jeudi 29 juin 2017

La non-mixité, nécessaire mais pas miraculeuse

La mixité est comme la peinture, elle s'imprègne sur nous et fait de nous ce que nous sommes. – Scheurer Kestner
Bonjour !

Je débarque longtemps après la bataille mais je débarque quand même ! Aujourd'hui j'ai envie de parler de non-mixité parce qu'il y a beaucoup de choses à dire et que c'est maintenant que j'ai envie de les dire. On en a entendu parler récemment à cause (je dis "à cause" et pas "grâce" parce que la polémique qui s'en est suivie n'a pas franchement, je pense, porté favorablement l'outil que peut être la non-mixité) du festival Nyansapo dont la plupart des conférences-débats est prévue pour être non-mixte et même des associations luttant contre le racisme comme la Licra se sont plaintes parce qu'ainsi des gens racisés "ne trouvent pas d'autre issue que l'entre-soi" (argument que je trouve assez pertinent). Ceci dit je ne suis pas contre la non-mixité, je pense que ça peut être extrêmement bénéfique, mais seulement si on maintient un équilibre et que l'on évite de frustrer et braquer les uns et les autres.

Il y a quelques jours je commentais l'article de Lison du blog Plumaline sur la non-mixité et elle me disait qu'elle avait rencontré l'ancienne directrice du Planning Familial de Gironde qui lui avait rapporté qu'à l'occasion d'une conférence mixte sur la place des femmes dans la société on avait donné la parole aux hommes en premier alors qu'ils étaient minoritaires ; ou comment reproduire les dominations de genre lors d'un événement qui s'en veut le dénonciateur : c'est assez succulent, comme anecdote. Et c'est là où je veux en venir : je ne suis ni pour le tout non-mixité ni pour le tout mixité : je suis à la recherche d'un équilibre qui doit éviter les frustrations. Rien de plus frustrant, pour une femme qui vient ici parler de sa place dans la société que de se voir chiper la parole par un homme qui n'est pas directement (et j'insiste sur le mot "directement") concerné. D'où la tentation de la non-mixité qui, elle aussi, pourtant, peut être frustrante. Elle peut être frustrante pour les gens rejetés de ces débats alors que pourtant ils ne discriminent pas et ont au contraire des choses à dire pour apporter au moulin de la lutte contre les discriminations.

J'entends déjà les exclamations ironiques sur le ton de "ah mais c'est vrai ! il faut les empêcher d'être frustrés les pauvres hommes blancs qui dominent le monde ! et puis quoi, encore ?!". Ce qu'il y a c'est que... je ne dis pas qu'il ne faut pas froisser les racistes, je dis qu'il ne faut pas se mettre à dos une bonne fois pour toutes les personnes de bonne foi. Pour deux raisons. Premièrement, comme je le disais dans mon article "Et les hommes alors ?" si tous les hommes ne sont pas féministes, tous ne sont pas non plus anti-féministes et se comporter avec agressivité peut nous les faire perdre à tout jamais et cela concerne la lutte contre toutes les discriminations. Deuxièmement, Lison avait demandé dans son article s'il ne valait pas mieux que les gens se rassemblent pour créer une synergie et faire évoluer leur place dans la société et je lui avait répondu que la société était multiple et que les Noirs seuls, les homosexuels seuls, etc. ne pourraient sans doute rien faire. De ce fait un système tout non-mixité est voué à l'échec parce qu'il confisque la parole aux gens non-discriminés mais de bonne foi, mais il confisque aussi l'écoute, et il crée une ségrégation dans le combat.

Dans mon article "Et les hommes alors ?" j'avais dit que le concept de genre liait ensemble les notions de féminité et de masculinité, que c'était parce que les hommes étaient vus comme grands et forts que les femmes étaient vues comme des pleurnicheuses, en gros. Eh bien c'est exactement le même principe pour les notions d'homosexualité et d'hétérosexualité (je vous invite à lire Sociologie de l'homosexualité de Sébastien Chauvin). Par exemple, au début du XXème siècle, il y a ce que l'on pourrait appeler un tournant paradigmique et l'hétérosexualité, mal vue (elle n'avait d'ailleurs pas la définition d'aujourd'hui, en effet un dictionnaire médical datant de 1901 la décrit comme un « appétit sexuel morbide pour le sexe opposé »), perd sa dimension pathologique et devient recommandée pour améliorer la natalité (un peu comme la masturbation féminine dans les années 1500) et donc, en même temps, "l'apologie de la pureté" devient suspectée d'alimenter la méfiance pour le sexe opposé et donc de favoriser l'homosexualité. Tout ça pour dire que c'est le même principe qu'avec le genre. Et donc ma conclusion est la même : si le féminisme a besoin des hommes, la lutte contre l'homophobie a besoin des hétérosexuels (au passage l'homophobie est liée aussi au genre et à la peur de l'inversion des sexes).

La société entière est mixte. Dire que seuls les Noirs peuvent parler du racisme et lutter contre c'est dire que seules les femmes peuvent être féministes, que seuls les homosexuels peuvent se battre pour leurs droits, etc. et ça me pose un problème parce que d'une part cette manière de faire est vouée à l'échec et que d'autre part ça crée une ségrégation et pas un dialogue et on tombe dans ce que dénonce la Licra. Des fois j'entends "mais ça te concerne pas, qu'est-ce que ça peut te faire" (au sujet de l'homophobie, du racisme, ou toute autre discrimination). Ben ça me fait que les discriminations, même si je n'en suis pas victime étant Blanche et hétéro, ça me tue. Et puis d'abord si, ça me concerne, parce que cette société est aussi la mienne et que j'ai le droit à une voix au chapitre sur la direction que je veux lui donner. Et c'est pour ça que, je suis aussi pour la mixité : elle est représentative de notre société.

Je ne nie pas que la non-mixité puisse être utile, bien au contraire et on peut tous en faire l'expérience dans notre vie de tous les jours : c'est plus facile de parler de choses personnelles voire intimes avec des personnes dont on se sent proches du point de vue de l'expérience, du vécu, etc. Par exemple il y a quelques jours Juliette de Bicyclette à encre a écrit un article dans lequel je me suis pas mal reconnue et je lui ai écrit un long mail où... j'ai beaucoup de parlé de moi. Le mécanisme est exactement le même avec la non-mixité : parler entre soi sans risquer de se sentir intimidé par les personnes qui font partie des "oppresseurs" (d'ailleurs je m'interroge sur ce mot mais ce n'est pas le sujet), parler avec des gens qui vont nous comprendre profondément, et parler de choses dont on a jamais osé, peut-être, parler à d'autres. Mais, une fois que la parole a été libérée, on en fait quoi ? On en fait le symbole de notre cause et on confisque la parole aux autres ? Vraiment ?

Je crois que le problème de la mixité dans les débats c'est que bien souvent on risque de reproduire les mécanismes de domination, en donnant par exemple la parole en premier aux hommes dans un débat qui concerne directement les femmes. C'est ça, le plus gros problème de la mixité. Si l'on trouve une solution à cela (je vais y venir) il n'y a plus de raison de rejeter la mixité (ce qui ne veut pas dire arrêter tout débat non-mixte). La mixité dans les débats est importante parce que premièrement elle permet aux gens discriminés d'expliquer leur point de vue à ceux qui discriminent (que ce soit volontairement ou non, m'enfin si les hommes viennent dans un débat sur la place des femmes dans la société c'est qu'a priori ils ne sont pas plus misogyne que ça et ne sont pas là pour faire leurs macho mais pour entendre) autrement que par des manifestations, des slogans, ce qui peut paraître agressif, mais par la parole ; deuxièmement à ceux qui font partie des "oppresseurs" d'écouter, d'entendre, de comprendre et de prendre conscience. Parce que l'on a beau repérer ce qui relève du racisme, si l'on n'est pas de l'autre côté de la barrière et que l'on ne vit pas la fatigue que peut être de vivre plusieurs fois en une seule semaine des discriminations quotidiennes eh bien on ne peut pas comprendre par nous-mêmes : il faut quelqu'un pour nous expliquer, nous permettre de jouer sur le registre de l'émotion et plus seulement celui de la justice (légale ou morale) et donc permettre un meilleur dialogue avec les personnes que l'on cherche à convaincre, notamment.

En fait, je pense qu'il faudrait un système totalement hybride constitué de débats non-mixtes pour libérer les paroles et immédiatement suivis de débats mixtes sur les mêmes sujets (une fois que les paroles ont été libérées c'est plus facile de parler devant et à des personnes qui n'ont pas vécu les mêmes expériences). Mais, à l'intérieur des débats mixtes, et pour éviter les frustrations des uns et des autres, il faut instaurer l'égalité. Parce que l'on voit le problème de donner d'abord la parole à un homme dans un débat qui parle des femmes, mais il y en a aussi un à jouer la discrimination positive en donnant d'office la parole en premier à une femme. Le premier dispositif que l'on pourrait mettre en place pour instaurer l'égalité est le cercle.

Comme le dit Abyale Nan Nguema dans son livre, il n'y a rien qui instaure mieux l'égalité que le cercle. En cercle tout le monde voit tout le monde et tout le monde est vu de tout le monde. Tout le monde est à la même distance, personne au centre, personne sur une estrade... c'est l'égalité. L'un des problèmes pourrait être que dans le cercle les femmes se mettent toutes ensembles et les hommes tous ensembles, si c'est le cas il faudra replacer les gens pour que ce soit bien mélangé. Ensuite vient la question de la prise de parole. Le meilleur moyen d'instaurer l'égalité est le sort. À moins d'être particulièrement poissard tout le monde est égal devant le sort. On tire donc au sort le sexe de la personne qui parle en premier (parce que s'il y a plus de femmes que d'hommes ou de Noirs que de Blancs il y a un côté un peu hypocrite à tirer directement par le nom ou le numéro) ensuite, si ça tombe sur "femme", par exemple, on tire au sort parmi les femmes celle qui parlera en premier, et on tire aussi au sort le sens de la prise de parole (aiguilles d'une montre ou inverse). Ensuite chacun parle, sans s'interrompre, sur un ou deux tours en fonction du nombre de participants, et ensuite on entre dans un vrai débat. Ce n'est que la théorie, ça manque de pratique tout ça, mais je pense que c'est la meilleure solution pour que les débats mixtes ne créent de frustration dans aucune partie parce que de cette manière on court-circuite le risque de reproduire les dominations.

Tout ça pour un débat sain, qui n'apparaisse pas comme de l'agressivité ou de la hargne. Parce qu'au final les femmes ne veulent pas détruire les hommes, les Noirs ne veulent pas se venger des Blancs, et les homosexuels ne veulent pas remplacer les hétérosexuels. Ils veulent juste une meilleure place, sans prendre la place des autres. Mais si l'on n'est pas capables de discuter sainement, posément, et que l'on exclue systématiquement par la non-mixité il y a clairement un problème de méthode et de fond. Il y a eu des accusations de racisme anti-blancs. Je n'utiliserais pas ce terme parce qu'il est connoté, mais en revanche oui, de fait, la non-mixité, instaurant un système de discrimination positive, discrimine en creux les autres. À partir de là, si la non-mixité est l'unique système mis en place, elle pose problème.

