jeudi 31 mars 2016

Ils sont humains.

Bonjour !

Hier j'ai lu un article de Lina et quelque chose qu'elle disait m'a interpellée alors même que ce n'était pas le sujet principal de l'article. Elle disait que "certains individus sont bien moins humains que des animaux" et, à ce moment, je me suis demandée si, précisément, les terroristes ne faisaient pas ce qu'ils faisaient parce qu'ils sont humains.

Ce que je veux dire – avant que vous me jetiez la première pierre –, et ce que j'ai expliqué dans mon commentaire à Lina, c'est que l'esprit humain est capable de choses assez extraordinaires, de résilience, de concentration dans des situations très complexes, mais il est aussi fragile et c'est la raison pour laquelle les pervers narcissiques parviennent si bien à détruire complètement leur victime, la raison pour laquelle les gourous des sectes parviennent à emprisonner des gens, à les rendre dépendants à eux. Et la raison pour laquelle les djihadistes de la première heure parviennent à embrigader des jeunes et à les rallier à leur cause. Toutes ces personnes, tous ces manipulateurs, tirent profit de la faiblesse humaine de l'esprit humain de leurs victimes. Des failles, des fragilités des gens qu'ils abordent. Ils arrivent à convaincre, à persuader, des personnes bien souvent en attente de quelque chose, en perte de repères, en recherche de quelqu'un, de quelque chose, sur qui ou sur quoi s'appuyer. Si ces victimes n'étaient pas humaines, les recruteurs et autres gourous ne pourraient pas aussi bien les contrôler, parce qu'un Marsien ne fonctionne pas comme un Terrien.

On entend beaucoup, y compris de la part des journalistes, parler "d'actes de barbaries", de "monstres", de personnes "inhumaines" qui commettent des actes "inhumains". Je crois qu'il faudrait essayer de questionner ça, même si je me doute que, en défendant cette façon de voir, si des philosophes m'entendaient ou me lisaient, ils me tomberaient certainement sur le coin de la figure à grands renforts de penseurs illustres. Il faut d'autant plus l'interroger que ça s'inscrit dans un contexte. On nous rappelle que nous sommes "en guerre" et je crois que c'est étroitement lié à la déshumanisation que l'on fait de nos ennemis.

Pendant les deux Guerres Mondiales on a déshumanisé l'Allemand, ce monstre sanguinaire qui coupe des mains. On l'a animalisé en aigle ou en cochon parce que c'est plus facile de combattre et d'abattre des monstres sans coeur et sans morale que de tuer des gens, des pères, des frères, des cousins, des fils... C'est ce que je disais dans mon article d'il y a trois jours : c'est plus facile de proposer le rétablissement de la peine de mort en se dédouanant et se déculpabilisant parce que l'on considère que nos victimes sont des animaux, ne sont pas humaines. Ainsi on n'a pas l'impression de remettre en cause les valeurs que notre pays diffuse à l'étranger puisque l'on ne tue pas des humains. Pourtant les Allemands n'étaient pas plus des monstres que les soldats français. Et nos terroristes (excepté les têtes pensantes peut-être, même si en poussant un peu on pourrait parvenir à les inclure) sont des victimes qui ont été recrutées, manipulées, embrigadées...

Je comprends que dire ça aille à l'encontre de l'image que l'on a de l'Homme valeureux, honorable, magnanime, civilisé... cette image idéalisée. Mais l'Homme n'est pas parfait, l'Homme a des failles, son esprit a des fragilités que certains se plaisent à exploiter. Je crois que c'est un peu facile de déshumaniser nos ennemis pour ne pas avoir à nous confronter à la culpabilité d'avoir échoué à garder dans notre camp les personnes qui sont parties en Syrie, pour ne pas avoir à affronter la culpabilité de vouloir rétablir pour eux la peine de mort, pour ne pas avoir à se dire que, quand même, les humains ne sont pas capables de faire de telles choses.

Mais au fond ces jeunes hommes et ces jeunes femmes qui tirent dans des foules et font exploser des bombes sont physiquement des êtres humains et sont psychiquement des êtres humains. Des êtres humains qui, malheureusement, se sont fait retourner la cervelle. Et je crois qu'il faudrait réellement songer à interroger cette manie, cette tradition, cette propension que l'on a à vouloir toujours faire en sorte que notre ennemi nous soit inférieur, que notre ennemi soit bête, arriéré, et inhumain. Je crois que les terroristes recrutés font ce qu'ils font précisément parce qu'ils sont humains et que leur fragilité a été exploitée par d'autres humains pas très gentil (c'est un euphémisme).

Dounia Bouzar dit que les jeunes terroristes sont déshumanisés. Elle est anthropologue, je ne le suis pas (sans blague ? :P) mais je crois que c'est précisément, encore une fois, parce qu'ils sont humains que les recruteurs de Daesh sont parvenus à leur retourner la cervelle.

J'aimerais beaucoup avoir votre avis à ce sujet, surtout si vous n'êtes pas d'accord avec moi ! :)


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8 commentaires:

  1. Je suis d'accord avec cette réflexion. C'est parce qu'ils sont humains qu'ils sont justement capables d'être aussi "inhumains", capables de mesurer la portée émotionnelle de leurs actes. La plupart des animaux n'auront pas ce type de comportement, qui n'a de sens que pour nous humains.

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    1. Pour les autres animaux je ne sais pas... les insectes, oiseaux, peut-être pas, mais il a été montré par des vidéos et autres études que les mammifères comme les grands singes et chiens, etc., sont capables de sentiments.

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    2. De sentiments, oui, ce n'est pas ce que je voulais dire par là. Plutôt qu'un animal, même un prédateur, va rarement blesser ou tuer juste pour faire souffrir. Il n'y a pas de jugement de valeur chez l'animal. Ça, c'est une caractéristique malheureusement très humaine!

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  2. Totalement d'accord avec toi, et crois moi, "d'illustres philosophes" ne te tomberaient pas dessus au vu de ton argumentation, loin de là. Je ne sais pas quoi ajouter si ce n'est que ça coule de source et aussi peut-être que tu n'as pas tout à fait compris ce que voulait dire Dounia Bouzar, car il me semble, après l'avoir souvent écouté ou lu, qu'elle est plus ou moins sur la même position que toi ; après c'est aussi une histoire de nuances.

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    1. Oui, c'est possible que je n'ai pas tout compris. J'ai compris qu'elle disait que la déshumanisation est le résultat et la conséquence de l'embrigadement mais pas son origine. C'est pas ça ?

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  3. bonjour je te remercie pour ce très bel article plein de sens j'aimerais tellement que plus de gens pense comme toi

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    1. C'est gentil ! J'aimerais aussi que plus de gens pensent comme moi, ça me faciliterait la vie héhé :P Mais en même temps je crois que le débat est sain.

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  4. Je suis d'accord avec ton analyse !
    Sable

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