dimanche 10 juillet 2016

Ce que nous croyons dire n°2 : quand la forme porte le fond

Bonjour !

Il y a quelques mois j'ai écrit l'article Ce que nous croyons dire en revenant sur l'article d'une dame qui avait écrit à quel point les femmes qui ne voulaient pas d'enfants étaient égoïstes, qui s'était faite lyncher, et qui avait déclaré ne pas comprendre pourquoi. Aujourd'hui je me suis retrouvée confrontée à un autre cas de propos qui ne passe pas et, en relisant l'article, je me suis rendue compte que j'avais davantage centré sur le ton, sur l'émotion qui passe ou non à l'écrit, comment la faire passer, etc., et pas tant sur le lien forme/fond et forme qui porte préjudice au fond. C'est pourquoi j'ai décidé de vous écrire ce petit article (vite vite vite avant l'heure du match ! :P).

Ce matin j'ai allumé mon ordi et ouvert Facebook pour voir si je n'avais pas de nouveaux messages. Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur une image disant "quand un peuple hurle plus fort pour un 2-0 que contre un 49-3, l'état d'urgence c'est ça". Outre le fait que l'état d'urgence n'a rien à voir là-dedans (le gouvernement a le droit au 49-3 sans état d'urgence et les gens seraient dans la rue pour le foot sans état d'urgence), on en revient à ce que je disais dans mon article précédent : laissez-nous notre enthousiasme (nom de nom !). J'ai signalé ça à la personne. Mais elle m'a assuré que ce n'était pas ce qu'elle voulait dire (tout en parlant de sens des priorités :P), mais simplement qu'elle était contre l'état d'urgence. Et c'est là qu'on voit que la forme peut porter préjudice au fond.

Comme je le disais dans mon premier article de "ce que nous croyons dire", même si le ton peut mal passer à l'écrit, il y a des tournures de phrases employées largement à l'oral que l'on reconnaît à l'écrit et que l'on associe donc à un ton sans que l'auteur n'ait besoin de préciser par un procédé quelconque. Et puis il y a aussi des tournures de phrases plus pernicieuses. Ici, clairement selon moi, on sous-entend que les gens qui s'enthousiasment derrière le foot ne sont que des imbéciles qui n'ont pas l'ordre des priorités et qui feraient mieux de s'intéresser à des choses sérieuses. Du coup il y a micro-agression, parce que moi (et je pense que vous aussi) je n'aime pas qu'on m'insulte d'abrutie et qu'on me dicte ce à quoi je devrais penser en premier. Si je me sens agressée, ou micro-agressée, le fond du propos ne va pas du tout m'intéresser (et d'ailleurs j'ai engagé la discussion sur la forme), je vais me mettre en mode défense (comme les monstres dans Yu Gi Oh xD) et ce que je vais retenir de la discussion c'est qu'on m'attaque, qu'on m'insulte, ou au minimum qu'on me déprécie. Du coup, la forme porte préjudice au fond.

Ça me fait aussi penser à l'article que j'ai cité quand je vous parlais du féminisme et des hommes. Dedans, la blogueuse critique le fait que ce que certains demandent aux féministes c'est de ne pas trop "hausser le ton" ou ne pas paraître "trop colérique". Mais, en fait, si le mieux serait effectivement de ne pas hausser le ton avec agressivité, ce n'est pas pour "dorloter" les hommes et les critiques du féminisme. C'est simplement parce que quelqu'un qui se sent agressé ne va pas voir d'un bon œil la personne ou le groupe de personne qu'il identifie comme l'agresseur. Il ne va pas s'intéresser au fond. Pourquoi le ferait-il ? Pourquoi s'intéresserait-il au fond alors que, de toute évidence, la personne en face n'est là que pour l'insulter ?

Je vous avais dit que j'avais trouvé dans cet article une certaine véhémence qui m'avait déplu et apparemment je ne suis pas la seule car j'ai lu en diagonale l'article dans lequel la blogueuse revient sur la polémique et à ce que j'ai compris elle a reçu pas mal de remarques sur la forme de son article et regrette que l'on n'ait pas davantage parlé du fond. Mais pourquoi n'a-t-on pas parlé du fond ? Parce que l'on s'est senti agressé, sans raison apparente, et que c'est la seule chose que l'on a retenu de l'article ; une attaque.

Le fond d'un propos est important mais il est porté par la forme. Dire simplement "je ne regarde pas l'Euro parce que je mets la priorité sur l'état de la France" ce n'est pas comme dire "si vos priorités c'est de savoir quel gars va marquer un but avant de savoir ce que va devenir votre pays, pour moi y'a un problème". La première reste bien à "je" : je, moi, mon avis, qui ne concerne que moi. Alors que la deuxième sous-entend déjà que la personne voit d'un bien mauvais œil votre comportement indigne et idiot. On tourne, d'une certaine manière, en ridicule ou en dérision le foot, comme si c'était un simple match de quartier (et quand bien même ce le serait) et on sous-entend que les gens vont s'abrutir au lieu de parler des "vrais" problèmes. C'est tout bête mais, déjà, c'est à la limite de la micro-agression. On sous-entend "moi, au moins, je parle des vrais sujets !". Et donc, au lieu de remettre en débat l'état d'urgence et les sujets plus sérieux, on braque l'autre, qui aura encore moins envie de parler des "vrais sujets".

