vendredi 1 avril 2016

Là où commence le racisme

Bonjour !

Hier soir le téléphone de mon père a sonné. Il a répondu et on l'a entendu répéter cinq ou six fois la même chose, à chacune de ses réponses. Quand on lui a fait remarquer il a répondu que c'était parce que son employée est Noire et que les Noirs pensent d'une manière particulière. J'ai dit que je ne voulais pas entendre ça et, dans le dialogue de sourds assez mouvementé qui s'en est suivi, mon père a dit quelque chose que je trouve assez édifiant et lourds de sens : "c'est pas du racisme, c'est... c'est... c'est... normal". Et je crois que ce genre de phrase c'est le pire que l'on puisse faire pour justifier de la discrimination, pire encore que de s'appuyer sur la nature.

Que des groupes de personnes pensent différemment de la masse est une réalité : les personnes à raisonnements global ne réfléchissent pas de la même manière que les normo-pensants qui ne réfléchissent pas de la même manière que les autistes... parce que certains groupes de personnes ont un cerveau différent. Mais, bien souvent, la manière différente de voir les choses ne vient pas de la formation du cerveau mais de la culture. Si j'avais été élevée en Chine par un couple de Chinois je parlerais mandarin et une bonne partie de ma façon d'appréhender le monde passerait par cette langue. Je penserais de la même manière que les Chinois et pourtant je suis Caucasienne. Là où je veux en venir c'est que ce n'est pas l'ethnie qui fait la différence dans la manière de penser mais le milieu socio-culturel, l'éducation, la partie du monde dans laquelle on se trouve. Et il est extrêmement dangereux de prétendre que toutes les personnes d'origine africaine ont la même manière de réfléchir, d'autant plus quand ce n'est pas pour les inclure dans la société et exploiter cette manière de réfléchir mais pour sous-entendre plus ou moins ouvertement qu'ils pensent moins bien que nous et nous sont inférieurs. Si l'on acceptait ça, ce serait le premier pas pour dire qu'après tout, les Noirs pensant n'importe comment, ils ne devraient pas avoir le droit de voter. Ou qu'ils ne devraient pas avoir des postes à responsabilité. Et c'est comme ça que l'on se retrouve, de fil en aiguille, avec des camps de concentration.

Mais, plus que la pensée de mes parents, je voudrais parler de cette réaction, de cette justification qu'il a eu de dire "c'est pas du racisme c'est... c'est... c'est... normal". Par la recherche d'un mot pour qualifier sa pensée et remplacer "racisme" il en vient à justifier cette pensée par la normalité dans le cadre de laquelle son jugement des Noirs s'inscrirait. Un peu comme si je disais : les femmes gagnent moins que les hommes, c'est normal _ ce qui est vrai ; ça s'inscrit dans les bornes de l'acceptable et de l'accepté de notre société et il n'y a guère que la minorité des féministes pour voir le problème _ : ça s'inscrit dans le cadre de la normalité, de ce qui est globalement accepté et demandé à et par la société : et c'est parce que ça s'inscrit dans ce cadre que c'est justifiable. Autrement dit on tourne en rond et on reste immobile parce que ce qui justifie la discrimination c'est le cadre dans laquelle s'inscrit cette discrimination. Mais, ici, je crois que mon père est hors de propos parce que même la normalité ne peut pas justifier sa pensée par son cadre puisqu'il n'est pas globalement accepté que les Noirs pensent différemment (sous-entendu ici en plus "moins bien") que les Blancs.

Il aurait pu dire autre chose, il aurait pu dire "c'est pas du racisme, c'est une constatation". Et c'est vrai que parfois quand on fait de simples constatations on est accusé de racisme alors même que l'on n'a pas opéré de mouvement de glissement. Ce que je veux dire c'est que, par exemple, si je dis qu'en Afrique, par une tradition socio-culturelle, le temps n'est pas considéré de la même manière que nous c'est un fait, et je peux même m'appuyer sur un reportage des Carnets du Monde (même si, comme ils disaient, aujourd'hui avec la mondialisation ça tend à se rapprocher de notre conception du passage du temps) et que donc, le temps ne passant pas comme nous, que le bus ne démarre que quand il est plein et pas à une certaine heure est un fait socio-culturel. Là je remarque. Mais si, comme ma mère, je continue en en déduisant que tous les Noirs sont lents, qu'ils peuvent attendre des heures sans savoir quand ils vont partir (induisant dans la manière de le dire un jugement de valeur pour couronner le tout) je suis dans le glissement d'un fait à une généralité et je tombe dans le racisme.