Qu'en pensez-vous ?

P.-S. : Il y a deux choses que je ne veux pas entendre : l'ironique "ah mais oui, évitons aux pauvres hommes blancs d'être frustrés !" et le "mais façon t'es Blanche et hétéro donc t'y connais rien".

Source photo – Scheurer Kestner

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jeudi 22 juin 2017

Sommes-nous des individus ?

Bonjour !

C'est à croire que je ne traite presque que des questions de genre, sur ce blog ! Bon ! Faut dire qu'une réflexion très intéressante a été lancée et que je me suis engouffrée dedans. En fait, je suis inscrite au forum Jeunes Écrivains et une membre demandait comment on pouvait écrire un personnage masculin quand on est une fille, si les garçons, en gros, ont un mode de pensée différent (elle veut écrire une romance). Et à vrai dire c'est une question que je me pose moi-même depuis... longtemps, d'autant plus que j'ai peu (pas, en fait) d'amis garçons à observer ou interroger, donc ça ne me simplifie pas la vie. Plusieurs réponses ont été données et plusieurs qui disaient que garçon ou fille peu importait, que nous sommes des individus avant tout et que ce n'était qu'une question de caractère. Je ne suis absolument pas d'accord avec ça.

Oui, nous sommes des individus, avec des caractères uniques, définis, des qualités, des défauts, des manières de réagir qui nous sont propres, des valeurs que nous ne partageons pas avec tout le monde, des façons de raisonner et de penser qui sont uniques, nous faisons tous partie de l'humanité et c'est formidable... mais l'humanité est faite de femmes et d'hommes... dans un patriarcat aux modalités différentes en fonction des régions, des époques et des cultures et nous ne pouvons pas nier cela, sinon nous ne traitons pas le sujet. Je me suis vu rétorquer que c'était mieux de privilégier le caractère, caractère qui amènera le personnage à suivre ou pas ce qui est attendu de lui ou d'elle. Il y a deux choses qui me chiffonnent là-dedans : la notion de caractère et de "ce qui est attendu".

Alors histoire d'être sûre de pas dire de bêtise je suis allée chercher la définition de "caractère" sur le site du CNRTL et voilà ce que l'on me donne : "Ensemble des traits psychiques et moraux qui composent la personnalité d'un individu. [...] Ensemble des manières stables d'être, de sentir ou d'agir qui habituellement règlent le comportement d'une personne adulte dans ses relations avec d'autres personnes." Donc le caractère n'est pas que inné, il est aussi construit dans la mesure où l'on a en partie appris comment interagir avec les autres personnes, dans la mesure ou nos "traits moraux" sont construits sur nos expériences, nos désillusions, qui vont nous donner une grande importance de la justice, de la famille, de la confiance, de l'honneur, de la loyauté, etc. Le caractère est construit et j'en suis ravie parce qu'à vrai dire ça m'arrange. Si le caractère est construit (du moins en partie) alors cela veut dire que non seulement les parents et les éducateurs le modèlent par leurs interactions avec l'enfant puis l'adolescent mais aussi la société entière et les messages subliminaux qu'elle envoie. Et, dans une société patriarcale les messages envoyés aux garçons et ceux envoyés aux filles ne sont pas les mêmes. Donc une fille ne se construit pas de la même manière qu'un garçon et vice versa (comme un Noir ne se construit pas de la même manière qu'un Blanc, etc.) parce qu'un garçon et une fille ne se placent pas de la même manière du point de vue des rapports de domination. Il y a pour voir ça un exemple assez frappant : le modèle "rentrez vos poules je sors mon coq" ou : un garçon qui enchaîne les filles est un tombeur, une fille qui enchaîne les garçons est une salope.

"Ce qui est attendu" est lui aussi lié au concept de genre parce que le soucis c'est qu'un garçon doit se comporter "comme un garçon" et une fille se comporter "comme une fille". Le garçon grand, fort, rassurant, tout ça tout ça, et la fille un peu pleureuse, un peu nunuche parfois... comme je le disais dans mon post sur le forum, les shôjo sont un assez bon exemple pour cela : ils s'inscrivent toujours dans les mêmes clichés et dans la même caricature des relations entre garçons et filles. Les bornes de "ce qui est attendu" sont définies par les rapports de genre et de domination.

Femmes et hommes se sont construits différemment avec des univers mentaux différents. De ce fait on ne peut pas, et encore moins dans le cadre d'une romance, dire "nous sommes tous des individus" et faire complètement fi du concept de genre. Mais évidemment il ne s'agit pas non plus d'essentialiser en partant du principe que si telle fille agit de telle manière c'est parce qu'elle est une fille, que si un garçon agit de telle manière c'est parce qu'il est un garçon. Bien sûr il y a le caractère, la construction qui fait que l'on se détache ou pas des rôles de genre mais, à la base, il y a bien la question du genre et on ne peut pas traiter le sujet si l'on décide que "nous sommes tous des individus".

Je voudrais aussi ajouter quelque chose sur ce sujet, qui me paraît assez important. Plusieurs fois je me suis dit que c'était assez étonnant qu'une fille se demande comment pense un garçon dans la mesure où... comment dire... nous sommes une société patriarcale, certes, mais mixte. Les salles de classes sont mixtes, les rues sont mixtes, les entreprises sont mixtes, les magasins sont mixtes... On se côtoie tous les jours, et on se demande comment on pense... Je trouve ça assez étrange, en un sens et ça me fait penser à autre chose que je disais à Mathilde de What I Heart About sur son article il y a quelques jours : je me demande si les garçons et les filles savent vraiment comment s'aborder. Elle parlait du harcèlement et je lui disais que plusieurs fois je me suis demandé si finalement une partie de l'explication du harcèlement de rue n'était pas simplement que les garçons ne savent pas comment aborder les filles. Évidemment il y a aussi la question du patriarcat et qu'ils pensent qu'on leur appartient mais je me demande dans quelle mesure l'ignorance de comment on s'aborde agit. Parce qu'au final on se côtoie peu. Je veux dire... On peut avoir des amis garçons quand on est une fille et vice versa mais je ne me souviens pas franchement de groupes vraiment mixtes dans la cour du collège ou même au lycée, ou même à la fac. On peut aussi interroger la dynamique de groupe : ce n'est pas parce qu'on forme un groupe uniquement de garçons qu'aucun de ces garçons n'a d'amies filles, évidemment. Mais je me pose quand même la question.

Au final c'est extrêmement louable de dire que nous sommes tous des individus, mais ça ne colle pas à la réalité des rapports de genre, ça ne colle pas à la réalité de personnes qui se sentent racisées, ça ne colle pas à la réalité de personnes qui se sentent et sont discriminées de manière générale. C'est super de dire que nous sommes tous des individus, sur le même plan, mais cet aveuglement aux distinctions (qu'elles soient de genre, de race, etc.) pose un problème : elle oublie, elle nie volontairement, même, que nous ne nous construisons pas tous de la même manière en fonction de notre couleur de peau, de notre orientation sexuelle ou de notre sexe/genre. Au final, nous ne sommes pas des individus ou plutôt, avant d'être des individus, nous sommes des femmes, nous sommes des hommes.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Sunsword & Moonsabre

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lundi 19 juin 2017

La raison peut-elle rendre raison de tout ?

Bonjour !

Je sais pas si c'est le printemps, mes hormones, ou le chapitre du livre en espagnol que je viens de lire où ma pauvre petite Ahriel vient de perdre son premier amour (et sans doute le seul) à peine après l'avoir trouvé, ou les trois à la fois, mais j'ai envie de parler d'amour. Alors histoire de dissiper un doute qui peut-être pourrait vous avoir étreint : non, je ne suis pas amoureuse. D'ailleurs il semblerait que ça soit précisément le problème. Comprenez : bientôt j'atteindrai mes vingt-et-un an ; je ne suis pas en couple, pire je ne suis pas amoureuse et, pire encore (si-si, c'est possible) : je suis vierge. Je me souviens, il y a quelques mois, de ma mère qui, tandis qu'on regardait des photos d'une compèt' dont certaines montraient des couples d'amis de ma soeur, a demandé, son air-de-rien presque réussit (mine de rien, c'est dur à faire ces trucs-là !) : "pourquoi ils sont en couple et pas vous ?".

Alors... ! Cette question m'a profondément agacée et je me suis fendue d'un "parce que ça m'intéresse pas" qui aurait presque pu être sorti de ces shôjo où les héroïnes veulent se concentrer sur leurs études... Je crois que... au fond on ne peut pas répondre à cette question. On peut tenter de trouver des raisons, de dire "tu verrais la faune masculine que je côtoie, tu comprendrais" ou "je suis jamais tombée amoureuse et personne n'est jamais tombé amoureux de moi" que l'on ne répondrait pas, au fond, je crois, ou pas assez bien pour obtenir de la tranquilité. Parce qu'on aurait tôt fait de faire comme Kirikou et de demander encore "pourquoi ?". Est-ce que l'on peut répondre à la question "pourquoi tu n'es jamais tombé(e) amoureux/se ?". Je ne crois pas, même si pour ma mère la réponse est sans doute que je suis trop égoïste pour que ça m'arrive. Mais enfin, je n'écris pas cet article pour me plaindre, sinon je ne l'aurais pas titré d'un sujet de philo du bac.

Demander une raison au célibat signifie donc qu'il faut une raison pour être en couple (autre que l'amour, j'entends, puisque l'absence d'amour qui est une raison évidente du célibat n'empêche pas de poser la question (je sais pas si je suis claire)). Et, si on couple ça à l'autre pression sociale que constitue pour les femmes et les couples la question des enfants on comprend assez bien : une raison de se mettre en couple c'est de faire des enfants (souvenez-vous, j'avais écrit un article Pourquoi fait-on l'amour ? ;P) et de perpétrer la race humaine, de lutter contre la peur de la dépopulation qui a duré une bonne partie de l'époque moderne et évidemment après les Guerres mondiales. Alors peut-être que je vais chercher un peu loin mais je crois qu'il y a de ça. Il suffit de voir les réflexions que se prennent les femmes qui arrivent à l'âge moyen du premier enfant : "tu as vingt-sept ans, quand même", par exemple. C'est irrationnel. Nous sommes bientôt neuf milliards sur cette pauvre planète alors la race humaine ne va pas s'éteindre parce qu'une poignée de femmes refuse de se reproduire.

Pourquoi demander la raison ? Y en a-t-il une, d'ailleurs ? Je veux dire... si je peux comprendre qu'on n'ait pas besoin d'être amoureux pour faire l'amour et les avantages qu'il y a, je comprends mal l'intérêt de se mettre en couple si l'on n'aime pas. Pourquoi me mettrais-je en couple si je n'aime personne ? D'ailleurs faut être deux pour être en couple (c'est un peu ce que veux dire le mot) je signale au passage, alors pourquoi le problème viendrait de moi ? Ai-je besoin d'une autre raison que l'absence d'amour à mon célibat ? La raison ne peut vraiment pas faire entrer l'amour dans l'entendement des gens ? La raison ne peut pas rendre raison de tout, dans ce cas (c'était un peu couru d'avance, d'ailleurs, comme réponse (ils se compliquent la vie, les philosophes)).

