vendredi 24 mars 2017

Ne me parlez pas de malheur !

Bonjour !

Je lisais l'article d'Ifeelblue sur la question de savoir si l'on pouvait être triste sur internet, qui interrogeait cette propension qu'ont beaucoup de personnes à écrire des choses positives dans la tristesse, et ça m'a fait penser à un article d'Elisa Mica qui disait notamment que finalement on devrait répondre sincèrement à la question "comment ça va ?". En fait, ça m'a fait penser à tout un tas d'autres choses qui pourraient être résumées en une notion : injonction au bonheur.

Sur Hellocoton, régulièrement, sont mis en avant des articles sur le bonheur. Comment être heureux ? Ou "Bonheur : la décision qui a changé ma vie". Si bien que naît une espèce de pression plus ou moins palpable : soit heureux ou ferme ta gueule (je me rebelle et je suis vulgaire en plus ! :P). J'imagine qu'Hellocoton met en avant des articles dont il pense qu'ils seront lu par un très grand nombre de personnes. Autrement dit : le bonheur intéresse, ou du moins on pense qu'il va intéresser (il faudrait voir si ces articles sur le bonheur ont été sensiblement plus lus que le reste des articles des blogs ou plus lus que les autres articles mis en avant le même jour). De là naît une question : les Français sont-ils malheureux ? (Sans doute que oui si on en croit les enquêtes internationales) ; et : ont-ils le droit de l'être ? (Visiblement non puisque l'on nous encourage encore et encore à être heureux, c'est bien connu : être heureux, c'est bon pour la santé).

Ce mois-ci nous avons enregistré une émission sur les réseaux sociaux et les jeunes et pour la préparer nous avions lu quelques articles. Dans l'un d'eux, la sociologue (ou psychologue, je ne sais plus) rapportait les propos d'une ado qui disait qu'elle se sentait obligée de poster des photos souriantes d'elle même quand elle se sentait triste. Je pense que c'est en partie dû à l'injonction au bonheur qui innerve globalement notre société mais aussi à la nature des réseaux sociaux. Il faut montrer une vie parfaite, où rien ne dépasse, avec des super vacances, des supers enfants, une super maison, un super travail, des supers amis avec qui on est très soudés ; ou rendre sa vie excitante – ce n'est pas moi qui le dit mais Brian Wansik dans un court article du National Geographic de Février 2017 à propos du foodporn : "quand une pression vous pousse à twitter sans cesse du nouveau, vous tentez de donner une image plus excitante de votre vie [...]". Injonction au bonheur, mise en scène de sa propre vie pour communiquer aux autres à quel point être notre ami est génial.

C'est de cette même mise en scène dont relèvent les articles mentionnés par Ifeelblue, ceux qui commencent par un constat négatif pour en tirer une leçon positive, comme si tout dans la vie devait être positif : mettre en scène le bonheur, incliner les faits de manière à ce qu'il en ressorte quelque chose de bon à la fin. Comme dans les Disney. Mais la vie n'est pas un Disney. La vie serait plutôt comme dans Dragons, le film avec Krokmou, vous savez ? :) Dans le deux, Harold retrouve sa mère mais il perd son père. Vous allez me dire que c'est parce qu'il a perdu son père qu'il a trouvé sa mère et que donc c'est positif ? Il aurait pu ramener sa mère à la maison et ne pas devenir orphelin de père. Tout dans la vie n'est pas positif. Mais on met en scène, on présente un certain bonheur.

Il y a une injonction au bonheur sur le net et il y a une injonction au bonheur dans la vie, les deux s'entremêlant : les articles qui promeuvent le bonheur sur le mode "je suis heureuse, vous pouvez l'être aussi !" sont publiés sur la toile, ainsi les personnes qui les lisent sont susceptibles d'accéder à leur tour au bonheur (du moins l'espère-t-on) et de là se répandre en coeurs roses sur leurs blogs : cercle vertueux en apparence, mais poussant un peu plus l'injonction et donc une éventuelle culpabilité chez les gens ne parvenant pas à être heureux et n'osant pas le dire.

