samedi 14 novembre 2015

Les islamistes ne sont pas musulmans

Bonjour !

On voit un grand élan de pensées, de solidarité, moi j'aimerais passer à l'étape suivante, anticiper un peu sur ce qui va arriver : le communautarisme, les amalgames. Je ne sais pas si c'est parce que je ne suis pas Parisienne, ou parce que je ne connais personne qui était en danger à Paris, mais depuis hier j'ai gardé la tête bien froide. Je n'ai pas peur. Je savais que ça allait arriver, c'était évident. Bref. Je voudrais passer l'étape suivante. On s'en fiche des pourquoi, des comment. Pourquoi ? C'est évident : nous sommes engagés en Syrie, et Daesh a décidé de se battre contre tout le monde : Belgique, Tunisie, Liban, Russie... chacun son tour. Donc je voudrais passer à l'étape suivante.

L'étape suivante c'est celle où on se dresse contre les amalgames et où on dit "les islamistes n'ont rien à voir avec les musulmans". Parce que je n'ai pas l'impression que ce soit bien clair dans tous les esprits... ma soeur a dit un truc du genre "les islamistes c'est comme les musulmans mais en pire". Non. Ce ne sont pas des musulmans. Ce sont des dégénérés qui utilisent une religion comme prétexte. Comme Joseph Kony en Ouganda qui n'est pas chrétien : il veut juste renverser le gouvernement ougandais et le diriger avec sa vision des Dix Commandements. Pour ça il embrigade des enfants et leur met des armes dans les mains. Il utilise une religion. Les islamistes sont pareil : ils ne sont pas musulmans : ils utilisent une religion. Ce sont des dégénérés intelligents, qui ont tout compris à l'embrigadement, qui ont choisi un jour idéal, qui sont assez bien organisés et qui savent ce qu'ils font. Mais ce sont des dégénérés du bulbe quand même. Pas des musulmans.

Sur Europe1, de quatorze heure à dix-huit heure, il y avait une édition spéciale où les auditeurs qui le souhaitaient pouvaient appeler pour poser leurs questions. Un monsieur a dit qu'il avait perdu des amis à l'Hyper Cacher. Il a dit que s'il n'y avait pas eu Charlie on n'en aurait pas parlé, de l'Hyper Cacher. Mais, surtout, il a dit que les musulmans étaient responsables. Que c'était un peu de leur faute, quand même. Je trouve ça très grave. Qu'on se laisse emporter par les émotions je peux le comprendre même si ce n'est pas vraiment mon cas mais dire des choses comme ça c'est très grave. Les musulmans n'y sont pour rien. D'ailleurs la moitié, voire plus, des recrues de Daesh sont des convertis et pas du tout musulmans originellement (ni musulmans après la conversion, du coup). Je trouve ça grave de dire des choses comme ça. Parce que des auditeurs pourraient le croire, pourraient se dire "oui, finalement, oui c'est vrai" alors que pas du tout. Comme le rappelait l'une des personnes présentes dans le studio la plupart des victimes de l'Etat Islamique sont des musulmans.

Alors voilà, je prends l'initiative de passer à l'étape suivante ; l'étape après l'émotion, l'étape après l'indignation, l'étape après la colère, l'incompréhension : l'étape où l'on dit que ces gens qui se sont fait sauter la cervelle en prenant d'autres vies avec eux n'ont rien à voir ni avec l'islam ni avec les musulmans. Je trouve que c'est important de le dire, de le marteler. Ça évitera peut-être à des abrutis de dire à la radio qu'il faut interdire le voile à l'université parce qu'il y a de la radicalisation dans les facs. Et à d'autres abrutis en herbe de les croire. Ça évitera peut-être qu'on stigmatise des innocents. Donc je passe à l'étape deux, l'étape où on évite l'amalgame. La suivante ce sera l'humour noir, parce qu'on peut (et doit) rire de tout.

Que pensez-vous de tout ça ?


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dimanche 8 novembre 2015

Discrimination invisible

Bonjour !

