vendredi 28 avril 2017

Qu'est-ce qu'une femme ?

Bonjour !

La porte de la salle de bain est fermée. Je demande à ma soeur si je peux entrer et elle me répond : "non, me dérange pas pendant ma reféminisation". Elle était en train de se raser. Alors, même si elle l'a dit avec un sourire, ce terme de "reféminisation" est assez significatif de quelque chose et il s'inscrit dans d'autres questionnements autour de ce qu'est une femme et de ce qu'est la féminité.

L'autre jour je suis tombée sur C l'hebdo et l'actrice qui était invitée, cinquante-deux ans, a dit que, quand elle avait eu ses règles, sa mère lui avait dit que maintenant elle était une femme : désormais qu'elle ne les a plus, qu'est-elle ? Mine de rien c'est une vraie question : qu'est-ce qu'une femme ? quand une "fille" devient-elle une femme ? Pour les garçons c'est facile : ils deviennent homme en prenant de l'âge, c'est tout ce qu'on leur demande. Mais une fille devient femme avec ses règles, ou par le mariage... en fonction des époques et des sociétés ce qui fait d'une fille une femme varie. Une femme qui n'a plus (ou n'a jamais eu, à cause d'une malformation de naissance qui ferait qu'elle n'a pas d'utérus par exemple, ou qui se l'est fait retirer) ses règles est-elle encore une femme ?

Ce matin j'ai lu un article de Aloha Tallulah qui abordait la question de savoir comment se placer entre l'identité de mère et celle de la femme qui travaille. Et elle disait : "Cette idéalisation de la maternité ne fait pas que du bien, on peut le prendre comme "les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres"", ce qui m'a particulièrement interpellée puisque je venais tout juste de penser à écrire cet article. Ce qu'elle dit est particulièrement vrai. Quelle femme qui ne veut pas d'enfant ne s'est pas déjà retrouvée confrontée à des réactions d'étonnement, des reproches, ou même le presque doux mais non moins redoutable "tu as encore le temps de changer d'avis" ? Comment-ça, j'ai encore "le temps de changer d'avis" ? Mais je ne veux pas changer d'avis bordel de merde ! Une femme sans enfants, et qui n'en veut pas, n'est donc pas une femme ? Dans la mesure où une femme se définit en premier lieu par le mariage et la maternité, alors une femme non mère et non mariée n'est pas une femme (et donc une femme qui n'a pas ou plus ses règles n'est pas ou plus une femme puisqu'elle ne peut plus produire d'enfants à la société (au passage ça fait donc d'elle une inutile)).

Une femme doit aussi être féminine. Une "vraie femme" est une femme féminine. Donc une femme qui laisse pousser ses poils a besoin d'une "reféminisation". Une vraie femme est une femme qui se rase, qui s'épile, qui se "fait belle". Une vraie femme est une femme féminine et donc une femme qui porte des jupes et des robes. Je me souviens qu'en Quatrième j'avais mis une jupe, un jour d'été, et une prof m'avait dit "oh ! tu t'es habillée en fille, aujourd'hui !". Habillée en fille... euh... merci ? Je-je crois. Je ne suis pas sûre. Si on pousse un peu on pourrait presque dire qu'une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Et je ne suis même pas sûre que l'on ait besoin de pousser tant que ça parce que la peur de l'inversion, de la confusion des sexes a terrifiée nos ancêtres pendant très longtemps, interdisant le travestissement par exemple (si ça vous intéresse je vous invite à lire La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, de Sylvie Steinberg – je vous ai même dégoté un compte rendu si vous voulez vous faire une idée). Donc une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Mais, parallèlement et de manière tout à fait paradoxale, les femmes se font siffler dans la rue quand elles portent des jupes (quoi que, une États-unienne avait marché des heures dans New York, en pantalon noir et T-shirt sans décolleté et elle s'était quand même faite siffler).

Aloha Tallulah avait une autre réflexion très intéressante sur l'animalisation des femmes noires desquelles on dénie la féminité en les ramenant à un animal, ou en les masculinisant. Comme si on n'avait pas assez de la misogynie et qu'il fallait en plus mettre une question ethnique là-dedans ; c'est pas gagné mais c'est pas nouveau. Au moment de la colonisation on prêtait vraiment attention aux questions de domination. Autrement dit un homme blanc pouvait batifoler avec toutes les autochtones qu'il voulait mais un homme noir ne pouvait pas toucher une femme blanche sous peine de la souiller (et c'est le même argument encore aujourd'hui de certains fous). Une femme noire est donc, on pourrait dire, en bas du bas de l'échelle : elle est femme, et elle est de couleur (manquerait plus qu'elle soit lesbienne et là ce serait fini pour elle). Le titre d'Aloha Tallulah était provocant mais finalement la question qu'il pose est une vraie question. Est-ce que ce qui fait d'une femme une femme est réservé aux Caucasiennes ? Est-ce que la couleur de peau est un facteur excluant de ce qui fait d'une femme une femme ? Qu'est-ce qu'une femme ?

