impossibles, des poses gracieuses, précises, dont nous ne sommes pas capables sans une bonne concentration, et des expressions qui ne sont pas humaines. Ils ne pleurent pas comme nous, et quand ils sont contents leurs yeux se ferment en deux grands ponts. Moi, quand je suis contente, mes yeux ne se ferment pas... pas comme ça, en tout cas. Du coup, même si ce n'est pas la raison principale, je pense que ça permet de mettre à distance là aussi.

La violence dans les mangas est avant tout symbolique. Tout comme dans les contes. D'ailleurs, dans un article de la revue Le Débat (n°195), Jean-Marie Bouissou rappelle que l'on aime les mangas pour la même raison que Bettelheim dit que l'on aime les contes : ils sont en accord avec nos peurs, nos espoirs, et nos aspirations (article "Le manga en douze questions", question : "Le manga est-il dangereux pour les adolescents ?").

Le conte, donc. J'en ai un extrait des Contes populaires et légendes du Nord et de la Picardie (Club France Loisir, 1975). C'est l'histoire d'un tailleur qui, quand on lui apporte du tissu pour confectionner dedans des vêtements, se sert et met de côté pour son propre usage de grands morceaux qu'il garde dans un coffre. Il est averti par trois rêves mais passe outre. Sa réputation est tellement mauvaise que plus personne ne lui fait confiance et que les clients veulent le voir faire sous leurs yeux. Par un stratagème il se débarrasse d'une cliente et se coupe un grand morceau dans son étoffe, mais son attention est détournée et : "Le curieux Warlemaque releva la tête tout en continuant de jouer des ciseaux. /// Il en joua, hélas ! si maladroitement qu'il se coupa une artère et trépassa une heure après". Si ça, ce n'est pas violent, je ne sais pas ce qu'il vous faut. Mais voilà, ça arrive comme ça, tout aussi soudainement que dans les mangas, et on ne parle pas des détails, de la douleur, du sang partout, etc., etc., etc.. C'est le moment où ça intervient, plus que l'acte, qui est important, je pense. Ici encore, c'est une violence symbolique.

C'était aussi une violence symbolique que la violence de la jeune femme qui, face à des conducteurs qui ne mettent pas les clignotants, s'exclame : "j'ai envie de les tuer".

Est-ce que l'on doit réprimer ce genre de choses ? Je ne le crois pas, car ça ne peut amener qu'à plus de frustration et donc plus de violence.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – J.C. Staff/Netflix

mercredi 25 juillet 2018

Non, je ne ferai pas "attention"

Bonjour !

Panne d'électricité. Le monsieur envoyé habituellement par l'agence immobilière vient. On détermine quel appareil a déclenché la coupure. Comme c'est de ma faute, la facture est pour moi. Soit. J'ai pas de monnaie, pouvez-vous repasser dans la journée ? Non, mais laissez tomber, ça m'a pris cinq minutes, je m'arrangerais avec l'agence. Super. Quinze minutes plus tard je découvre un SMS pour lequel je n'ai pas entendu mon téléphone sonner et qui dit en substance : "je vous ai offert la gratuité pour mettre rendu coupable d'avoir aperçu votre poitrine quand vous vous êtes penchée" et qui ajoute un peu plus loin "faites attention lorsque vous accueillez des étrangers". Hrm.

Comme à midi je mangeais avec des collègues, j'en ai parlé, mais je dois dire que le réécrire me fait un drôle d'effet. Entre culpabilité, absurdité et agacement. Quand j'ai lu le message, je me suis sentie mal à l'aise, coupable, vraiment mal, et puis ensuite je me suis dit que quand même c'était gonflé ! D'où c'est à moi de me sentir mal ? D'où c'est à moi de "faire attention" ? Si je suis violée par un étranger que je fais entrer chez moi parce qu'il a aperçu un bout de sein ou un carré de lingerie ça sera de ma faute ? Ça, c'est un peu fort, quand même !

Il était question qu'il revienne l'après-midi pour un autre problème, j'ai décommandé pour une vraie raison, il a voulu s'assurer que je n'étais pas mal à l'aise : je ne le suis pas, ce qui me pose problème c'est qu'on sous-entende que c'est de ma faute si jamais quelqu'un me viole. Il a dit être désolé de m'avoir vexée. Je ne suis pas "vexée". Ça va plus loin que ça : je suis agacée. Un viol n'est jamais de la responsabilité de la victime, qui n'a pas à se sentir coupable. D'ailleurs, le vêtement n'a rien à voir avec ça.

Sur Arte il y a quelques temps j'ai regardé le journal du midi. Ils parlaient d'une exposition qui a eu lieu en Allemagne je crois et qui montrait les tenues portées par des femmes (et des filles) le jour où elles ont été violées. On découvre évidemment des pantalons couvrants et des T-shirt tout ce qu'il y a de plus normaux... (oui, je sais, on dirait que j'écris qu'un T-shirt échancré n'est pas normal, vous me pardonnerez :P). Il y a aussi cette vidéo d'une New-Yorkaise qui marche dans la rue pendant dix heures avec un pantalon noir et un T-shirt noir pas du tout décolleté et qui se prend des remarques par pelletées.

Il me semble aussi avoir entendu une fois (mais c'était il y a plusieurs années, donc je ne sais plus dans quel cadre j'ai entendu ça ni dans quelle mesure c'était sérieux) que des chercheurs avaient interrogé des violeurs emprisonnés pour leur demander comment ils choisissaient leur victime et qu'en fait la question n'était pas du tout si le vêtement couvrait leur corps ou pas mais si la femme possédait quelque chose pour se défendre (par exemple un parapluie).

Le vêtement n'a donc, s'il fallait une preuve, rien à voir dans une agression. D'ailleurs j'ajouterais que les seules fois où j'ai été abordée dans la rue je portais des jupes longues et pas de décolleté.

Il me paraît important de désacraliser cette partie du corps. Les hommes ont la même, elle a juste moins de graisse et est symboliquement moins chargée. D'ailleurs, savez-vous pourquoi les hommes ont des tétons qui ne leur servent à rien (sauf au plaisir sexuel) ? Mère Nature mettant au point cette partie du corps avant de savoir si elle doit faire un garçon ou une fille (donc avant la formation des organes génitaux déterminés), elle serait bien embêtée si, devant faire une fille, elle avait oublié les tétons... donc elle les fait avant ! Donc ceux des hommes ne sont pas foncièrement différents de ceux des femmes, c'est juste que ceux des femmes accomplissent leur rôle, voilà.

Est-ce grave si on aperçoit un bout de sein ? Un carré de lingerie ? La dentelle d'un soutien-gorge ? Il y a une collègue et amie qui a sa boîte de production de vidéos. Elle avait répondu à une commande et avait mis dans la vidéo un plan d'une femme dont on voyait les tétons au travers du T-shirt. La dame qui avait commandé la vidéo lui avait demandé de changer ça, en disant que ça la gênait, et aussi je crois que ça pouvait gêner la femme en question. Ma collègue lui a demandé si ça avait été différent si ça avait été un homme, je crois que la femme n'a pas répondu. D'ailleurs, si un homme au col en V s'était penché, est-ce que le monsieur qui est venu pour l'électricité aurait regardé ? Attention, je ne dis pas que ce monsieur, très gentil par ailleurs, est un pervers, un gros porc, etc. Je pose la question.

Toujours dans cette idée de désacraliser cette partie du corps je me souviens d'un collègue qui nous avait raconté une fois qu'une de ses amies, passablement féministe, ne voyait aucun problème à retirer son T-shirt en soirée lorsqu'elle avait trop chaud, à se mettre torse nu de la même manière que les hommes. Bien sûr, il ne s'agit pas de forcer toutes les femmes à faire pareil, d'ailleurs je pense que je ne pourrais pas le faire moi-même, mais il n'y a aucun problème à ce que cette fille le fasse. Ce n'est pas une partie du corps qui doit être taboue. D'ailleurs, dans la même veine, il me semble qu'à New-York les femmes ont le droit de se promener allant nus seins.

Vous allez me dire que je suis pleine de contradictions à dire que je ne pourrais pas me mettre torse nu en soirée et à revendiquer le fait que c'est pas grave si on entraperçoit un bout de sein. Certes, certes, on a tous nos contradictions. Je pense que le regard que l'on porte sur cette partie du corps doit profondément changer. Encore ce matin à la librairie je tombe sur une couverture où en premier plan se trouve une femme dont les longs cheveux noirs tombent devant elle. "Oh ! Un sein !" me dis-je sans être interloquée outre mesure que l'homme qui se tient derrière elle soit lui aussi torse nu.

Je crois que notre regard doit changer.
Et je crois qu'il faut arrêter de penser que c'est aux femmes de cacher leur corps.
Si une femme est victime de viol, ce n'est pas de sa faute. Même si elle portait une mini-jupe. Même si, au bord de son décolleté, le coupable a aperçu la dentelle d'un soutien-gorge ou pire, un sein !

Donc non, je ne vais pas passer mon temps à faire "attention". Maintenant oui, quand je sentirai qu'un regard sur moi est malveillant et que je me sentirai mal à l'aise, bien sûr mon attitude changera. Je ne vais pas non plus arrêter de mettre une brassière sous mes hauts transparents ou ceux dont la bretelle tombe sur mon bras au point de révéler un sein. Mais je ne vais pas non plus passer mon temps à me demander ce qu'il va se passer si je me penche, si je me baisse, si ceci ou si cela. Sinon, autant mettre un voile islamique et on en parle plus. (Ceci dit c'est radical). (Je précise que je n'ai rien contre le voile islamique du moment que c'est un choix) (on sait jamais, ça pourrait être mal interprété, mon histoire).