Comme je le disais à Ifeelblue : nous sommes dans une société du paraître : ce qui compte ce n'est pas d'être heureux (et de publier des photos au sourire sincère) mais de le paraître (sourire sur les photos alors qu'à l'intérieur notre coeur se noie sous ses propres larmes). De montrer avec véhémence le bonheur. A-t-on le droit d'être triste sur Internet ? demandait Ifeelblue : ma réponse est non. Techniquement la liberté d'expression fait que oui, mais l'espèce de pression au bonheur fait que non. Personne, pense-t-on, n'a envie de lire des articles remplis de tristesse, puisque les blogs sont consommés pour se détendre et pas pour avoir le coeur serré à chaque article lu. Et c'est un peu pareil dans la "vraie vie" à la question "ça va ?" : on répond oui quand en fait non parce qu'on sait bien que cette question relève plus de la politesse ou de l'automatisme que d'un réel intérêt.

Paraître beau, paraître heureux, c'est la règle. C'est triste et pessimiste mais c'est ce que je pense être la vérité.

En gros, publiez des articles mais ne me parlez pas de malheur !

Qu'en pensez-vous ? Vous autorisez-vous à parler de ce qui ne va pas ?

Source photo – Gloria Pedrouzo

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10 commentaires:

  1. je t'ai déjà répondu en partie sur mon blog sur le point du paraître (que je trouve très très pertinent!), mais pour parler de l'injonction au bonheur, je suis complètement d'accord avec toi.
    Je me demande si ce n'est pas aussi dû à l'évolution de la blogosphère. J'ai l'impression qu'avant, les blogs servaient plus de journaux intimes et maintenant, ce n'est plus du tout ça. Beaucoup essaient de devenir blogueurs pro, beaucoup ne sont pas anonymes (et c'est + délicat de partager ses états d'âme quand on sait que son boss ou son ex peuvent les lire, par ex.)... bref, les temps ont changé, ma bonne dame! ^^

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    1. Je pense que l'évolution de la blogosphère peut effectivement faire partie de l'explication (mais j'étais pas là y'a 10 ans donc je peux pas dire)... ou alors cette évolution de la blogosphère relève du paraître et en fait l'injonction au bonheur n'est que la conséquence secondaire, la primaire étant le paraître apparut sur les blogs en même temps que sur les réseaux sociaux : les blogs, comme les réseaux sociaux, mettent en relation des gens : donc ça ne pouvait pas échapper au paraître, et de là l'injonction au bonheur qui se répand.

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  2. Je pense que l'une des raisons qui fait qu'on ne parle pas de sa tristesse sur internet c'est qu'on ne sait pas qui va nous lire. Quand on me demande si ça va, je ne donne pas la même réponse à tout le monde car je n'ai pas envie de raconter mes problèmes ou mes états d'âme à une connaissance, c'est trop personnel. Par contre, si c'est un ami qui me le demande, je lui répondrai honnêtement. C'est pareil sur facebook, il y a dans mes contacts des gens que je ne connais pas très bien, ou pas depuis longtemps. Et donc je ne vais pas parler publiquement, sur ce réseau social de cela car je n'ai pas envie que tous le monde soit au courant de mes potentiels problèmes. Personnellement, ce n'est pas parce que je veux faire croire à tous le monde que tout va bien tous le temps. C'est surtout que si je parle de choses qui me touche, je veux le faire uniquement avec des personnes en qui j'ai confiance :)

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    1. C'est vrai que je n'ai pas du tout abordé cette question ! Mais ça rejoint un peu ce que disait Ifeelblue pour les blogs non anonymes :)

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  3. OUH LA LA. Je suis outrée par ta vulgarité :'( ! Tu te rends compte de l'image que tu renvoies ? Ce n'est pas très positif //PAN// !
    J'ai lu les quelques commentaires et tout, mais vraiment je me sens comme une extraterrestre, ( quand on sait que j'ai une rubrique vie étudiante où je suis constamment en train de me plaindre et de dire que ma vie est nulle :') )
    Et par rapport à ton émission, ton exemple me choc sans vraiment me choquer car je le vois tous les jours, et même tu sais, le clichée de la jeune ado à table en famille qui fait la tête et qui se prend en selfie tout sourire ? Ça me fait penser à ça notre société actuelle. Que ça soit en France ou ailleurs !