Ai-je raté ma vie, ma vie adolescente, ma vie de jeune femme, parce que je n'ai pas eu d'amour estival ou même d'amour tout court, que je n'ai échangé mes bactéries buccales avec personne et ne me suis pas faite déflorée à l'âge moyen qu'est dix-sept ans ? Le couple doit-il être un but ? Il semble... dans l'inconscient de beaucoup de personnes, y compris dans le mien malgré ce que je veux bien me faire croire à moi-même, d'ailleurs... C'est parce que c'est la normalité d'être amoureuse/x et en couple que j'ai besoin d'une raison pour être célibataire. D'ailleurs on a demandé à ma cousine si elle faisait exprès de l'être. On cherche à rationaliser le célibat. Mais peut-on rationaliser l'amour ? (question cucul, je sais, je sais...).

Ma réponse "parce que ça ne m'intéresse pas" est aussi intéressante en elle-même, d'ailleurs. Parce qu'elle m'a permise d'être tranquille, de donner une raison à la raison. Si ça ne m'intéresse pas alors ça veut dire que sciemment je cherche à ne pas être en couple, donc que je ne pose le regard sur personne et que je ne me préoccupe pas de savoir si on me regarde ou pas. Comme une fuite, un renoncement à la recherche et aux efforts... Tout ce que la raison peut comprendre. Je pense que si j'avais dit "parce que je suis jamais tombée amoureuse" je n'aurais pas fait taire ma mère. Parce que ce n'est pas une "raison finale" : on peut encore enchérir un "pourquoi". Donc ma réponse donne une raison que la raison puisse comprendre et dont elle puisse rendre raison. Un truc raisonné, raisonnable. Je ne saurais pas vraiment aller plus loin dans l'analyse, mais je trouvais intéressant de le soulever.

Voilà. C'était ma participation décousue et désorganisée aux articles sur l'amour (je fais ce que je peux).

Qu'en pensez-vous ? Ressentez-vous ce genre de pressions ?

Source photo – arkaitz etxeberria photography

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mercredi 7 juin 2017

L'ambition face au réalisme

Bonjour !

Au début je voulais titrer "et après ?" de la question que ne cessent de poser mes parents, ou "le futur" mais, finalement "l'ambition face au réalisme" tire précisément l'essence de mon problème (au premier sens du terme). Il y a quelques semaines, Joséphine de La Plume Grise écrivait un article pour faire part de ses doutes concernant son orientation, son avenir, la direction qu'elle devait donner à sa vie après sa Licence, etc. Cet article a trouvé une certaine résonance en moi parce que je suis dans une situation similaire.

Hier on nous a envoyé par mail notre moyenne de l'année ; avec un peu plus de douze j'ai mon année et avec elle ma Licence d'Histoire et se pose la question de ce que je vais faire maintenant. Au début, il n'y avait pas beaucoup de doutes : école de journalisme, d'ailleurs c'était bien pour ça que j'avais choisi une Licence d'Histoire... je le croyais. En fait, quand mes parents m'ont fait la remarque, je me suis rendue compte que sans doute ce n'était pas la vraie raison. J'ai choisi l'Histoire pour moi, parce que j'avais envie, parce que j'avais le pressentiment que ça me plairait et que ça me servirait pour mes romans et par chance c'était une voie d'accès aux écoles de journalisme... Au final, si je m'étais vraiment renseignée pour faire une voie béton pour le journalisme j'aurais sans doute choisi une autre voie ; il y a des facs qui proposent des filières avec des liens faits avec le journalisme. Mais au début il n'y avait pas de doutes : Licence puis concours puis école de journalisme puis au boulot. Sauf qu'en trois ans j'ai eu le temps de changer, d'évoluer et de m'intéresser à de nouvelles choses.

Comme au sport. Seulement c'est un peu tard pour passer le concours de Lille pour une formation en journalisme sportif. Je n'ai absolument pas les connaissances générales pour réussir le concours et absolument pas le temps, matériellement et hors les autres occupations, pour combler le gouffre de mon insavoir (pas sûre que le mot existe). J'ai regardé les annales et je ne peux pas répondre aux questions précises : je ne peux pas redonner leur numéro de maillot aux athlètes (qui ça intéresse, d'ailleurs ? :P). Je n'ai presque pas suivi l'actualité cette année, donc je suis ignare. Ignare parmi ceux qui se seront préparés de leur côté, parmi ceux qui auront eu la prépa en ligne, parmi ceux qui sortiront d'une Licence option journalisme dont la dernière année est exclusivement réservée à la préparation des concours. Autrement dit je n'ai absolument aucune chance de réussir ces concours. Et je n'en ai pas non plus envie. Je n'ai pas envie de reprendre les études.

C'est sans doute là que ça coince. Parce que l'on attache beaucoup d'importance aux études, en témoigne l'entrée en matière de Joséphine : "Un titre presque… affolant, je l’admet !" (elle titrait alors : "et si j'arrêtais mes études ?"). Le plan pour moi c'est un Service Civique en radio (on y croit) et même si je n'en trouve pas je pourrais sans doute continuer de travailler dans la radio où je suis actuellement bénévole. Et là vient la grande question : et après ? Bonne question. J'y ai pas trop réfléchi, à vrai dire. Je voudrais bien devenir Maître Chien, mais très concrètement je suis au point mort physiquement. Et après... Après j'envoie des CV à tours de bras et croise les doigts ?

J'ai fait une espèce de test sur Studyrama. Je suis "entreprenante" à huit (sur huit apparemment) et "réaliste" à deux virgule soixante-quinze. C'est tellement vrai... ! Je sais que je ne suis pas réaliste, que les plans ne sont pas réalistes, que mon ambition je peux sans doute la ranger dans ma poche parce qu'en vrai je n'aurais pas les moyens de la réaliser, que les choses ne sont pas comme dans un rêve et que le hasard (d'ailleurs je pense que rien n'arrive par hasard) ne pousse pas toujours dans la direction que l'on souhaite. Mais seulement, voilà, tout le problème est là : si je me range au réalisme je me range aussi au pessimisme. Parce que la version réaliste c'est la version résignée. Si je reviens au réalisme je peux me suicider tout de suite et encourager tous celles et ceux de ma génération à le faire.

Bien que l'on soit attaché au diplôme dans notre pays une Licence en Sciences Humaines ne sert pas à grand-chose (bien que ce soit très enrichissant), et même en poursuivant les études il n'est pas dit qu'on trouve du travail avec un Bac+5 parce que les entreprises et autres organismes demandent souvent deux ou trois ans d'expérience qu'aucun ne veut être le premier à donner : c'est un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir. Pas de travail ça veut dire pas de logement, pas d'indépendance. Ça et le fait que je sois une jeune femme (donc biologiquement apte à avoir des enfants) et je peux toujours courir pour trouver un emploi rapidement. Si je me range au réalisme je me range aussi au fatalisme (sans juste-milieu, c'est sans doute malheureux xD).

Je crois que l'on ne peut pas être à la fois entreprenant et à la fois réaliste et que c'est pour ça que le fossé entre les deux résultats du test est si important. Je crois qu'au fond aucun ambitieux ne peut vraiment prétendre être réaliste parce que quand on veut faire de grandes choses on pense grand et on pense simple (ça veut pas dire facile) à la fois. L'argument selon lequel "les choses ne sont pas si simples" me laisse un peu béate. Parce que ça veut dire que si c'est pas simple c'est dur (en fait "complexe" mais comme on confond "simple" et "facile"...) et que si c'est dur on n'y arrivera pas et que donc pourquoi commencer, après tout ? Sauf que ceux qui réussissent ne pensent pas comme ça. Je ne connais personne ayant réussit en ne voulant pas réussir. Parfois les choses ne sont pas simples parce qu'on n'a pas envie qu'elles soient simples et que c'est mieux de rester à l'immobilisme que de se lancer sur le chemin, de faire le premier pas de la longue route éreintante.

Je ne sais pas où je serai dans un an (en fait je ne sais même pas où je serai en Septembre), je ne sais pas ce que je ferai, je ne sais pas si je me résoudrai à me lancer dans des études de journalisme, si je trouverai du travail sans malgré toutes les personnes qui disent que si on peut atteindre le journalisme de cette manière il ne vaut mieux pas tenter, si je ferai tout à fait autre chose... Je n'en ai aucune idée. Et à vrai dire ça ne m'inquiète pas plus que ça. Pas parce que je sais pouvoir retourner chez mes parents et vivre à leurs crochets, pas parce que je compte sur les bonnes rencontres aux bons moments (quoique) mais parce que la vie.

On peut planifier tout ce qu'on veut à plus ou moins long terme, au final les choses changent. Nouveaux intérêts, nouvelles rencontres, nouvelles opportunités. La vie. Des choses que l'on ne contrôle absolument pas.

On nous demande de savoir de plus en plus tôt ce que l'on veut faire et sans erreurs. Jamais. Sauf que l'erreur est mère de réussite. L'échec c'est l'expérience et l'apprentissage, autant de soi que des autres. Et Macron qui veut empêcher les bacheliers scientifiques d'aller en littéraire à la fac... on aura tout vu. On ne peut pas savoir sans faire d'erreur, ou même sans parler d'erreur sans changer d'avis. J'ai une amie qui n'est pas du tout passionnée par ses études, qui a redoublé plusieurs fois au cours de sa scolarité, et qui pourtant est loin d'être con parce que quand elle veut elle peut. Elle s'intéresse au monde du tourisme mais elle s'y est intéressée relativement tard et je pense surtout qu'elle n'aime pas du tout les études. J'ai une autre amie qui a eu un gros moment de doute sur ses études, sur le fait de peut-être pas travailler dans leur branche mais de faire autre chose. Une autre qui s'est intéressée trop tard au métier de gendarme pour réussir les épreuves physiques et qui a dû se réorienter. J'ai un ami de collège avec qui je parle assez rarement mais qui a changé plusieurs fois de réorientation en plusieurs années. J'ai une des camarades avec qui je travaille à la radio qui ne sait pas du tout ce qu'elle veut faire. Au final quand je regarde dans mes relations il n'y a que deux personnes sûres d'elles qui s'engagent sur leur voie sans ciller. Proportionnellement ça pèse lourds.

Alors c'est sans doute naïf, irréaliste, bête à manger du foin, mais j'ai décidé de ne pas m'inquiéter de ce que je ferai dans un an. Je verrai. Et bizarrement cette position ne me gêne pas du tout alors que je suis plutôt une stressée de la vie x) J'ai décidé d'attendre et de voir. Je vais faire des expériences, rencontrer des gens (l'épreuve d'une vie pour moi haha xD), et je verrai. Parce que de toute façon on peut faire tous les plans qu'on veut au final en douze ou dix mois on a l'opportunité de rencontrer des gens, de découvrir des choses, et de changer d'avis, alors tous les plans peuvent être renversés en trois minutes comme autant de quilles. Je décide de voir. J'ai confiance, bizarrement. Pas particulièrement en moi, mais en la vie. Elle peut être franchement mesquine, mais j'ai la conviction que rien n'arrive pas hasard alors je décide d'attendre et de voir. Une attente active mais une attente quand même. C'est pas que mon avenir m'intéresse pas, ou m'inquiète pas (quoique) (si je regarde mes notes, mes diplômes, etc., j'ai toutes les raisons de m'inquiéter parce qu'avec une Licence d'Histoire on fait que dalle) mais je décide de me laisser porter par les vagues.