Qu'en pensez-vous ? Faites-vous attention (à ne pas vous faire violer) ?

Source photo ‒ Alexandre Falguière. La Danseuse (Cléo de Mérode), vers 1896. Modèle en plâtre moulé sur nature avec traces de mise aux points. Paris, musée d’Orsay.

P.-S. : il semblerait qu'une partie de moi ne soit pas d'accord avec le fait de ne pas "faire attention" étant donné que j'y ai pensé en me penchant, à la nuit tombée, seule sur un balcon invisible des voisins, pour ramasser quelque chose... c'est pas gagné cette affaire... (et une contradiction, une !)

samedi 14 juillet 2018

Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat Noir

 
Bonjour !

Non, je ne reviens pas pour vous parler de foot (ne me remerciez pas, ça me fait plaisir ;P), ni pour vous parler de violence et de mangas (et pourtant j'en ai un peu envie) ; je reviens pour vous parler d'une série d'animation. Et quelle série !... Un bijou ! une perle ! un trésor ! Une merveille ! (oui, rien que ça). D'ailleurs, il serait presque insultant de dire "dessin animé" : Miraculous est une série d'animation, sans aucun doute.

C'est assez rare que je vous parle cinéma ou série. La dernière fois je crois que c'était pour Ballerina, et encore ce n'était même pas pour vous parler du film en lui-même mais pour dire que l'héroïne n'avait rien d'une princesse Disney. Cette fois je n'ai pas d'angle de ce genre : je veux juste vous parler de Miraculous, parce que c'est la première fois, dans mon souvenir, que je suis si enthousiaste (au point d'acquérir une housse de couette, quand même xD).

Alors déjà, Miraculous, qu'est-ce que c'est ? C'est une série d'animation française (hip hip hip...!) mais pas seulement dont la première saison est sortie en 2015 (et je ne la découvre que maintenant, quelle tragédie...!). C'est l'histoire de Marinette, une fille comme les autres exceptée que c'est une super héroïne qui se transforme avec l'aide d'un kwami (une espèce de petite bestiole avec une énorme tête et un tout petit corps toute mignonne qui vole, peut traverser les objets...) pour pouvoir affronter les super vilains que crée Le Papillon en envoyant des akumas (des papillons pas gentils) posséder des gens qui ont des émotions négatives (colère, frustration, sentiment de rejet, etc.). Le Papillon est à la recherche du miraculous de Marinette (l'objet grâce auquel elle peut se transformer) et de celui de Chat Noir (le pourquoi, je ne vous le révèle pas, vous le découvrirez par vous-mêmes). Accessoirement, Marinette est amoureuse en secret d'Adrien, un garçon de sa classe qui se transforme en Chat Noir et qui aide Ladybug (Marinette, donc) à combattre les vilains. D'ailleurs, Adrien, lui, il est amoureux de Ladybug, sans savoir que c'est Marinette (histoire d'amour on ne peut plus frustrante, vous en conviendrez).

Là comme ça on dirait une série tout à fait classique, et en fait elle ne l'est pas du tout !

Le Papillon crée des super vilains à partir de gens comme les autres... ce qui est assez intéressant scénaristiquement. Les super vilains eux-mêmes sont assez originaux, d'ailleurs, et intéressants. Le duo Ladybug/Chat Noir fonctionne vraiment très bien. Quand Marinette devient Ladybug elle n'est plus maladroite et ne bégaye plus : elle a plus confiance en elle et elle déchire ! Adrien, lui, plutôt réservé dans la vraie vie, se lâche quand il est en Chat Noir, il est beaucoup plus... extraverti, exubérant presque, théâtral même !

Si je vous dis que j'aime tout dans cette série, vous allez peut-être vous dire que j'exagère. Et pourtant, j'aime tout !

D'abord, et c'est important, c'est très beau. Les graphismes et les images sont vraiment belles. C'est bien écrit, autant du point de vue du scénario que des dialogues. C'est bien réalisé, il n'y a pas de longueurs, tout se goupille bien et en même temps la trame de fond n'est pas lourde (mais elle est sérieuse). La morale non plus n'est pas lourde. Ce n'est ni sexiste ni féministe ; Marinette est une gamine normale. Ce n'est pas niais, même quand on parle de l'importance de la confiance, de l'amitié, etc. Les doublages sont géniaux, surtout Chat Noir. Et enfin (très important) l'histoire d'amour entre Marinette et Adrien n'est absolument pas culcul. Elle est frustrante, mais pas culcul.

J'ai terminé les vingt-six épisodes de la saison 1 et les seize premiers de la saison 2 (j'en ai pas trouvé d'autres, et il est hors de question que je ne le regarde pas en français, je vais donc prendre mon mal en patience) en quatre jours. Je me suis couchée parfois à deux heures du matin, ce qui pour moi, qui suis une couche-tôt et qui ai besoin de neuf heures de sommeil, est une folie x)

La saison 1 est finalement assez linéaire, même si un sursaut à la fin permet de donner un coup de fouet et de tenir en halène dès le début de la saison 2 (où nous allons découvrir (pour ceux qui comme moi n'auront pas su deviner) qui est Le Papillon). On arrive d'ailleurs à un moment du scénario un peu tendu, où d'autres miraculous (donc d'autres pouvoirs donc d'autres super héros) vont être mis en circulation et donc où, du point de vue du scénario, soit on confirme que cette série (imaginée il y a dix ans par ses créateurs et qui est partie pour six saisons) est absolument génialissime, soit elle devient Power Ranger (si ça venait à être le cas, ma déception, ma tristesse, et ma frustration, seraient à la hauteur de mon amour démesuré et irraisonné pour cette série, au point où un akuma pourrait me transformer en super vilaine (hrm hrm)). Ceci dit, je pense que les scénaristes ont su montrer leur qualité d'écriture, et que donc cette qualité d'écriture restera jusqu'à la fin.

Il y a juste une chose que je regrette. Parfois il y a quelques petites incohérences. Par exemple monsieur le Maire qui dit qu'il ne connaît pas le rockeur Jagged Stones alors que, dans l'épisode précédent, ils font tous les deux partie du juré d'une émission télé. Dans un autre épisode, Ladybug dit à Chat Noir qu'elle va lui envoyer l'adresse d'Adrien, visé par le super vilain, alors que, dans l'épisode précédent encore, Chat Noir est allé chez Adrien. Dans la saison 2 aussi, il y en a une du même genre, quand Tikki et Plagg, les kwamis de Marinette et Adrien, découvrent qui sont Chat Noir et Ladybug et que, dans l'épisode d'après Tikki s'étonne de la sensibilité de Chat Noir. Sauf qu'elle sait que Chat Noir est Adrien, et qu'elle connaît Adrien puisqu'il est dans la classe de Marinette...

Ce ne sont pas des incohérences bien graves, et elles s'expliquent en partie à ce que, pour la saison 1, chaque épisode était écrit par des personnes différentes, mais c'est un peu dommage quand même. Après, la série vise avant tout les enfants (même si elle était aussi première en audience sur les 15-24 ans) qui ne peuvent pas forcément suivre toutes les semaines tous les épisodes.

À part ça tout est parfait ! La trame de fond est présente, mais n'est pas lourde. Et en même temps elle est assez présente pour qu'on y pense. Aussi elle ne se presse pas, c'est une trame posée, qui prend son temps mais qui est efficace. Par exemple le père d'Adrien va avoir quelques soupçons, mais ensuite on n'en parle plus pendant plusieurs épisodes jusqu'à ce que ça ressorte. Et c'est bien fait.

C'est une série toute mignonne, jolie, efficace, assez drôle, bien faite, bien pensée, bien écrite, que je vous encourage de tout mon petit cœur battant d'amour à regarder, même si mon article ne vibre pas trop de tout cet amour dégoulinant x)

Vous connaissiez ? Vous avez envie de regarder ? (dites-moi oui ça me fera plaisir. En plus c'est l'été, c'est une mignonne série de vacances (enfin, sauf si vous la terminez avant que les épisodes manquants soient disponibles, là c'est la porte ouverte à la frustration)).

Source photo ‒ Zag/Method/SAMG/TOEI/SKB/EBS

samedi 9 juin 2018

Le changement se fait dans la rue, pas sur internet

Bonjour !

En discutant avec Tinhy du blog Ta Pote Reloue suite à l'un de ses articles, j'ai eu comme une impression étrange. Ce n'était peut-être qu'une impression due à mon esprit très tatillon sur la question du juste-milieu et du militantisme (disons que chez moi la marge est faible entre le raisonnable et le déraisonnable dans une opinion) mais c'est quand même mon impression ; qui m'a amenée à une réflexion sur le statut de victime ou plutôt comment réagir face à ce qui peut nous faire ou non sentir victime.

L'on ne considère pas tous la même chose comme étant une agression. Comme on est sur le thème du féminisme et du "droit à la rue" je vais puiser mes exemples là-dedans : à l'image de beaucoup de femmes j'ai déjà eu droit à des réflexions tandis que je marchais, mais je ne les considère pas toutes comme des agressions. Certaines sont de simple "bonjour" qui agacent mais ne sont pas méchants, d'autres des compliments jetés à la volée, d'autres appuyés de regards qui m'ont mise vraiment mal à l'aise : voilà donc en gros les trois catégories que je distingue. À partir du moment où je passe du stade "agacée" pour le stade "mal à l'aise" on est dans l'agression. Du moins est-ce mon barème (et je le partage avec vous pour pouvoir comparer mais aussi parce que cela peut avoir son importance pour l'article). Donc, nous ne considérons pas tous la même chose comme étant une agression et nous n'avons pas tous peur de la même chose, et la peur elle-même peut être relativisée (sur la peur, je vous renvoie à mon article sur les marches exploratoires (sous-partie "mon sentiment de la ville a-t-il changé ?")).

