mercredi 22 juin 2016

Écrivain sans "e"

Yvette Roudy en 1985
Bonjour !

Il y a deux grandes choses que je voudrais aborder dans cet article mais je ne sais pas trop comment les goupiller ensemble donc je vais tâcher de faire de mon mieux pour ne pas trop m'empêtrer dans tout ce que j'ai à dire et être claire.

En fait, hier, un membre du forum Jeunes Écrivains a lancé une discussion (que vous pouvez lire sans être inscrit au forum) sur la question de savoir comment l'on devait mettre "auteur" au féminin, si on devait le mettre, etc. J'ai d'abord été très surprise de constater que les premières personnes à avoir répondues se sont placées en faveur de "auteure", et puis ensuite le débat s'est élargi par l'intervention d'un membre qui caricaturait en disant en gros que, à ce train-là, on pouvait tout aussi bien féminiser "bonnet". Loin d'être hors sujet ça pose une vraie question autour de la féminisation de la langue et c'est la deuxième des choses que je voudrais aborder avec vous aujourd'hui.

D'abord sur la féminisation de "auteur". Je suis pour "autrice" qui est un terme que l'on a enterré avec "médecine" par exemple et d'autres noms de métiers quand on a décidé de masculiniser la langue. "Auteur" a donc déjà son féminin et l'on n'a absolument pas besoin de lui en créer un puisqu'il suffit juste de ressortir "autrice" du placard et le remettre en usage (paraît que c'est la mode du vintage depuis quelques temps ;P). Mais je suis aussi contre l'idée de mettre un "e" à "écrivain" parce qu'il me semble bien que "écrivain" n'a jamais eu son féminin (comme "tortue" n'a jamais eu son masculin et on n'en est pas – encore :P – mort). Aussi, je ne sais pas si c'est une déformation due à mes études, mais je trouve ça bien de garder notre Histoire à l'esprit et de se rappeler que pendant longtemps les femmes n'ont pas eu le droit d'écrire, que c'était tourné en dérision, que Madame de la Fayette n'a jamais admis avoir écrit La Princesse de Clèves et qu'une certaine Aurore Dupin a pris le pseudo de George Sand pour pouvoir publier. Et puis aussi je me dis que si l'on utilise ce terme de "écrivaine" alors on pourra, dans les classements, faire la colonne des "écrivains préférés des Français" et faire celle des "écrivaines préférées des Français" et que donc une femme écrivain ne pourra pas être préférée à un homme écrivain...

Je trouve qu'il est important de respecter la langue française. Non pas dans le sens "suivre à la lettre" mais dans le sens "avoir de l'égard pour" et donc j'arrive à accorder mon féminisme avec le respect de la langue ce qui, pour une écrivain (en herbe) n'est quand même pas négligeable ! :)

Mettre le "e" à "écrivain" et "auteur" c'est aussi féminiser la langue (on notera la transition un peu en carton xD) et je ne suis pas sûre que ça soit la meilleure idée qu'aient pu avoir les féministes. En fait, si "autrice" a disparu, c'est à cause d'une masculinisation de la langue et donc le ressortir lui et ses petits camarades noms de métiers c'est procéder à un rééquilibrage de la langue et non à sa féminisation. Mais accoler des "e" aux mots c'est bien une féminisation et on se retrouve à faire le type de chose que d'autres ont fait en supprimant des mots féminins : on change ou fait évoluer artificiellement le genre de termes.

Ce n'est pas grave si "écrivain" n'a pas de féminin. Ça n'a pas empêché plein de femmes de publier leurs écrits (comme Yvette Roudy même si ce n'est pas la chose principale qu'elle ait faite). Je pense qu'à vouloir imposer des mots féminins de cette manière, qu'en dépassant un simple rééquilibrage naturel de la langue, les non-féministes vont prendre peur. Vont se sentir agressés, vont se dire que franchement on abuse et je crois qu'ils auront raison, quelque part. Rééquilibrer la langue c'est la servir en l'enrichissant, en sortant des mots poussiéreux que quelques uns avaient enfermés au placard (de toute façon, les femmes ne pouvant pas travailler, dire "médecine" n'apportait pas grand-chose puisque de fait il n'y avait que des médecins). Rééquilibrer la langue c'est aussi ratifier, confirmer, officialiser, une évolution des mœurs et des normes sociales qui s'est faite durant ces deux derniers siècles. Ce n'est pas juste un symbole au contraire ce que pensent certain, c'est très important parce que beaucoup de choses passent par la langue.

On dit les "Droits de l'Homme", c'est "mari et femme" que l'on utilise le plus et non "mari et épouse" ("épouse" qui a son propre masculin d'ailleurs). Beaucoup de choses passent par la langue, beaucoup de sous-entendus. Une langue ce n'est pas qu'un symbole même si certain ont pu l'utiliser ainsi (je pense à la suppression administrative du terme "mademoiselle" par exemple qui pour le coup je pense est largement un symbole (que je trouve assez stupide, m'enfin...)).

Par l'utilisation de "autrice" il ne s'agit pas de féminiser la langue mais de revenir à un équilibre en cours avant sa masculinisation arbitraire. Il s'agit de rééquilibrer. Pas parce que les féministes veulent faire chier leur monde et dire "les femmes existent" mais pour confirmer dans la langue une évolution sociétale qui se fait progressivement depuis plus de deux siècles.

