samedi 11 novembre 2017

Rencontrer mon corps

Bonjour !

J'ai du mal à me lancer. Je ne suis pas très habituée aux articles personnels..., j'ai du mal à parler de moi "gratuitement", quand ça ne sert pas une démonstration, quand c'est juste pour parler de moi sans qu'il n'y ait aucun vrai fond. La peur de ne pas être intéressante peut-être, peut-être aussi mon manque de confiance en les autres. Mais il va quand même falloir que j'accepte de me faire un peu violence pour écrire cet article et que je m'y mette. Même si ça suppose de dire des choses un peu intimes, de me mettre en danger en me rendant vulnérable. C'est un mur un peu plus épais que celui qui enclot une zone de confort, c'est un mur avec un peu plus de bastions pour le garder. Mais il va quand même falloir que je m'y mette, quitte à supprimer l'article plus tard...

Alors aujourd'hui, sous vos yeux ébahis, je vais vous parler de moi, de mon corps. Encore un article sur le corps parmi tous ceux qui pullulent un peu partout sur internet, sur la blogosphère. Un article sur le corps parce que le corps est tout, que tout part de là. Un article sur le corps parce que nous vivons avec nos corps et qu'il semble difficile, comme je l'ai lu dans un article de psycho il y a quelques temps (mais alors pour vous dire qui était l'auteur...), de parler de nous en considérant que nous sommes des esprits désincarnés. Nous nous construisons avec nos corps, ils sont la manière dont on interagit avec le monde. Et c'est précisément mon problème.

Je n'ai aucune conscience de mon corps, aucune coordination. Enfant je me ridiculisais dans la cour de récré dans des tentatives risibles de faire la roue – une camarade avait proposé de m'aider faisant après moi ce que je faisais –, en sport (en gym surtout) je ne réussissais pas mieux et quand j'évitais de faire le poirier en disant que je ne savais pas la professeur insistait pour me voir faire quand même. Merci madame. Je ne comprends pas mon corps comme m'appartenant. Je n'aime pas qu'on me touche, j'évite de toucher les autres, et souvent je me dis que je ne le vivrais pas mal si je devais perdre un de mes membres dans un accident. En fait je fais une dissociation corps-esprit, en quelque sorte : il y a d'un côté mon corps, d'un côté mon esprit, mais ça ne forme pas un tout. Mon corps je l'ai maltraité et c'est en ça que je me suis un peu reconnue dans l'article Vivre mon corps d'Ars Maëlle même si nos problématiques ne sont pas tout à fait les mêmes.

Je me suis un peu reconnue dans une certaine maltraitance du corps. Le mien a eu à subir quelques douches froides ou au contraire très chaudes. Des compulsions alimentaires aussi, où je m'enfilais une tablette entière de chocolat en une seule fois, presque arrêtées depuis quelques années que j'ai mis un mot dessus, mais qui font que je ne sais toujours jamais vraiment quand j'ai faim et quand j'ai juste envie de manger ; qui font aussi que, parfois, j'ai envie de manger sans avoir faim et faim sans avoir envie de manger (dans les deux cas je ne mange pas) ; qui font que je mange toujours vite, plus en me gavant qu'en mangeant d'ailleurs. Je n'ai jamais vraiment envie de manger. Je bois peu aussi, ce n'est sans doute pas très raisonnable. Depuis toujours je me mors l'intérieur des joues au sang, je m'arrache régulièrement la peau à des endroits différents selon les périodes (lèvres, etc.), je la tire et la tripote cette peau (nombril, articulations des doigts, lèvres, lobes d'oreilles ; un certain nombre de parties de mon corps y est passé). Je me suis aussi reconnue dans le conflit avec le corps, l'idée que mon corps essaye d'agir contre moi, même si ce n'est sans doute pas très marqué. Sans doute que le fait que, jeune ado, je ne veuille pas faire de sport pour ne pas transpirer dit aussi la manière dont je percevais mon corps et que c'était moins pour ne pas "me salir" que dans une tentative de contrôle. Sans doute que le fait que je me sois peu à peu intéressée au sport dit aussi la manière dont je perçois le corps en général.

