dimanche 1 novembre 2015

Les Jolies Plumes #8

Bonjour !

Ce mois-ci le sujet de l'Atelier des Jolies Plumes _ pour participer vous pouvez envoyer un mail à cette adresse latelierdesjoliesplumes@gmail.com _ c'était : "Ce mois-ci, nous vous invitons à écrire une histoire d'amour. Le début, la fin, le milieu, l'entier, dans l'ordre, le désordre, l'avant, l'après, c'est vous qui choisissez. Elle peut être magique, tragique, héroïque, fantastique, surréaliste, ancrée, légère, difficile, passée, présente, future, c'est votre histoire et nous avons hâte de découvrir les traits que vous lui donnerez...". J'ai été très embêtée parce que je ne sais absolument pas écrire les histoires d'amour... du coup j'ai triché. J'ai écrit un conte ;)

Ce qui me permet de vous rappeler au passage le projet de recueil commun ! :)
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Il était une fois une jeune femme qui vivait au sommet des falaises dans la maison que ses arrière-grands-parents avaient construite plusieurs décennies plus tôt. Chaque matin, elle se promenait longuement le long de la roche et il semblait aux gens qui de loin l’apercevaient qu’elle marchait en équilibre au bord de la terre et qu’un coup de vent aurait pu à tout moment la faire basculer dans la mer déchaînée en contrebas. Cette jeune femme se nommait Laudine et, lorsque des étrangers demandaient depuis combien de temps sa famille vivait aux abords du village, personne n’était capable de répondre car on ne l’avait jamais su. Les anciens eux-mêmes ne se souvenaient pas de l’installation de ses aïeuls. Cela ravivait les rumeurs et les murmures que le vent portait d’une maison à l’autre et, chaque semaine, une nouvelle histoire voyait le jour autour de Laudine. N’était-elle pas un esprit de l’air pour que les rafales violentes qui rasent les falaises de bon matin en emportant avec elles les fines gouttes de pluies semblent entourer la jeune femme avec respect ? Ou n’avait-elle pas plutôt les pieds fermement ancrés dans la terre dont elle était la fille ? Ne serait-ce pas parce qu’elle était capable de voler qu’elle tenait en équilibre si près du bord ? Ou peut-être était-ce parce que, sous sa robe et sa cape vert foncé, elle n’avait pas de jambes et flottait au-dessus du sol ? Mais tous se trompaient et la jeune femme n’était rien de tout cela, et encore moins un fantôme ; Laudine n’était ni plus ni moins qu’une sorcière. Les villageois ne tardèrent pas à le découvrir.
Un jour que Laudine marchait au bord de la falaise comme tous les matins, le vent s’engouffrant violemment sous sa robe et sa cape qu’il soulevait, un chien jaillit de la forêt et courut dans la plaine en sa direction. À cause du vent, Laudine n’entendit pas ses aboiements, non plus les cris de la demi-dizaine d’hommes qui, plus loin, essayait de le faire revenir. Nul ne sait si le chien n’entendait pas, lui non plus, ou s’il n’en avait cure, mais le fait est qu’il fonçait sur Laudine comme sur son maître. La jeune femme ne l’aperçut que trop tard. Il sauta sur elle, se levant sur ses pattes arrière et s’appuyant au bas de sa poitrine pour rester à sa hauteur. Laudine n’avait pas imaginé qu’il puisse peser si lourd et avoir une telle force. Elle recula de surprise et pour tenter de reprendre son équilibre, mais, se trouvant au bord de la falaise, elle bascula dans le vide.
Dans la plaine, les chasseurs accélérèrent, affolés. Lorsqu’ils parvinrent au bord de la falaise le chien s’était couché tout au bord et aboyait dans le vent. Plus bas, Laudine avait trouvé une prise dans la face déchiquetée de la falaise et ses jambes battaient au-dessus des vagues enragées loin sous elle. Loin de s’affoler, elle réfléchissait. Si elle se laissait tomber et se transformait en goutte d’eau ou en poisson, elle devrait partir car les villageois se demanderaient comment elle avait pu survivre à une telle chute. Mais elle ne pouvait remonter seule en escaladant car sa robe la gênait et, le temps que les hommes aillent chercher une corde au village, elle n’aurait plus de forces. Alors, gravement, elle décida de prendre la décision d’utiliser la magie pour retrouver le sol de la falaise. Laudine prit la forme d’un bouquetin et, posant savamment ses sabots dans les interstices de la pierre, remonta les quelques mètres qui la séparaient du sommet, sous les yeux surpris et inquiets des chasseurs. Une fois saine et sauve, Laudine reprit forme humaine tandis que les hommes se regardaient, interdits. Finalement, l’un d’eux brandit son couteau et, de sa main libre, saisit fermement le bras gauche de Laudine.