Je suis une autrice en herbe, je suis une écrivain en herbe, je suis féministe, et je ne veux pas qu'on charcute la langue française (et comme je suis une déesse sur Terre il faut se plier à ma volonté, bien entendu ;P).

Qu'en pensez-vous ? Auteur, auteure, autrice, écrivain ou écrivaine, êtes-vous ? (Ou n'êtes-vous pas si vous êtes un homme, je ne suis pas sectaire :P).


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10 commentaires:

  1. De mon côté, je me dis auteur, sans e, le e donne un drôle d'accent au mot à mon avis. Auteureuh, ce n'est pas très élégant :-) Quand je lis auteur quelque part, je m'imagine aussi bien un homme qu'une femme, ainsi la féminisation du métier ne passe pas seulement par l'orthographe.
    Pour mademoiselle, je suis heureuse qu'il ait disparu administrativement. Ça me gonflait de devoir justifier mon mariage ou mon non mariage pour cocher une case.

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    1. C'est sûr que le "e" a "auteur" n'est pas des plus gracieux !
      Je comprends, mais d'un autre côté il y a une différence entre une femmes mariée et une femme non mariée ou plus jeune... rien que quand on m'appelle madame dans mes magasins j'ai envie de leur arracher la tête, donc le cocher sur une case... x)

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  2. Pour écrivain, j'utilise parfois le "e", en revanche, et assez bizarrement, "auteure", j'ai davantage de mal, je trouve ça laid, autant à voir qu'à prononcer. Autrice passerait mieux !

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    1. Oui, autrice passe mieux ! Quand je l'ai entendu la première fois je me suis dis "ou lala" mais en fait ça passe tout seul... auteure j'y arrive vraiment vraiment pas... On dirait une grossière faute d'orthographe x)

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  3. Je ne suis pas pour ce rajout de "e". Je trouve que cela serait plutôt une régression qu'une avancée. Nous nous retrouverons avec deux catégorie, les hommes et les femmes tout deux, donc, en concurrence. Nous avons un ensemble d'écrivain, aussi bien masculins que féminins, et puisque nous voulons être sur un pied d'égalité avec les hommes, pourquoi se différencier à travers le vocabulaire?
    On peut aussi prendre le cas de "sage-femme", bien qu'on puisse dire "maïeuticien", nous n'avons pas de "sage-homme"!
    Même si éthiquement, je suis pour la non-féminisation de la profession d'auteur, et de quelconque autre, grammaticalement cela est tout autre chose. Ou du moins, je suis perplexe.
    "Et l'auteur, quant à elle" cela serait-il correct? C'est quelque chose qui ne me choque pas personnellement, reste à voir si la grande règle de la langue française approuvent! Pouvons donc dire "cet auteur féminin?", une nouvelle fois c'est quelque chose qui ne me poserait pas de soucis à employer.
    Ton article est très intéressant et c'est une question qui me venait souvent à l'esprit!
    A très vite!

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    1. Je pense que, puisque le terme de "autrice" n'est largement plus utilisé, "l'auteur, quant à elle" ou, pour reprendre un exemple de la discussion du forum "elle était l'auteur de ces faits" serait accepté. Pareil pour "cet auteur féminin", où "auteur" du coup se comporte pareil que "écrivain". Mais comme le féminin de auteur existe (au contraire de celui d'écrivain) je trouve qu'on peut tout autant l'utiliser (on dit bien "je suis blogueuse" après tout !).

      C'est gentil :)
      C'est vrai que c'est une question qui se pose quand même assez régulièrement et on voit dans les articles que tout le monde n'est pas d'accord (j'ai vu passer nombre "d'écrivaine" qui m'ont arraché les yeux, haha xD).

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  4. Un terme étant ce que tu en fais, tu peux faire d'une chose péjorative une victoire méliorative.
    J'utilise indifféremment le masculin ou le féminin, selon ce que je connais de mon interloctuteur/trice.
    Pas contraignant, l'écailleux.

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    1. C'est parce qu'un terme est ce que l'on en fait que ça marche aussi dans l'autre sens. Des personnes utilisent les noms féminins des métiers pour insister sur le fait que ce sont des femmes et qu'elles sont forcément moins compétentes ! ^^'
      C'est sûr que le mieux est toujours de respecter ce que préfèrent les interlocuteurs. Par exemple le doyen de ma fac est une femme, mais elle préfère qu'on dise "madame le doyen".

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  5. Pour la suppression du terme "mademoiselle" (que je trouve un peu stupide moi aussi) je pense qu'il aurait mieux valu là aussi ressortir les mots supprimés du placard et réinstaurer pourquoi pas l'utilisation du "damoiseau". Mais je comprend la démarche, il s'agissait de ne plus prendre en compte le statut marital des femmes alors que cela n'a jamais été demandé aux hommes, ainsi les femmes sont simplement désignées du fait de leur sexe indépendamment de leur vie conjugale, tout comme les hommes, et cela restaure donc une égalité dans le domaine administratif.

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    1. Oui, je comprends aussi la démarche, mais dans un sens le "mademoiselle" c'est aussi l'âge et pas seulement le statut marital, et j'ai pas envie, à 20 ans, de me désigner comme "madame"...

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