jeudi 2 février 2017

Parler de "race" comme on parle de "genre" ?

Bonjour !

Avant de commencer je suis presque obligée de faire une mise au point : oui : je vais employer le mot "race", je vais utiliser ce mot interdit, tabou, maudit, marqué au fer rouge par l'Histoire ; oui, j'ose proposer de le réhabiliter et à vrai dire je serai loin d'être la première car nous avons vu en cours d'épistémologie (de l'Histoire) au semestre dernier que ce mot commençait à être réintroduit. Si vous voulez me jeter la pierre, faites-le au moins après avoir lu mon article ! :)

En ce moment je dois préparer un exposé en anglais (oui oui, moi je vais devoir parler anglais pendant dix minutes sans m'arrêter, par chance nous ne sommes pour l'instant que deux en cours) et j'ai choisi de parler du racisme en Afrique du Sud. Donc j'ai lu des articles sur le sujet (je suis studieuse : je les ai lu en anglais) et dans l'un d'eux ils disaient que beaucoup de Blancs étaient réticents à parler du racisme parce qu'ils considèrent (si j'ai bien tout compris, nous ne sommes pas l'abri) que les Noirs abusent de toujours reparler du passé ségrégationniste du pays et que nous devrions aller au-delà de la question de race et que, du coup, ils nient le fait que, pour les Noirs – ou les métisses – la question de la race compte parce qu'ils en font encore l'expérience. C'est ce qui a déclenché ma réflexion sur la notion de "race".

En épistémologie nous avons vu que, ces dernières années, le terme de "race" revient parce que, même s'il n'y a pas d'autres races que la race humaine on parle bien de racisme et que, surtout, certaines personnes se sentent "racisées". Du coup, il est intéressant de croiser les appartenances pour comprendre des personnes ou des groupes de personnes, de travailler avec les intersections (qui incluent l'appartenance religieuse, l'orientation sexuelle, le genre, l'âge, etc.) parce que, finalement, être une femme blanche n'est pas la même chose que d'être une femme noire.

L'exemple que nous avons pris était celui de féministes qui avaient détourné le slogan "prolétaires de tous les pays, unissez-vous" en "prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?". Ce slogan a été lui-même déformé par des femmes noires en "féministes de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?" parce qu'elles voulaient pointer le fait que, bien souvent, la condition des femmes noires était moins bonne que celle des blanches.

La raison pour laquelle cet article sur le racisme en Afrique du Sud a déclenché ma réflexion c'est que j'y ai vu un parallèle avec la France. En France, la République est "aveugle aux couleurs", elle considère qu'elle n'a pas à se préoccuper de ce genre de chose ; comme ces Blancs d'Afrique du Sud qui disent qu'il faut aller au-delà des couleurs. Le problème c'est que, à faire cela, on passe à côté des enseignements que l'on peut tirer des intersections (et je vous dis cela alors que jusqu'à maintenant je n'ai jamais été pour les statistiques ethniques).

Parce que, finalement, notre corps étant notre vaisseau, on ne grandit pas de la même manière lorsque l'on est une femme ou un homme, roux, obèse, handicapé, Noir, petit, grand, etc. et que les personnes noires n'ont pas forcément les mêmes ressentis (je parle de ressentis généraux que l'on peut mettre en évidence par des sondages et non des ressentis individuels – même si pour parler de la généralité il faut juxtaposer l'individuel) que les blanches tout simplement parce que nous sommes dans une société à majorité blanche avec une espèce de "discrimination organisée par omission". La publicité montre bien ça : des femmes blanches, fines : elles ne disent pas "les noires et les personnes en surpoids sont moches" mais elles ne montrent qu'une seule beauté. Pour moi ça se rapproche du principe du mensonge par omission, d'où ma notion un peu bancale de "discrimination par omission".

Là où je fais le parallèle avec le concept de genre c'est que pendant des années on n'a pas fait l'Histoire des femmes, seulement celle des hommes, des grands hommes, etc. Et puis un jour on a commencé à introduire cette notion de genre (je vous renvoie à Joan Scott, pionnière sur la question) pour parler des rapports de domination entre hommes et femmes. En fait, l'Histoire du genre ce n'est pas l'Histoire des femmes : c'est l'Histoire des hommes et des femmes, des femmes par rapport aux hommes, des femmes dans la société (ce que l'on attend d'elles, etc.). Je pense que réintroduire le terme de race permettrait d'étudier et de regarder mieux les rapports de domination entre Blancs et non-Blancs (je parle de "non-Blancs" pour inclure non seulement les Noirs mais aussi les Arabes, les Asiatiques, et qui vous plaira d'autre ^^).

Je crois que réintroduire le concept de race (en étant bien clair sur ce que c'est et en n'acceptant pas que ça serve le racisme, bien évidemment (le concept de genre ne sert pas la misogynie, en principe)) permettrait de parler mieux du racisme, de redonner une perspective aux discours sur le racisme.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Claude Gourlay

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