jeudi 28 janvier 2016

Règles de beuverie

Bonjour !

Ce matin j'ai entendu parler à la radio de cette brochure qui allait être publiée pour aider les parents à gérer la prise d'alcool de leurs adolescents, d'autant plus importante dans le contexte du binge drinking. En gros ça tient en trois points : pas d'alcool avant quinze ans, même si on ne fait que tremper les lèvres, boire pas plus de deux verres sous la surveillance des adultes pour les ados de seize, dix-sept ans quand les soirées sont à la maison et pas d'alcool à l'extérieur ou alors que l'adulte soit là au retour, et ensuite, dix-huit à vingt-et-un ans, autonomie avec l'alcool et possibilité de passer la nuit à l'extérieur. Depuis que j'ai entendu ça je suis sceptique et désabusée.

Je pourrais résumer par deux mots : essayez encore. C'est une bonne idée de vouloir faire en sorte que les jeunes se responsabilisent face à l'alcool, qu'ils boivent moins, de s'assurer qu'ils connaissent les risques (d'où les interventions des policiers dans les collèges et lycées), mais j'aimerais bien savoir quel est l'adulte responsable qui a eu l'idée de ces trois points parce qu'ils sont à dix-mille lieues de la réalité de ce qu'il se passe. Et les deux collègues avec qui je travaille pour l'émission de radio sont du même avis. Cette brochure ça ne va pas.

Point numéro un : pas d'alcool avant quinze ans, même tremper les lèvres, parce qu'initier les enfants à l'alcool ne les empêche pas d'en boire beaucoup plus tard. Peut-être. Mais c'est assez proche de l'extrait de La Princesse de Clèves dont je me suis servie pour un article il y a quelques temps : faire tremper les lèvres c'est répondre à la curiosité et ne pas laisser planer au-dessus des verres de vin une lueur de mystère attirante. J'ai trempé les lèvres. Plein de fois. Dans du vin, dans du champagne, dans du cidre, du rhum, de la bière. Je n'aime pas l'alcool, seulement le cidre. Je ne pratique pas de binge drinking. Je sais bien que mon cas personnel n'est pas à généraliser, mais ce n'est pas parce qu'on trempe les lèvres à huit ans que l'on devient un gros buveur plus tard, ce qui montre bien que, si tremper les lèvres n'empêche pas de boire beaucoup ça ne pousse pas non plus à la beuverie. Et j'ajouterai que des collégiens se procurent de l'alcool sans problèmes, alors vouloir leur interdire avant quinze ans relève de l'utopie et d'une naïveté dangereuse.

Quant au point numéro deux il y a deux problèmes majeurs. Premièrement les ados n'ont pas envie que des adultes écoutent leurs discussions et viennent à leurs soirées car ils y parlent de choses privées, qu'ils réservent pour leurs amis, et ont besoin de moments où ils ont l'impression de faire comme les adultes, d'être grands, de moments d'émancipation, on va dire. Ensuite s'ils veulent boire ils n'ont pas besoin d'aller en soirée. Ils peuvent dire qu'ils vont au parc rejoindre des amis, ou au cinéma, et finir dans un bar ou, mieux encore, dans la rue avec une bouteille de rhum. Ils peuvent dire qu'ils vont dormir chez des amis, que oui-oui les parents sont là, et faire la plus grosse soirée de l'année. En un mot, ils peuvent mentir. D'autant plus que les barmen et autres caissiers ne leur demande pas forcément leur carte d'identité avant de leur vendre de l'alcool (comme c'est surprenant).

Je ne sais même pas si j'ai vraiment besoin de parler du point numéro trois. La réponse des jeunes sera : je suis majeur, je fais ce que je veux, laisse-moi tranquille. Et il sera un peu tard pour leur apprendre à se responsabiliser face à l'alcool étant donné que les deux mesures précédentes se seront révélées être des échecs.

Cette brochure part d'une bonne intention mais elle n'est selon moi absolument pas réaliste. Aucun parent ne pourra la mettre en place avec son ado buveur de bière et amateur de soirées arrosées. Je n'ai pas la solution, si ce n'est prendre le problème bien avant l'adolescence, en utilisant les Noëls et tout moment avec présence d'alcool pour expliquer que l'alcool c'est bien mais que c'est un peu dangereux quand même, que c'est comme tout et qu'il ne faut pas trop en consommer. D'après moi il faudrait prendre le problème bien avant le collège et donc bien avant quinze ans.

Qu'en pensez-vous ?


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6 commentaires:

  1. je pense aussi que ça part d'une bonne intention mais c'est complètement à côté de la plaque... y a quand même une grosse majorité des ados qui pensent que boire c'est cool, c'est fun et les adultes peuvent bien leur raconter ce qu'ils veulent et essayer d'imposer toutes les règles qu'ils veulent, y a pas grand chose à faire quand t'as un ado borné en pleine rébellion en face de toi...