Et c'est là que la forme influe sur le fond et lui porte préjudice.

Qu'en pensez-vous ?


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4 commentaires:

  1. Certains choisissent volontairement de tourner leur discours de cette manière. Pour provoquer, que ce soit dans le bon ou mauvais sens, ça interpellera. Comme tu dis ce qui est bête ou dommage c'est que personne ne s'intéressera au fond finalement parce que la forme aura prit le pas dessus. Mais c'est parfois le signe aussi que la personne qui écrit n'a pas tant d'argumentation à donner à son discours et préférera presque une mise en scène pour faire écran.
    On juge tous après, faut pas se mentir. On juge les centres d'intérêts et priorités d’untel de manière automatique, parfois même sans se rendre compte. Ou bien on juge ceux qui jugent xD
    Moi je n'ai pas arrêté de juger cette équipe du Portugal tout l'Euro et jugé certains de ses supporter aussi. (Okay c'est ton pays, ton équipe, tu as raison d'être derrière eux jusqu'au bout mais ne vient pas mentir en disant qu'ils sont les meilleurs à leur passage en finale. Perso quand la France est nulle sur le terrain je le cris haut et fort même si à chaque match je suis derrière eux) C'était ma parenthèse du jour *sort*
    Ceux qui ont tenu ce genre de propos n'aime pas le foot. Ce qui les énerve c'est de ne pas pouvoir y échapper et de n'entendre parler que de ça partout. Je te parie que même si il n'y avait pas en parallèle cette crise politique et ces attentats ils auraient trouvé autre chose à "dire" pour décrédibiliser ou diminuer ceux qui étaient à fond sur l'Euro.
    Pour conclure, je suis d'accord avec ton article même si tu préférerais que ce ne soit pas le cas :-P

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    1. Oui, certains font ça volontairement, et c'est agaçant, mais ce genre de formule est repris un peu partout par des gens qui ne comprennent pas le sous-entendu... et ça aussi, c'est agaçant.
      C'est vrai, je n'avais pas penser au côté mise en scène qui finalement est assez démago (c'est parce que c'est du foot : on entendra personne (ou presque) gueuler parce qu'on aura assisté à la victoire de Renaud Lavillenie (parce que OUI il va gagner, même si en ce moment tous ceux que je soutiens perdent... xD)).
      Ah oui bien sûr, on juge de manière automatique, comme de manière automatique on peut avoir de petites pensées racistes ou qui surf sur les clichés, parce qu'on baigne là-dedans depuis qu'on est gamin et que juger est naturel (un avis sur un bouquin c'est un jugement : on ne pourra jamais arrêter de juger). Mais il y a une différence entre le jugement automatique qui joue sur les clichés (exemple : s'il regarde le foot il est con) et la non remise en question de ce jugement, considérer qu'il est adéquate à la situation...
      Ahah ! L'Equipe de France a été meilleure mais le sport ne récompense pas les meilleurs mais les plus forts (sinon airLavillenie aurait eu sa putain de médaille des championnats d'Europe (le vent c'est nul)).
      C'est facile de cracher sur le foot ! Ils ont dû se sentir déçus par Marine le Pen qui a complimenté notre équipe (oui, je dis ça en étant parfaitement consciente que les messages du genre "le 49-3 c'est le mal" sont de Gauche xD).
      Non, je ne préférerais pas que ça ne soit pas le cas, mais je préférerais que les personnes pas d'accord se manifestent ! :P (COOOOUUUCOOOUUUU :D) (#folle).

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  2. Je cautionne et assume pleinement mon rôle de macro-agresseur, j'ai une tendance saumon, j'admets que c'est exaspérant, et à j'ai recours à l'exagération pour faire réagir, et débattre réellement.
    J'aime la rhétorique, et le débat contradictoire, ou chacun a le temps de développer son argumentaire, donc pardon. Aucune excuse. :)
    Deux choses me reviennent en mémoire, ici:
    La première, la devise de Paris-Match: "Le poids des mots, le choc des photos."
    Cela résume bien certaines des problématiques sur la forme.
    Ensuite, une chanson magnifique d'Anne-Sylvestre, Roméo et judith: https://www.youtube.com/watch?v=lojY3aUSX7g

    "Les miens ne pourraient pas entendre
    Ce que ton discours a de tendre
    Ils seraient blessés par les mots
    Bien avant que de les comprendre"
    Peut-être que ça résume bien?
    Pour ne pas être blessé, savoir écouter ne suffit pas toujours. Pas plus que pour soulager, donner de bonne foi ne suffira?

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    1. Après, on peut exagérer, prendre des exemples extrêmes, sans pour autant que ça ne masque le fond :)
      C'est vrai que cette chanson exprime bien le problème !

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