vendredi 8 avril 2016

Le sens des mots

Bonjour !

J'étais en train de réfléchir à faire un article quand mon oreille a accroché les mots de la journaliste d'Europe 1 qui faisait le journal. Elle rapportait que le tribunal des Prud'hommes a statué en Janvier que désigner un coiffeur par le terme de "pédé" ne serait pas homophobe puisqu'il est reconnu que beaucoup de coiffeurs sont homosexuels. Comment vous dire... c'est pas avec ça que ma soeur va arrêter d'utiliser ce mot !

C'est peut-être vrai que les coiffeurs et les stewarts sont majoritairement homosexuels ; j'en sais rien, j'ai pas les statistiques et à la limite ici ce n'est même pas le problème. Le problème c'est qu'il justifie l'utilisation d'une insulte et peu importe que ce soit à l'aide d'un stéréotype ou d'autre chose. "Pédé" est une insulte, est péjoratif, négatif, et n'est en aucun cas un synonyme neutre du mot "homosexuel". Les mots ont un sens, ils veulent dire beaucoup.

Avant de commencer à écrire cet article j'étais en train d'écouter d'une oreille une émission de France Culture qui parlait justement de la langue. Ils disaient qu'il était important, d'autant plus si on voulait la maltraiter avec des mots comme "meuf", de la maîtriser. Mais surtout, avant de commencer à écrire cet article, je venais d'en lire un de Thémétis et j'étais en train de réfléchir dessus à voix haute.

Je crois que l'article de Thémétis n'a pas lieu d'être parce qu'il est fondé sur une mauvaise maîtrise de la langue (je précise au cas où que je ne veux pas dire que je pense la maîtriser parfaitement mais seulement qu'ici il y a selon moi une mécompréhension sur un terme et une non prise en compte du sens originel du terme incriminé). Thémétis critique cette phrase de la journaliste qui parlait d'une jeune femme trisomique : "À mille lieues des diktats, le monstrueux est devenu esthétique." mais il y a deux problèmes. Le premier c'est qu'elle est sortie de son contexte parce qu'explicitée par la phrase précédente à savoir : "Cet intérêt naissant pour l'altérité transgresse peu à peu les canons de la beauté.". Le deuxième, qui me ramène au sujet de mon article, c'est que le mot "monstrueux" n'a pas lieu d'être retiré de cette phrase.

Avant d'en être certaine avec la phrase d'avant, le ton de la phrase incriminée me faisait penser au genre de phrase qu'on lit en Histoire de l'Art. Alors je suis allée chercher, par instinct (comme quoi mes études d'Histoire déteignent sur moi :P) le sens du mot "monstre". D'après le CNRTL un monstre est, en première définition sur le physique, un "individu dont la morphologie est anormale, soit par excès ou défaut d'un organe, soit par position anormale des membres." Donc cette jeune femme trisomique est au sens strict du terme (sans prendre en compte le côté moral que l'on utilise pour qualifier les tueurs en série par exemple) un monstre. Et je ne pense pas que ce terme de "monstre" exclut la personne de l'humanité. Je ne pense pas que le terme de "monstre" s'oppose nécessairement à "humain" et qu'il est aussi péjoratif et négatif qu'on a pris l'habitude de l'entendre. En fait je crois qu'il est beaucoup plus neutre.

Là où je veux en venir c'est que les mots ont un sens, ont un poids. Evidemment, ce sens évolue et aujourd'hui le mot "monstre" est beaucoup plus déshumanisant et péjoratif voire insultant que, je pense, à l'origine ; ce qui empêche de voir que l'article de la journaliste n'est en fait pas problématique. D'autant plus qu'il porte une réflexion sur la beauté et le beau, et que donc le mot "monstrueux" se décharge ici de ses connotations néfastes, négatives, mais surtout insultantes.

Les mots ont un sens. Dire de quelqu'un qu'il n'est "pas normal", qu'il est "hors norme" ou "anormal" ne veut absolument pas dire la même chose ! Quand ma soeur utilise le mot "pédé" pour désigner ses amis ça me hérisse le poil. Jamais il ne me viendrait à l'idée de désigner une amie lesbienne par "la gouine" ! Les mots traduisent une pensée mais aussi un ressenti. Lorsque mon père se défend d'être raciste, l'autre jour, en utilisant le terme "rebeu", ça veut tout dire : il se trahit lui-même. Et par-là il me rend inutile voire inefficace de trouver un argumentaire de raison, convaincant, puisqu'il expose le fond de sa pensée et de son ressenti par l'emploi d'un terme péjoratif voire insultant.