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  2. Déjà l'image ça ne m'a pas parlé lol
    Oui ça ne sert à rien. Tout dépend dans quel environnement nous avons été élevé depuis toute petite. Mon père buvait du vin rouge matin midi soir, c'est son carburant ! Mais cela ne fait pas de nous des alcoolos. Mon adolescence a été épargné de cela et j'avais des amis qui ne se jouaient pas être adulte. Donc pour moi c'est clair que boire avant quinze ans, c'est impensable pour moi, et même pour fumer !!! Je m'inquiète pour mes filles car l'influence est là.... à nous parents de les surveiller mais leur expliquer.

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  3. Je ne suis pas non plus convaincue par cette brochure.
    J'ai aussi trempé les lèvres dans un peu d'alcool avant 15 ans et comme toi, je déteste ça. (Je passe limite pour une ovni quand je dis que je ne bois pas.) Alors rien que ça, cela ne tient pas la route. Puis ensuite, il ne faut pas se leurrer, un ado qui veut boire le fera. Je me souviens quand j'étais lycéenne, certains n'avaient aucun mal à se fournir en bières à la supérette proche du bahut.

    Comme tu dis, il faudrait prendre le problème bien plus tôt, que chaque parent aie l'idée de faire de la prévention et n'attende pas que ça soit les autres qui éduquent leurs gamins sur le sujet. Cela me semble important. Cela ne veut pas dire que l'ado ne testera pas ses limites ou ne se laissera pas influencer par les copains... mais ça pourrait limiter les dégâts. J'ai l'impression que de nos jours, l'alcool et la drogue se banalisent, c'est quand même ahurissant :/

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    1. Je ne sais pas si ça se banalise mais en tout cas ça se répand. Quand j'étais en Sixième-Cinquième seuls les Troisièmes et Quatrièmes (un peu) fumaient et quand je suis arrivée en Troisième (sans redoubler parce que je suis un génie mwa-haha xP) quelques Sixièmes fumaient... Et c'était prit par-dessus la jambe. J'ai vu des photos de soirées d'anciens amis avec des bouteilles de bière vides un peu partout...

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  4. De toute manière, quelle est l'utilité même du principe de la brochure publiée pour aider les parents à éduquer leur enfants ? J'veux dire, est ce que vraiment les parents ont envie qu'on leur dise quoi faire avec leurs gosses ? Non. Et ceux qui demandent de l'aide (à des proche ou plus extérieure encore) le font parce que leur enfant est déjà bien parti sur la mauvaise pente et qu'il faudrait "redresser la barre" en mode "urgence". Chacun à sa vision de l'éducation tout comme chaque enfant est différent. Chaque famille fera les choses à sa manière brochure ou pas. Prenons l'exemple de personnes croyantes, pratiquantes qui n'ont pas d'alcool à la maison du tout. Est ce que le gamin ou la gamine ne sera pas d'autant plus curieux ou est ce qu'au contraire par habitude et/ou par croyance il/elle ne voudra même pas tester ? Bref. Chaque cas est différent quoi qu'on fasse. Et même au sein d'une même famille deux enfants peuvent avoir un parcours totalement opposé vis à vis des drogues et de l'alcool, donc est ce que ça ne dépend finalement pas de l'enfant en tant que personne ? De sa sensibilité au monde, son rapport aux autres, ses goûts/influences ? Est ce que certains clips vidéos ne mettent pas des mauvaises idées en tête, des "modèles" à suivre qu'il vaudrait mieux éviter ? Est ce qu'on a une force de caractère qui nous permet de dire "non", de ne pas suivre le mouvement ?
    *J'avais pas dit que je ne commenterais plus le soir chez toi ? XD*
    Bref pour la énième fois. Je trouve ce genre de débat presque inutile personnellement parce qu'on ne peut pas faire grand chose. C'est une évolution globale dans laquelle les jeunes générations sont embarquées. Ton exemple est parfait au sujet de la cigarette d'ailleurs.
    J'sais pas si ce que j'ai raconté veut dire quelque chose lol, bonne lecture xD

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    1. Je pense que certains parents qui ne savent pas trop comment s'y prendre peuvent apprécier le fait que des spécialistes leur proposent une stratégie.
      Je vois ce que tu veux dire. Moi j'ai pas mal tourné, mais j'ai des camarades de collège et de lycée qui avaient apparemment une vie compliquée et se sont jetées dans l'alcool...
      *si, je crois que tu l'avais dit, mais comme il est minuit deux on peut considérer que tu l'as posté au matin (très très très tôt) x'D*
      Si ça veut dire quelque chose, je te rassure !
      Je pense que l'on peut faire quelque chose si l'on prend le cas vraiment tôt, en agissant sur les mentalités et pas en cachant les symptômes en prenant des mesures comme celles sur cette brochure (et comme on fait toujours en voulant faire des lois à tour de bras pour dissimuler les problèmes).

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