C'est là où commence le racisme. Quand il y a glissement, quand on considère que toutes les personnes d'une même ethnie réfléchissent de la même manière, que c'est dans les gênes. C'est aussi, il y a trois siècles, ce que l'on pensait des femmes à qui on déconseillait de lire et de parler de politique parce que ça ne ferait qu'aggraver les problèmes de leur cerveau faible et défectueux, de leur hystérie génétique. Ce n'était pas du sexisme puisque ça se justifiait sur la nature et la construction du cerveau des femmes. Et pourtant, aujourd'hui, nous avons des femmes chef d'Etat et de gouvernements, nous avons des ministres, nous avons des chefs d'entreprise, des politiques, des sportives, des écrivains... Le racisme, la discrimination en générale, commencent quand l'on parle de nature et que cette nature permet de justifier la hiérarchisation des races ou des groupes de personnes et de justifier la domination que l'on veut exercer sur eux. Je trouve ça extrêmement dangereux et malsain.

Je peux concevoir que mes parents ne voient pas en quoi ils sont racistes, comme cette fille au collège ne voyait pas en quoi demander à mon ami gay s'il était sûr de ne s'être pas trompé de vestiaire était homophobe, ou comme une amie ne voyait pas de problème dans l'expression malheureuse "manger comme un gros". Mais il serait peut-être temps de commencer à ouvrir les yeux et, au lieu de se braquer, accepter la remarque d'une personne choquée, quand bien même elle serait plus jeune et aurait moins d'expérience de la vie parce que cet argument n'est malheureusement pas recevable : si l'expérience conditionnait le fait d'avoir raison alors tous les vieux seraient d'accord entre eux et nos politiques, tous d'à peu près les mêmes générations, ne se tireraient pas dans les pattes à longueurs de journées et par plateaux télé interposés.

Le racisme, la discrimination, commencent là où il y a un jugement de valeur sur une personne différente que ça soit parce qu'elle ressent le besoin de rester seule, parce qu'elle est Noire, homosexuelle, blonde, rousse, ou handicapée. Le racisme commence, aussi, quand ces jugements de valeurs sont diffusés, mine de rien, dans de simples mots. Quand mon père a utilisé hier le mot "rebeu", quand ma soeur utilise "pédé", quand des expressions comme "manger comme un gros" sont utilisées...

Qu'en pensez-vous ? Quelles sont les phrases les plus aberrantes que vous ayez entendues ?


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8 commentaires:

  1. Ce que j'ai surement dût entendre le plus régulièrement dans ma vie c'est le fameux "les noirs et les arabes c'est tous des voleurs". Ou bien (en croisant des personnes de couleurs) "je te parie qu'ils vivent à 40 dans cet appart". Bref, des phrases qui te donnent envie de te couper les oreilles.
    Moi aussi j'ai des parents, beaux-parents, oncles &co qui tiennent des propos raciste et je déteste ça même si je ne fais pas toujours la réflexion. Je devrais, mais je sais que de toute manière ça ne changera pas la mentalité déjà bien altérée de ces personnes et que c'est le genre de débat qui reste stérile.
    Et rien de pire que d'entendre dire qu'on a tord parce qu'on est trop jeune. Mes parents me le chantaient à toutes les sauces c'était sans doute une des choses qui me mettais le plus hors de moi ! Je devais répondre des trucs comme "y'a pas d'âge pour être con" et je finissait punie dans ma chambre x'D Quelle enfant adorable je faisais n'est ce pas ? ^^
    Bref. Je suis d'accord avec ton article, c'est l'environnement dans lequel on vit qui nous conditionne plus ou moins. Un pays, des traditions, religions, des façons de vivres qui sont ancrées en nous dés le plus jeune âge. On voit la vie comme on la vit et la voit au quotidien. Bien sûr on peut s'élever au dessus de tout ça et se faire ses propres idées sur les choses, voyager, etc... mais on commence par adopter malgré nous une sorte de "culture" invisible qui est notre environnement.
    Voili, voilou pour le commentaire (encore) trop tardif ^^'
    PS: il court bien trop vite ce monsieur !

