dimanche 8 novembre 2015

Discrimination invisible

Bonjour !

Ce matin je jetais un œil dans le fil d'actu d'Hellocoton et je suis tombée sur un article de Laura à propos des phrases que l'on peut lire parfois ; "je mange comme un gros", "repas de gros", etc. J'ai lu les commentaires (ce que je fais rarement) et certaines choses m'ont fait halluciner...

Des personnes qui crient à la liberté d'expression en passant par celles qui se plaignent qu'on ne puisse plus rien dire jusqu'à celles qui plaident l'expression et le détournement des mots ; on a le droit à tout. Je crois que toutes ces personnes ne se rendent pas compte de la violence de telles expressions ; assorties au fameux "ça fait pédé" de ma soeur, "c'est du gâchis que tu sois gay" et autres "le prof il fait son juif". Juste des expressions, des remarques, des trucs juste comme ça qui jouent sur les représentations collectives des gros qui se gaveraient de hamburgers matin midi et soir, des gays qui seraient plus faibles, plus petits, plus ridicules que les hétéros et qui ne pourraient pas être beaux. C'est pas grave, c'est vrai, ce ne sont que des expressions après tout.

Mais les mots ont un sens. Un vrai sens, un sens profond. Pourtant pas grand monde ne relève. C'est de la discrimination de tous les jours, de la discrimination suintante, insidieuse, invisible. De la discrimination qui se cache derrière l'excuse de l'expression, de l'humour, de la dérision, du second degré. Mais de la discrimination quand même. Le pire, ce sont les personnes qui se dédouanent en disant qu'elles ont des amis gays qui utilisent l'expression "c'est pas un truc de pédé" et qui en rient. Ce n'est pas parce que les gays l'utilisent que c'est bien. Dirait-on que les femmes doivent ne pas demander l'égalité des droits parce que certaines femmes disent que la gent féminine doit rester à la maison ? Puisque ma voisine dit que son homme a le droit de la tabasser pour la punir j'ai le droit de le dire et de le penser aussi ? Comment ça ce n'est pas pareil ? Ah bon ? Vous êtes sûr ? Réfléchissez-y et on en reparle dans quelques heures quand ça aura mariné un peu.

Bien sûr, avec ses amis, on peut se permettre plus de choses, on peut se permettre de les traiter de bougnoules tant que eux ça ne les dérange pas. Mais si je vais voir vos amis, que je les interpelle dans la rue en les appelant "sale arabe" ou "bougnoule" je pense qu'ils vont me regarder de travers. Vous voyez ma soeur a un ami Noir, un jour elle s'est amusée à lui dire "attends, t'as un truc là... ah nan ça part pas en fait". Elle peut, c'est rigolo, c'est second degré, c'est son ami. C'est un peu le même principe de dérision que quand mon amie commence une phrase par "tu sais j'ai réfléchi" et que je la coupe, avec un grand sourire, par "ah bon ? t'as réfléchi, toi ?". Parce qu'on accepte la dérision venue de nos amis, mais pas celle venue des simples camarades ou collègues auxquels on dit seulement bonjour le matin sans que ça n'aille jamais plus loin. Parce qu'on ne les connait pas, on ne sait pas s'ils rigolent vraiment, ils ne sont pas assez entrés dans notre "cercle" pour avoir le droit de se foutre de notre gueule avec insolence. Et c'est pas grave, c'est humain.

Mais, franchement, il ne me viendrait pas à l'idée d'interpeller une amie lesbienne en lui disant "eh la gouine !". Même si c'est mon amie. C'est comme les gens au lycée qui s'appellent "ma salope" ou "ma pute". Je suis désolée mais c'est une insulte. Jamais, jamais, jamais je ne parlerais de mon amie lesbienne en disant "la gouine". C'est d'une violence... ! Je ne pourrais pas.

"C'est pas grave, c'est une expression". Moui. Mais c'est bien sûr. Ce ne sont pas des expressions. Il y a un mot pour qualifier ces phrases, un mot dont on n'aime pas trop se faire accuser parce que l'on sait que c'est mal, pas gentil, et que non ô grand jamais on ne correspondra à ce terme. Ce mot c'est "discrimination". Dire "je mange comme un gros" ou "ça fait pédé" ça s'appelle de la discrimination. Et j'irai même plus loin en faisant un rapprochement avec un sujet de société dont on a pas mal parlé ces derniers jours, moi y compris, qui est le harcèlement scolaire. Pour deux raisons : premièrement parce que même si vous n'utilisez ces phrases que de temps en temps, si tout le monde le fait, dans les fils d'actualité une personne peut le lire quinze, vingt fois (répétition donc harcèlement), et deuxièmement parce que le harcèlement est le seul délit pour lequel on n'est pas obligé de prouver la volonté de la personne de harceler, de vexer, de faire du mal. Autrement dit, même si vous n'utilisez pas ces expressions à mal, comme les mots ont un pouvoir, vous faites du mal.

