jeudi 16 février 2017

Non, la prison n'est pas la seule solution !

Bonjour !

François Fillon a dit qu'il voulait durcir le système pénal pour les jeunes de seize ans, mettre la majorité pénale à seize ans... Quand j'ai entendu ça ce matin ça m'a... attristé. En ce moment je ne vais pas super bien, alors quand j'entends dire des conneries pareilles sur des sujets qui m'intéressent et me touchent ça m'envoie encore plus dans la désillusion et la tristesse (et pour une fois je n'exagère pas, haha ! :P). Fillon a dit que, désormais, un jeune qui attaque un policier devait savoir qu'il risquait la prison... c'est sûr, la prison est la solution, à tous les coups...

C'est un sujet qui me touche beaucoup, étrangement. Pas parce que je vis dans un quartier difficile, ou que je suis Noire, ou quoi que ce soit, mais simplement en tant que citoyenne, que jeune... c'est bête à dire mais, bizarrement, si je n'aime pas les gens, j'aime les jeunes et les jeunesses, ils m'intéressent et j'ai envie de les comprendre. Et je ne pense pas que la prison soit une solution pour ces jeunes-là. En fait, la prison est à des années lumières d'être la solution...

Déjà, je trouve les propos de François Fillon assez limites par rapport au contexte. Parce que, évidemment, ce n'est pas un hasard s'il dit ça maintenant, quelques jours après l'affaire Théo, quelques jours après les violences que certains casseurs ont commises en profitant de manifestations organisées dans une volonté pacifique non pas contre la police mais contre les mauvais policiers et leurs violences. Ce n'est pas un hasard s'il dit maintenant qu'un jeune qui s'en prend à des policiers doit savoir qu'il risque la prison. Vous ne trouvez pas ? Parce qu'en fait, les policiers, ils se font insulter, provoquer, et attaquer par certaines personnes des cités tout le temps, et pas seulement depuis l'affaire Théo. Alors le timing, si politiquement il est sans doute choisi au mieux, est éthiquement et moralement très limite.

Maintenant que ça c'est dit je vais passer au fond du sujet.

Je me souviens avoir entendu un reportage des Carnets du Monde (très bonne émission, d'ailleurs, je ne cesse de vous le répéter alors écoutez-là !) à propos des adolescents aux États-Unis qui sont sous le coup de la règle "crime d'adulte, peine d'adulte". C'est vers cela que l'on veut aller ? C'est ça que l'on veut pour les jeunes ? Les jeter en prison plutôt que de les aider ? Moi je trouve ça dangereux.

Je crois qu'il y a autre chose à faire que de les jeter en prison, en fait. La grande question est : pourquoi deviennent-ils des délinquants ou des criminels ? Il y a des cas rares où "c'est comme ça". Je me souviens avoir entendu l'histoire d'une gamine anglaise de onze ans qui avait tué deux enfants de cinq ans ou moins, je ne sais plus, enfin quoi qu'il en soit elle tuait de sang froid. Vous pensez vraiment que tous les jeunes sont comme ça ? Moi non. Quand on commet des actes de délinquance à seize ans il est possible que l'on ait été entraîné par les plus grands déjà depuis plusieurs années. Prendre le problème si tard n'a donc qu'un intérêt limité. Et puisque l'on part du principe que les jeunes ne sont pas des délinquants mais le deviennent alors c'est que le problème est ailleurs que dans une psychopathie quelconque comme il peut arriver avec cette jeune anglaise de onze ans.

Ça me fait un peu penser à ce projet d'enseigner le violon aux jeunes des favelas, au Brésil, vous savez ? Est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose comme ça à faire chez nous ? Parce que finalement le problème est un problème d'intégration (et je ne parle pas seulement de questions raciales ; je parle d'une profonde intégration à la société qui touche les jeunesses : une des raisons de la forte abstention des jeunes c'est que plus l'on est intégré dans la société et plus l'on vote, les jeunes sont mal intégrés et votent donc moins : ils commencent à voter lorsqu'ils ont un emploi stable et/ou une famille). Un problème d'intégration qui touche toutes les jeunesses mais surtout les jeunesses des quartiers difficiles, avec beaucoup de personnes issues de l'immigration.

Vous savez, hier, je me suis retrouvée à remonter en sens inverse une manifestation (pour Théo il me semble). À part les casseurs cagoulés à l'avant du groupe, j'ai cru remarquer que la plupart des personnes présentes (relativement peu nombreuses) était Noire et jeune. Je ne crois pas que ce soit un hasard.

Le mois dernier le sujet de notre émission de radio était le rapport des jeunes à la politique. Avec mon amie on était partie en ville faire notre micro-trottoir et un jeune de dix-sept ans qui nous a vu avec le micro nous a interpellées. Sans savoir le sujet de l'émission il voulait parler (évidemment il peut y avoir le côté "oh, je vais être à la radio", etc. mais sans doute il y avait aussi la volonté de dire). C'était un Arabe, qui a mentionné sa cité et qui, derrière ses airs nonchalants, a dit des choses très intéressantes et notamment que l'on ne voyait jamais les politiques chez eux. Peu importe que ce soit faux (apparemment y'a des politiques de ma région qui y vont souvent, on m'a dit) : c'est ce qui est ressenti. Et c'est le ressenti qui compte. Ce que nous a dit ce jeune c'est que voter ne l'intéresse pas parce que peu importe que l'on soit une "bande de cent" : au final ça ne change pas, ça n'influe pas sur le résultat. Ce qu'il nous a dit aussi c'est qu'ils n'étaient pas écoutés, pas entendus. Un de ses amis a dit que c'étaient leurs grands-parents qui avaient "construit Paname" et que maintenant, en gros, ils essayent de les sortir de France. Sous leurs airs de nonchalance il y a des choses extrêmement intéressantes dans ces propos. Et il est à prendre en compte que c'est lui qui a voulu parler, et pas nous qui l'avons arrêté.