Étant donné que nous ne sommes pas tous intimidés par les mêmes choses, et que nous n'avons pas tous le même caractère, évidemment, nous ne réagissons pas tous de la même manière à l'objet de notre sentiment d'intimidation. C'est pourtant sur cette réaction que je voudrais lancer une réflexion.

Au cours de la discussion que nous avons eu avec Tinhy, elle me disait que le thème du "manspreading" ou cette tendance des hommes a écarter ostensiblement les jambes lorsqu'ils sont assis dans les transports en commun avait été véritablement relayée à partir du moment où des photos avaient été publiées sur les réseaux sociaux montrant des hommes continuant d'écarter les jambes tandis qu'à côté d'eux se trouvaient une femme qui, elle, se faisait toute petite. Et elle me disait combien il n'était pas normal qu'ils ne se rendent pas compte, qu'ils n'aient pas conscience que ça dérange, et que ce n'était pas aux femmes de s'imposer mais à eux de faire attention.

Alors... bon déjà, argument qui va sans doute m'attirer des critiques mais ce n'est pas grave, nous avons beau être civilisés nous n'en restons pas moins des animaux, or, à ma connaissance, les plus forts ne courbent pas l'échine devant les plus petits. Nous avons un gros cerveau, certes, mais une partie de ce cerveau est reptilien et basique : il faut lui parler simplement (et donc oser se manifester (sans leur taper dessus, on est quand même civilisés)). Mais, surtout, avant que vous ne me lanciez de gros cailloux, le "vrai" argument c'est que : ils ne peuvent pas se rendre compte si on ne le leur dit pas.

Et je ne parle pas de leur dire sur les réseaux sociaux.

Voilà. Nous sommes au point de ma réflexion.

Cette impression étrange que j'ai eu au cours de ma discussion avec Tinhy c'est celle-là : l'image de femmes qui prennent bien soin de fermer leur clapet pour ensuite aller tout cracher sur les réseaux sociaux et l'Internet mondial (oui, je caricature). Or, nous sommes des animaux, pas des machines : nous sommes pourvus de moyens biologiques de communication. Moyens de communication qui fonctionnent bien mieux que toutes nos technologies...

Bien sûr, que les hommes ne se rendent pas compte, si on ne le leur dit pas. Le dire sur les réseaux sociaux, sur les blogs, sur des sites militants, c'est ne s'adresser à personne. C'est parler à tout le monde mais ne s'adresser à personne. Vous trouvez étonnant, vous, qu'ils continuent de ne pas se rendre compte ? Moi pas. De la même manière que l'on apprend mieux avec un professeur en face de soi qu'en lisant un livre, on comprend mieux une critique quand elle nous ait faite directement.

C'est un peu la même chose avec les réflexions dans la rue, dans le fond. Une fois un mec m'a jeté un compliment, en ajoutant derrière "Mademoiselle". J'étais agacée, j'ai ignoré et je n'ai pas répondu. Il a dit "ou Madame, c'est pas grave". Pour lui je ne répondais pas parce qu'il m'avait interpellée de la mauvaise manière, pas parce qu'il m'avait interpellée tout court. Je n'ai rien dit. Peut-être que, le soir, en rentrant chez lui, il a vu passer des articles de blog, des posts sur Facebook, ou des tweet dénonçant le harcèlement de rue. A-t-il compris ? A-t-il fait le lien avec ce qu'il m'avait dit le matin-même ? Je ne pense pas. Aurait-il mieux compris si je m'étais arrêtée pour lui expliquer le problème ? Je pense que oui.

Le changement, le vrai changement, il se fait au niveau des individus. Regarder la situation en macro ? Pour quoi faire ? L'être humain ne comprend pas le macro. Par contre il comprend le micro. Si vous êtes agressée dans le métro, et que vous criez "aidez-moi ! quelqu'un, aidez-moi !" personne ne vous aidera, parce que tous se diront que l'autre, à côté d'eux, va faire quelque chose. Et nous n'y pouvons rien, c'est la psychologie humaine, le cerveau humain est comme ça. Par contre, si vous regardez quelqu'un droit dans les yeux et que vous dites "s'il vous plaît, aidez-moi", vous maximisez vos chances d'être secourue, parce que la personne éprouvera davantage de culpabilité à ne pas vous aider, puisque vous vous êtes adressée directement à elle, particulièrement à elle, individu. La psychologie humaine est ainsi faite.

Le changement, il ne se fait pas d'un seul coup à l'échelle de sociétés entières : il commence par une mère qui explique à ses enfants la notion de consentement et de respect ; et il commence par une femme qui explique gentiment au monsieur écartant les jambes à côté d'elle qu'elle ne se sent pas à l'aise.

Vous savez, l'être humain à beau être un petit peu bête (dû à son cerveau, on n'y peut rien :P), il n'est généralement pas méchant. On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir de les mettre mal à l'aise. Tinhy me disait "je trouve cela toujours différent de demander à quelqu'un de bouger son sac pour pouvoir s'asseoir vs demander à un homme de serrer ses jambes pour avoir davantage de place. [...] je me vois beaucoup plus difficilement demander à un homme de serrer ses jambes". Sauf que l'on est pas obligée de formuler comme ça (ce qui peut effectivement être étrange). On peut dire "excusez-moi Monsieur, pourriez-vous pousser votre genou, s'il vous plaît ? je ne me sens pas à l'aise". On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir. Le monsieur, je pense, poussera sa jambe sans trop de problèmes. Surtout si vous dites "je ne me sens pas à l'aise" et pas "vous me gênez". Pourquoi ? Encore un coup du cerveau ! Une personne prendra moins mal un reproche si vous ne l'attaquez pas ! ("je ne comprends pas" vs "tu ne sais pas expliquer" – et pourtant il y a véritablement des gens qui ne savent pas expliquer !).

Le changement il commence là.

D'ailleurs, le changement, il commence en vous.
(Mon Dieu, on dirait une phrase tout droit sortie d'un bouquin de développement personnel ! xD)

S'il est important de reconnaître le statut de victime, il est aussi important de ne pas s'enfermer dedans. Or, à attendre que ça soit aux hommes de prendre conscience, que ça soit aux hommes de penser à, que ça soit aux hommes de faire si ou de faire ça, eh bien nous nous complaisons dans le statut de victime. "Je ne peux pas m'asseoir, il écarte les jambes, je me sens intimidée".

Certes, on ne réagit pas tous de la même manière face à un sentiment d'intimidation, et le changement ne peut parfois pas se faire du jour au lendemain, on peut avoir besoin d'aide (par exemple commencer par mettre des shorts ou des jupes seulement quand on sort en groupe, pour prendre confiance). Mais il faut aussi savoir se mettre un grand coup de pied dans le derrière. Je peux me plaindre qu'il y ait des hommes qui me fassent chier dans la rue, mais c'est aussi à moi de m'affirmer et de leur dire que là, ça ne me plaît pas. Et si toutes les femmes qu'ils abordent chaque jour le leur disent, peut-être qu'ils finiront par comprendre. Le changement, il commence là.

Il commence là et certainement pas sur les réseaux sociaux. Sur les blogs. Sur les sites féministes. Ou même dans les média. Le changement il commence dans la rue. Il commence dans la vraie vie, en face à face et pas par écrans interposés.

Je pense que mon avis ne sera pas populaire mais je m'en fiche, c'est le mien.

Qu'en pensez-vous ? C'est aux hommes de prendre conscience ou bien les femmes peuvent leur filer un petit coup de main ?

Source photo – barnyz

lundi 4 juin 2018

Vous avez dit "original" ?

Bible de Gutenberg
Bonjour !

Est arrivé dans ma boîte mail aujourd'hui le nouvel article d'Alois Glogar, journaliste et blogueur espagnol qui parle de photographie. Il s'intéressait dans son article à l'impossibilité de faire œuvre originale et j'ai trouvé ça très intéressant ! Ça vaut pour la photographie mais ça vaut aussi pour l'écriture, et c'est ce qui m'intéresse ici.

Nous sommes constamment influencés. Par absolument tout ce qui nous entoure. Ce que nous lisons, ce que nous entendons, ce que nous voyons... nous avons dans la tête les musiques, les livres qui nous ont plu, les photos, et, pour faire court : les créations des autres. Nous imitons, nous tâtonnons. Parfois, quand je me lance dans un texte, je me dis qu'il y a l'ambiance un peu glauque de ce manga que je voudrais reproduire, que je voudrais faire ressentir à mes (hypothétiques futurs) lecteurs. Une ambiance un peu lourde qui m'a bien plu, un peu suintante, et que je voudrais être capable de retrouver. Je suis influencée. D'ailleurs, c'est assez net : si je lis un même auteur pendant longtemps, je vais avoir tendance à le "copier", à retrouver des expressions, par exemple, et ça très naturellement, sans le chercher (c'est même plutôt que je cherche le contraire !). Du point de vue individuel nous ne pouvons donc pas vraiment faire œuvre originale. Mais nous ne le pouvons pas non plus du point de vue de l'humanité.

