jeudi 10 août 2017

Le sport, la triche et le héros

C'est pas beau des adversaires qui s'encouragent ? ;)
Bonjour !

Je galère à écrire cet article, pourtant je veux juste partager avec vous une réflexion très simple sur la triche et le dopage, et les championnats du monde d'athlétisme (dont la mascotte est absolument génialissime :P) m'en donnent une occasion de par l'accueil réservé par le stade à Justin Gatlin avant sa course et les commentaires qui ont été fait après sa victoire notamment. Je trouve que l'on est très dur envers les athlètes qui se dopent ou se sont dopés par le passé alors qu'au final le dopage c'est "juste" de la triche. La différence entre la manière dont on considère la triche des gens lambda et la triche des athlètes s'explique à mon avis en partie par le régime de jugement moral complètement différent.

Je peux dire en toute sincérité que je n'ai jamais triché et quand je dis ça les gens s'étonnent et disent que eux ont déjà triché, et racontent ce qu'ils ont fait, comment, etc. Et j'ai l'impression, quand j'entends les récits de triches, que les gens sont fiers, que c'est une victoire d'avoir contourné ou enfreint la règle et de ne pas avoir été pris. Et, quand des gens se font prendre et doivent attendre cinq ans avant de repasser un examen ça ne fait pas la Une des JT, et cinq ans plus tard on ne refait pas de reportage sur eux en doutant qu'ils passent "proprement" leur examen. Pourtant, pour les athlètes, le doute est toujours là.

Alors vous allez me dire que je suis bien gentille et que les produits dopants, consommés pendant de longues années, créent une mémoire musculaire et que donc même quand l'on revient propre on continue de ressentir les effets du dopage et que donc ma comparaison ne vaut pas. Oui, c'est vrai, sur ce plan-là ma comparaison ne vaut pas et c'est pour cette raison que je ne fais pas de comparaison sur ce plan-là mais sur le plan du "régime de jugement moral". Il y a presque une fierté à dire que l'on a réussi à tricher, mais quand c'est un athlète on lui tombe dessus, et ce à cause du fait que l'athlète est censé être le représentant des valeurs du sport.

Le sport véhicule des valeurs de tolérance, de vivre ensemble, d'honnêteté, de fidélité, de respect des règles et des gens, de dépassement de soi, d'humilité, de courage, d'honneur, d'esprit d'équipe, et de toutes les valeurs positives dont est capable l'humanité (même si un article du Monde met en avant les nouveaux vices, et qu'il est difficile pour des athlètes homosexuels de se déclarer comme tels). Du coup on considère les athlètes comme des héros et on attend d'eux qu'ils soient irréprochables : honnêtes, humbles, souriants, etc. On ne veut pas voir, je pense, les athlètes comme des gens lambda, qui peuvent tricher, que ce soit par eux-mêmes ou en étant, quand jeune, influencés. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'un certain nombre d'entre eux est jeune. Quentin Bigot, vingt-quatre ans, s'est dopé à dix-neuf. Shawnacy Barber, vingt-trois ans ; Sam Kendricks, vingt-quatre ans. Et un certain nombre qui n'en a même pas encore atteint vingt, comme Kylian Mbappé, dix-huit ans. Ça n'excuse pas le dopage, ou des comportements très limites de certains footballeurs, mais ça peut expliquer certaines choses.

Mais on ne veut pas voir les athlètes comme des gens lambda, faillibles, parce qu'ils sont nos héros, ceux qui portent l'image et les valeurs de nos pays, à tel point que peut-être avons-nous oublié qu'ils sont aussi des humains.

Se doper c'est mal, et tricher ce n'est pas bien, mais peut-être que si on se rappelait que les athlètes ne sont pas des héros mythiques malgré leur courage, leur force, et leur exemplarité apparente, mais des hommes et des femmes, on serait moins durs avec eux, et je crois que ça ne pourrait pas faire de mal. Ça ne veut pas dire arrêter la lutte antidopage, ça ne veut pas dire cesser les sanctions et les suspensions, ni ne plus être ferme ou commencer à faire du cas par cas, mais être un peu plus bienveillant. La bienveillance ça ne tue pas ;)

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Reuters

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4 commentaires:

  1. Coucou, j'aime bien ta réflexion et je suis assez d'accord avec toi. On demande aux sportif de nous faire rêver et le dopage gâche un peu le tableau.

    On est un peu trop bien pensant avec ça, on oublie que certains sportifs ne gagne pas des salaires de footbaleurs et qu'une médaille peut changer leur vie.


    Le dopage , ne me choque pas, je peux même comprendre qu'on cède à la tentation mais ça gâche la réussite et surtout c'est une porte ouverte à n'importe quoi.

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    1. Je ne sais pas si c'est un problème de bien-pensance... c'est surtout qu'on les voit comme des dieux, presque, qui font des choses surhumaines, et les dieux ne trichent pas. Après, sur la médaille, il faut nuancer. Oui, certes, pour un Renaud Lavillenie, ou un Teddy Riner, largement connus du grand-public, oui, une médaille peut changer une vie, mais pour des sports moins connus et dont les têtes d'affiches plaisent moins au public, comme la lutte par exemple, une médaille ne change pas grand-chose. Même Jimmy Vicaut galère à trouver des partenaires, et un triple sauteur dont j'ai oublié le nom disait y'a deux jours qu'il avait du mal (et on a appris hier que suite à son interview Decathlon lui a proposé un job). France 2 avait fait un reportage entier à ce sujet : les athlètes galèrent. Une escrimeuse (qui maintenant s'entraîne à temps plein car son entreprise le lui permet) enchaînait une journée de travail avec une journée d'entraînement et certains soirs son entraîneur lui disait de rentrer chez elle tellement elle était crevée et une fois, rien qu'en marchant, elle s'est fait une déchirure au mollet d'une dizaine de centimètres... les médailles ne changent pas la vie de tous malheureusement ! C'est surtout que il y a aussi le fait qu'ils peuvent être encouragé au dopage. Quentin Bigot avait dans son entourage des gens qui lui disaient et lui répétaient qu'on ne pouvait pas lancer à plus de 76m sans se doper. Il avait 19 ans.

      Oui, ça gâche la réussite et ça met le doute sur tous les autres comme l'a relevé Méline Robert-Michon.

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  2. Je pense qu'il vaut mieux être honnête et ne pas tricher que de se faire disqualifier sur une longue période et se griller.

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    1. Oui, évidemment, il vaut mieux ne pas tricher, et je n'écris pas cet article pour excuser la triche, mais je trouve qu'il y a un côté un peu injuste à ce que les athlètes ne soient pas jugés (moralement) sur les mêmes critères que nous.

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