Je choisis l'ambition au réalisme.

Qu'en pensez-vous ? Comment s'est passée votre orientation ?

Source photo – Ludwig Favre

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dimanche 28 mai 2017

On riait mieux avant (?)

Bonjour !

Je suis tombée tout à l'heure sur des extraits de l'interview que Cyril Hanouna a donnée au JDD. Je ne souhaite pas revenir sur cette affaire de canular qui n'a malheureusement pas fait rire que lui mais il y a quand même quelque chose qui m'a interpellée (pour pas changer). Il a dit notamment que, aujourd'hui, le sketch de Pierre Desproges sur les juifs ne ferait plus rire et il me semble que c'est un type d'argument que l'on rencontre assez souvent consistant à dire que l'on "riait mieux avant", en gros, et qu'aujourd'hui on a un humour trop édulcoré, trop gentil, pas assez noir, trop politiquement correct, etc. Sauf que pas de chance, il se trouve que j'ai eu deux cours cette année qui me donnent des clefs pour réfléchir à cet argument. J'ai eu un cours sur les mémoires de la guerre (que j'ai relu rien que pour vous (félicitez-moi :P)) et un cours sur le théâtre grec antique (si, ça a un rapport). Du coup, moi, cet argument de "Desproges aurait pas pu faire son sketch" comme preuve qu'aujourd'hui on ne sait pas rire ça me chiffonne.

Très sincèrement, ce sketch de Pierre Desproges, je ne le connaissais pas. Mais par chance et comme sur internet on trouve de tout j'ai pu remettre ma culture à niveau. Eh bien vous savez quoi ? Cyril Hanouna a tord : j'ai ri. Évidemment il y a des références que je n'ai pas, des noms que je ne connais pas, et donc des rires qui ne me sont pas accessibles (je vais y revenir) : mais j'ai ri, c'est le premier point de ma réponse.

Le deuxième point c'est qu'une pièce de théâtre – ou un spectacle d'humour – s'inscrit dans un temps donné, avec un public donné, un contexte, etc. Il me paraît donc important de remettre un peu ce sketch dans une partie de son contexte politico-sociétal. Sur la chaîne Youtube où je l'ai trouvé, il était indiqué qu'il a été joué au théâtre Grévin en 1986. En 1986 nous sommes quarante ans après la guerre. Cela fait que l'on doit diviser le contexte en deux branches : premièrement la branche du public : quarante ans après la guerre le public a, sans doute pour une large part, des souvenirs de la guerre (soit sous forme de souvenirs personnels soit sous forme de souvenirs familiaux) ; secondement la branche mémorielle : de quoi se souvient-on en 1986 ? C'est là que mes cours sur les mémoires des guerres interviennent.

Il faut bien se rendre compte que, dans l'après-guerre et jusqu'aux débuts des années 1980 quand on parle de "déporté" on parle des résistants déportés. Ce n'est que progressivement que l'on glisse vers le déporté juif, avec aussi le film Shoah, en 1985. Dans la même période, en 1987, c'est le premier procès depuis un moment d'un officier allemand duquel on a pu empêcher le suicide : Klaus Barbie. Voilà, pour ce qui est de la France, dans les années 1980, on en est là (il y a aussi une série télé qui sort en Allemagne et aux États-Unis notamment, en 1978, et qui fait un choc). C'est dans ce contexte-là que Pierre Desproges fait son sketch. Avec un public donné, à un moment donné. La lecture et la réception d'une pièce de théâtre – ici d'un spectacle – se fait d'une certaine manière à un certain moment. Notre prof nous parlait de la pièce grecque Les Perses qui a été représentée à Athènes huit ans après les guerres médiques. Donc le public, les spectateurs, avaient souvenir de la guerre. Si on joue cette pièce aujourd'hui c'est une "pièce-musée", parce que le public ne sera pas dans les mêmes dispositions qu'à l'époque. De là il peut être intéressant d'adapter la pièce (par exemple, quand des noms de soldats sont cités, mon prof avait fait citer par son acteur des noms de soldats états-uniens morts pendant la guerre d'Irak si je ne m'abuse).

Le public de 1986 n'est pas le même que le public d'aujourd'hui qui, pour une large part, n'a jamais vécu la guerre et qui, pour ce qui est des petits-enfants ou arrière-petits-enfants, n'ont même plus la mémoire familiale de la guerre. Le contexte mémoriel n'est pas non plus le même. De ce fait non seulement on perd du rire sur une méconnaissance du contexte (certains noms que je ne connaissais pas) mais en plus nous ne sommes pas dans les mêmes dispositions psychologiques.

Un humoriste, d'autant plus quand il écrit sur des sujets graves comme ça peut être le cas de Yassine Belattar, Jérémy Ferrari ou même Élie Semoun, s'inscrit dans un contexte d'actualité et d'ailleurs Élie Semoun, invité dans Quotidien l'autre jour, disait comment il introduit le sujet une fois qu'il est sur scène (à base de jeux de mots) histoire de détendre un peu son public. Il faut mettre le public dans de bonnes dispositions et avoir conscience du contexte. Sans doute que dans vingt ans ces sketchs-là ne feront pas rire les personnes qui n'auront pas connaissance de leur Histoire contemporaine.

Du coup ça me paraît un peu facile de dire qu'aujourd'hui Pierre Desproges ne pourrait plus faire son sketch. Je ne vois pas en quoi, et j'ajouterais que, sans doute, comme les humoristes s'adaptent au contexte, il ne l'écrirait peut-être pas de la même manière. Aujourd'hui il me semble que l'humour autour des juifs est un peu différent. Si loin de la guerre on ne fait plus de sketch entièrement dédié – en tout cas il ne me semble pas pour ce que j'en sais – et on préfère distiller quelques blagues au détour d'une phrase. En revanche on dédie des passages complets au terrorisme.

Prétendre que l'on riait mieux avant, qu'aujourd'hui l'humour s'étiole, d'édulcore, sous prétexte que les sketchs d'il y a trente ans sont différents de ceux d'aujourd'hui c'est oublier qu'une pièce de théâtre ou un spectacle d'humour est de l'art vivant, qui est aussi fait en fonction du public. Pire... ! Se dédouaner d'une mauvaise vanne, d'un raté, se victimiser en disant "mais de toute façon on rirait mieux avant" en prenant à témoin des humoristes de la génération précédente c'est d'une part faire comme si l'on n'était pas fautif et refuser de reconnaître ses tors en disant "c'est pas moi c'est les autres" (comme le réalisateur de Gangsterdam) et d'autre part ignorer son public et le contexte. Je crois que, pour faire de l'humour noir, il faut un capital-sympathie.

J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur le fait que je pense que l'on peut rire de tout, donc je ne développe pas – mais si vous voulez ouvrir le débat dans les commentaires je répondrais sans problème :) Quoi qu'il en soit je ne pense pas que l'humour se délite, il suffit de voir que des humoristes comme Élie Semoun, Yassine Belattar ou Jérémy Ferrari s'emparent de ce genre de sujets un peu difficiles comme le terrorisme, la mort, l'homosexualité, etc. Et puis... en cherchant une photo pour illustrer, je suis tombée sur un article qui citait des passages du fameux sketch de Desproges pour démontrer le fait que maintenant ça ne passerait plus. Alors-alors-alors... je crois que je l'avais déjà dit dans un article mais : le ton. Nous sommes bien dans un spectacle vivant et c'est le ton, qui fait tout. Même aujourd'hui si vous lisez certains passages des sketchs de Jérémy Ferrari vous vous demandez où vous êtes tombés. Mais le ton.

Se pose aussi la question de l'universalité de l'humour et les historiens se sont demandés si on pouvait rire à ce à quoi riaient les Romains (dans le contexte de l'Histoire des émotions) et certains d'entre eux ont aidé Jim Bowen à faire un spectacle avec seulement des blagues anciennes.

Je ne pense pas que l'on riait mieux avant. Le thème de la décadence des plus jeunes est tellement vieux que Socrate le portait déjà, c'est vous dire ! Je pense juste que l'on riait différemment, étant entendu qu'un art vivant fait aussi en fonction de son public et de tout un contexte social. Et je pense que c'est trop facile de se dédouaner en disant que de toute façon maintenant "on ne peut plus rien dire".

Qu'en pensez-vous ? Riait-on mieux avant ?

Source photo – auteur inconnu

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samedi 27 mai 2017

Le collant et la propriété du corps des femmes

Bonjour !

Je me suis fait rapporter, à peu près, les paroles d'un jeune homme que ma mère et ma soeur connaissent. Elles n'ont pas été très précises mais le fond c'était que ce garçon avait déclaré s'être un jour déguisé en vraie femme, avec la (mini) jupe, les collants, le maquillage, etc. De là est née une réflexion que j'aie nourrie aussi d'un des épisodes de Candice Renoir diffusé hier soir.

C'est au fur et à mesure que je parlais toute seule pour organiser mes idées (ce que je vous conseille, ça marche super !) que j'ai repensé à cet épisode dans lequel la fille de Candice, adolescente, sort avec un mini-short et se fait agresser dans le rue par deux autres ados qui lui sortent les grands classiques "t'es une pute" et "tu veux te faire violer, c'est ça ?!". Et quand j'ai vu que, sous son short, elle portait des collants, j'ai dit : "oh elle porte des collants en plus ? Bah ça va, c'est rien". On est bien d'accord pour dire que, collant ou pas collant, reprocher à une personne la manière dont elle s'habille et rentrer dans le processus de culpabilisation de la victime de viol est moralement condamnable. Mais quand même, avec ce collant, il y a quelque chose de différent. Le collant cache ce que la jupe ou le short fait mine de montrer, et là réside ma réflexion.

D'abord je voudrais m'étendre sur la notion de "vraie femme". Selon moi si l'on introduit la notion de vrai il faut introduire d'office sont complément-contraire qui est le faux. Tout ce qui ne correspond pas à l'image de la "vraie femme" est donc une "fausse femme" et donc se définit par le "ce n'est pas". Pour prendre un exemple, en cyclisme (le Giro se termine, après trois semaines je ne pense plus qu'à ça, sauf quand je dois sortir de ma torpeur pour parler représentations de genre, c'est un peu malheureux xP) on parle de "faux-plat (montant/descendant)". Un faux-plat : ce n'est pas un plat. Une fausse femme : ce n'est pas une femme. Donc tout ce qui ne correspond pas à la "vraie femme" n'est pas une femme (on parle bien ici du genre social et non biologique). C'est pour ça que, quand je parlerais de "la femme" ou "des femmes" ça sera l'équivalent de la "vraie femme" de ce jeune homme.