C'est un handicap que sans doute n'a pas la photographie, dans la mesure où l'on a commencé à écrire bien avant de prendre des photos. On a commencé à écrire il y a quoi...? Cinq mille ans ? En tout cas, il y a environ quatre mille ans, un illustre inconnu a rédigé pour la première fois le texte connu sous le nom de L'Épopée de Gilgamesh. C'est une grande aventure, c'est l'histoire d'un homme qui ne veut pas mourir, de dieux, d'une rivalité mais aussi d'une amitié. Et vous savez quoi ? À la fin il y a un déluge. Oui, madame ! un déluge ! Le même que dans la Bible. Bible qui a été rédigée... bien longtemps après ! Eh non, même la Bible n'est pas une œuvre originale ! À partir de là je ne vois pas bien comment nous, en l'an 2018, nous pouvons faire guère mieux.

Nous avons tout écrit. L'amour, la passion, l'homosexualité, la peur, la joie, le deuil, la guerre, la trahison, l'immortalité, la richesse, le déclassement social ou au contraire l'ascension... Tout ! Tout y est passé ! Comment voulez-vous que l'on invente quelque chose ? Alois Glogar cite André Gide, qui résume assez bien la situation : "Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer." C'est comme en musique. On va tabler sur deux-mille ans d'Histoire de la musique : avec seulement sept notes toutes les combinaisons ont largement eu le temps d'être faites. Vous ne croyez pas ?

Et pourtant on cherche l'originalité. D'ailleurs, il y a cette question des "clichés" qu'il faudrait éviter à tout prix, ou détourner absolument (mais même les manières de détourner les clichés sont limitées !). Mais s'ils sont devenus des clichés c'est que, quelque part, ça marche, non ?

Alors, évidemment, il ne s'agit pas de les enchaîner, mais un ou deux par-ci par-là, dans le fond, pourquoi pas, si c'est l'histoire que vous avez envie de raconter ?

C'est comme ça qu'Alois Glogar conclut d'ailleurs son article : peut-être que ne pas chercher à être original est le meilleur moyen de s'en approcher. Peut-être que la solution, l'une d'elles en tout cas, est de chercher d'abord à raconter ce que l'on a envie ou besoin de raconter, et de ne se poser des questions existentielles qu'après ?

Alois Glogar dit autre chose de très intéressant, c'est qu'on devrait au contraire assumer nos influences, pour pouvoir s'en servir et les transmettre correctement. Par exemple si je prends mon cas (celui que je connais le mieux, héhé :P) : je vais beaucoup chercher dans l'Histoire de France et d'ailleurs (en ce moment beaucoup l'Amérique latine précolombienne), mais j'ai aussi des influences dans les contes, les mythologies, et les mangas. Avec tout ça, il y a moyen que je fasse une soupe à peu près digeste (bien que, si je m'en tiens aux articles de conseils avec citations d'éditeurs je ne fasse rien comme il faut).

Et puis, surtout, comme tout a déjà été dit, et que même la Bible a plagié un autre texte, l'important est sans doute moins l'histoire elle-même que le regard porté dessus. Je suis absolument persuadée que, si on donnait le même scénario à plusieurs personnes et qu'on leur demandait d'écrire une histoire complète, ces histoires seraient à la fin semblables (forcément) mais aussi complètement différentes ! Et ça dans la mesure où l'angle ne serait pas le même, le point de vue du narrateur ne serait pas le même, la morale ne serait pas la même... C'est le regard unique, sinon original, de l'auteur qui fait l'originalité du texte et globalement de la création.

Qu'en pensez-vous ? En quête d'originalité ?

Source photo – NYC Wanderer

jeudi 10 mai 2018

Service Civique et dévouement bénévole, regard d'une missionnée


Bonjour !

Voilà une réflexion qui me trotte dans la tête depuis un moment, mais qu'un vieil article de Plumaline sur lequel je suis tombée un peu par hasard m'a décidée à écrire. En Décembre 2017 elle se demandait si l'on faisait du bénévolat seulement par altruisme et réalisait que son engagement lui apportait quelque chose, du point de vue des relations humaine, surtout. Cet article m'a refait penser à quelque chose que j'avais lu dans un article de Reporterre sur le blocage de la fac de Tolbiac. Ils rapportaient notamment une partie d'un débat sur le Service Civique regrettant qu'il n'y ait pas "dévouement bénévole" et que les jeunes engagés se soient lancés d'abord pour l'argent et en vue d'obtenir une première expérience professionnelle. Une critique était également faite à propos du fait que le Service Civique a été proposé à certains jeunes à la place d'une peine de prison, ce qui annule le côté "volontaire" de la mission.

Au risque de paraître égoïste, ou pessimiste, je pense que l'on ne fait rien "gratuitement", simplement par altruisme. Même quand on aide quelqu'un sans attendre qu'il nous renvoie l'ascenseur un jour, on l'aide parce que ça nous fait plaisir de l'aider, ou que le remerciement nous flatte, nous rend fier d'avoir fait quelque chose de bien, par exemple. Lison s'engage parce qu'elle acquiert du savoir, rencontre des gens qu'elle n'aurait rencontré autrement, que ça l'enrichit et qu'elle y trouve un intérêt. L'Homme est ainsi fait que, si l'on ne trouve pas d'intérêt à ce que l'on fait, eh bien on ne le fait pas. Mais l'intérêt peut être aussi de simplement trouver sa voie, donner un sens à sa vie en donnant de son temps pour essayer d'améliorer la planète, que l'on quittera en se disant que finalement on n'a pas été là pour rien. Ou même des choses encore plus bêtes.

Par exemple j'aime bien candidater pour être bénévole sur des compétitions sportives internationales, et être en tribune de presse pour rouspéter contre les journalistes qui prennent des photos alors que c'est interdit. Pourtant, professionnellement, ce n'est pas super enrichissant... et en plus ça me coûte de l'argent (en transport, hébergement et nourriture). Alors pourquoi je le fais ? Parce que je rencontre des gens mais aussi parce que j'aime bien l'ambiance des stades de sport. C'est tout. Un truc aussi bête que ça : l'ambiance des stades (sans les sifflets).

Donc, même quand il n'y a pas de notion d'argent, ou de ligne en plus à ajouter sur son CV, on peut retirer un intérêt – humain – à faire ce que l'on fait. Et c'est pour ça que l'on le fait. J'ajouterais que, si soi-même l'on n'est pas bien dans ce que l'on fait, ou ce que l'on est, on peut difficilement aider les autres.

Donc non, il n'y a pas de "dévouement bénévole". Et en fait, dans le fond, on s'en fiche pas mal. D'une part en raison du fait que ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de "dévouement bénévole" que le travail accompli ne plaît pas au jeune en Service Civique ; et d'autre part parce que l'important ce ne sont pas les raisons qui ont amenées le jeune à candidater en Service Civique, mais ce qu'il se passe pendant ce Service Civique.

Qu'est-ce que ça fait si le jeune voulait gagner un peu d'argent ? voulait obtenir une certaine indépendance ? voir autre chose ? acquérir une expérience professionnelle ? Je vais vous dire : j'ai candidaté en Service Civique pour travailler dans une radio, m'améliorer, pouvoir ensuite le valoriser sur mon CV parce qu'à ce moment-là je ne voulais pas faire d'études dans le journalisme ; j'ai candidaté aussi pour avoir l'occasion de ne plus vivre avec mes parents pendant un an, goûter à l'indépendance, mais aussi découvrir une autre ville, une autre région, et rencontrer d'autres gens. Est-ce que ça veut dire que je ne m'implique pas dans ma mission ? Est-ce que ça veut dire que je n'apprécie pas travailler avec mes collègues ? Que je ne suis pas honnête et investie ? et que je ne fais pas du bon travail ? Non.

Peu importent les raisons qui font que je me suis inscrite dans un Service Civique : l'important c'est le résultat. Le résultat c'est que je rencontre des gens que je n'aurais jamais rencontré sans ça, y compris des gens qui ne sont pas de ma catégorie socio-professionnelle, ou du même bord politique que moi (déjà faudrait que j'arrive à me placer dans l'échiquier politique, mais c'est une autre question...). Je rencontre des gens qui m'enrichissent. Peut-être même plus humainement que professionnellement. Et, quand je partirai de la ville où je suis, ma façon de m'engager sera un peu différente. Ici, par exemple, j'achète une partie de ma nourriture au marché, et mes livres dans une librairie, ce que je ne faisais pas avant mais que je continuerai de faire après. On pourrait dire que ce n'est rien, que j'aurais pu le faire sans ça... peut-être. Peut-être pas.

Je sais aussi que cette année de Service Civique est une vraie respiration pour moi. Comme une parenthèse. Que j'ai pu me poser et réfléchir lentement à ce que je voulais faire après. Sans avoir à me presser, en voyant que j'ai des tas de possibilités, et en me rapprochant de celles qui me plaisent le plus. Peu importent les raisons pour lesquelles je me suis retrouvée ici : l'important c'est ce que ces quelques mois de Service Civique vont faire sur moi, sur ce que je sais, et sur ce que je suis.

Et c'est pour ça que je ne vois pas le problème à ce que l'on propose à des jeunes le Service Civique plutôt qu'une peine de prison. Alors, évidemment, ça dépend de la mission, si on la lui impose ou si on la lui laisse choisir. Mais, franchement, vous préférez qu'il termine dans un centre de détention absolument pas pédagogique pour un sou, et en ressorte encore plus énervé que quand il y est entré ? Ou qu'il rencontre des gens pour lui ouvrir un peu l'esprit, lui redonner confiance en lui, l'accompagner ?