Dirait-on que des élèves qui insultent leur camarade de "sale roux" ou qui disent "tu pues le roux !" ce n'est pas grave ? Que ça ne se rapproche pas de ces expressions que l'on peut lire sur Instagram et entendre au coin d'une rue ? Ah non ? Ah... bon.

Le simple fait que vous ne voyiez pas le problème dans ce genre d'expression prouve que c'est de la discrimination invisible. Quand ma soeur dit "ça fait pédé" (même si j'ai l'impression qu'elle le dit moins ces derniers temps) mes parents ne relèvent pas. Quand je suis partie en vacance avec ma famille et des amis de la famille cet été et que les fils d'à peu près notre âge parlaient de "taffiole" (je sursautais intérieurement à chaque fois et serrais les dents mais franchement je pense que j'aurais dû dire quelque chose !) aucun des quatre adultes (je ne me compte ni moi ni la fille de vingt-deux ans _ qui a pas dû voir le problème non plus d'ailleurs) n'a réagi. Jamais. En deux semaines. Deux semaines ! Ben non. Parce que ce n'est pas grave. Ce sont des expressions. De simples expressions. De l'humour. De la dérision, du second degré. Des expressions.

De la discrimination.

Alors s'il vous plait, vraiment, faites attention à ce que vous dites ! Même si vous avez des amis homosexuels qui utilisent ce genre "d'expressions" ; ne les laissez pas faire ! Parce que ça n'aide vraiment pas à lutter contre le racisme, l'homophobie, et la discrimination en général. Dans les commentaires de l'article de Laura une personne disait qu'elle était surprise d'un article "pour si peu". Ce n'est pas "peu". C'est au contraire beaucoup. Autant que quand une fille de ma fac dit qu'elle n'est bonne qu'aux "sports de filles". Parce que c'est le genre de choses qui passent un peu inaperçues mais incruste dans les esprits les clichés, les sous-entendus, les idées selon lesquelles tel ou tel groupe de personnes vaut moins, est moins important, moins fort, moins intelligent... Ce n'est pas "si peu". C'est au contraire beaucoup.

Qu'en pensez-vous ?


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15 commentaires:

  1. Très juste ! :) Merci pour cet article !

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  2. Faut pas poster si tard, mes neurones vont encore avoir du mal X'D

    M'enfin je ne vois pas qui pourrait ne pas être d'accord avec ce que tu dis, je veux dire, pour moi c'est presque du bon sens.
    Mais c'est vrai qu'on entend parfois des choses qui nous hérissent le poil et on ne dit rien... peut être qu'on devrait ?
    Tiens cette soirée même j'étais à une petite réunion de famille, et ça à encore dérivé sur le fait que dans ma ville natale il n'y ait "que des noirs", puis que à tel endroit ensuite "il n'y a que des arabes"... je déteste ça !! J'en ai marre d'entendre ce genre de connerie, j'ai envie de prendre la parole et dire "et alors ?????" Mais je ne le fait pas. C'est pourtant des personnes que j'apprécie, avec qui j'aime bien déconner même, mais dans ces moments là j'essaie de déconnecter mes oreilles pour ne pas entendre. Je ne veux pas non plus qu'on me serve (comme souvent) l'excuse du "c'est pas la même génération" ou encore "ils sont de la campagne, y'a pas beaucoup d'étrangers chez eux alors c'est normal"... quoi normal ? Non vraiment chacun à un cerveau et une conscience des choses. C'est comme quand j'entends dire "les noirs c'est tous des voleurs et les arabes des terroristes", même sur le ton de l'humour je trouve que ça reste une remarque vexante.
    Je ne dis pas que je suis mère Thereza, ou l'incarnation de l'amour, la paix et la tolérance mais voilà x)

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    1. Rien t'oblige à commenter si tard ;)

      Oui pour moi aussi, mais apparemment ça ne l'est pas pour tout le monde !
      Les amis de la famille avec qui je suis partie en vacance vivent à la campagne et ils sont racistes (le racisme dissimulé et distillé, pas le "les Noirs tous des cons")... peut-être qu'à la campagne les gens sont plus racistes... de là à dire que c'est "normal" et à devoir ne rien dire...

