vendredi 18 décembre 2015

Les réseaux sociaux mangent les enfants

Bonjour !

Hier j'ai appris que l'UE voulait instaurer un contrôle parental sur les réseaux sociaux pour les ados de treize à dix-sept ans et ça m'embête beaucoup. Je trouve que l'UE pense de travers. Vraiment. Vouloir protéger nos jeunes c'est très bien mais je ne suis pas pour tout interdire. Je me souviens que j'avais dit ça une fois en intervenant dans l'émission de Jean-Marc Morandini. Il m'avait répondu que ça permettait de contrôler. Je n'avais pas trouvé quoi répondre mais son argument ne me plaisait pas. Maintenant je sais ce qui ne va pas dans cet argument. Ça tient en quatre mots que l'on pourrait je crois appeler axiome : pas vu pas pris.

Conduire avec de l'alcool ou de la drogue dans le sang est interdit. On contrôle. Des gens sont punis, d'autres pas trouvés. Conduire avec le téléphone est interdit. On contrôle. Des gens téléphonent sans être inquiétés. Pire ! Des gens se font prendre et recommencent le lendemain. Pas vu pas pris. On a interdit, certes, mais est-ce que ça change les mentalités et les agissements ? Non. Si les gens récidivent, à quoi ça sert d'interdire ? Pas grand-chose.

Je me demande comment ils veulent mettre en place un contrôle parental. Si c'est juste une case à cocher, comme ces cases avant d'entrer sur un site interdit aux moins de dix-huit ans, ça ne va pas être très utile. Alors à moins d'équiper tous les ordinateurs d'une webcam et d'un logiciel de reconnaissance faciale je ne vois pas trop comment on va faire. Mais admettons. On le fait, on trouve une solution. Et après ? Parce que c'est interdit de faire sans les parents les ados vont respecter ça ? Certains oui, bien sûr, mais d'autres... laissez-moi rire ! Changer une date de naissance ce n'est pas bien dur. On trouve toujours un moyen de contourner le problème pour la raison très simple que s'il n'y a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème.

Et puis je ne vois pas en quoi on va protéger nos enfants comme ça. Si effectivement on met un contrôle parental sur les réseaux sociaux généraux, dans le cas d'un blanc dans la loi quelqu'un pourrait décider de créer un réseau social, sans l'appeler comme ça, réservé aux ados, donc sans risque, donc sans nécessité que les parents soient derrière (vivent les vides juridiques). Mais qui pourra garantir que tous les inscrits sur ce réseau social réservé aux ados seront bien des ados ?

Quand j'ai entendu parler de cette décision de l'UE j'ai repensé à La Princesse de Clèves dont j'avais étudié un extrait en Première. Et comme je suis une jeune femme dévouée (héhé :P) je suis allée chercher les phrases qui m'avaient beaucoup marquée cette année-là : "La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d'un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance.". Je pense que vous voyez déjà où je veux en venir mais je continue. Ce matin j'y repensais et c'est un autre texte auquel j'ai songé : le conte de Barbe Bleue. Barbe Bleue se marie, après la nuit de noce il laisse un trousseau de clé à sa nouvelle épouse et lui dit qu'elle peut aller partout dans la maison sauf dans une seule pièce dont il lui confie pourtant la clé. Poussée par la tentation et la curiosité la jeune femme ne résiste pas longtemps et ouvre la porte de la pièce où son cher et tendre époux a tué ses épouses précédentes. Et là je pense que vous voyez totalement où j'ai l'intention d'arriver : pourquoi interdire et cacher, surveiller, éveiller la curiosité et la tentation, quand on peut éduquer, apprendre, laisser l'ado se faire son idée en le prévenant des dangers ?

Certes, les réseaux sociaux sont pleins de dangers et de choses malsaines et j'en ai eu le récit d'un exemple aujourd'hui même. Je discutais avec la camarade qui va participer à l'émission radio que j'ai en projet et elle me disait qu'elle avait travaillé comme surveillante de collège. L'une des élèves était "amie" sur Facebook avec un garçon qu'elle ne connaissait pas et qui n'avait que des "amis" filles. Ma presque-collègue lui a demandé si elle ne trouvait pas ça bizarre mais la collégienne lui a dit que non, qu'il avait son âge (à savoir treize-quatorze ans). Sauf que. Le garçon en question en avait dix-sept, et c'est quand même un peu bizarre qu'il baisse son âge de trois ans s'il n'est pas déjà dans une logique de prédateur. Ajoutez à ça les personnes jeunes hommes sur les chats de Skyrock qui envoient aux jeunes filles des photos de phallus en érection sans prévenir ni saluer et vous avez la preuve irréfutable que, oui, il y a des malades, des inconscients, et des dérangés sur les réseaux sociaux. Y compris parmi les jeunes.