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    1. Ou de leur couper la langue plutôt x)
      Je ne peux pas m'en empêcher ! Entendre des choses comme ça, ça me tue. Cet été on est parti en vacance avec des amis et on a eu le droit à "tarlouze" au moins une fois tous les deux jours, j'ai cru que j'allais devenir meurtrière en série x)
      Oooooh "y'a pas d'âge pour être con" je devrais peut-être la tenter, ça pourrait être... euh... anthropologiquement et socialement intéressants comme expérience hautement scientifique x)
      Commentaire tardif mais tout à fait clair et compréhensible !
      P.-S. : il court vite, certes, mais mes parents te diraient que c'est parce qu'il est Noir... --'

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    2. C'est vrai, pourquoi me punir alors que je ne suis pas responsable de la bêtise de l'autre x)
      Non mais tu as tout à fait raison d'exprimer ta colère quand tu entends ce genre de chose, on devrait tous le faire systématiquement même. Souvent on laisse passer et ça doit malheureusement contribuer à "légitimer" ce genre de propos plus ou moins.
      Mais je te comprends, moi aussi je me transforme parfois en tueuse en série dans ma tête xD
      Ptdrrrrr !! Je te préviens c'est une réplique qui passe plutôt mal. Mais si tu tentes l'expérience il faudra me raconter comment ça s'est passé surtout :D
      Ah ouf, mon cerveau ne se transforme donc pas en citrouille passé 00h00 ^^
      Pour ton "ps" on est raccord avec ce que je t'avais écrit sur Hellocoton, c'est tellement prévisible =='

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    3. Oui parce que "qui ne dit mot consent" et donc les personnes qui disent ce genre de phrase, si on ne les reprend pas, elles voient d'autant moins le problème que c'est validé par l'auditoire... mais ça va être drôle si un jour mon patron dit ce genre de chose : choisir entre garder son bouleau ou être intègre avec soi-même. Hmm hmm tout un programme ! x)
      Il faudra juste que l'agacement ne me fasse pas oublier de la dire et que je sois assez lucide... Mais oui, j'imagine déjà que ça passe assez mal x'D

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    4. Je suis d'accord dans le principe, c'est juste que dans la pratique je ne suis pas certaine que ça change quelque chose pour les personnes qui tiennent ce genre de propos. Moi par exemple, on peut me dire que ma couleurs de cheveux est absurde dés que je met le nez dehors c'est pas pour autant que j'en changerais ^^ Enfin ce que je pense c'est que faire la remarque revient à pisser dans un violon. Au final intervenir n'est presque qu'un "besoin" égoïste, juste de le dire parce qu'on à besoin de le faire pour soi.
      Tiens c'est drôle, pourquoi avoir écrit "boulot" : "bouleau" ? Tu rêvais d'évasion ? x) Non mais sinon dans ce genre de situation tu auras des limites plus larges sur la connerie je pense.

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    5. Je crois quand même que, au bout d'un moment, une prise de conscience peut se faire... pour une fois que je suis optimiste tu ne vas quand même pas me gâcher mon plaisir, si ? :P
      Haha ! Parce qu'il était 21:19 et que toi si tu commences à écrire n'importe quoi vers minuit, moi, à 21:19 je suis déjà tout juste bonne à comprendre l'enquête de la série télé que je regarde x)

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  2. Souvent, on me dit que tous les noirs se ressemblent : ça me tue !

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    1. Par contre là ça vient d'une vraie explication scientifique ! A apparemment chaque membre d'une ethnie a du mal à reconnaître les visages des membres des autres ethnies, du moins au début, et donc les Caucasiens ont du mal à différencier des Africains, les Asiatiques ont du mal à différencier les Caucasiens, etc. Après, j'imagine qu'il y a une certaine accoutumance (si je vivais en Chine ou au Japon tous les visages ne se ressembleraient pas) mais également qu'il faut une certaine ouverture d'esprit (enfin je crois) pour voir le visage tel qu'il est sans coller l'étiquette d'une ethnie dessus.

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