— Tu vas nous suivre, sale sorcière ! Et si t’essaye de t’échapper, je te tue, tu as compris !
Laudine hocha la tête. L’homme se tourna vers ses camarades.
— Camarades, nous devons nous débarrasser de cette diablesse ! Amenons-là sur la plage et jetons-là dans le trou où s’engouffre la mer ! Ainsi, comme la marrée monte, les vagues tomberont régulièrement sur elle, et elle n’aura pas l’occasion de se transformer pour sortir, et elle se noiera !
Tous approuvèrent. Et ils firent route vers l’escalier taillé dans la roche qui servait à accéder à la vaste plage de sable de laquelle partaient les pêcheurs très tôt le matin et en revenaient tard dans l’après-midi. Ils arrivèrent une heure plus tard au bas des marches que les années et l’eau puissante de l’océan avaient abimées. Le chef des chasseurs poussa Laudine vers le trou dans lequel s’engouffre la mer. Il s’agissait d’un grand puits naturellement creusé dans le sable par un assemblement de rochers et dans lequel tombaient les vagues lorsque la marrée montait. Non loin de là, assis sur un rocher lissé par les vagues depuis longtemps, un jeune apprenti pêcheur qui n’avait pu partir le matin réparait un filet avec application. De cet endroit il aimait regarder Laudine jouer les funambules sur le rebord de la falaise. Mais, ce matin, concentré, il ne l’avait ratée. Il fut donc surpris de la voir prise en otage par les chasseurs et son cœur se serra car, à force de voir son ballet avec le vent, il en était tombé amoureux. Mais, de peur que les chasseurs ne le capturent lui aussi, il fit mine de n’avoir rien remarqué, tout occupé qu’il était à réparer son filet.
Les chasseurs et leurs chiens d’approchèrent du gouffre et poussèrent brusquement Laudine à l’intérieur. La jeune femme s’écrasa sur le sable trempé et salé, et elle entendit le craquement sec de sa clavicule droite lorsqu’elle se brisa sur la pierre cachée sous une fine couche de sable. En haut les chasseurs ricanèrent.
— Si tu essaye de te transformer en oiseau pour t’échapper, nos chiens te sauteront dessus. Si tu te transforme en poisson pour survivre, nous reviendrons lorsque le gouffre sera plein et nous te tuerons, prévint l’homme qui avait entraîné les autres à se débarrasser de Laudine.
La jeune femme ne répondit rien et s’assit contre une pierre plate, le bras droit replié afin de ménager sa clavicule qu’elle ne pouvait soigner. Les chasseurs s’en allèrent, satisfaits de s’être débarrassée de la sorcière.
Lorsque le jeune pêcheur, qui se nommait Guénaël, ne vit plus les cinq hommes au sommet de la falaise, il se leva, emportant son filet et son sac avec lui, et s’approcha du trou dans lequel s’engouffre la mer. Les dix chiens se tournèrent vers lui avec méfiance, mais Guénaël n’avait pas peur et avait tout prévu. De son sac, il sortit le repas que sa sœur lui avait préparé plus tôt dans la matinée avant qu’il ne parte pour la plage. Il approcha la boite d’un des chiens et encouragea les autres à goutter aussi au plat. Lorsque tous les canidés furent en train de se repaître, il s’approcha plus avant du trou de pierres et appela Laudine qu’il ne voyait pas car elle était installée sous une corniche naturelle.
— Mademoiselle Laudine ? Mademoiselle Laudine ! Vous êtes là ?
Entendant cette voix, Laudine s’approcha à trois pattes, le bras droit replié, pour ne pas se cogner la tête contre la roche, et aperçut le jeune apprenti pêcheur. Lorsqu’il la vit, Guénaël fut tellement éblouit par sa beauté qu’il en tomba encore plus amoureux.
— Pouvez-vous m’aider ? demanda Laudine, qui n’osait pas se transformer.