Bien sûr, ce n'est pas tout rose. Bien sûr, il y a de grosses structures qui ne respectent pas les règles (comme le fait de ne pas verser les cent sept euros, ou de faire faire trop d'heures, ou des missions qui ne devraient pas dépendre du Service Civique...) mais est-ce une raison pour descendre le principe même ? Oui, bien sûr, ça permet de faire baisser les chiffres du chômage des jeunes. On n'est plus à ça près... Moi, je préfère qu'un jeune aille en Service Civique plutôt qu'il connaisse la prison.

Et puis, quel est le mal à vouloir gagner de l'argent ? Quel est le mal à vouloir développer ses compétences professionnelles ? On ne peut pas ? Même si on ne voulait pas ça serait impossible : toute expérience nous nourrie, humainement comme professionnellement. Et on a besoin d'argent pour vivre. Ce ne sont pas de vils motifs que de vouloir gagner un peu d'argent et ajouter une ligne significative à son CV (d'autant plus dans le contexte actuel). Ce n'est pas ça qui va salir notre travail. Ou alors il va falloir m'expliquer...

Non, il n'y a pas de dévouement bénévole, mais ce n'est, encore une fois, pas ce qui importe. Ce qui importe c'est l'effet du Service Civique sur les jeunes. Et puis d'abord on a le droit de vouloir toucher du doigt d'indépendance. Certains jeunes en ont même besoin, considérant leur cadre familial.

Qu'en pensez-vous ? Êtes-vous bénévole dans une association et qu'en retirez-vous ?

Source photo – Ouest France

mercredi 9 mai 2018

Ambivalence au poids

Bonjour !

J'ai un problème, ou tout du moins ce qu'un psychologue pourrait appeler un "événement émotionnel" qui m'encombre et qui pose beaucoup de question au rapport au corps, à soi, et presque à l'identité. C'est presque anodin, et, finalement, on pourrait facilement me répondre "mais les bonnes femmes ne sont jamais contentes !". Pourtant il y a quelque chose qui m'interpelle, là-dedans. Le fait est que j'ai maigri. À l'heure où vont commencer à fleurir un peu partout des articles et des publicités pour inciter les femmes à maigrir – ou au moins mincir – avant les premières vraies chaleurs, je me me pose question d'avoir maigri.

Jamais contentes, les bonnes femmes.

Mais, mon problème, ce n'est pas tant dans la perte de poids (qui après tout pourrait tout aussi bien être inquiétante si elle était drastique et me rapprochait du sous-poids) que le fait que je ne l'ai pas voulue. Et, même, à voir mon alimentation actuelle, on était plutôt en droit de penser que j'allais grossir. D'ailleurs, c'était ma crainte. Quand je me mettais à table (et c'est toujours le cas) je me disais que j'allais grossir, que ma mère allait m'en faire la remarque la prochaine fois qu'elle me verrait, et que j'allais moi-même le constater en enfilant mon pantalon. Mais j'ai maigri. Et je ne comprends pas. Et je m'inquiète.

Je ne comprends pas parce que ces derniers temps j'ai plutôt mangé du sucre (Kinder délices® et autres Mars®...) et des pâtes au beurre. Beaucoup de pâtes, et beaucoup de beurre. Je ne fais pas véritablement d'exercice, d'autant moins que je ne vais pas à l'aïkido toutes les semaines (pas bien), même si je monte quelques côtes (dans ma ville, ça ne manque pas).

Du coup, de cette incompréhension naît l'inquiétude. Si je ne fais rien pour maigrir mais que je maigri alors c'est un facteur émotionnel ? ou bien je dépense plus d'énergie que je ne l'imagine ? Quoi qu'il en soit, au lieu de me dire que c'est formidablement super, je ressers un peu la vis et je me dis qu'il faudra que je fasse bien bien attention quand je changerais de contexte de vie, que je changerais de ville, de rythme, pour manger moins. En même temps, comme je suis toujours dans le contrôle, mon inconscient n'allait pas me lâcher maintenant (ben non, tu penses).

Je voulais perdre du poids (sans rien faire pour que ça arrive) et maintenant que c'est le cas ça m'interpelle. D'ailleurs, ce n'est pas moi qui ai remarqué, mais un tiers. Ensuite je me suis rendue compte qu'effectivement j'avais un problème pour faire tenir mon pantalon à ma taille, et un pyjama qui tenait jusque-là tout seul et que je dois maintenant accrocher pour éviter qu'il ne glisse. Ce qui est assez intéressant d'ailleurs : avant qu'on me dise que j'avais maigri, j'aurais mis mon pantalon qui glisse sur le compte d'autre chose que d'une perte de poids, parce que je ne l'aurais pas remarqué dans le miroir (ce que je crois voir maintenant, je perds la boule, les amis)).

C'est pour ça que, dans le processus d'acceptation, maigrir, en soi, ça ne sert à rien si ça ne s'accompagne pas d'un changement d'état psychologique et c'est pour ça que s'accepter ce n'est pas simple.

Mais du coup, ça pose aussi une question du point de vue du rapport à la nourriture.
Je vous avais parlé de mes compulsions alimentaires en 2013. J'ai supprimé l'article l'autre jour (avec une bonne pelletée d'autres, d'ailleurs) mais ça ne supprime pas ma relation à la nourriture.

Actuellement je prépare une émission sur l'alimentation des jeunes, ce qui m'a amenée à lire un peu de sociologie. L'un des articles que j'ai lu rapportait le fait que les jeunes filles sont beaucoup plus attentives à leur poids, à leur minceur, et transcrivait notamment les propos d'une adolescente qui disait qu'elle culpabilisait de manger du chocolat parce qu'elle se disait qu'elle allait grossir. Et, quand j'ai lu ça, je me suis rendue compte que c'était exactement ce à quoi je pensais au moment de manger. Quand je me sers ma grande plâtrée de pâtes au beurre une voix dans ma tête me souffle que c'est beaucoup trop, que je vais grossir. D'ailleurs je mange trop vite, et j'ai souvent l'impression de me gaver. Je n'aime pas manger. C'est une perte de temps. C'est pour ça que ça ne me gêne pas de manger des pâtes au beurre midi et soir pendant un mois (et je suis modeste sur la durée). La culpabilité fait aussi que, quand j'achète des sucreries, je ne me dis pas "je me fais plaisir" mais que c'est un craquage.

Cette notion de contrôle, dans ce que j'ai lu, revient beaucoup. L'idée que les personnes obèses, ou en tout cas en surpoids, sont celles qui ne se restreignent pas ; que les filles se contrôlent moins que les garçons ; qu'il faut de la discipline, ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé. Ne pas craquer.

Or, manger, ça ne devrait pas être ça. D'ailleurs je ne mange pas : je me nourris. Et il n'y a guère que le petit-déjeuner que j'aime manger. Un bon gros petit-déjeuner bien rassasiant. C'est tout. C'est le seul repas que j'aime manger. D'ailleurs, paradoxalement, je pense que ce qui a pu me faire perdre du poids c'est de manger de vrais petit-déjeuners, et pas des petit-déjeuners où je me restreins plus ou moins inconsciemment parce que je dois tenir la semaine avec mon paquet (ce qui est complètement bête, parce que je ne suis pas en manque d'argent au point de devoir faire ça et, d'ailleurs, de manière tout à fait objective, je ne "manque" pas d'argent). Mais, si manger des pâtes tous les jours ne me gêne pas, par contre me restreindre dans mon petit-déjeuner m'emmerde. Donc j'ai arrêté. Donc j'ai maigri. Enfin je crois que c'est ça, parce que je ne vois pas d'autre modification dans mon alimentation ou mes dépenses énergétiques.

Mais mon rapport à la nourriture est tronqué. Je ne mange pas, je me nourris.
D'ailleurs, les filles ont plus de risques d'être touchées par des troubles du comportement alimentaire. En plus de mes anciennes compulsions alimentaires, je crois que je vous l'avais déjà dit mais il y a souvent des moments où j'ai faim sans avoir envie de manger, et envie de manger sans avoir faim...  j'ai aussi du mal parfois à savoir si j'ai faim ou si, au contraire, je suis rassasiée (ce qui fait que assez régulièrement je me dis après avoir mangé "rah, j'ai trop mangé" parce que mon ventre est trop rempli)... tout est donc parfaitement bien réglé dans mon corps !...

Donc voilà. J'ai maigri et, au lieu de me dire que c'est super, je me dis qu'il y a encore trop de graisse et que, surtout, si je ne fais pas un minimum attention, je vais tout reprendre, vue que ma perte de poids n'est en aucun cas contrôlée par un rééquilibrage alimentaire sain. En gros, c'est le chaos. (Jamais contentes, ces bonnes femmes).

Et vous ? Quel est votre rapport à votre poids, à votre corps, et à la nourriture ?

Source photo – lukas.wibowo 

dimanche 6 mai 2018

Quand on commence, on n'a pas besoin de conseils, on a besoin de confiance


Bonjour !