Ce matin je jetais un œil dans le fil d'actu d'Hellocoton et je suis tombée sur un article de Laura à propos des phrases que l'on peut lire parfois ; "je mange comme un gros", "repas de gros", etc. J'ai lu les commentaires (ce que je fais rarement) et certaines choses m'ont fait halluciner...

Des personnes qui crient à la liberté d'expression en passant par celles qui se plaignent qu'on ne puisse plus rien dire jusqu'à celles qui plaident l'expression et le détournement des mots ; on a le droit à tout. Je crois que toutes ces personnes ne se rendent pas compte de la violence de telles expressions ; assorties au fameux "ça fait pédé" de ma soeur, "c'est du gâchis que tu sois gay" et autres "le prof il fait son juif". Juste des expressions, des remarques, des trucs juste comme ça qui jouent sur les représentations collectives des gros qui se gaveraient de hamburgers matin midi et soir, des gays qui seraient plus faibles, plus petits, plus ridicules que les hétéros et qui ne pourraient pas être beaux. C'est pas grave, c'est vrai, ce ne sont que des expressions après tout.

Mais les mots ont un sens. Un vrai sens, un sens profond. Pourtant pas grand monde ne relève. C'est de la discrimination de tous les jours, de la discrimination suintante, insidieuse, invisible. De la discrimination qui se cache derrière l'excuse de l'expression, de l'humour, de la dérision, du second degré. Mais de la discrimination quand même. Le pire, ce sont les personnes qui se dédouanent en disant qu'elles ont des amis gays qui utilisent l'expression "c'est pas un truc de pédé" et qui en rient. Ce n'est pas parce que les gays l'utilisent que c'est bien. Dirait-on que les femmes doivent ne pas demander l'égalité des droits parce que certaines femmes disent que la gent féminine doit rester à la maison ? Puisque ma voisine dit que son homme a le droit de la tabasser pour la punir j'ai le droit de le dire et de le penser aussi ? Comment ça ce n'est pas pareil ? Ah bon ? Vous êtes sûr ? Réfléchissez-y et on en reparle dans quelques heures quand ça aura mariné un peu.

Bien sûr, avec ses amis, on peut se permettre plus de choses, on peut se permettre de les traiter de bougnoules tant que eux ça ne les dérange pas. Mais si je vais voir vos amis, que je les interpelle dans la rue en les appelant "sale arabe" ou "bougnoule" je pense qu'ils vont me regarder de travers. Vous voyez ma soeur a un ami Noir, un jour elle s'est amusée à lui dire "attends, t'as un truc là... ah nan ça part pas en fait". Elle peut, c'est rigolo, c'est second degré, c'est son ami. C'est un peu le même principe de dérision que quand mon amie commence une phrase par "tu sais j'ai réfléchi" et que je la coupe, avec un grand sourire, par "ah bon ? t'as réfléchi, toi ?". Parce qu'on accepte la dérision venue de nos amis, mais pas celle venue des simples camarades ou collègues auxquels on dit seulement bonjour le matin sans que ça n'aille jamais plus loin. Parce qu'on ne les connait pas, on ne sait pas s'ils rigolent vraiment, ils ne sont pas assez entrés dans notre "cercle" pour avoir le droit de se foutre de notre gueule avec insolence. Et c'est pas grave, c'est humain.

Mais, franchement, il ne me viendrait pas à l'idée d'interpeller une amie lesbienne en lui disant "eh la gouine !". Même si c'est mon amie. C'est comme les gens au lycée qui s'appellent "ma salope" ou "ma pute". Je suis désolée mais c'est une insulte. Jamais, jamais, jamais je ne parlerais de mon amie lesbienne en disant "la gouine". C'est d'une violence... ! Je ne pourrais pas.

