lundi 18 décembre 2017

Avancer en crabe

Bonjour !

Peut-être que vous vous souvenez que je vous avais dit cet été que je cherchais un Service Civique et que je ne savais pas ce que je ferais ensuite. Eh bien j'ai un projet. Un projet un peu fou, plus proche sans doute d'une lubie nouvelle, un projet bien plus irraisonnable encore que de n'avoir pas de projet du tout. Et, en fait, ce n'est pas tant le projet qui est intéressant que les réactions et les freins auxquels je suis confrontée.

Je voudrais, à la rentrée, faire une Licence de STAPS. Quand on ne me connaît pas on se dit "et alors ?". Et alors je vais vous dire : j'avais six sur vingt de moyenne en maths en Seconde (j'étais pas aidée par le prof, faut dire) ; j'ai fui dans un bac littéraire en partie pour échapper aux maths ; j'ai enchaîné sur une Licence d'Histoire ; et en Septembre ça fera six ans que je n'aurais pas fait de "sciences dures" ; je suis et ai toujours été nulle en sport, sans coordination ni conscience de mes membres. Autant vous dire qu'entre physiologie, biomécanique, anatomie, biologie, neurologie, et activités physiques la chute sera rude, dure, violente.

Une amie m'a dit "ça te sort d'où ?" : la réponse est simple : je n'en ai pas la moindre idée. Je vous dit : c'est une lubie. Alors j'ai commencé à me renseigner, à regarder les matières, les sites de plusieurs universités, je cherche, je fouille, j'envoie des mails, et voir des exercices de biomécanique à base de lettres avec des flèches dessus et plein de trucs à calculer ne suffit même pas à me dissuader. Je suis une poule à qui on a coupé la tête et qui fonce dans un mur.

D'ailleurs ça n'a pas échappé aux personnes que j'ai contactées en demandant si être nulle en maths était si terrible et quelles étaient les villes Erasmus pour la L2. L'un m'a dit "pour Erasmus on verra si vous êtes acceptée déjà en L1", un autre d'insister sur le fait qu'un bac S était fortement recommandé et une dernière de me préciser que les critères seraient les compétences scientifiques, sportives, et l'investissement associatif (ah ? y'avait pas sciences humaines en STAPS normalement aussi ? on s'en fiche de ça ? nan parce que j'ai une Licence d'Histoire quand même). Autant dire que moi qui sais pas faire une pompe je suis fichue. Une poule décapitée qui fonce dans un mur, je vous dis.

Mais surtout, et j'en viens à la raison du titre de cet article, j'ai discuté avec une amie en lui disant qu'après STAPS je ferais sans doute sociologie. Elle m'a dit qu'elle aurait adoré alors je lui ai répondu qu'après son Master elle pourrait toujours en faire, qu'il ne serait pas trop tard. Mais elle s'est esquivée en disant, en gros, qu'elle n'allait pas revenir à bac+1 quand elle serait à bac+5. Je trouve ça intéressant parce que ça veut dire que, quand tu es en haut de l'échelle, tu ne peux pas recommencer du bas d'une autre échelle. Mais elle aura bac+5 dans son domaine, pas dans un autre ! J'ai bac+3 en Histoire, pas en biomécanique – et pour cause ! (je fais un peu une fixette sur la biomécanique, vous remarquerez).

Je trouve que c'est assez intéressant sur la manière dont on conçoit le fait d'avancer. J'avance, alors je ne peux pas revenir à la case départ, je suis surdiplômée pour la case départ. Je trouve ça dommage parce que ça veut dire que cette amie ne fera pas sociologie juste parce qu'elle ne voudra pas retourner au début du début. Mais avancer ça ne veut pas forcément dire gravir l'échelle sans jamais en descendre. En faisant STAPS et sociologie j'aurais presque trente ans quand j'aurais fini mes études. Pourtant je serai toujours à bac+3. Est-ce qu'on pourra dire que je n'aurais pas avancé ? Je ne pense pas. Je n'avance pas vers le haut : j'avance en crabe, sur le côté, mais j'avance quand même. Je sortirai de mes études en ayant appris plein de choses, en ayant fait plein d'expériences, y compris Erasmus (si je suis acceptée "déjà en L1").