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    1. N'est-ce pas, haha ? :P Pourtant dans la vie je m'excuse pas quand je suis vulgaire ! (c'est à dire à peu près tout le temps, je ne comptes plus les "merde", les "putains", les "bouges son cul" etc. xD).
      Une extraterrestre ?
      Ben je suis pas sûre que ça soit un cliché, en fait... enfin... sans aller jusqu'à prendre l'exemple de la table, quand je suis allée aux cinés y'avaient deux filles devants qui se prenaient en selfie en attendant le film, et j'ai une amie qui m'a raconté une scène du genre tout à l'heure...

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  4. Bah j'allais faire en fait xD J'ai commencé un article un peu "confessions nocturnes" où justement tout n'est pas merveilleux (mais personnel ça c'est clair, pour répondre clairement au besoin de parler de soi ^^).
    Après oui je suis d'accord sur la société du paraître et de l'injonction du bonheur et du sain. C'est un absolu qui me déroute beaucoup car on a le droit d'être mal et de le partager (et profiter du soutien des lecteurs, ou pas même).

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  5. Et bien le mois dernier j'ai fais mon premier grand article humeur et c'était pour parler de mon stress chronique - slash - phobie sociale donc... pas de bonheur :D Et j'ai eu le sentiment que ça avait interpellé les gens, et que beaucoup avaient aussi confié leur mal-être suite à mon message. Je n'ai pas eu l'impression de faire fuir et de déprimer mon entourage. A part un texto de ma mère qui à mal vécu la lecture de mon article en question... ^^' D'où la question de l'anonymat. Beaucoup se montrent sur internet et peut être que pour ces raisons ils s'interdisent des sujets.. Moi-même je sais que je suis lue par ma famille alors je réfléchis à deux fois avant d'écrire et mon article sur le stress m'a posé souci vis à vis de cette problématique. Mais je l'ai sorti quand même xD *oui je suis une rebelle du slip !* La question est donc aussi là je pense. A t-on envie de se mettre à nu devant les personnes de notre entourage ? Même avant l'ère du net. Est ce que c'est quelque chose qu'on aurait eu envie de faire ? Genre déballer ses peurs et déceptions les plus profondes en plein repas de famille.
    Mais sinon je suis d'accord avec toi ahah. Je pense qu'au delà d'une pression à "être heureux" c'est plus une pression de "popularité" sur internet. Car comme le dis aussi Ifeelblue, beaucoup aspirent à devenir blogueur pro et c'est pas en parlant déprime H24 qu'ils vont percer. (Dans l'idée) Il faut "donner envie" et on donne plus facilement envie avec du beau et du bon qu'avec du triste.
    Et pour la question du "ça va" le problème c'est que personne ne la pose sincèrement. Mais j'avoue que même quand Monsieur me le demande je réponds "oui" quand parfois c'est un gros "non" qui cris à l'intérieur de moi xD Mais j'suis comme ça lol.
    Je crois que j'ai trop divagué en fait. J'avais dit de ne jamais commenter chez toi après 23h ! Flûte !

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    1. Je pense que ta remarque est tout à fait juste ! D'ailleurs une autre commentatrice l'a faite aussi ! C'est un pan de l'histoire que j'ai complètement occulté (ou plutôt : j'y ai pas pensé xD) aussi parce que moi-même, même en étant sous pseudonymat, j'aime pas parler de moi, alors j'ai pas pensé à la problématique de l'anonymat...
      Ça c'est clair ! C'est la grande histoire de la publicité !
      C'est vrai, personne ne la pose sincèrement. J'ai failli en parler d'ailleurs. Je me souviens qu'au collège on se disait "ça va" au détour d'un couloir mais on n'écoutait pas (enfin la plupart des gens), on regardait pas automatisme, on s'arrêtait pas de marcher et en fait on ne se prêtait pas vraiment attention.
      Non, tu n'as pas trop divagué ! Pas du tout même ! Tu es encore fraîche à 23h13, donc (ce qui n'est clairement pas mon cas xD).

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