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    2. Ce n'est pas moi qui dit que c'est normal, c'est la société. Comme quand on pardonne à une personne âgé ce type de remarque qui serait dût à sa génération.
      Pour avoir vécu en banlieue Parisienne 22 ans j'ai beaucoup de mal avec tout ça, parce que j'ai côtoyé tellement de personnes d'origines différentes, ça faisait partit de mon quotidien. Et entendre les gens de là où je vis maintenant faire des remarques comme ça... je ne comprends pas.
      "racisme distillé" c'est à dire ?

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    3. Ben pas le racisme qui s'affiche clairement en disant "les Noirs sont comme si, ou ça" mais plus des façons de parler d'une personne Noire, au détour d'une conversation... Ou en utilisant des "expressions" avec "taffiole" en utilisant justement l'excuse de l'expression second degré.

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  3. Je suis d'accord avec toi. Ces mots discriminatoires répétés de façon régulière ça peut nuire à l'autre même si ce n'est pas volontaire pour certaines personnes. J'ai subi des harcèlements avec mon ex, le fait d'être femme au foyer, c'est très mal considéré dans la Société, c'est connu, ça ne fait rien de sa journée... Ma cadette avait subi un harcèlement d'une camarade de classe... Je suis outrée de cette Société... l'amour est où ? le plus dur est effectivement de répéter des mots d'amour....

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  4. Je suis ô combien d'accord! Ca marche aussi lorsqu'on se "moque" de nos enfants en disant "c'est un flemmard" parce qu'ils marchent un peu trop tard à notre goût, "elle est têtue" lorsqu'elle pique des crises de contrariété un peu trop fortes à notre goût... Ce genre de réflexions lancées à la légère reflète plus une vérité profonde sur comment on voit les autres qu'on souhaite se l'admettre, du coup, on mets ça sur le compte de l'humour, car ça fait moins peur!
    Je suis pour faire attention à l'utilisation des mots justes lorsque je parle, et c'est un combat de chaque instant contre des vieux réflexes bien ancrés!
    Je conclus en apportant quand même la nuance que cela reste malgré tout mon avis personnel... ;)

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  5. Trop souvent, les gens ne réfléchissent même plus au sens profond des mots. C'est bien triste. Je me souviens quand j'étais au lycée, j'en pouvais plus des filles qui s'appelaient "ma pute" parce que "c'est affectueux !" disaient-elles; de même que les "il court comme une gonzesse". Il y a plein d'expressions du genre qui sont terribles. En tout cas, je suis d'accord avec tout ce que tu as pu dire dans cet article très intéressant (et intelligent).

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    1. Mais voyons, je n'écris que des articles intéressants (et intelligents), c'est bien connu ;) :P
      Je n'ai pas pensé aux "il court comme une gonzesse" mais c'est vrai que c'est aussi assez violent dans les imaginaires collectifs de ce que doivent être les hommes et ce que doivent être les femmes.

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  6. Joli post, je suis bien d'accord avec toi !

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  7. Bonsoir !

    Alors déjà, ton post est bien construit, argumenté, j'aime beaucoup ton style et ta façon de t'exprimer :-) et je suis d'accord avec tes idées.

    Le truc étant que :

    • j'étais Monsieur Tigre. (Ça remonte à loin, je sais ^^)

    Tu m'avais sermonné au sujet de mon article sur Justin Bieber : je l'avais taxé d'"efféminé", de "pd"... je me suis rendu compte de mon erreur dès que tu me l'as dit, et j'ai modifié l'article en conséquence.

    Le truc étant ...

    ... que je m'en suis encore plus rendu compte quand, des années plus tard, j'ai découvert, après une longue période de doute atroce, que j'étais bisexuel.

    Ce genre de révélation, ça te retourne la tête, tu te dis que tout s'explique, mais aussi ça te perturbe, te rend malade.

    Puis tu rencontres des gens, à la fac, qui le sont aussi. Ça te rassure. Tu leur en parles : tu n'es pas seul.

    Bon. Ça, c'était la partie "j'ai fait une petite bêtise et je réalise aujourd'hui que ce n'était pas du tout bien".

    Mais autour de moi, il n'y a pas que de la bienveillance envers cela.
    Mes amis, ma sœur m'acceptent en tant que tel. Bien.

    Mais le dire à mes parents ? À ces mots, je prends peur.
    Car je sais que ce n'est pas "ce qu'ils désirent".

    Mais c'est ce que je suis.