Une femme, pour lui, porte du court et des collants. Je trouve ça intéressant qu'il admette le court comme correspondant aux femmes alors que l'on a plutôt tendance à vouloir, du côté des hommes, rhabiller les femmes quand certains courants du féminisme veulent les déshabiller étant entendu que plus on montre de peau et plus on est libre/libérée (comme avec l'histoire du burkini). Je vous avais déjà raconté que l'ex d'une amie refusait qu'elle porte la jupe qui lui arrivait juste au-dessus du genou parce qu'il avait l'impression que tout le monde la regardait. Ce n'est peut-être pas une majorité, mais j'ai quand même l'impression que les garçons sont plutôt défiants à l'égard des tenues courtes qui assimilent les filles à des "putes" ou des "salopes", en témoignent les diverses agressions dans la rue et autres interdictions auprès des petites amies. Donc c'est assez intéressant que ce garçon-là admette le court comme relevant de la femme et pas de la pute. Cependant ce paradoxe est atténué par les collants, qui, comme je le disais avec l'exemple de l'épisode de Candice Renoir, cachent ce que le court montre. La jambe n'est donc pas montrée (puisqu'elle est cachée). Partant de là, je pousse un peu ma réflexion.

Ce qui sépare donc la femme de la "pute" ce n'est pas la taille du vêtement et la quantité de peau révélée au grand-jour mais le collant. Le collant cache et le collant empêche le toucher. Si vous touchez la jambe couverte de collants d'une femme vous touchez la femme, l'individu, mais pas le corps en tant que tel, pas la peau. Donc le collant empêche l'accès au corps. Or, une pute, pour le dire vulgairement (de toute façon je suis vulgaire depuis le début de cet article alors autant poursuivre sur ma lancée xD), c'est un vagin en libre-service (tant qu'on a de quoi payer) : autrement dit si elle n'a pas de collant pour empêcher la vue et le toucher ce n'est pas grave, c'est même ce que l'on attend d'elle : un morceau de viande à reluquer (et plus).

Une pute c'est aussi une image de la femme vile, basse, sans honneur, qui vend son corps, une femme de mauvaise vie, sans vertu, alors que, dans nos sociétés, on essaye de préserver de ça les femmes (en témoignent les insultes que les unes et les autres reçoivent à l'image de "sale pute"). Parce qu'une femme c'est la douceur, la vertu, c'est Lucrèce qui, ne pouvant supporter d'avoir été violée, souillée, d'avoir déshonorée sa famille, se suicide. De là il vaut mieux contrôler le corps des femmes, pour éviter qu'elles soient rendues désirables aux hommes qui pourraient alors leurs tourner autour, voire, les violer (ce qui serait évidemment la faute de la femme). Et pour contrôler le visible (au passage je vous conseille de lire Comment le voile est devenu musulman ? de Bruno-Nassim Aboudrar) et le corps rien de mieux que le vêtement (mais pas seulement ; à l'époque moderne les femmes ne pouvaient pas jouer de la flûte en public ni des instruments comme le violoncelle dont la position pour le jouer n'est pas des plus élégantes).

Mesdames, il vous est donc demandé de vous habiller de manière à cacher vos jambes ou, à défaut, de porter des collants.

Vous allez me dire que j'exagère et que j'extrapole sur des propos rapportés avec imprécision. Certes oui, mais aussi sur ma propre réaction de cet épisode de Candice Renoir qui tend à dire que, si elle porte des collants sous son short, alors Emma a encore moins de raison d'être traitée de "pute" puisqu'on ne voit rien de ses jambes, ce qui marque bien la différence entre "la femme" et "la pute".

Quant à contrôler le corps des femmes c'est, comme je le disais il y a quelques temps à Aloha Tallulah sur l'un de ses articles, pour la raison – enfin l'une des raisons, sans doute – que le corps des femmes appartient aux hommes par un retournement rhétorique (qui doit avoir un nom d'ailleurs).

Ce que je veux dire et ce que j'expliquais à Aloha Tallulah c'est que les femmes disent "mon corps m'appartient" ; les hommes pensent, disent parfois, considèrent plus ou moins inconsciemment, que les femmes leur appartiennent (on dit "ma femme" et pas "mon épouse" ; on dit "il faut protéger nos femmes et nos enfants" – au passage on assimile les femmes aux enfants, je ne m'étends pas dessus – ; aussi en rapport avec notre Histoire largement chrétienne : dans la Bible la femme a été faite après et pour l'homme – raison pour laquelle elle doit porter un voile, d'ailleurs). Conclusion : le corps des femmes appartient aux hommes. D'autant plus que, bien souvent, les femmes ne sont pas capables de posséder par elles-mêmes (excepté quelques cas, de veuves notamment, à l'époque moderne et dans le Coran où elles peuvent gérer des biens, témoigner dans un tribunal, etc.). Le corps des femmes appartient aux hommes. C'est une raison pour les hommes de réglementer le vêtement féminin (interdiction du pantalon, aussi par la peur de l'inversion et de la confusion des sexes et là je vous renvoie à Une histoire politique du pantalon de Christine Bard) ; c'est aussi une raison pour les féministes de s'emparer du vêtement et de chercher à dévêtir les femmes : si le corps des femmes et le vêtement féminin appartiennent aux hommes alors rien d'étonnant à ce que, pour certaines féministes avec lesquelles je suis fort peu d'accord, la libération des femmes passe par des vêtements de plus en plus courts et ce de manière systématique.

Alors que, comme je l'ai dit précédemment, le vêtement court ne fait pas tout puisque l'on peut "contrer" le raccourcissement par le port de collants. Et je me rends bien compte, dans mon port personnel de la robe, que je préfère porter ma robe d'hiver (un peu au-dessus du genou) que ma robe d'été (même taille) parce que l'hiver, j'ai des collants (et que j'aime pas trop montrer mes jambes parce que je m'aime pas, mais c'est une autre question).

Quant à la question de savoir si ce garçon duquel on m'a rapporté les propos est dans le vrai... j'ai déjà écrit sur qu'est-ce qu'une femme il n'y a pas si longtemps ;) (je suis intarissable (pour votre plus grande lassitude)).

Edit 04/07/2017 : Cette nuit j'ai pensé à autre chose, qui relève plus du régime du regardé et du regardant dont Bruno Nassim Aboudrar parle dans son livre Comment le voile est devenu musulman ? (et que je vous conseille). En fait, la personne condamnée est davantage le regardé que le regardant. Dans le Code pénal de 1810 (abrogé en 1992), apparaît le délit d'outrage public à la pudeur : la nudité devient répréhensible à partir du moment où elle peut être vue. Un exemple est celui d'un homme qui forniquait avec une jeune femme et qui a été condamné parce que dénoncé par son fils "l’œil rivé à un trou dans une cloison de sa bergerie" (alors qu'on se demande tous ce qu'il foutait là, déjà !). Je pense que c'est aussi en partie à cause de ce régime du regardant et du regardé que l'on s'en prend aux filles qui montrent un peu de chair et pas aux garçons qui les regardent comme des morceaux de viande (bon, ceci dit, à chaque fois que j'ai été confrontée au cas, j'étais couverte ! xD).

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Vincent Wo

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dimanche 21 mai 2017

"Aimer sa voix, c'est s'aimer soi"


Bonjour !

Avant de commencer je me dois d'être on ne peut plus honnête avec vous : si je vais parler un peu de moi dans cet article (une fois n'est pas coutume) je vais aussi parler d'un livre qui m'a été gracieusement envoyé par les éditions Leduc.s (autrement dit si vous ne voulez pas lire un article basé sur un partenariat vous pouvez partir (mais ça serait quand même dommage ! :P)) (oui, je suis vraiment entrain d'inciter mes lecteurs à déserter mon blog xD). Il s'agit de L'Art délicieux d'apprivoiser sa voix d'Abyale Nan Nguema, paru en 2016.

Depuis quelques années j'ai un rapport un peu compliqué avec ma voix. Tout allait bien, sans problème majeur, jusqu'à ce que j'entende un enregistrement et que je déchante : trop aiguë, sans caractère... tout le contraire des voix que j'aime, des voix chaudes... rien ne va plus. Mais, paradoxalement, je me destine à travailler à la radio où, plus qu'à la télé peut-être où on a le secours de l'image, la voix est essentielle, c'est même la voix qui fait tout. Cherchez l'erreur. D'ailleurs, vous savez, normalement on est censé réécouter ses émissions pour voir toutes les erreurs (par exemple je sais que je parle trop vite) : je ne l'ai pas fait. Jamais. C'est trop dur. Rien que quand je me réentends au montage des micro-trottoirs c'est assez compliqué.

J'aime pas ma voix. "Personne n'aime sa voix" m'a répondu le journaliste qui encadre notre émission. C'est sans doute vrai, mais c'est un peu bête... Parce que les deux sens qui nous permettent de prendre un premier contact avec le monde sont la vue et l'ouïe (l'odorat peut-être, mais comme je passe ma vie avec le nez bouché... xD) : on ne touche ou goûte quelque chose a priori seulement après l'avoir vu, entendu (ou senti). Alors, les deux premières images de nous qu'ont les autres ce sont notre visage et notre voix. C'est elle qui nous permet de communiquer. C'est fâcheux de ne pas l'aimer. Autant on peut éviter de croiser nos reflets dans les vitres, autant c'est difficile de ne pas s'entendre.

J'aime pas ma voix mais j'aime chanter. J'ai toujours chanté. Je me souviens qu'en primaire j'étais souvent seule dans la cour et je déambulais en chantant (on ne se moque pas ! xP). Je chante presque tout le temps, en fait. Même en partiels ça m'arrive de chanter en chuchotant quand j'ai une chanson dans la tête (mes pauvres camarades qui doivent me prendre pour une espèce de tarée !). Je chante dans la douche, je chante dans la rue, je chante dans ma chambre, je fredonne en cours... Même si je sais que je chante mal.

Du coup j'avais plusieurs raisons de m'intéresser à ce livre d'Abyale Nan Nguema et à ma voix. Seulement, vous voyez, mon porte-monnaie avait d'autres priorités et je me suis souvenue qu'un de nos profs nous a dit que, quand il était jeune prof, il faisait des compte-rendu de lecture dans des revues ce qui lui permettait d'avoir des livres gratuitement. Je me suis dit, un peu naïve, que je pouvais bien tenter le coup aussi, après tout qui ne tente rien n'a rien et puis il faut bien que mon blog me rapporte quelques avantages (tiens, bonne question, "faut-il ?"). Très sincèrement, quand j'ai contacté les éditions, je ne pensais pas qu'on me répondrait favorablement et si j'avais essuyé un refus j'aurais sans doute fini par acheter ce livre un jour ou l'autre.