La notion de "reféminisation" est assez intéressante par le "re" qui induit qu'il y a eu précédemment un "dé", une déféminisation, ici par le "laisser-aller" de la pousse du poil. La féminisation serait le fait de se raser, ou s'épiler, tout à fait régulièrement de manière à ce que le poil n'apparaisse jamais ; la déféminisation serait le laisser-aller qui demande une reféminisation d'urgence. Féminisation : donc une femme n'est pas féminine par nature : on lui apprend à l'être : rase-toi, épile-toi, mets des robes, maquille-toi ; sois belle (avant d'elle intelligente ou talentueuse). Donc une femme n'a pas besoin d'être féminine pour être femme ou alors quand elle naît elle n'est pas femme (ce qui introduit la question du genre et du sexe social construit).

Je sais que j'ai déjà écrit pas mal d'articles sur ce thème, mais je trouvais intéressant de l'aborder sous cet angle.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Campagne Dove

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8 commentaires:

  1. Coucou,

    excellent article. Une femme est définie selon les codes de la société ou elle vit. Effectivement la question que tu as posé sur les femmes n'ayant plus leurs règles est intéressante, que deviennent elles ?
    en bas du bas de l'échelle : elle est femme, et elle est de couleur (manquerait plus qu'elle soit lesbienne et là ce serait fini pour elle) : je rajoute grosse et foncé alors le combo est présent et encore plus oppressant.
    Au final la question reste toujours sans réponse, qu'est ce qu'une femme ? Tout dépend de la personne qui nous définit. En ce qui me concerne, une femme est un être humain ayant des organes qui la différencie des hommes (hors intersexe et trans, je ne parle que de la femme cis). Elle peut avoir les cheveux courts, la peau mate ou avoir des poils sous les aisselles elle restera une femme.
    Quant à la désignation du mot femme, il désigne les femmes blanches. Qu'on parle de féminisme ou les premiers noms à sortir sont ceux de Emma Watson et co ou des droits de la femme en France, on pense pas à la femme réfugiée ou immigrée. ON ne prend que la majorité des femmes en invisibilisant les autres.

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    1. Merci :) Mais j'ai l'impression que je l'ai très mal organisé !
      Je ferais même une définition plus simple encore : une femme est une femme à partir du moment où elle est de sexe biologique féminin (hors effectivement intersexe et trans ayant subit une opération) : vient par-dessus se greffer la question du sexe social qui peut être un sexe social masculin sur une personne de sexe biologique féminin.
      Je pense que c'est effectivement le cas en Occident mais que, en Asie par exemple, quand on parle de femme on imagine d'abord des Asiatiques, et quelque part c'est humain : on pense d'abord aux gens entre guillemets "comme nous". Mais c'est une remarque intéressante, ça me fait penser aux premiers pas du féminisme. Des femmes avaient repris le slogan "prolétaires de tous les pays, unissez-vous" en "prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?" et des féministes noires, pour dénoncer les différences de conditions, avaient repris ça en "féministes de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?".

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  2. Biologiquement, il y a les mâles, les femelles, les hermaphrodites. Puis comme le souligne Aloha Tallulah, les codes sociétaux de l'époque et de l'endroit où l'on vit. Il ne viendra plus à l'idée d'aucun homme qui ne soit pas un danseur de se promener en collants alors que c'était la tendance à Versailles au règne du Roi Soleil ;)
    Il y a aussi l'influence des hormones dans les comportements. Et dans tous les cas, une volonté plus ou moins affirmée de séduire. Pour se reproduire ? Sans doute plus aujourd'hui... Mais pour "faire comme si", certainement ;)
    Je ne me suis pas sentie moins femme quand on m'a retiré mon utérus, sans doute parce que je n'associe pas féminité et maternité. Je serais catastrophée de perdre un de mes seins et là, effectivement, j'aurais l'impression de ne plus être femme, plus en capacité de séduire par mes attributs femelle.
    Concernant l'épilation, je ne dis pas que je me "reféminise", comme ta soeur, mais plutôt que je retrouve apparence humaine (vs apparence animale)... Parce que pour moi, le poil est plus le propre de l'animal que de l'humain mâle (ou femelle). Et là, je viens de vexer tous les mâles velus qui passaient par ici ;)

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    1. Cela dit, ça serait drôle !
      En parlant de codes qui changent il y a aussi le rose, qui était la couleur du prince, donc des garçons, et maintenant qui est la couleur des filles...