Je crois qu'au fond c'est assez français. C'est assez français de dire qu'on doit avancer vers le haut et qu'on ne peut pas revenir sur ses pas, ou faire un pas de côté pour changer de rail : la Licence amène à un Master et le Master à un métier ou à un Doctorat : on ne peut pas tout essayer, tenter, rebrousser chemin, faire des détours. On doit choisir. Mais moi je n'ai pas envie de choisir entre STAPS, sociologie et Histoire : moi je veux pouvoir tout faire. Même si je suis une poule qui fonce dans un mur.

Je vais souffrir. Mon esprit va souffrir, mon corps va souffrir, ma confiance en l'avenir et en moi-même va souffrir, mon goût pour les défis va souffrir ; tout ça parce que mon ambition n'a d'égal que mon imagination. Je vais souffrir quand mon pauvre corps déplumé percutera le mur de brique contre lequel il fonce à une vitesse trop enthousiaste pour être raisonnable.

Voilà. Je vous ai partagé mon projet (ma lubie !). Je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs. J'avais envie. Maintenant j'ai surtout envie de trouver un angle satisfaisant pour vous parler de la polémique autour d'Antoine Griezmann...

Source tableau – Edwaert Collier, Vanitas, Still Life with Books and Manuscripts and a Skull

11 commentaires:

  1. Et ce serait pour travailler dans quoi ensuite ? C'est clair que ça va t'apporter pleins de connaissances mais quel est ton objectif final ?
    Tu n'as pas peur de sortir des études à 30 ans, si tard ?

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    1. Pour faire journalisme sportif c'est quand même mieux de connaître un peu le sport ! ;)
      Non, j'ai pas du tout peur. Puis tu sais même si je sortais plus tôt des études j'aurais pas de travail plus tôt : les statistiques et le travail des sociologues montrent que les jeunes trouvent un emploi stable vers 30 ans après une succession de petits boulots. En plus on peut travailler après une Licence STAPS donc je pourrais travailler pendant que je ferai socio. Ensuite j'essayerais d'entrer dans une radio, et si vraiment ils veulent pas de moi... école de journalisme peut-être mais ça me tente pas trop (on se résigne à tout xD)

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  2. Et pourquoi pas, après tout ?! Tes notes de seconde ne révèlent pas tes capacités mais juste le travail que tu fournissais à ce moment précis. Moi je suis sûre que tu en es capable ! Et pour ce qui est de ce diktat des échelles qui voudrait qu'on avance toujours en ligne droite, de façon utile, et pas en crabe comme toi, je crois que rien de ce qu'on apprend n'est jamais perdu. Même si tu finis avec un bac+3, soi-disant, tu seras infiniment riche de toutes ces expériences. Quel profil!

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    1. C'est surtout qu'au collège j'étais pas mauvaise en physique-chimie/SVT (en Seconde je me souviens pas) donc ça veut dire que je suis capable de comprendre les sciences. C'est juste les maths qui veulent pas (dès la Sixième je me prenais la tête sur les maths faut dire).
      C'est gentil :) Moi aussi je pense que j'en suis capable (mon imagination n'a pas de limite mais je sais reconnaître les miennes). Si je ne m'en pensais pas capable je tenterais pas. Les exos de biomécanique sur lesquels je suis tombée font peur et en même temps je pense que je suis capable de comprendre (au pire un échec dans mon parcours pourra pas me faire de mal, puis surtout j'ai toujours eu des facilités alors me bouger le cul pour y arriver ça va me changer !)

      Je pense aussi ! Parce que je pourrais, normalement, faire des liens entre tous mes cours, et aussi je compte continuer le bénévolat dans des radios... Je crois que ça ne peut être que bénéfique au final (si j'arrive au bout déjà (si je suis acceptée en L1 déjà (je me dis que s'ils veulent pas de moi en L1, comme j'ai déjà une licence j'aurais qu'à m'inscrire direct en L2 même si vu mes compétences scientifiques ça relève du suicide))).

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  3. Pour donner mon expérience, j'ai commencé une licence de lettres après avoir fini mon master de physique. Le domaine n'a rien à voir et peu de gens m'ont encouragé (d'ailleurs dès que j'ai commencé à aborder le sujet, ils m'ont dit que c'était ridicule...). Puis, maintenant que je suis en L2, je me rends compte que ces années d'étude, même si ce n'est pas dans le même domaine, m'ont permis d'apprendre à étudier, à synthétiser et je suis capable de mieux gérer les études, de m'impliquer et de comprendre mieux. Alors n'hésite pas à te lancer là-dedans, ta licence d'histoire ne sera pas perdue. (Par contre, je travaille en parallèle car personne ne veut me financer ces années d'étude...)