Dans un autre article de psycho pour préparer un sujet sur les pratiques esthétiques des femmes j'ai lu que la distance à laquelle on se tenait par rapport au miroir, et comment on se tenait devant lui (de face ou légèrement de profil) disait aussi le rapport que l'on entretient avec son corps. Le miroir c'est simple : je m'en tiens loin, et j'aime bien quand je vois toute ma silhouette d'un coup. D'ailleurs je parle de silhouette et pas de corps. Si je m'approche trop je vois tous les défauts, tous les boutons, les poils, la cellulite, la grain même de la peau... C'est pour ça que je m'en tiens loin, je pense, pour tout gommer. C'est aussi pour ça que j'aime les collants (qui font aussi disparaître les doigts de pieds, la pilosité), et les ombres qui ne sont que silhouettes élégantes, projections de ce que je vois, je crois que je pourrais dire. Dans les ombres il n'y a pas les visages non plus. J'aime bien les ombres. Et je me tiens loin de mon corps devant le miroir, j'imagine que ça symbolise la distance que j'ai par rapport à lui dans mon esprit.

Je ne me mets jamais nue, sauf pour me laver. Je n'aime pas. Je crois qu'un peu comme pour les ombres les vêtements gomment tout, m'empêchent de voir mon corps, me le cachent. Je crois qu'il y a un peu de ça, au final. Mon corps je le perçois mal. Je suis toujours surprise quand je me regarde dans une glace parce que l'image que j'en ai dans la tête n'est pas la bonne. Je ne connais pas mon corps. Et je ne sais pas le contrôler.

Cette année je suis en Service Civique dans une autre région, je vis toute seule alors j'ai décidé d'en profiter pour me mettre au sport (oui, parce que devoir sortir de chez soi, se voir interroger et devoir répondre où on va ça me fatigue, ça me procure une certaine forme de stress, et l'idée que l'on puisse me juger par l'endroit où je vais me gêne – ce qui est ridicule, nous sommes bien d'accord, mais enfin on se traîne les problèmes psychologiques qu'on se traîne, hein). Nouvelle ville, nouvelle vie. Un peu. Alors j'ai regardé un petit peu, et j'ai choisi l'aïkido. C'est beau l'aïkido. Je me suis dis que ça allait m'obliger à me coordonner, à prendre conscience de mon corps, de où est mon bras où est mon coude. Et puis, l'idée bien en tête, j'ai réalisé que pour faire de l'aïkido on était obligé de se laisser toucher par les autres et de toucher les autres. Oups.

En allant à la première séance j'ai compris que mon problème avec mon corps dépassait la simple conscience (et donc coordination qui en découle). En fait ce n'est pas seulement que je n'ai pas conscience de mon corps par rapport à moi-même ; je n'ai pas conscience de comment mon corps est (où est mon pieds, comment sont tournées mes hanches, etc.) et je n'ai pas conscience de la manière dont mon corps est dans le monde, agit par rapport au corps des autres, d'ailleurs je perçois assez difficilement la manière dont le corps des autres agit dans le monde. Quel pied avance quand on avance telle main pour faire telle prise ? C'est un mystère. Je n'ai pas de vision d'ensemble du corps.