— Si je vous sors de là, vous promettez de m’épouser ? tenta Guénaël tout en ayant bien l’intention de la mettre hors de danger quelque soit sa réponse.
Laudine, à laquelle Guénaël plaisait beaucoup et que, du haut de la falaise, elle avait repéré depuis de nombreux jours, accepta sans hésiter bien qu’elle trouva étrange qu’un jeune homme veuille se marier à une sorcière. Alors, ravi, Guénaël jeta son filet dans le gouffre pour que Laudine s’y accroche.
— Vous ne pouvez pas vous transformer ? demanda-t-il.
— Non, car je suis blessée, et je ne sais pas les sors qui guérissent.
Laudine saisit le filet à une main et y coinça ses pieds. Elle tenta de grimper mais son bras droit lui faisait beaucoup trop mal, et Guénaël dû la hisser à l’extérieur du gouffre, trouant sa robe et sa cape en plusieurs endroits et lui écorchant les doigts de la main gauche contre les pierres. Mais, tendit qu’il l’aidait, les chiens finissaient leur repas, et ils virent bien que la femme que leurs maîtres avaient jetés dans le gouffre tentait de s’échapper. Tous se mirent à gronder et à aboyer. Laudine ne se démonta pas. Elle s’agenouilla, le bras droit toujours replié, et parla aux chiens car, si elle ne savait pas les sors qui soignent, elle connaissait ceux qui permettent de parler aux animaux.
— Chiens, écoutez-moi. Vous ai-je déjà fait du mal à vous ou à vos maîtres ? Ai-je déjà fait du mal aux villageois qui se promènent ou cueillent dans la plaine et dans la forêt, et ai-je déjà blessé les étrangers qui leurs rendent visite et parcourent les chemins ?
Les chiens répondirent par la négative.
— Alors pourquoi vouloir vous en prendre à moi ?
— Nos maîtres nous l’ont demandé, répondirent les chiens.
— Mais est-ce juste ?
Les chiens réfléchirent, Laudine enchaîna.
— Je vous propose quelque chose. Si vous me laissez partir et rentrer chez moi, j’apprendrai les sorts qui soignent les animaux en plus de ceux qui soignent les humains, ainsi, lorsque vous aurez mal quelque part, vous n’aurez qu’à venir me voir pour que je vous aide. Aussi, ma maison vous sera toujours ouverte si vous avez froid ou faim ou soif, ou que vous voulez dormir l’hiver devant le feu de ma cheminée. Quand vous serez vieux, et que les chasseurs ne voudront plus de vous, vous ne serez pas condamnés à errer, vous pourrez venir dans ma maison.
Les chiens réfléchirent. Puis ils acceptèrent. Alors Laudine prit le chemin de l’escalier taillé dans la falaise, les chiens l’entourant pour rentrer avec elle.
Guénaël, voyant la bonté dont avait fait preuve sa nouvelle fiancée, en tomba encore plus amoureux. Traversant la plaine, puis la forêt, ils rentrèrent dans le village et se rendirent à la mairie pour se marier. Chacun était tellement heureux pour le jeune couple, que personne n’écouta les chasseurs pestant que Laudine était une sorcière et qu’elle s’était transformée en bouc pour remonter sur la falaise.
Dès le soir, Laudine apprit les sorts pour soigner sa clavicule douloureuse, puis elle respecta sa promesse, et apprit ceux qui soignent les chiens et les autres animaux. De nombreuses années heureuses passèrent, durant lesquelles, chaque matin, le jeune couple marchait au bord de la falaise. De temps à autre, les chiens des chasseurs venaient les voir, parfois accompagner de leurs chiots. Un jour, à l’aube, alors que Guénaël et Laudine ouvraient la porte de leur maison pour sortir, ils aperçurent les cinq chiens, très vieux, s’approcher d’eux. Ils leur expliquèrent qu’ils étaient trop vieux pour chasser et que les chasseurs les avait chassé de leur maison pour se débarrasser d’eux. Alors Laudine les accueillit.
Depuis ce jour, Laudine et Guénaël qui est devenu vieux à son tour, recueillent les chiens trop vieux dont les chasseurs ne veulent plus, et s’occupent d’eux comme de leurs propres chiens.

FIN
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Voilà :) Qu'en pensez-vous ?

Les participantes : Fil culturelAlexJolly JuniperMarie KléberDans ma boîte à maliceAcid GirlChroniques d'une frenchieGoldfish Gang BlogLe Paradigm'

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