Mais les réseaux sociaux se sont aussi de jolies rencontre, de jolies expériences, beaucoup, beaucoup, beaucoup d'ouverture d'esprits, d'échanges, de mise en perspectives et d'apprentissages. Des prises de têtes, des lynchages, des insultes, des mensonges, des pièges, des traquenards, des arnaques de toutes sortes, des tromperies et autres filouteries, mais ce sont aussi des amitiés, des découvertes, des expériences qui forgent le caractère et développent la pensée, un petit univers où on peut trouver des gens qui ont les mêmes problèmes que nous, les mêmes questions, peurs, et préoccupations. Du soutien quasiment inconditionnel.

Je crois que les jeunes ont besoin de se faire leurs propres expériences, de prendre en autonomie et en indépendance. Ça ne signifie pas qu'il ne faut pas les protéger, mais ça ne signifie pas non plus qu'il faut leur tenir la main en traversant la rue parce qu'une voiture pourrait débouler sans prévenir ou qu'il faut les empêcher de cuisiner parce qu'un couteau c'est dangereux. Quand on prend un couteau on connait les risques parce qu'on nous les a appris, mais on nous a aussi appris à nous en servir, à le tenir correctement, à faire attention à ses doigts. On nous a appris qu'un couteau ça coupe, qu'un couteau ça tue. Mais aussi qu'un couteau ça permet de nous nourrir en nous permettant de nous faire à manger. Alors oui, internet c'est dangereux, oui, les réseaux sociaux mangent les ados, dévorent les enfants, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de bon à en tirer, et ça ne veut pas dire qu'il faut rester à côté des jeunes apprentis cuisiniers quand ils tiennent un couteau, au cas où ils se coupent. On peut laisser la porte de la cuisine ouverte et rester dans le salon, voire même la fermer, cette porte. Et ça ne voudra pas dire que l'on n'est pas là pour surveiller, que l'on n'est pas inquiets, que l'on ne fait pas attention. Lorsqu'il y a des faits divers et que je lis ou entend "mais où sont les parents" ça me fait doucement rire, parce que les ados trouvent les solutions à leurs problèmes, sinon c'est qu'il n'y a pas de problème.

Et si, plutôt qu'interdire, la solution était d'éduquer ? Pour que le couteau ne soit plus une arme contre l'ado mais une arme dont l'ado peut se servir pour repousser les méchants pédophiles et les méchants arnaqueurs. Interdire ce n'est pas intéressant si les mentalités ne sont pas changées, travaillées...

Les réseaux sociaux mangent les enfants et l'UE pense à l'envers...

Qu'en pensez-vous ? Parce que si ça se trouve, de votre point de vue, c'est moi qui suis toute retournée !

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9 commentaires:

  1. Je te suis totalement dans ton analyse et dans ta réponse à cette question. Comme toi, je sais d'expérience que les choses interdites sans qu'il y ait derrière éducation ou sensibilisation, c'est comme de ne pas vraiment les interdire. Ca ne les interdit que le temps où la police, ou une autre autorité, est derrière le dos des personnes concernées.
    Interdire carrément les réseaux sociaux aux ados me parait extrême, compte tenu de tout ce qu'ils peuvent également leur apporter. Et puis comment les instruire face à ça, comment leur apprendre à ne pas passer à côté de leur propre vie, à répondre efficacement aux dangers de ces réseaux, si on ne les laisse pas prendre en main cet outil ?
    On apprend pas à manipuler un couteau en le regardant dans un tiroir. Il faut essayer soi-même, tout en étant accompagné par une personne qui sait.

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    1. Je crois que l'on préfère interdire parce que ça va plus vite, ça débarrasse du problème sans avoir à prendre un temps fou pour expliquer. Interdire à un enfant de regarder la télé quand personne n'est encore réveillé dans la maison c'est plus simple que de lui apprendre à l'allumer et à utiliser la télécommande...