Alors dans ce livre il y a quoi ? Déjà, l'autrice le rappelle dès le début : ce n'est pas une méthode, l'argument principal étant qu'il faut un professeur pour s'assurer que les techniques de respiration, etc., soient bien appliquées. Ceci dit sept vidéos et deux bandes sonores sont associées au livre. Les deux dernières sont de courtes relaxations/méditations et les premières des conseils sur par exemple comment enregistrer son annonce de répondeur (la mienne n'ayant d'ailleurs jamais été faite ; je laisse la boîte automatique répondre à ma place : au bout de deux essais il y a quelques années j'ai fini par laisser tomber). Elles sont courtes et ne dépassent pas une minute trente. Cependant j'ai parfois trouvé que l'annonce dans le titre était, sans aller jusqu'à dire "mensongère" qui serait vraiment un mot trop fort, un peu trompeuse. Par exemple avec la vidéo sur le bâillement où on nous dit que l'on va apprendre à bien bâiller alors que, dans la vidéo, Abyale Nan Nguema est davantage partie sur un "pourquoi bâille-t-on". Du coup je trouve ça un peu dommage et, à vrai dire, j'aurais bien aimé des vidéos un peu plus longues... Même s'il faut un professeur en face pour bien faire certaine chose, il y a quand même des exercices qui semblent assez simple à faire seul sans tuteur, comme ceux que Claire Univoix propose sur sa chaîne Youtube (bien qu'elle n'ait rien publié depuis un moment).

Au début, je ne savais pas trop quoi penser de ce livre et il m'a fallu plusieurs chapitres pour me mettre dedans, en partie parce que les sous-parties sont très courtes et pas forcément toujours liées entre elles (j'avais eu le même problème avec le roman Le Souper des maléfices et ses sauts de lignes incessants (bon roman, ceci dit)). Mais finalement j'ai réussi à entrer dedans, au chapitre huit je crois (sur douze) lorsque l'autrice parle de "donner le "la"" à ses collaborateurs mais "[qu'elle] fai[t] confiance, [elle] délègue".

En fait, dans ce livre, elle montre, je pense, à quel point le chant est connecté à la vie et à l'humain. Le chant nous permet, par exemple, de nous reconnecter avec nous en nous ressentant de l'intérieur, mais aussi avec les autres, aide à construire ou renforcer un collectif via la pratique de la chorale. Je crois que c'est un livre fait pour positiver et donner confiance et j'ai particulièrement apprécié les chapitres dix et onze sur la prise de parole en public et je crois que beaucoup d'étudiants collés à leurs notes pendant leurs exposés devraient les lire pour prendre confiance et se rendre compte que ne pas lire ses notes c'est pas le bout du monde ;)

En réfléchissant je me suis dit qu'en fait, vouloir améliorer sa voix c'est formidable mais il faut voir par quoi on est poussé. Ce que je veux dire c'est que... si je prends l'exemple parallèle de l'orthographe : être mauvais en orthographe peut être un complexe et donc on cherche à s'améliorer pour ne plus avoir de raison de complexer et donc à la base du changement c'est un sentiment négatif, en réaction et pas en action positive sur ce que s'améliorer en orthographe peut nous apporter. Sur la voix c'est un peu le même principe : je n'aime pas ma voix, je veux la contrôler (à vrai dire je suis un peu maniaque du contrôle), je suis en réaction à elle et, en fait, je ne me demande pas ce que chanter ou améliorer mon souffle pourrait m'apporter et je suis mue par un sentiment négatif. Alors que comme le dit Abyale Nan Nguema quand elle demande ce que le travail de la voix a changé dans la vie de la personne à qui elle parle on lui répond que ça n'a pas eu d'effet mais en finissant par avouer qu'ils ont changé de travail, se sont épanouis, etc.

Je crois qu'au fond on est en réaction, en recherche d'amélioration pour la performance, bien trop, et pas assez sur ce que les améliorations peuvent nous apporter vraiment. Ce livre pousse à l’optimisme et à se dire que même si on ne sait pas chanter on n'a aucune raison de ne pas sauter le pas et d'apprendre ou même aucune raison de ne pas chanter dans sa douche. C'est de l’optimisme qui me donnerait presque envie de prendre des cours de chant (mais j'ai pas les finances, et même si je les avais je vous avoue que je prendrais d'abord des cours de pôle dance).

Même si j'ai eu du mal à entrer dedans et que je ne savais pas trop comment le prendre (parce que l'on passe d'un témoignage à un récit fictif, à quelque chose de plus méthodique très rapidement et j'ai eu du mal à m'habituer au rythme) et que j'ai regretté que les vidéos ne soient pas plus détaillées et approfondies c'est un livre positif qui se lit plutôt vite et qui donne envie de décomplexer et ça c'est cool !

Quelle est votre relation à votre voix ? Osez-vous chanter sans un parapluie à portée de main ? ;P

Source couverture – Élisabeth Chardin

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vendredi 28 avril 2017

Qu'est-ce qu'une femme ?

Bonjour !

La porte de la salle de bain est fermée. Je demande à ma soeur si je peux entrer et elle me répond : "non, me dérange pas pendant ma reféminisation". Elle était en train de se raser. Alors, même si elle l'a dit avec un sourire, ce terme de "reféminisation" est assez significatif de quelque chose et il s'inscrit dans d'autres questionnements autour de ce qu'est une femme et de ce qu'est la féminité.

L'autre jour je suis tombée sur C l'hebdo et l'actrice qui était invitée, cinquante-deux ans, a dit que, quand elle avait eu ses règles, sa mère lui avait dit que maintenant elle était une femme : désormais qu'elle ne les a plus, qu'est-elle ? Mine de rien c'est une vraie question : qu'est-ce qu'une femme ? quand une "fille" devient-elle une femme ? Pour les garçons c'est facile : ils deviennent homme en prenant de l'âge, c'est tout ce qu'on leur demande. Mais une fille devient femme avec ses règles, ou par le mariage... en fonction des époques et des sociétés ce qui fait d'une fille une femme varie. Une femme qui n'a plus (ou n'a jamais eu, à cause d'une malformation de naissance qui ferait qu'elle n'a pas d'utérus par exemple, ou qui se l'est fait retirer) ses règles est-elle encore une femme ?

Ce matin j'ai lu un article de Aloha Tallulah qui abordait la question de savoir comment se placer entre l'identité de mère et celle de la femme qui travaille. Et elle disait : "Cette idéalisation de la maternité ne fait pas que du bien, on peut le prendre comme "les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres"", ce qui m'a particulièrement interpellée puisque je venais tout juste de penser à écrire cet article. Ce qu'elle dit est particulièrement vrai. Quelle femme qui ne veut pas d'enfant ne s'est pas déjà retrouvée confrontée à des réactions d'étonnement, des reproches, ou même le presque doux mais non moins redoutable "tu as encore le temps de changer d'avis" ? Comment-ça, j'ai encore "le temps de changer d'avis" ? Mais je ne veux pas changer d'avis bordel de merde ! Une femme sans enfants, et qui n'en veut pas, n'est donc pas une femme ? Dans la mesure où une femme se définit en premier lieu par le mariage et la maternité, alors une femme non mère et non mariée n'est pas une femme (et donc une femme qui n'a pas ou plus ses règles n'est pas ou plus une femme puisqu'elle ne peut plus produire d'enfants à la société (au passage ça fait donc d'elle une inutile)).

Une femme doit aussi être féminine. Une "vraie femme" est une femme féminine. Donc une femme qui laisse pousser ses poils a besoin d'une "reféminisation". Une vraie femme est une femme qui se rase, qui s'épile, qui se "fait belle". Une vraie femme est une femme féminine et donc une femme qui porte des jupes et des robes. Je me souviens qu'en Quatrième j'avais mis une jupe, un jour d'été, et une prof m'avait dit "oh ! tu t'es habillée en fille, aujourd'hui !". Habillée en fille... euh... merci ? Je-je crois. Je ne suis pas sûre. Si on pousse un peu on pourrait presque dire qu'une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Et je ne suis même pas sûre que l'on ait besoin de pousser tant que ça parce que la peur de l'inversion, de la confusion des sexes a terrifiée nos ancêtres pendant très longtemps, interdisant le travestissement par exemple (si ça vous intéresse je vous invite à lire La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, de Sylvie Steinberg – je vous ai même dégoté un compte rendu si vous voulez vous faire une idée). Donc une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Mais, parallèlement et de manière tout à fait paradoxale, les femmes se font siffler dans la rue quand elles portent des jupes (quoi que, une États-unienne avait marché des heures dans New York, en pantalon noir et T-shirt sans décolleté et elle s'était quand même faite siffler).

Aloha Tallulah avait une autre réflexion très intéressante sur l'animalisation des femmes noires desquelles on dénie la féminité en les ramenant à un animal, ou en les masculinisant. Comme si on n'avait pas assez de la misogynie et qu'il fallait en plus mettre une question ethnique là-dedans ; c'est pas gagné mais c'est pas nouveau. Au moment de la colonisation on prêtait vraiment attention aux questions de domination. Autrement dit un homme blanc pouvait batifoler avec toutes les autochtones qu'il voulait mais un homme noir ne pouvait pas toucher une femme blanche sous peine de la souiller (et c'est le même argument encore aujourd'hui de certains fous). Une femme noire est donc, on pourrait dire, en bas du bas de l'échelle : elle est femme, et elle est de couleur (manquerait plus qu'elle soit lesbienne et là ce serait fini pour elle). Le titre d'Aloha Tallulah était provocant mais finalement la question qu'il pose est une vraie question. Est-ce que ce qui fait d'une femme une femme est réservé aux Caucasiennes ? Est-ce que la couleur de peau est un facteur excluant de ce qui fait d'une femme une femme ? Qu'est-ce qu'une femme ?

La notion de "reféminisation" est assez intéressante par le "re" qui induit qu'il y a eu précédemment un "dé", une déféminisation, ici par le "laisser-aller" de la pousse du poil. La féminisation serait le fait de se raser, ou s'épiler, tout à fait régulièrement de manière à ce que le poil n'apparaisse jamais ; la déféminisation serait le laisser-aller qui demande une reféminisation d'urgence. Féminisation : donc une femme n'est pas féminine par nature : on lui apprend à l'être : rase-toi, épile-toi, mets des robes, maquille-toi ; sois belle (avant d'elle intelligente ou talentueuse). Donc une femme n'a pas besoin d'être féminine pour être femme ou alors quand elle naît elle n'est pas femme (ce qui introduit la question du genre et du sexe social construit).

Je sais que j'ai déjà écrit pas mal d'articles sur ce thème, mais je trouvais intéressant de l'aborder sous cet angle.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Campagne Dove

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jeudi 27 avril 2017

Bombes de Damoclès

Bonjour !

Avec Jesuisuneguerrière nous nous sommes engagées dans un long (et très intéressant) débat et on en est venues à discuter du fait qu'elle trouvait scandaleux qu'Emmanuel Macron ait dit qu'il ne savait pas quoi faire pour lutter contre le terrorisme, parce que c'est son travail de faire ça, et que c'est assez violent pour les familles des victimes. Je comprends tout ça mais je ne suis pas d'accord. Comme je lui disais tout à l'heure je ne trouve pas ça scandaleux, et presque ça me rassure ("rassurer" dans le sens de l'expression "ah... ! ça m'rassure !" plutôt que quand on on a peur du monstre sous notre lit et que quelqu'un vient nous rassurer, vous voyez ?).