Ceux et celles (écrire "ceux" avant !... mais où est donc passée la galanterie...?) qui me suivent sur Hellocoton savent que j'ai demandé un petit coup de main pour me lancer dans des articles sur l'écriture. J'ai des idées de sujets, mais pas vraiment de format et d'angle, et je patine, et j'attends, et donc j'ai demandé un petit coup de main. Et, si je n'ai pas trouvé exactement ce que je cherchais, j'ai trouvé autre chose. J'ai été interpellée par une phrase somme toute anodine de Mathilde de Dark Material World. Elle m'a dit "Moi-même j'aimerais me mettre à écrire mais j'ai besoin de conseils.". Ceci est faux. Quand on commence, on a pas besoin de conseils, on a besoin de confiance.

Et c'est vrai pour à peu près tout. Même dans les domaines où c'est plus difficile d'apprendre sur le tas. Quand on commence, avant d'avoir besoin de conseils, on a besoin de confiance. Alors... c'est vrai que je dis ça alors que j'ai commencé à écrire assez tôt. J'avais onze ans, à peu près, donc je ne sais pas ce que ça fait de se lancer sur le tard et de se poser plein de questions. Parce que quand on a onze ans on a encore ce petit côté enfant où on entreprend un truc comme ça, avec spontanéité et naturel, sans se demander par quel bout on va prendre la corde. Mais je sais que, quand on se lance, on a pas besoin de conseils, on a besoin d'y croire.

Les conseils peuvent rassurer, donner un cadre, mais si on n'a pas confiance ce cadre ne suffira pas. Pour commencer à écrire il suffit de prendre une feuille et un stylo, ou d'ouvrir un traitement de texte sur son ordinateur, ou même de s'emparer d'une vieille machine à écrire, et de créer des phrases en mettant des mots bout à bout. C'est tout. Vous avez écrit. Peut-être une poésie, peut-être du théâtre, peut-être un roman, peut-être une dissertation... Pour écrire une dissertation on n'a besoin de conseils, d'ailleurs. Parce qu'il y a une méthode, un certain nombre de choses que l'on doit mettre dans l'introduction ; comme pour le commentaire de texte, il y a un ordre dans l'argumentation : d'abord l'argument, puis la citation du texte, puis l'explication. Mais pour écrire de la fiction, pour créer, on n'a pas besoin de conseils : c'est de l'art. On a besoin de confiance.

Des articles de conseils on en trouve des millions (en tapant dans Google "conseils d'écriture" je suis tombée sur quinze millions quatre-cent-mille résultats !) et pourtant Mathilde ne s'est toujours pas lancée. Parce qu'on n'a pas besoin de conseils, on a besoin de confiance ! Quand je me suis lancée je n'ai pas lu les conseils de Stephen King (et pourtant ils sont plein de bon sens et je me rends compte qu'il y en a une bonne partie que j'applique !) : je me suis lancée, c'est tout.

Bien souvent les articles de conseils sont tous les mêmes, mais on n'a pas tous la même façon de travailler (c'est ce que je disais il y a deux ans, et je le pense encore). Et ça va peut-être vous décevoir mais je n'ai pas de conseils pour avoir confiance en soi. Parce que ça ne se provoque pas en un claquement de doigt, la confiance en soi. C'est tout un processus et un état d'esprit. Mais, pour commencer, il faut se lancer et se rendre compte que ce que l'on écrit n'est pas si mauvais. Bien sûr il y a plein de pistes d'amélioration (je peux même vous donner les miennes si vous voulez, comme ça on se rendra tous compte qu'après dix ans je ne suis toujours pas satisfaite : sur certains passages j'utilise trop "être", "avoir", et "faire" et ça m'agace ; j'ai encore du mal à ne pas utiliser trop d'adverbes (et pourtant, comme dit Stephen King, si une scène est bien préparée et décrite on n'en a pas besoin !)) ; il y en a toujours, mais le premier pas vers la confiance c'est de ne pas se comparer aux autres et de se rendre compte que ce que l'on écrit n'est pas si mal.

Mathilde, tu n'as pas besoin de conseils, tu as besoin de te mettre un grand coup de pied dans le derrière, de t'enfermer dans une pièce sans ton téléphone, de couper internet, et d'écrire les premières lignes, nom d'un p'tit bonhomme en mousse !

Qu'en pensez-vous ? Besoin de conseils ou besoin de confiance ?

Source photo – Jeanne Menjoulet

lundi 2 avril 2018

La sélection à la fac ne se fait pas à la fac

Bonjour !

Ces derniers temps je m'informe relativement peu (très peu, en fait). Donc je n'ai entendu parler de ce qu'il se passe dans la fac de Tolbiac qu'aujourd'hui (je vis dans une grotte...). Du coup, j'ai lu quelques articles et propos qui m'ont exaspérés. Ils gueulent entre autres, et comme beaucoup, contre le semblant de sélection à la fac instauré par Parcoursup, la plate-forme sur laquelle les lycéens doivent s'inscrire, remplir leurs bulletins pour candidater, et qui se verront répondre trois possibilités : "oui", "oui mais", ou "non". Et ça, beaucoup ne sont pas contents, et disent qu'il ne faut pas de sélection à la fac, que c'est inadmissible, que ça va creuser les inégalités, que la fac doit être ouverte à tous, que l'égalité des chances, etc., etc., etc. Mais, en vrai, la sélection à la fac elle ne se fait pas à la fac : elle se fait avant.

Ma mère est institutrice dans une zone d'éducation prioritaire. Elle a face à elle des enfants qui ne parlent pas super bien français parce que les parents eux-mêmes parlent mal français et s'expriment plus volontiers en arabe à la maison. Elle a face à elle des enfants qui ne jouent pas (un jour j'étais dans sa classe, on faisait faire aux gamins des objets en laine, une fille (dont les parents sont instituteurs aussi) a pris deux pelotes et en a fait des personnages ; ça, beaucoup d'autres élèves sont incapables de le faire). Elle a face à elle des enfants qui ne peuvent pas être aidés pour leurs devoirs à la maison. Elle a face à elle (pour le moment (vive la réforme !)) trop d'élèves pour tous les aider un par un. La réalité, c'est ça.

Je suis nulle en maths. Pas parce que je suis con, mais parce que, dès la primaire, on m'a mal expliqué. Sur les quatre années de collège j'ai eu la même prof trois années durant. Pas top si on n'aime pas comment elle explique. La quatrième année ça allait mieux, ce n'était pas encore ça mais ça allait mieux. Mais c'était trop tard. Enfin, pas tout à fait. Un jour, à cause d'une sortie de la classe, je crois, je me suis retrouvée dans une autre classe, avec un autre prof de math, qui m'a bien expliqué, et j'ai compris. C'est beau la pédagogie. Puis ensuite, le lycée. C'était pas triste, le lycée. L'établissement où j'ai fait ma Seconde ne possédait que des filières scientifiques. Dans ma classe, nous étions trente-six. Notre prof de math expliquait tellement mal que seuls deux ou trois élèves n'étaient pas à la rue ; expliquaient à leurs amis ; et que les autres avaient des cours particuliers. J'avais six de moyenne. Quand on disait que l'on ne comprenait pas – une fois, deux fois, trois, quatre, cinq, six fois – il répétait exactement de la même manière et disait, d'un soupire excédé "c'est parce que vous n'écoutez pas". Et, quand un septième élève disait qu'on n'avait rien capté, il disait encore que c'était parce qu'on n'écoutait pas, qu'il fallait écouter, et il passait à autre chose. La réalité, c'est ça.

Aujourd'hui, j'aimerais entrer en STAPS. Pas d'bol pour moi, je ne suis pas matheuse – et pour cause ! Du coup, mon dossier rempli sur Parcoursup ne me permettra pas d'entrer en STAPS. Le problème vient donc :
Petit A : de la sélection à la fac instaurée par Parcoursup
Petit B : de mes profs de maths successifs qui étaient infoutus de m'expliquer correctement leur matière
Petit C : de moi, parce que j'aurais pas dû voter Macron qui a mis en place Parcoursup
Attention : qu'une seule réponse possible.

Je suis aussi mauvaise en anglais. Au collège, trois années sur quatre, j'ai eu la même prof. Pas de chance, je l'aimais pas du tout. Et puis surtout, pour avoir une note correcte, il n'y avait pas besoin de comprendre en anglais : il suffisait d'apprendre le cours par coeur, comme elle refaisait à peu près les mêmes phrases aux contrôles. C'est ainsi qu'en Cinquième (je crois), après un an d'anglais, j'ai réussi a faire à haute et intelligible voix, devant toute la classe, une phrase dépourvue de verbe. Oui, madame. En Seconde, j'étais en classe européenne, donc j'avais plus d'anglais et une bonne prof, je crois que je me suis un peu améliorée. J'ai eu aussi un bon prof en Terminale. Mais c'était déjà trop tard.

Aujourd'hui, j'aimerais bien faire un Master de Relations Internationales, je trouverais ça génial de bosser autour des relations internationales dans le sport. Pas d'bol pour moi, je suis loin d'avoir un niveau "éprouvé" en anglais – et pour cause ! Du coup, même si j'envoyais mon dossier aux universités, je ne serai sans doute pas sélectionnée. Le problème vient donc :
Petit A : de la sélection à la fac instaurée par Parcoursup
Petit B : de mes profs successifs qui étaient infoutus de m'apprendre correctement leur matière
Petit C : de moi qui n'ai pas été intéressée assez tôt aux langues pour les bosser par moi-même
Attention : une seule réponse possible.

Et je ne vous parle même pas des inégalités entre les milieux populaires et les classes moyennes puis privilégiées ! Mes différents établissements n'étaient pas dans des zones d'éducation prioritaire. Et mes profs n'étaient pas de jeunes profs à peine jetés dans une classe et sans expérience. Le problème, c'est que bien souvent les profs ne sont pas pédagogues (parce que la pédagogie, voyez-vous, ça s'apprend !).