Au fond, le cœur du problème, il est là : ils n'ont pas l'impression d'être écoutés ou entendus. Si on ajoute à ça la trop forte discrimination à l'embauche et toutes les considérations raciales et discriminantes de ce genre on arrive à quoi ? On arrive, d'après moi, à la délinquance parce que cette mauvaise intégration en est, je pense, l'une des explications, quelque part.

Et quelle est la réponse ? La réponse c'est la répression, la prison, quand on devrait au contraire donner la parole, aider, mettre en place des choses pour permettre l'expression, la prise de parole, sans la pression d'un quelconque manque de légitimité en grande partie factice parce que tout le monde devrait avoir le droit de s'exprimer sur ce qu'il pense même sans être expert dans un domaine, surtout quand il s'agit de la société. Et j'ai finalement assez aimé la réponse que Jean-Luc Mélenchon a faite à François Fillon (bien que je ne sois pas pas d'accord sur le vote à seize ans d'une part parce qu'on ne sait pas forcément quoi en faire et d'autre part parce que de toute façon les jeunes ne votent pas ; cela dit cette proposition se rattache à l'idée de la "permission" (ce n'est pas le mot que je cherchais mais "don" n'était pas mieux) de parole).

Quelle est la réponse ? La réponse c'est que "Si les nouveaux délinquants mineurs se conduisent comme des adultes délinquants, il convient de les traiter comme tels. Il n’y aura plus d’excuse de minorité. Il sera jugé pour ses actes, comme un adulte". Formidable. Crime d'adulte, peine d'adulte alors ? Bien sûr. La vraie réponse c'est d'ouvrir le dialogue, de permettre la mixité sociale (est-ce qu'il n'y aurait pas une piste à creuser du côté du sport ?), de permettre à ces jeunes de s'exprimer et de prendre en compte leur parole. De leur permettre de s'exprimer par les mots mais aussi par leur talent, de leur permettre de montrer qu'ils ne sont pas que des "jeunes des cités" ou des "jeunes issus de l'immigration" mais qu'ils sont capables.

La prison n'est pas la seule solution et en fait ce n'est même pas une solution. En tout cas pas une solution miracle, pas la réponse à tout, ni à tous les cas.

Ça et le "récit national" ça fait déjà deux très bonnes raisons de ne pas faire de François Fillon notre prochain président.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Gullane Filmes

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4 commentaires:

  1. Je pense aussi que la prison n'est pas LA solution. Il serait plus judicieux de régler les soucis "à la source". Chercher d'aider les jeunes AVANT qu'ils ne commettent des actes répréhensibles. Les écouter d'une part, mais aussi les aider à s'intégrer, leur montrer qu'ils peuvent faire quelque chose de leur vie (parce que beaucoup ne croient pas en eux et se disent que foutu pour foutu...) Il y a tellement de choses qui pourraient être faites !

    (oh, et petite parenthèse pour te dire que j'espère que tu iras mieux rapidement, prend soin de toi !)

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    1. C'est tout à fait ça ! Aider avant qu'ils ne fassent les choses et pas après... c'est tellement idiot. C'est vrai qu'il y a aussi ce côté de "de toute façon ils veulent pas de nous, y'a du racisme en France" (ou pire : la France est raciste, alors que "y'a des gens racistes" et "la France est raciste" ne recouvrent pas la même réalité, j'avais fait un article d'ailleurs !). Mais c'est très vicieux parce que qui dit sentiment de rejet dit plus de communautarisme et qui dit plus de communautarisme dit "regardez ! ils restent entre eux, ils ne veulent pas s'intégrer" et donc plus de rejet, et c'est sans fin... Quelqu'un doit faire le premier pas. Mes parents disent que c'est à eux comme ils viennent d'ailleurs. En théorie je suis d'accord : quand tu arrives quelque part tu t'adaptes. Mais le problème traîne depuis tellement longtemps, est tellement profond que je pense que ce n'est pas si simple, surtout pour les immigrés de deuxième ou troisième génération.
      Au fond les politiques n'en ont rien à faire à mon avis... que ça n'aille pas bien dans les cités leur permet de ressortir le discours sécuritaire pour la droite et de la lutte contre les inégalités/discrimination pour la gauche... et qu'on vote pour eux !

      (Oui merci ! Je vais aller mieux ! :D Petit passage à vide que je traîne avec moi...)

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  2. je suis d'accord avec toi... et je pense que la prison peut malheureusement avoir l'effet inverse de celui escompté. Mettre un petit délinquant en contact avec des mecs plus expérimentés, ça peut donner des idées. Faire de la taule à 16 ans, c'est avoir l'impression de n'avoir aucun avenir, alors à quoi bon?
    bref, je pense que c'est complètement contre-productif.

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    1. Oui, surtout que là les prisons pour jeunes montent quand même jusqu'à 21 ans. Entre 16 et 21 ans il y a quand même un gouffre ! (mais mettre des jeunes de 21 ans avec des adultes n'est pas mieux).

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