Un haut placé états-unien avait dit que l'on s'engageait dans une guerre de vingt-cinq ans. Alors, quand certains politiques disent que, quand ils seront au pouvoir, tout ira mieux, c'est faux. La réalité c'est que, quand nous prenons le train, que nous nous rendons à l'aéroport, au marché, dans des spectacles en plein air ou non, quand nous allons dans la rue, passons devant une église ou une mosquée, que nous nous rendons à l'université ou à des conférences, nous pouvons être victime d'une bombe posée là, d'un kamikaze ou d'un tireur fou. Nous pouvons être pris en otage, nous pouvons être blessés. Tués. Ou des gens que nous connaissons peuvent l'être. La réalité c'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes. La réalité c'est que les policiers ne parviendront pas toujours à déjouer les tentatives et les projets d'attentats et que d'autres gens vont mourir un peu partout en Europe de l'Ouest. Sur des années.

Il y a peu j'ai pris le train. J'y ai pensé. Je savais que ça pouvait faire partie des possibilités. Il y a peu je suis aussi allée à un spectacle et je savais que ça pouvait potentiellement arriver. C'est ça, la réalité. C'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes et que je préfère que ça nous soit dit par les autorités et les hommes politiques ("Cette menace, elle fera partie du quotidien des prochaines années" – Macron ) plutôt qu'on nous fasse croire que l'on pourra nous protéger de manière sûre et complète. Je préfère que l'on nous dise que l'on ne sait pas, plutôt que l'on propose de jeter tous les fichés S en prisons, de déchoir de leur nationalité les terroristes et de les plonger dans l'anonymat. Tout ça ce ne sont pas des solutions. Si les gens qui les proposent savaient vraiment comment anéantir Daech ils l'auraient fait depuis longtemps. Si François Hollande, Nicolas Sarkozy et leurs ministres avaient su comment faire ils l'auraient fait parce que, comme je le disais à Jesuisuneguerrière, d'une part ils sont humains et vivent la situation en tant que citoyen, aussi, et, d'autre part, en tant qu'hommes politiques ils veulent de la popularité : agir quand on a la solution est donc la meilleure chose à faire pour eux. Alors, si ça n'a pas été fait, si Daech est toujours là, c'est peut-être que ce n'est pas si simple, que les solutions ils ne les ont pas.

Je préfère que l'on me dise que l'on risque de mourir, plutôt que l'on fasse semblant de pouvoir me protéger et que je m'étonne lorsque je perdrais une jambe dans un attentat. Je préfère que l'on me prévienne que ces choses peuvent arriver.

Les hommes et les femmes qui sont au pouvoir ne savent pas tout. Ils n'ont pas, comme par magie, toutes les solutions sous prétexte qu'ils dorment dans le lit de l'Elysée. Ils ne sont pas inspirés, comme je disais l'autre jour, par une divinité obscure. Ils sont humains et ils ont beau avoir fait des études brillantes ils n'ont pas toutes les solutions en un claquement de doigts. Nous sommes dans une situation complexe et en trouver les solutions prendra du temps. Nous sommes aussi dans une situation inédite, sans précédent : il n'y a donc aucun passé similaire sur lequel les hommes et les femmes qui nous dirigent puissent s'appuyer.

Nous avons souvent l'image d'un homme providentiel, d'un homme tout-savant qui va trouver les solutions immédiatement, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme (j'adore cette formule, elle sert à toutes les situations ! :P). Mais cet homme-dieu n'existe pas. Et je préfère qu'on me le dise, qu'on me le répète, qu'on me prévienne que peut-être en allant un jour à l'université je m'en reviendrais pas le soir, que peut-être un jour en prenant le train je n'arriverais jamais à destination. Que peut-être je finirais mes jours sur un fauteuil roulant. Que peut-être je perdrais un membre dans une explosion. Que peut-être je finirais mes jours avec la cicatrice de l'impact d'une balle sur ma poitrine. Voilà le discours réaliste et raisonnable que je veux entendre.

Je ne veux pas de promesses irréelles. Je ne veux pas de quelqu'un qui joue sur la peur et l'espoir. Nous sommes dans une situation complexe et nous devons garder notre sang-froid. Alors le discours que je veux entendre, le discours qui me rassure, le discours raisonné et sensé qui me rassure sur le réalisme d'un homme politique, c'est que les solutions ne sont pas évidentes, que l'on ne peut pas pondre un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit tout comme Rome ne s'est pas faite en un jour.

Le discours que je veux entendre, dans tous les sens du terme, c'est que sont perchées au-dessus de nos têtes des bombes de Damoclès.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Boris Horvat/AFP

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mardi 25 avril 2017

La virulence, l'anonymat, et les réseaux sociaux

Bonjour !

En 1667 se tenait le premier Salon devant accueillir les peintures des académiciens, en 1725 il s'installait dans le Salon Carré du Louvre et prenait le nom de Salon de Peinture, en 1745 un jury de sélection était mis en place à cause du grand nombre d'élèves et de tableaux. Dans ce Salon évoluaient des critiques d'art, aidés au cœur de ce foisonnement par une brochure leur indiquant seulement le nom des tableaux et des artistes ; à eux de se débrouiller pour tout retrouver. Vous vous demandez sûrement ce que je suis en train de vous raconter et pourquoi diantre je vous parle de peinture, de critiques, et de XVIIIème siècle dans un article sur les réseaux sociaux. Eh bien le mot-clef est "critique". Figurez-vous qu'en 1765 les auteurs des œuvres obtiennent que les critiques signent leurs critiques afin d'éviter qu'elles ne soient trop méchantes.

Je ne vous dis pas tout ça pour étaler ma science toute neuve qui avec un peu de chance (et ça ne tient qu'à moi) aura une longévité plus importante que la fin des partiels, mais parce que nous sommes précisément dans le sujet : l'anonymat, les critiques, la virulence... C'était il y a deux-cent-cinquante-deux ans. Comme quoi, on n'a vraiment rien inventé.

Quand la prof d'Histoire de l'Art nous a dit ça, ça a fait tilt dans ma tête, j'ai mis la phrase en gras, puis j'ai oublié et je l'ai retrouvée en relisant mes cours il y a deux semaines. Souvent on dit que le problème c'est que les gens se lâchent sur internet, que les réseaux sociaux sont vicieux, malsains... Mais je crois qu'il faudrait nous pencher là-dessus avec un peu plus de recul et de sérieux.

Tout comme nous ne sommes pas devenus narcissiques avec les réseaux sociaux et la possibilité de se prendre facilement en photo soi-même, les réseaux sociaux et les smartphones nous permettant simplement d'extérioriser et "d'extravertir" un narcissisme latent (si le narcissisme était né avec les réseaux sociaux, le mythe de Narcisse n'existerait pas !) ; les réseaux sociaux n'ont pas créés la méchanceté des gens, leur propension à agresser facilement les autres sur leurs idées, leurs œuvres, ou leur physique. Les réseaux sociaux ont permis un anonymat qui libère les gens, comme les compte-rendus du Salon le faisaient déjà il y a deux-cent-cinquante-deux ans (précisément ! :P). Et comme les pamphlets et autres libelles le faisaient déjà depuis longtemps. Les réseaux sociaux n'ont pas créé l'anonymat, ni ne l'ont permis dans un monde où il n'existait plus : ils ont été un nouveau territoire de l'anonymat, permettant un élargissement plus important d'un message.

Les réseaux sociaux n'ont pas créé des hommes méchants : ils leur ont permis de s'exprimer. Ils ne sont pas une hydre à huit tête, un monstre, une intelligence artificielle, une créature qui s'émanciperait de son créateur avec revanche : non ; ils sont simplement ce que nous faisons d'eux.

Le harcèlement scolaire existait avant les réseaux sociaux, et les réseaux sociaux lui ont permis d'entrer dans les foyers. Ainsi, on peut faire des réseaux sociaux une arme redoutable, meurtrière même, poussant au suicide. Ou on peut en faire un bras d'une activité bienveillante, sauvant du suicide, à l'image de cette histoire il y a quelques jours où, désespéré, un homme a mis sur Twitter un message assez équivoque disant qu'il allait se suicider. Les internautes se sont mobilisés pour le sauver, allant jusqu'à appeler le directeur de Twitter France pour avoir son nom et son adresse.

Les réseaux sociaux sont un outil, ils n'ont pas de volonté propre. Comme un couteau de cuisine qui peut à la fois nous aider à préparer de bon petits plats et à la fois nous aider à écourter la vie d'une personne indésirable (ce que je ne conseille pas au regard de la loi (et de la morale mais ça, ça vous regarde !) (cela dit "pas vu, pas pris !")) (je précise, sait-on jamais, que je n'encourage pas au meurtre, hein ! :P) ; les réseaux sociaux peuvent faire du mal comme ils peuvent faire du bien, à l'image des personnes qui les utilisent.

Accuser les réseaux sociaux de tous les vices de l'humanité est donc faux. Mais en plus ça apparaît comme une excuse pour ne pas dire que ce sont les humains qui sont complètement tarés, irresponsables, méchants, agressifs, insultants, intolérants à tous points de vue... Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui permettent des prises de paroles très limites : c'est l'anonymat (qui permet aussi à des personnes de parler de leurs problèmes sans peur du jugement, donc il a aussi ses avantages). Et l'anonymat n'a pas attendu les réseaux sociaux pour se faire une place dans nos sociétés. Et l'anonymat n'attire pas les humains : il a été créé par des humains qui n'avaient pas le courage, ou ne pouvaient pas, assumer leurs propos de leur nom.

Qu'en pensez-vous ?

Source tableau – Gabriel de Saint-Aubin, 1767

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lundi 24 avril 2017

Animosité

Bonjour !

A dire vrai je ne pensais pas écrire ce genre d'article... mais j'ai vraiment besoin de comprendre quelque chose alors je vais l'écrire. Il se trouve qu'avec les résultats d'hier ont été charriés tout un tas de sentiments négatifs de la part des gens qui n'avaient voté pour ni l'un ni l'autre des deux candidats qu'il nous reste. Si j'arrive à comprendre la déception, j'ai vraiment du mal avec l'animosité, l'agressivité, et ceux qui donnent des leçons en pensant avoir mille fois plus raison que les autres... Je ne sais pas si c'est moi qui m'entoure mal, mais parmi les gens de gauche (pas centre-gauche, une gauche franche) que je connais tous sont agressifs à divers degrés, remplis d'animosité envers les gens qui sont plus à droite qu'eux (et j'ai remarqué ça bien avant l'élection).