Une collègue, universitaire, m'a dit que la fac devait être ouverte à tous. D'autres parlent d'égalité des chances. C'est d'une hypocrisie crasse. Nous n'avons déjà pas les mêmes chances. Entre ceux qui tombent sur des profs compétents et pédagogues, et les autres, c'est la loterie. Entre ceux qui savent tôt ce qu'ils veulent faire, poursuivent un objectif, et les autres, c'est la loterie. Même si on me laissait poser mon Auguste fessier sur un banc d'amphi face à un enseignant de biomécanique, et bien que je ne sois pas trop con, ce n'est pas dit que je comprenne. C'est même dit tout le contraire ! Alors autant que je laisse ma place sur ce banc à un mec qui a les moyens d'arriver au bout du cursus ! Même avec un tutorat je n'ai pas la certitude d'y arriver : rien ne dit que le tuteur sera pédagogue, et que le gouffre que constitue mon retard en maths est possible à combler. Parce que la sélection à la fac ne se fait pas à la fac : elle se fait bien avant.

Si je ne suis ni bonne en maths ni bonne en anglais c'est parce que ceux et celles qui étaient censés m'apprendre, m'expliquer, me tirer vers le haut, s'en sont révélés incapables. Par manque de pédagogie, de méthode, ou de temps dû à une classe trop pleine (enfin, dans le cas présent, au collège, nous étions une petite quinzaine car j'étais dans une classe avec deux puis trois malentendants). La faute n'est ni à mettre sur Macron, ni à mettre sur Parcoursup. La faute n'est pas à mettre sur les portes de la fac qui se ferment à notre nez, la faute est à mettre sur les embûches rencontrées avant sur le chemin.

Gueuler, beugler, à la fin de Parcoursup au nom de l'égalité des chances, au nom des étudiants venus des classes populaires qui seront dans l'impossibilité de réussir, est d'une hypocrisie crasse (mais pas forcément consciente, après tout c'est bien de penser qu'on est tous égaux...), à mon sens, parce que ces étudiants des classes populaires ont déjà moins de chances que les autres. Pas parce qu'ils sont plus cons, oh non, mais simplement parce que le milieu fait qu'ils ont sans doute, de manière générale, moins de ressources que les autres. Et, même sans parler de classes populaires, certains élèves, qui ont trouvé la voie qui les intéressait trop tard, qui ne sont pas tombés sur les bons profs, ont moins de ressources que les autres. Le problème, ce n'est pas Parcoursup mais tout ce qu'il se passe avant !

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Ludwig Favre

samedi 31 mars 2018

Vinti anu e ka vintia dia

Bonjour !

"Penses à ton avenir, faut cotiser pour la retraite", "faut que tu penses à ce que tu veux faire de ta vie". Oui, c'est mieux. Si je dois cotiser pendant quarante-trois ans et que je commence à travailler vraiment qu'à trente ans, ça va me poser problème. Ceci dit c'est la réalité aujourd'hui pour ma génération : après les études ça galère avec des petits boulots jusqu'à à peu près trente ans où on entre dans le monde du travail. "Penses à ton avenir".

Vous vous souvenez (ou peut-être pas, sans doute pas d'ailleurs), en Juin j'avais écrit un article pour dire que je ne savais pas ce que je ferais dans un an (même pas quatre mois plus tard, d'ailleurs). Aujourd'hui, rien n'a changé. J'en sais rien. Je ne sais pas ce que je ferais après mon Service Civique, et toutes les voies qui m'intéressent semblent bouchées. L'armée ? je ne suis pas à niveau physiquement ; STAPS ? je suis nulle en maths ; Relations Internationales ? je n'ai pas le niveau en anglais ; l'école de journalisme ? ça me tente finalement peu ; Service Volontaire Européen ? encore une planque pour gagner un peu de temps sans être payée. Il ne me reste plus que les petits boulots, sachant que je n'ai pas le permis et que je n'ai jamais travaillé de ma vie. Je suis pas prête de cotiser pour la retraite.

Et je m'en fiche. Rien n'arrive pas hasard. J'aurais la vie que j'aurais. Je sais aussi que je suis faible que je ne parviendrai sans doute jamais à trouver les ressources en moi pour me donner vraiment les moyens de faire les choses. Alors j'aurai la vie que j'aurai. Sans doute médiocre, à l'image de ma propre médiocrité. Et je ne parle pas de salaire... je parle de tout le reste. Mais je m'en fiche... enfin, je m'en fiche... c'est inexact. Mais disons que je ne peux pas faire grand-chose de plus.

Je crois toujours que des opportunités se présenteront, et que les autres je devrais me les créer. Et j'aurai la vie que j'aurai. Je ne crois pas au destin, faut pas pousser. Mais je crois que rien n'arrive par hasard. J'aurai la vie qui correspond à la personne que je suis. Y'a un petit côté déterministe dans ce que je dis, un côté un peu fataliste. Ça correspond assez à mon état d'esprit des derniers jours (semaines ?) : je patauge, je m'enlise, je ne vois plus que les défauts et les impossibilités. Et pourtant je nourrie encore ce rêve que je ferai des choses. Que vingt ans ne sont pas vingt jours et que j'en ferai des choses.


Nta fasi kusa,
Vinti anu e ka vinti dia.
C'est une chanson de Fernanda Fernandes, reprise par Elida Almeida. Je l'aime beaucoup, elle est très positive (la traduction de toute la chanson sur le site d'Elida Almeida). Mais, d'un autre côté, peut-être qu'elle me nourrit d'illusions. Sans doute d'ailleurs. C'est un peu ce que je vous disais la dernière fois... je m'enlise dans des projets qui sont des fantasmes, voilà...

Je voulais faire un article un peu positif, pour dire qu'on s'en fiche si on sait pas ce qu'on veut faire, et au final je me retrouve avec un article un peu tristounet plein de questions et de pessimisme... je me suis un peu résignée, je crois. Je ne sais pas si j'ai raison et si je vois les choses de manière "objective", ou si je ne suis plus capable de voir les choses positives. Je ne sais pas si j'ai raison quand je dis que je suis faible et que je n'arriverai jamais à rien ou si je force le trait parce que mon état d'esprit des dernières semaines n'est pas au top. Au fond on s'en fiche. L'important, ce qui détermine les choses, c'est la manière dont je me vois. D'ailleurs ça me fait penser que les articles sur comment être heureux, et, pire se soustraire aux "coups de mou", m'exaspèrent, m'agacent : les êtres humains n'ont pas un moral constant : c'est la vie. Fin de la parenthèse.

Je rêve de choses que je n'aurais probablement jamais parce que je ne sais pas me donner les moyens. Parce que je me suis intéressée à plein de trucs tard et que je suis résignée à l'idée que le train est passé et que c'est trop tard. J'essaye de réparer un filet de pêcheur avec des bouts de ficelle pour avoir les derniers poissons du banc quand, en faisant avancer le bateau, je pourrais peut-être espérer rattraper le gros de la flotte.

Mais j'ai quand même envie de croire que vingt ans ne sont pas vingt jours et que j'ai le temps de faire des choses, de trouver une voie, de m'embarquer sur un véhicule, qu'il soit un radeau, une barque, une voiture de course, une charrette, une trottinette, un balai, ou un âne, et d'avancer sur un chemin.

Je crois que, dans la forêt dense de mes rêves, il va falloir que je me résigne au réalisme, que j'enchaîne les petits boulots. Ou que je trouve une planque, pour gagner du temps, pour fuir, pour glaner quelques semaines qui vont me permettre de trouver un plan, un vrai plan...

Nta fasi kusa raisonne plus comme une prière, un cri du coeur, que comme un pied-de-nez lancé à ceux qui n'y croient pas. On est sans doute très loin de l'esprit de la chanson...


Source photo – Olivier & Pascale Noaillon Jaquet
Source photo – Guilhem Vellut 

jeudi 22 mars 2018

Pour en finir avec le complot médiatique

Bonjour !

Ça fait des semaines que je voudrais parler de ça, enfin pas exactement de ça mais qu'il y a des choses que je voudrais dire... c'est depuis une formation sur les media que j'ai eu avec mon Service Civique et qui était assez catastrophique... mais je ne savais pas comment problématiser pour que ça soit autre chose qu'un bureau des plaintes. Donc j'ai attendu. Et je ne suis pas déçue parce que j'ai eu avec une fille aujourd'hui (d'à peu près mon âge à vu de nez) une discussion... ahurissante.

En fait, la discussion était à trois. Cette fille, un collègue et moi. Nous avons commencé à parler des grands patrons qui ont beaucoup trop d'argent pour qu'une vie complète suffise à compter les pièces de leur trésor dragonesque, quand la discussion a dévié, au fil des exemples et des "regarde... :", sur les media et le foot. Tout se déroulait plus ou moins dans le calme (en fait une collègue nous a demandé de baisser d'un ton xD) quand mon collègue et moi avons fini par comprendre qu'on n'irait jamais nulle part (le quelque part n'étant pas synonyme de convaincre notre contradictrice) : notre interlocutrice avait un raisonnement proche du complot : peine perdue.