      Contrairement à toi je crois que ça ne me dérangerait pas qu'on me fasse une ablation de la poitrine...

      Haha x) Rassure-toi, je suis pas sûre qu'il y ait beaucoup de mâles velus qui passent par ici !

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  3. Je pense que dans le langage courant "féminine" est l'équivalent de "viril" pour les hommes. Et tous les messieurs ne sont pas forcément qualifiés de "viril" non plus. Ça devient un jugement esthétique qui dépasse le genre.
    Est ce qu'une femme à forcément envie d'être qualifiée comme féminine ? Est ce que ne pas être féminine c'est forcément ne pas être une femme ? Et donc ne pas être viril ne ferait plus d'un homme un homme ?
    Je crois qu'on est tous d'accord pour dire qu'une femme est une personne de sexe féminin. Que la maternité, les poils ou les règles ne changent rien à cette définition. Après entre ça et la réalité du quotidien il y a toujours un monde m'enfin... si certains ont chois d'être bête :P
    Moi je sais que pendant une longue période de ma vie je ne me suis jamais sentie féminine et pour autant je me considérais comme une femme à part entière. Je ne sais pas le regard/jugement que les autres portaient sur moi mais je crois qu'on a dépassé depuis longtemps l'époque ou une femme devait forcément porter une jupe et des talons. (Non ? Hein ? Quoi ?)

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    1. Aaaah j'avais pas vu ça mais oui effectivement ! (on devrait écrire les articles à 4 mains xD)

      Ne pas être viril ne ferait pas d'un homme un homme... eh bien je pense qu'on va avoir besoin d'introduire la notion de "vrai homme" et de "vraie femme"... le discours sur le genre dit qu'un homme a des muscles, est viril, quoi, c'est la construction... donc aux yeux de la société un homme pas viril n'est pas un "vrai homme" et donc pas un homme tout court... alors que si on s'en tient à la biologie ben y'a pas de problème.

      "je crois qu'on a dépassé depuis longtemps l'époque ou une femme devait forcément porter une jupe et des talons" T'es sûre qu'on vit sur la même planète ? x'D

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    2. Lol pas sûre que tu apprécie de collaborer avec moi et ma non-organisation absolue. Mais contente d'avoir dit quelque chose de pertinent, c'est pas tous les jours xP

      Tu oublie qu'un homme trop petit en taille n'est pas non plus "viril". Je pense que dans ce terme il y a une forme de "dominance" physique par rapport à la femme. (Et qui le distinguerait aussi d'un jeune garçon/jeune homme) Enfin c'est l'impression que j'ai. La virilité est souvent associée à la bestialité, la force. La féminité c'est l'élégance, la sensualité. Deux mondes opposés. (On se croirait de retour à l'école à faire des exposés/dissertations x'D)

      Pour ma dernière phrase c'est pour ça que j'ai ajouté la parenthèse "(Non ? Hein ? Quoi ?)". Je me suis moi-même rendue compte en écrivant que des gens sur cette planète n'avaient pas autant évolué, que ce soit dans d'autres pays qu'ici.

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    3. Haha ! T'inquiète ! J'ai une amie qui est pas organisée et on finissait quand même par achever nos exposés (le jour même de leur présentation, faut dire xD). Cela dit c'est pas vrai que c'est pas tous les jours : j'ai au contraire l'impression que je te dis souvent que ce que tu dis j'y avait pas du tout pensé ! Comme quand j'ai pondu un article avec les stéréotypes de la beauté masculine et que tu as soulevé la taille ;) (comme tout de suite ^^').

      Haha ! Retour aux mondes des exposés mais tu as tout à fait raison ! :) D'ailleurs en parlant d'élégance féminine : au XVIIème (il me semble, avant c'est sûr) une femme ne pouvait pas jouer de la flûte en public ou de la contre-basse parce que la contre-basse t'es pas assise de manière élégante, comme le violoncelle x)

      Oui j'avais bien compris ^^'
      Tu n'imagines pas à quel point on a peu évolué... Aux XVII et XVIIIème (je suis sûre cette fois), quand le journalisme est apparu, les femmes avaient le droit d'être journaliste et de tenir des journaux. Mais elles devaient tenir des "journaux pour dame", et pas de la presse satirique, politique, sous peine de prison, de censure, d'exil, etc. Et aujourd'hui dans la presse féminine y'a pas de sujets très sérieux, et quand une femme journaliste parle politique on lui répond "ah oui mais non, je vais pas répondre à votre question, peut-être que vous avez pas remarqué parce que vous étiez enceinte, mais j'ai déjà répondu" (spéciale dédicace à Léa Salamé :P) ou quand elle parle de sport... d'ailleurs y'a encore peu de femmes à l'antenne ! Encore plus quand on cause sport... alors on n'a vraiment pas évolué...

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