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    1. Effectivement physique et lettres ça n'a rien à voir !
      Je ne sais pas si ça va vraiment me servir d'avoir fait Histoire (sauf peut-être pour réfléchir dans les matières de sciences humaines) parce que j'ai pris Histoire parce que j'aimais ça, mais ce que je veux dire c'est que j'ai toujours eu des facilités (sauf en maths) à comprendre et retenir... donc... je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup évoluée entre la L1 et la L3... on verra.
      Le problème avec STAPS c'est que y'a 30h de cours par semaine sans compter le travail perso (qui est énorme pour moi qui vient de L) du coup je pense que je n'aurais pas vraiment la possibilité de travailler à côté, donc tout est entre les mains de mes parents !

      Tu vises quoi comme métier, à termes ?

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  4. En effet, pourquoi ne pas le faire ? Je suis ton blog depuis quelques mois maintenant et cet article m'a donné envie de t'encourager aha C'est un super projet et comme toi, je trouve ça dommage que beaucoup de gens décident de ne pas poursuivre certaines études pour ne pas « revenir sur ses pas » et « finir tard ». Vivant au Québec depuis quelques années, je trouve aussi que c'est assez français comme façon de penser.

    On n'a qu'une vie et si tu as vraiment envie de te lancer dans ça, je t'encourage ^.^ C'est sur que ça va pas être facile mais comme tu le dis toi-même ça va te permettre d'élargir tes connaissances et d'apprendre pleins de choses sur toi-même aussi.

    Et vraiment hâte de lire ton article sur la polémique Griezmann !

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    1. Au Québec comment on perçoit le parcours étudiant ?

      C'est gentil !
      Oui, ça va me permettre d'apprendre plein de trucs, puis si on faisait les choses que parce qu'elles sont simples on ne ferait pas grand-chose au final...

      C'est gentil ! Pour le moment je n'ai toujours pas trouvé mon angle, mais je suis effarée d'apprendre qu'il y a aussi eu une polémique avec la "crinière de lionne".

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    2. De ce que j'ai ressenti et de ce que je vois de la façon dont on perçoit le parcours étudiant ici, j'ai une impression de « chaque chose en son temps » et de « il n'y a vraiment pas d'âge pour étudier ». Les étudiants n'hésitent pas à changer de cursus quand quelque chose ne leur convient pas et à « revenir en arrière » dans de tous nouveaux secteurs s'ils réalisent que c'est ça qui les intéresse. Et pourtant les frais étudiants peuvent faire très mal.

      Je viens de voir que ton article sur Griezmann est sorti donc je m'en vais vite le lire ^.^

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  5. Je pense que les gens n'ont peut être pas la patience de tout recommencer, même si c'est un autre domaine. De ne jamais voir la fin des choses, ou des études dans le cas présent. Puis c'est aussi de l'argent. J'ajouterais même que quand on voit que les diplômes ne servent plus à grand chose ben les cumuler non plus xD
    Peut être que toi ce que tu aimes c'est étudier, apprendre, découvrir. Et que le monde du travaille t'intéresses moins. (Un peu comme Flynn Carson dans la trilogie du même nom ;P)

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    1. C'est vrai, il y a aussi la patience, mais sur l'argent... une fois qu'elle a son master elle peut bosser à côté, et les frais universitaires c'est pas ce qu'il y a de plus cher (c'est une somme, on est d'accord, mais on est loin des écoles privées !). Après sur le cumul je serais plus prudente... par exemple je connais une fille qui a fait un BTS, est entrée en L3 STAPS, termine son Master cette année, et ensuite elle va étudier la com' pour pouvoir bosser en communication dans un club de sport. C'est clair que Histoire ça sert à rien, mais augmenté de socio ça peut pas faire de mal !
      Oui ! J'adore apprendre ! Pourtant j'ai toujours dit que je voulais pas des études longues parce que c'est chiant x) Au final je vais peut-être faire 8 ans x) Mais dans des domaines différents alors ça passe vite. Je pourrais pas faire 8 ans en Histoire et 8 ans en socio par exemple.

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