Ainsi a-t-elle dit que tous les media (exceptés les indépendants et ceux de l'État) étaient de la merde et que c'était à cause des media que l'on regardait autant le foot, parce qu'ils faisaient de la pub, et que les footeux étaient payés autant pour nous faire regarder... et que si la tribune de presse des mondiaux de lutte cet été (où j'étais bénévole) était vide c'était que l'on en avait pas parlé assez, etc. Elle a chargé la mule au point où cette pauvre bête s'est retrouvée par terre à ne plus pouvoir se relever...

Alors-alors-alors..., il y a beaucoup de choses à dire mais, pour ceux qui ne voudraient pas lire mon article jusqu'au bout on pourrait résumer ainsi : à un moment, il faut arrêter avec le complot médiatique.

Tout ça m'a refait penser à une formation sur la "cybercitoyenneté" (terme qui n'a pas été défini pendant ladite formation et dont je ne sais toujours rien) que j'aie dû faire pour mon Service Civique (je l'ai choisi parmi une liste d'autres formations). L'une de nos formatrices était une Service Civique auprès de la chargé de mission en sport-santé du Comité Olympique du département. Autant dire qu'elle n'avait aucune légitimité à être là. D'abord, elle a critiqué le manque d'objectivité des media (dont je vous ai parlé ici), puis elle a dit que les media invitaient exprès de faux experts pour nous donner de fausses idées. Bon. Il faut arrêter avec le complot médiatique.

Oui, les medium sont détenus par quelques grands patrons. Mais. Certains (j'ose espérer la plupart) journalistes font correctement leur travail (faut pas croire que tous leurs articles sont relus et corrigés par ledit grand patron) ; un medium est un gouffre financier dans lequel ne peut pas investir quelqu'un qui n'a pas d'argent à perdre. Autrement dit : plus de grands patrons pour perdre de l'argent : plus de media. Gloups. Alors certes, on pourrait imaginer que les journalistes rachètent leur rédaction. Mais. Ça se ferait au détriment de la qualité et du développement de l'entreprise : plus d'argent pour envoyer des gens à l'autre bout du monde, plus autant d'argent à mettre dans les factures (d'électricité surtout), sans compter des frais particuliers aux media qui doivent sans doute exister. Donc ce n'est pas vraiment une vraie solution. De plus et pour s'arranger du fait que les media sont tous de bords politiques, il suffit de lire ou d'écouter plusieurs media. Et puis cette fille qui dit que, parce qu'ils sont sur le service public, les journalistes font du bon boulot... euh... ils ont un grand patron : il s'appelle l'État, et il a tout autant d'intérêt que les autres à faire passer ses idées. De plus les journalistes passent de l'un à l'autre sans problème (Patrick Cohen qui a voyagé de France Inter à Europe 1, Ali Badou qui a quitté Canal pour France 5).

Ensuite non, on ne regarde pas le foot parce que les media nous le demandent. On regarde le foot parce que c'est le sport international, comme la langue anglaise est la langue internationale. Prenons le handball. Les équipes de France sont fortes. Souvent titrées, toujours placées sur un podium. La pub faite autour du handball est terrible. Les audiences sans doute fortes et les tribunes de presse pas loin d'être remplies à ras-bord. Pourtant les handballeurs ne gagnent pas les salaires des footballeurs, et les journalistes ne suivent pas le mercato de handball avec autant d'acuité. Pourquoi ? Parce que le handball n'est pas le foot. Certes, effectivement, la fédération de foot fait peut-être plus de marketing... mais il n'y a pas que ça qui joue ! Le foot, c'est populaire. Les gamins dans les quartiers ils prennent un ballon et ils jouent au foot, pas au hand. Et ne font pas de cyclisme ou d'escrime ou de saut à la perche parce que ça coûte cher. Aussi, la majorité des pays du monde a une équipe de foot. Et je ne prends sans doute pas trop de risques en disant que, à peu près où que vous alliez dans le monde, si vous sortez un ballon de foot, les gens joueront avec vous sans demander les règles parce qu'ils les connaissent déjà. Les media n'ont rien à voir là-dedans (pas plus que ma boulangère ou la mémé de mon hamster).

Je me suis déjà exprimée sur l'objectivité des media donc je passe directement à la suite. Les experts. Il est extrêmement dangereux de dire dans une formation sur les media à destinations des jeunes qui sont déjà défiants envers eux de dire qu'ils invitent de faux experts pour donner de fausses idées aux gens. On est où, là ? Il se trouve que je fais mon Service Civique en radio. Vous croyez que ça m'amuse quand mon invité est mauvais ? Ben non, ça ne m'amuse pas du tout. Quand mon invité est mauvais et que je ne suis pas assez bonne pour, du coup, essayer de rattraper le coup en posant les bonnes questions (pas en mettant la réponse dans la bouche de la personne, hein, mais en posant des questions sur des thèmes où l'invité peut plus s'exprimer sans patauger) ben ça m'amuse pas des masses.

Deux choses à ce propos : déjà, comme je l'ai dit le jour de la formation (je me suis pas gênée, tu penses !) : les vrais experts super pointus, ils travaillent. Ils ont des recherches à faire, des livres à écrire. Ils bossent. Ils n'ont pas de temps à perdre dans les media. Encore moins quand on demande à des historiens de réagir à chaud ! C'est une hérésie ! Ensuite, dès que j'ai pu retrouver une connexion internet, j'ai fait des petites recherches. Effectivement, il y a déjà eu des cas (trop) de faux experts. Mais ce n'est pas (que) de la faute des media. J'ai essayé de retrouver l'un des articles que j'avais lu  pour pouvoir le citer précisément mais je n'ai pas réussi (pour les autres, en tapant "faux experts média" dans un moteur de recherche vous les trouverez). Quoi qu'il en soit l'idée était que la faute ne vient pas des media mais de ces faux experts qui profitent de la situation d'urgence créée par les attentats. Si je me souviens bien, un rédacteur en chef avouait que, après les attentats, quand on s'arrache tous les experts, on n'a pas forcément le temps de bien vérifier qui on invite (et certains mentent bien). Mais, maintenant, ils savent qui est bon et qui est moins bon et affinent leurs listes. Même en considérant qu'ils sont un peu fautifs de pas prendre le temps de tout bien vérifier, il n'y a pas de malveillance là-dessous et encore moins de complot.

Pourquoi est-ce qu'il y a des media de droite et de gauche ? En premier lieu parce que les gens qui les ont créé avaient des choses à dire. Mais ensuite, eh bien on pourrait dire que c'est sociologique. Vous voyez un jeune journaliste de droite aller demander du travail dans une rédaction de gauche ? et vice versa ? Moi pas tellement...

Bien sûr, les media ont des défauts. Ils parlent tous de la même chose, par exemple (ce qui s'explique aussi sociologiquement par le fait que les premiers lecteurs de la presse se sont les journalistes – un peu comme des articles tous similaires naissent sur les blogs : parce que l'on s'inspire les uns des autres). Mais il faut arrêter de penser que tout est contrôlé, millimétré, malveillant...

Je crois, et je vais le dire sans tact aucun, que la théorie du complot c'est de la faiblesse intellectuelle. La théorie du complot c'est le premier truc auquel tu penses. La chose facile, qui ne demande pas une grande exigence intellectuelle. Parfois moi aussi j'ai une idée de ce type qui germe dans mon esprit. C'est comme un réflexe. Mais je me flagelle tout de suite parce que je sais que c'est faux. Je suis une paranoïaque, donc je tombe facilement dans ce genre d'idée, et il faut dire qu'elles sont assez tentantes parce qu'elles permettent de tout expliquer ; tout à coup tout s'éclaire, tout paraît simple... Mais nous vivons dans un monde complexe, et je pense que nous devons avoir l'exigence intellectuelle d'admettre que parfois les choses sont complexes, compliquées, qu'il y a des choses que nous ne saurons jamais, parce que ces informations sont dans les mains des gens de pouvoir, et que nous, nous ne pourrons jamais savoir. La théorie du complot c'est la facilité. Je pense que nous devons avoir l'exigence intellectuelle de voir plus loin. Ce qui ne veut pas dire que nous devons arrêter l'esprit critique, bien au contraire ! Mais un esprit critique sain, que la personne en face prendra avec sérieux et voudra écouter.

Il est grave, très grave, de dire ce que ma "formatrice" a dit. Devant des jeunes qui n'étaient pas tous un peu au fait des media (et ce n'est pas un reproche : on ne s'intéresse pas tous aux mêmes choses), qui étaient déjà défiants, ou qui étaient simplement là parce que le jour les arrangeait. Et il est très grave, pour le monsieur qui gérait la formation, d'avoir laissé sa Service Civique dire ça sans la reprendre ou sans, en tout cas, apporter une contradiction. L'éducation aux media est un vrai enjeu, et ce n'était pas à moi de nuancer son propos sur l'objectivité ou sur les faux-experts, ou même lorsqu'ils ont abordé le fait que les media principaux appartiennent à quelques grands patrons. C'était à eux d'apporter un discours nuancé ! Et je trouve ça très grave qu'ils ne l'aient pas fait ! Je trouve ça dangereux !

C'est dangereux que des personnes soient dans l'idée que les media sont malveillants. Parce que la liberté de la presse elle vient certes du haut, du pouvoir, de l'État qui oui ou non protège la presse et est le garant de sa liberté, mais également du bas : des gens qui font confiance aux journalistes et arrêtent de les insulter ou de leurs jeter des cailloux. Il y a des choses à améliorer, mais ce n'est pas en étant dans une radicalité que nous irons quelque part (le quelque part n'étant pas de tous penser la même chose et de boire sans esprit critique ce que disent les journalistes).

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Pierre Andrieu. AFP