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  2. Je suis d'accord avec toi, interdire - c'est déjà techniquement impossible - mais même si en admettant que c'était faisable, les enfants seront simplement tentés de contourner le problème pour s'inscrire quand même. Au final ça ne rime à rien.
    Et puis, les parents sont sur les réseaux sociaux, on en parle constamment à la télé, énormément dans les journaux télévisés d'ailleurs, dans les séries, les films... c'est partout et tout le temps. Comment mettre les enfants à l'écart de ça ? C'est impossible ! Evidemment qu'ils vont vouloir s'inscrire.
    Le plus gros problème selon moi, c'est de voir que les jeunes ne s'intéressent plus qu'à ça. Constamment le nez sur leur smartphone, puis leur ordinateur... et pas pour l'aspect le plus enrichissant la plus part du temps. Alors éduquer comme tu dis, et ça passe par secouer un peu ces jeunes et leur faire décoller le nez du virtuel de temps en temps.
    Quand j'étais enfant il n'y avait pas internet, pas de portable, et ça ne m'a pas plus "protégé" de la vie entre guillemets. Responsabiliser les enfants c'est important. Il faut leur apprendre, leur montrer, leur donner une certaine confiance et liberté pour qu'il se développent. Interdire de cette façon c'est une solution bête de "facilité".

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  3. Il faut éduquer les enfants et non pas interdire systématiquement internet aux enfants.

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  4. Comme toujours, ton article est excellent ! Je suis totalement d'accord avec toi. Éduquer plutôt qu'interdire bêtement. Expliquer où est le danger plutôt que d'en bloquer l'accès. Je trouve que c'est la meilleure protection qu'on peut donner à nos enfants. Et si j'avais 17 ans aujourd'hui, je serais outrée qu'on décide à ma place !!! Sur le net chacun trouve ce qu'il est parti chercher. Ça part de l'intention individuelle et c'est donc bien une question d'éducation.

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  5. Je suis de ton avis, il faut laisser les jeunes faire leurs expériences et à nous les parents de bien les éduquer, leur faire confiance aussi. Ma fille 9 ans, elle a une tablette, elle va voir des vidéos sur youtube, alors je lui explique les dangers du net etc. Elle a bien comprise. Je lui ai dis que je peux vérifier pour savoir où elle a navigué et que je lui confisquerai sa tablette. Mais finalement je n'ai pas à vérifier car je lui fais confiance et puis sa tablette, c'est sa "vie privée"... C'est bien j'ai une enfant qui n'est pas souvent le nez dans sa tablette. Ouiii c'est l'éducation, car face aux harcèlement à l'école, certains enfants s'enfichent des réprimantes, des expulsions parce que les parents s'enfichent... Comme quoi l'éducation est la base la plus importante ! Les interdictions ça n'a jamais marché, cela a été le cas avec mon ex qui imposait sa façon de vivre, et c'est lourd à porter surtout qu'il ne laissait pas mes enfants à vivre leur expériences, à goûter des cohonneries même si c'est pleins de colorants et de trucs chimiques... à aller au cinéma même s'il y a trop de pubs... Elles sont contentes de me sortir des répliques de pub car il y a des pubs rigolos....
    Cela m'a fait du bien de m'exprimer ici !!! merci pour cet article qui nous fait réagir :)

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    1. si on doit interdire les bonbons parce qu'il y a des colorants on n'a pas fini... y'a des colorants dans à peu près tout...
      Par contre, fait gaffe pour quand elle aura 11 ans parce que j'ai entendu une émission (http://www.europe1.fr/emissions/il-n-y-en-a-pas-deux-comme-elle/il-ny-en-a-pas-deux-comme-elle-comment-parler-de-sexe-aux-ados-2617703) où ils disaient que 100% des enfants de 11 ans avaient vu des images pornographiques, qu'un collège avait demandé à l'intervenant de venir plus tôt parce qu'il y avait eu des fellations collectives dans les toilettes, etc. C'est pas dit qu'elle ne regarde que ça sur sa tablette, hein ! Mais bon, on entend certain truc tellement choquant que...

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  6. Je suis d'accord sur le fait que c'est extrême. Mes plus belles amitié se sont formées par le biais des réseaux sociaux parce que j'ai toujours trop peu vu de personnes dessiner autour de moi et je ne m'entends pas avec quelqu'un qui n'a aucun intérêt pour ce que je fais (comment ça égocentrisme ?)
    Mais c'est pas pour autant que l'éducation sur les cigarettes marche non plus Oo ils ont beau dire tout ce que ça fait aux poumons, mettre des images, il existe aussi des conférences dans les lycées et pourtant il y a toujours plein de monde qui fume...
    (pareil pour le téléchargement, mais ça on veut juste pas dépenser d'argent huhu)

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    1. Je pense que si la prévention sur la cigarette ne fonctionne par c'est parce que ce n'est pas assez concret, on se dit "boarf, pour l'instant je les monte les escaliers" et aussi que la cigarette c'est un moyen d'intégration : "zut j'ai pas de feu, t'en a toi ?", on fume en groupe devant le bahut, on discute... c'est aussi un outil pour montrer son indépendance...

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