Je ne comprends pas. Je veux dire... je comprends que l'on ait pas tous les mêmes idées, que l'on ne croit pas tous en les mêmes solutions pour régler nos problèmes, que, avec nos expériences diverses, nos croyances profondes en ce que doit être l'égalité, le mérite, le travail, etc., on ne se retrouve pas tous dans la même ligne politique. Ce que je ne comprends pas c'est cette agressivité des personnes à l'égard de ceux qui sont plus à droite qu'elles... Une camarade de lycée, estampillée NPA, qui montait au créneau avec emportement à chaque fois que quelqu'un n'était pas d'accord avec elle, tentant par tous les moyens de convaincre l'autre (alors que je ne pense pas que ça soit le but d'un débat) ; une camarade de collège que j'ai fini par supprimer de ma liste d'"amis" Facebook parce que chacun de ses messages, bien que contre le racisme et pour la tolérance, était haineux, violent, agressif et que, quand je lui en faisais la remarque, elle s'énervait encore plus ; ceux qui laissent des messages sur Facebook d'où suintent une certaine hostilité à base de "le courant s'est éteint au pays des Lumières" et de "vive le pays des débiles" juste parce que tout le monde n'a pas voté comme eux ; ceux qui disent que Macron et Le Pen c'est pareil et qu'à quoi bon avoir Macron si c'est pour avoir Le Pen dans cinq ans (euh... gagner cinq ans ?) avec, de la même manière, une certaine hargne que l'on sent poindre... Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas d'où ça vient, le pourquoi et le pour quoi, l'objectif, la cause, la raison... Je ne comprends pas. Je veux dire... comme je le disais à une blogueuse hier qui pensait que je cherchais à la convaincre, je crois que l'on ne peut pas convaincre les gens sur ce genre de sujets parce que, plus peut-être qu'avec tous les autres genres de sujets, on se fait un avis moins avec les mots qu'avec les expériences, les vécus, et les convictions profondes qui sont elles-mêmes basées sur l'expérience et le vécu et que, de ce fait, seule l'expérience peut modeler l'avis et le faire évoluer ou changer. Alors je ne comprends pas cette animosité. Je ne comprends pas qu'on me traite de débile parce que j'ai voté Macron et qu'on me donne des leçons en me disant que je vais pleurer dans cinq ans. Je ne comprends pas. La colère n'a jamais été un argument (Daniel Webster) et, c'est tout bête, mais j'ai beau être bienveillante je reste humaine et je n'ai pas envie d'écouter quelqu'un qui m'agresse. Je ne comprends pas... Pourtant je suis capable de comprendre et de concevoir et de conceptualiser beaucoup de choses, y compris le vote FN, mais cette agressivité, cette hargne, je ne la comprends pas et les quelques idées d'explications qui me viennent ne me satisfont pas.

Je me dis que peut-être que si ces gens qui prônent la tolérance sont incapables de tolérer que quelqu'un vote différemment c'est parce qu'ils ont l'impression qu'avec une autre personne que celle qu'ils ont choisie leur vie va s'empirer, s'écrouler ? J'ai l'impression que, dès que l'on est plus à droite qu'eux, ne serait-ce que de centre-droit, ils nous regardent comme des racistes esclavagistes prêts à écraser les autres pour devenir la personne la plus riche du monde. Alors je me dis que c'est peut-être ça la cause de l'animosité : ils sont contre les racistes et ces gens qui votent plus à droite qu'eux leur paraissent racistes ? Je ne sais pas, ça ne me paraît pas être ça, ça ne me paraît pas satisfaisant ; je ne comprends pas. Je n'ai même pas la capacité de m'agacer de leur hargne : je ne peux pas m'agacer de quelque chose que je ne comprends pas, dont je ne sais pas par quel bout le prendre, comment l'aborder. Mais ça m'embête. Ça m'embête parce que, au final, on veut tous la même chose, on veut tous un pays meilleur même si on ne pense pas aux mêmes solutions pour y parvenir et je ne comprends pas qu'au lieu de discuter ces gens soient juste prêts à nous lyncher et qu'au lieu d'essayer de comprendre un autre point de vue ils ne cherchent qu'à nous convaincre et à nous persuader. Mais comment convaincre quelqu'un si l'on ne comprend pas ce qu'il pense et pourquoi il le pense ? On ne peut pas.

C'est pour ça que j'ai souvent du mal avec les personnes très à gauche. Je trouve leurs idéaux et leurs valeurs tout à fait honorables, mais j'éprouve des difficultés avec leur comportement agressif (à différents degrés), leurs réflexions moqueuses et désagréables, presque condescendantes parfois.

Je ne suis pas agacée, je suis peinée et je ne comprends pas (ça on avait compris xD). Je ne comprends pas que l'on ne puisse pas discuter de manière posée et calme, réfléchie et apaisée, avec de la bienveillance et sans jugement, sans colère, sans hargne, sans animosité, sans agressivité. Je ne suis pas agacée, je suis désemparée, désorientée, je ne sais pas quoi penser de cette animosité, comment la prendre, comment la recevoir, et quoi en faire. Je n'en comprends pas les causes, je suis donc incapable d'y répondre (y compris par de la colère ou de l'irritation).

Alors, si vous faites partie des gens (de gauche ou pas, d'ailleurs) qui ont tendance à s'emporter et à devenir agressif quand on ne vote pas comme eux j'aimerais beaucoup que vous m'expliquiez (sans vous énerver) le pourquoi du comment de votre réaction parce que, véritablement, je suis perdue.

Qu'en pensez-vous ? Connaissez-vous des gens agressifs quand on aborde la politique ?

Source photo – Jean-Baptiste Rollin

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samedi 22 avril 2017

Les Français ne savent pas voter

Bonjour !

Je m'étais faite cette réflexion il y a un an je crois, peut-être plus, quand j'avais entendu dans un reportage un monsieur dire qu'il allait voter FN juste pour faire chier les politiques et que, en gros, il comptait sur les autres électeurs pour contrebalancer sa connerie. Je me la suis refaite hier à plusieurs reprises en lisant et commentant des articles sur le vote. Entre ceux qui votent FN juste pour montrer un ras-le-bol en espérant que ça ne passe pas, ceux qui votent contre une personne sans s'intéresser au programme, ceux qui cherchent l'homme providentiel, et moi qui me laisse avoir (et avec bonne humeur en plus) par la communication d'Emmanuel Macron (cela dit je ne trouve pas que son programme soit si mal que ça, je le sens bien !), je me dis que, vraiment, les Français ne savent pas utiliser leur droit de vote.

Voter FN pour montrer le mécontentement en comptant sur la responsabilité des autres électeurs ? Pourquoi pas, mais c'est oublier un petit détail : si tout le monde fait pareil, le FN passe, et potentiellement au premier tour, en plus. Pas très malin.

L'autre jour je lisais un article où la blogueuse disait qu'elle n'aimait pas Emmanuel Macron entre autres parce qu'il débarquait juste grâce à ses contacts, sans avoir exercé le moindre mandat. Je lui ai dit que ça, on s'en fiche, puisque le propre d'un chef d'équipe c'est de savoir s'entourer des personnes compétentes (et savoir prendre en compte leur avis) et pas de tout savoir lui-même sur l'économie, l'Hôpital, l'Éducation, etc. Un chef d'équipe n'a pas à tout savoir sur le bout des doigts, à maîtriser tous les sujets ; on n'attend pas plus de lui qu'il trouve les solutions en un claquement de doigt, inspiré par on ne sait quelle divinité obscure. Je pense qu'un bon chef c'est celui qui sait s'entourer, qui sait écouter ceux qui l'entourent, qui, à défaut d'avoir lui-même de l'expérience, est capable de tirer le meilleur de celle des autres. Il n'y a pas besoin d'être vieux pour ça, ou d'avoir déjà exercé soi-même. Beaucoup d'écoute et un peu de bon sens peuvent, à mon avis, suffire. Je ne dis pas que Macron est ce chef d'équipe gouvernementale que l'on attend, ni qu'il ne l'est pas : je dis que l'attaquer sur l'absence de mandat est un peu bancal dans le sens où ce n'est pas parce qu'on a exercé un mandat qu'on a fait du bon boulot, ou qu'on a fait du bon boulot à l'échelle locale que l'on fera de même à l'échelle nationale. Tous les bons joueurs de foot ne font pas de bons entraîneurs et tous les mauvais de mauvais entraîneurs. Je crois qu'on vote pour un chef d'équipe, pas pour un homme providentiel (qui d'ailleurs n'existe pas). Même Louis XIV s'était entouré de gens compétents (Louvois, Colbert, Vauban...) alors qu'il prétendait tout faire.

En même temps il faut bien dire qu'on n'est pas aidé. On est coincé entre la non prise en compte du vote blanc (nous laissant comme choix, en gros, le vote FN ou l'abstention) et des politiques qui ne cessent de se tirer dans les pattes, de tenter de se discréditer entre eux, de discréditer le locuteur au lieu de discuter méthodiquement ce qu'il dit. Sans compter qu'ils se placent tous plus ou moins en homme providentiel, celui qui réglera les problèmes tout de suite, par son bon sens, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme. Ils disent "je" quand ils pourraient dire "mon équipe de ministres et moi-même, nous" ou "l'équipe gouvernementale et moi-même, nous". Moins vendeur.

Une fois j'ai entendu quelqu'un, un Belge je crois mais je n'en suis pas bien sûre, peu importe, qui disait, assez amusé selon mes souvenirs, que les Français se cherchent un roi. Je crois, dans le fond, que c'est assez vrai, ou du moins pas tant éloigné de la réalité que cela ; la figure du roi étant comme incarnée dans celle de l'homme providentiel.

On ne sait pas voter mais on n'est pas aidé. J'ai même un exemple très concret. Via le site de En Marche j'ai posé deux questions par rapport au programme que j'avais lu. Un : monsieur Macron voudrait, pour les délinquants, leur interdire le quartier où le délit a été commis ; outre la question de savoir comment on applique ça concrètement, je voulais savoir comment on faisait si le délinquant était un jeune et que le quartier en question était celui de son lycée. Deux : on fait quoi avec cette satanée réforme mal fichue de l'Université qui ne contente ni les étudiants (et pour cause !) ni les profs ? Moi qui m'attendais (très naïvement, faut dire) à une réponse claire, nette, précise, j'ai pu aller me rhabiller. J'ai eu le droit à une réponse très politique, avec beaucoup de mots pour pas dire grand-chose : "[...] Concernant l'éloignement des délinquants des quartiers où ils ont commis des délits, il s'appliquera sur la totalité du territoire concerné. / A propos de l'enseignement supérieur et de la recherche, nous en ferons une priorité, comme vous pourrez le voir dans nos propositions via ce lien : [...]". Bon. Me voilà guère plus avancée. Merci quand même.

On ne sait pas voter. On préfère l'abstention au vote blanc (en même temps, il serait comptabilisé, je pense que les gens se déplaceraient plus). Certains disent qu'il faudrait rendre le vote obligatoire. Ah ? Parce que ça va régler le problème ? Vraiment ? Ben non. Les gens se déplaceront, voteront blanc ou nul, et rentreront chez eux, excédés d'avoir été obligés de se déplacer. Je ne vois pas en quoi ça règle la question.

Les Français ne savent pas voter. Mais ils ne sont pas aidés non plus. Sans doute parce que c'est mieux d'avoir des électeurs qui cherchent un homme providentiel, où votent FN par coup de sang pour montrer qu'ils en ont marre, plutôt que des électeurs qui posent les vraies questions. De toute façon quand on pose des questions on nous répond dans le vague, alors avec ça...

Qu'en pensez-vous ? Savez-vous pour qui vous allez voter (sans me dire qui si vous ne voulez pas !) ?

Source photo – Charly Triballeau / AFP

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