Nous ne sommes pas censés être des esprits désincarnés, évoluant sans corps, et pourtant dans le fond c'est comme ça que je me vis : sans corps. Avec un corps que je ne sais pas investir. Ces derniers mois (années ?) il y a une grande question qui m'obsède : si je touche mon genou (par exemple) avec ma main je sens que ma main touche mon genou mais pas mon genou sentir ma main (je ne sais pas si je suis claire) alors que si je pose quelque chose sur mon genou je vais le sentir, vous voyez ? Mais comme nous avons davantage de nerfs dans les mains que dans les genoux si je touche mon genou avec ma main je ne sentirais que ce que touche ma main et pas ce qui est touché par ma main. Et ça me perturbe. Comme si mon corps était une tête ou esprit, deux mains, deux pieds à la rigueur, et c'est tout. Comme si mes bras et mes jambes n'existaient pas puisque je ne sens pas avec eux. Un peu comme un petit Rayman, vous voyez ? Mon corps est pour moi un mystère. Comme si l'on ne faisait pas partie de la même dimension lui et moi (d'ailleurs je dis "lui et moi" et pas "nous"). Mon corps est un mystère. Je me suis lancée pour mission de me l'approprier, de l'investir comme étant mien. D'ailleurs ça me fait penser qu'un jour j'ai cru m'être rendue compte que je disais "mon pied" comme j'aurais pu dire "mon lit" : quelque chose m'appartenant n'étant pas moi mais à moi. Alors que nous sommes aussi notre corps.

Ce corps que je ne connais que dans ses grandes lignes, sa silhouette, sa globalité, j'ai décrété que j'allais aller à sa rencontre. Je vais rencontrer mon corps.

Quel est votre rapport à votre corps ?

Source photo – pas trouvé

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4 commentaires:

  1. Le corps, cet ami, cet allié, ce comploteur et cet ennemi. J'ai l'impression, qu'à notre échelle, il est le point central de nos univers respectifs. Il en fait à sa tête, toujours.
    Ça fait un moment que je réfléchissais à taper quelques mots à ce sujet. Des mois, une paire d'année je pense même. Mais chaque jour, ce n'est jamais le moment, car tout le temps il change.
    J'espère que tu te plairas dans l'Aïkido ! C'est un sport très beau !

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    1. Le corps est l'ami et l'ennemi en même temps c'est vrai !
      Je pense que tu devrais écrire ton article, si tu te sens prête, même si tu as l'impression que ce n'est pas le moment !
      Merci, moi aussi j'espère ! :)

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  2. J'ai 33 ans et jusqu'à il y a quelques mois j'ai toujours détesté mon corps, à l'adolescence j'ai eu des troubles alimentaires, des phases où je ne mangeais plus rien a des moments où j'avais mon placard dans ma chambre remplie de plein de cochonneries que je gardais pour moi et que je mangeais avec exaltation.
    Je ne me suis jamais trouvée belle, j'ai toujours pris les compliments pour de la pitié.
    J'étais obsédée par mon poids je me pesais tous les jours, j'en arrivais au point où je devais retirer mes boucles d'oreilles et tous mes bijoux, ainsi que mes barrettes dans les cheveux pour espérer perdre quelques grammes.
    J'ai eu ma phrase drogue aussi qui m'a fait pas mal de dégâts dans le corps.
    Je n'aimais pas mes formes féminines, je les camouflais derrière des vêtements larges, j'étais un vrai garçon manqué.

    Mais aujourd'hui je sais que je dois m'aimer, que je ne suis pas plus moche qu une autre, que j'ai des qualités aussi.

    En revanche je sais d'où vient ce lien malsain que j'ai eue avec mon corps depuis toujours, je le sais depuis quelques mois et c'est grâce à ça qu'aujourd'hui je vais beaucoup mieux.
    Je n'ai pas fait de thérapie pour le découvrir. Et chaque jour qui passe est mieux que le précédent.
    Finalement la conclusion de tout ça est qu'on est jamais mieux aimé que par soi-même et qu'il faut parfois beaucoup de temps pour le découvrir et l accepter.

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    1. Je n'ai aucun mal à imaginer que le fait de savoir d'où ça vient puisse être un premier (grand ! très grand !) pas pour corriger le tir ! Je pense que le déclic se fait au bon moment, aussi.

      Je ne suis pas allée aussi loin que toi dans la détestation de mon corps, mais je sens parfois que je suis tout au bord et que je pourrais basculer si j'arrêter de me raisonner...
      Moi les compliments c'est simple : on m'en fait pas x)

      J'aime beaucoup ta conclusion !

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