    Le problème étant que j'entends mon père, souvent, dire "fais pas ton pd", "sois un homme", "c'est pas parce que tu traînes avec beaucoup de filles que tu dois devenir gay". Voire : "choisis ton camp, mais choisis-le bien".

    Je comprends mon père.

    L'éducation, la socialisation, les normes et les valeurs vont dans tous les sens.
    C'est pas gagné.
    Mais ça n'est pas sa faute.
    Pas entièrement.


    Rien que ce soir, dans le métro, en rentrant des cours, j'écoutais "First Time He Kissed a Boy", de Kadie Elder, sur mon portable.

    Ayant téléchargé la chanson sur Google Play, la pochette de l'album s'est affichée en gros plan : deux garçons sur le point de s'embrasser.

    À travers mes écouteurs, j'ai fait semblant de ne pas entendre.
    Mais j'ai distinctement compris, dès l'apparition de la pochette :

    - "T'as vu ? Sur son écran ? Comment on peut aimer les gens comme ça ?"

    J'ai levé les yeux, ils ont baissé la tête.


    Ça fait à la fois peur, pitié et drôle.

    Peur, car on ne sait pas ce qu'ils peuvent faire de leur dégoût : le ravaler après ? L'utiliser comme un prétexte à la violence ?

    Pitié, car on se dit qu'ils ne sont pas ouverts d'esprit.

    Drôle, car on est en 2015 et qu'on aimerait être, nous, gays, bis, être considérés comme faisant partie d'une norme parallèle à l'hétéronormativité, acceptés, pas considérés comme "bizarres", etc. ; ça n'est pas un choix réel, c'est un fait que l'on doit nous-même accepter.

    Drôle aussi parce que je me suis senti jugé ; jugé pour le simple goût pour une musique dont je n'ai pas choisi le packaging esthétique, que j'aurais très bien pu écouter sans savoir ce qu'elle racontait, sans être moi-même gay ou bi.

    Il est de ces jugements qui laissent une empreinte à la fois discrète et amère.


    Ça n'était que l'instant de quelques petites secondes dans le métro, entre deux arrêts. Mais ça fait réfléchir.


    Pardon Justin Bieber.


    Et encore merci, Melgane, pour cet article qui fait du bien.

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    1. Ravie que ça te plaise !

      Oh ! Oui ça fait longtemps !
      Je ne me souviens pas de cet article de Justin Bieber mais si toi ça t'a marqué, tant mieux !
      Toutes ces phrases sont assez horrible pour moi à lire alors quand elles vous visent... j'imagine assez l'effet que ça fait vu que ma mère dit que je ne suis pas normale x)

      Demander "comment peut-on aimer les gens comme ça" revient à demander "comment peut-on aimer les gens". Donc c'est stupide. Comment peut-on aimer les gens ? On ne peut pas (je suis à moitié associable haha xD). Bref.

      On est en 2015 mais quand on voit comment sont traitées et vu les femmes... en fait je pense que la condition des gays et bi s'améliorera quand celle des femmes se sera améliorée. Parce que le problème des gays et des bi (j'allais dire davantage les hommes que les femmes mais même pas d'ailleurs) c'est que ça joue sur la représentation collective de la masculinité par excellence et de ce que doit être une femme. Une femme devant être douce, gentille, attentionnée et un homme ayant le droit d'utiliser la violence, de ne pas sourire, etc. eh bien les gays et les lesbiennes posent problème dans le représentation des genres féminins et masculins. Une lesbienne (là je vais carrément dans les extrêmes et les clichés mais c'est pour bien faire comprendre ce que je veux dire) c'est la camionneuse musclée, le gay, c'est la fille dans un corps de garçon, maniéré, précieux, un peu chochotte sur les bords. Tout ce que ne doivent pas être des femmes et des hommes. Il y a comme interversion des rôles et des attributs, le tout mêlé à un peu de religion (la Bible dit que les gays c'est pas bien mais aussi que, en gros, ça sera la fin du monde quand on ne reconnaîtra plus les hommes des femmes). Donc quand on aura compris qu'une femme peut faire du rugby et qu'elle est humaine et qu'elle est forte et quand on aura intégrer qu'un garçon peut pleurer et être doux et être sentimental, alors je pense que ça bouleversera un peu les imaginaires collectifs des hommes et des femmes et que donc ça changera la représentation que l'on a de l'homosexualité, du moins partie, parce qu'il n'y aura plus "interversion" des rôles.

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    2. Ça pourrait faire un article dis donc !

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  8. Je suis d'accord avec toi. Le problème c'est qu'on en parle pas tant que ça !

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