Un mot ça porte une désignation : si je parle d'une "table" tout le monde voit de quoi je veux parler. Mais aussi un sous-entendu soit par lui-même soit en fonction du contexte. Un rafiot c'est un rafiot, point ; le mot porte la péjoration. "Monstre" c'est déjà plus compliqué. Pour un tueur en série c'est très péjoratif, ici dans l'article de la journaliste c'est beaucoup plus neutre. Sans oublier ensuite les euphémismes, hyperboles et autres figures de style qui viennent compliquer le tout.

Le sens des mots est important. On ne peut pas utiliser les mots n'importe comment pour désigner n'importe quoi. On ne peut pas dire "pédé" en ayant des amis homosexuels, on ne peut pas dire "tarlouze", "fiotte", "tapette" ou "pédale" si l'on se défend d'être homophobe. Et il est important de maîtriser le sens des mots pour comprendre ce que disent et veulent dire les autres. Il est déjà compliqué de se comprendre entre ce qu'on veut dire, ce que l'on dit vraiment, ce que l'autre entend, comprend, crois comprendre, retient... alors si en plus on perd ou invente une partie du message parce que l'on ne comprend pas les mots, on n'est vraiment pas rendu !

Qu'en pensez-vous ?

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6 commentaires:

  1. Je suis à 100% d'accord avec ça : "Il est déjà compliqué de se comprendre entre ce qu'on veut dire, ce que l'on dit vraiment, ce que l'autre entend, comprend, crois comprendre, retient..." La communication est quelque chose de complexe.
    C'est vrai que dans l'exemple que tu cites, je ne pense pas que "monstre" était à prendre au sens "courant" du terme, au sens ou il est le plus employé aujourd'hui. (Tu aurais d'ailleurs pût dire les terroristes à la place des tueurs en série :-P) Mais c'est aussi vrai qu'a la lecture ça peut paraître choquant, et je crois que c'est une volonté de la journaliste aussi ;-) Elle aurait pût formuler sa phrase de moult manière mais a choisi celle-ci.
    Quand à légitimer le mot "pédé" pour les coiffeurs... je me demandais en fait si je lisais une fiction ?

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    1. Oui, j'aurais pu dire les terroristes, mais comme j'ai déjà dit que pour moi ils sont humains et que l'acception de "monstre" la plus répandue est déshumanisante ça n'aurait pas été le meilleur exemple. Cela dit je pense aussi que les tueurs en série sont humains. Enfin bref x)
      Oui, il y a une certaine violence à la lecture de cette phrase mais en même temps je trouve qu'elle est largement amortie par le contexte. Au début je n'avais lu que cette phrase et puis quand j'ai lu la phrase d'avant tout de suite ça paraissait moins violent, moins comme une claque... Normalement les journalistes ont des capacités rédactionnelles, donc je pense qu'effectivement elle n'a pas du tout choisi ce mot au hasard !
      Haha ! Ça serait tellement mieux si c'en était une !

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  2. Je suis tout à fait d'accord avec toi, les mots ont un sens mais beaucoup de gens en font abstraction !

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  3. Je suis on ne peut plus d'accord avec ton article !! J'en ai d'ailleurs publié un sur mon blog il y a quelques temps sur le même sujet !
    Je trouve qu'on essaie de plus en plus de faire passer des mots dans le langage courant en les dénuant de leur sens et de leur portée. J'ai vraiment du mal avec tout ça, un mot a un sens. Certes il peut évoluer mais à un moment il ne faut pas faire passer des vessies pour des lanternes ...
    Comme toi la décision des Prud'Hommes m'a laissée sur les fesses ! Je ne comprends pas que l'on puisse donner ce genre de jugement, à plusieurs en plus ! Je veux dire, normalement, il y a forcément un moment où au moins un des cerveaux participants se réveille non ? ^^

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    1. Je vais voir ton article ! :)
      Je ne sais pas combien ils étaient mais c'est vrai que y'aurait dû y avoir un moment où l'un des juges ou ses assistants remet le truc en question !

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  4. Demain les prud'hommes statueront que traiter un noir de negro n'est pas une insulte car ça veut juste dire noir en espagnol ^^

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