"C'est pas grave, c'est une expression". Moui. Mais c'est bien sûr. Ce ne sont pas des expressions. Il y a un mot pour qualifier ces phrases, un mot dont on n'aime pas trop se faire accuser parce que l'on sait que c'est mal, pas gentil, et que non ô grand jamais on ne correspondra à ce terme. Ce mot c'est "discrimination". Dire "je mange comme un gros" ou "ça fait pédé" ça s'appelle de la discrimination. Et j'irai même plus loin en faisant un rapprochement avec un sujet de société dont on a pas mal parlé ces derniers jours, moi y compris, qui est le harcèlement scolaire. Pour deux raisons : premièrement parce que même si vous n'utilisez ces phrases que de temps en temps, si tout le monde le fait, dans les fils d'actualité une personne peut le lire quinze, vingt fois (répétition donc harcèlement), et deuxièmement parce que le harcèlement est le seul délit pour lequel on n'est pas obligé de prouver la volonté de la personne de harceler, de vexer, de faire du mal. Autrement dit, même si vous n'utilisez pas ces expressions à mal, comme les mots ont un pouvoir, vous faites du mal.

Dirait-on que des élèves qui insultent leur camarade de "sale roux" ou qui disent "tu pues le roux !" ce n'est pas grave ? Que ça ne se rapproche pas de ces expressions que l'on peut lire sur Instagram et entendre au coin d'une rue ? Ah non ? Ah... bon.

Le simple fait que vous ne voyiez pas le problème dans ce genre d'expression prouve que c'est de la discrimination invisible. Quand ma soeur dit "ça fait pédé" (même si j'ai l'impression qu'elle le dit moins ces derniers temps) mes parents ne relèvent pas. Quand je suis partie en vacance avec ma famille et des amis de la famille cet été et que les fils d'à peu près notre âge parlaient de "taffiole" (je sursautais intérieurement à chaque fois et serrais les dents mais franchement je pense que j'aurais dû dire quelque chose !) aucun des quatre adultes (je ne me compte ni moi ni la fille de vingt-deux ans _ qui a pas dû voir le problème non plus d'ailleurs) n'a réagi. Jamais. En deux semaines. Deux semaines ! Ben non. Parce que ce n'est pas grave. Ce sont des expressions. De simples expressions. De l'humour. De la dérision, du second degré. Des expressions.

De la discrimination.

Alors s'il vous plait, vraiment, faites attention à ce que vous dites ! Même si vous avez des amis homosexuels qui utilisent ce genre "d'expressions" ; ne les laissez pas faire ! Parce que ça n'aide vraiment pas à lutter contre le racisme, l'homophobie, et la discrimination en général. Dans les commentaires de l'article de Laura une personne disait qu'elle était surprise d'un article "pour si peu". Ce n'est pas "peu". C'est au contraire beaucoup. Autant que quand une fille de ma fac dit qu'elle n'est bonne qu'aux "sports de filles". Parce que c'est le genre de choses qui passent un peu inaperçues mais incruste dans les esprits les clichés, les sous-entendus, les idées selon lesquelles tel ou tel groupe de personnes vaut moins, est moins important, moins fort, moins intelligent... Ce n'est pas "si peu". C'est au contraire beaucoup.

Qu'en pensez-vous ?


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dimanche 1 novembre 2015

Projet de recueil commun #3

Bonjour !

Durant ces deux derniers mois j'ai reçu de nouveaux contes et nouvelles pour le projet qui en compte désormais une vingtaine. Mais, comme je le disais sur Hellocoton il y a quelques semaines, un membre d'un forum sur lequel je me suis inscrite pour parler du projet m'a conseillé de mettre en place un comité de lecture qui s'assurerait que les textes visent bien la cible voulue (primaire de grande et petite section, lisibles de manière agréable, dans le meilleur des cas, par des adultes). Donc si vous ne voulez pas écrire d'histoires, ou n'avez pas d'inspiration, mais que vous voulez participer au projet, vous pouvez faire partie du comité de lecture. Il n'y a pas réellement de prérequis, si ce n'est que si vous avez des enfants c'est peut-être mieux, afin de tester sur eux les contes. Il me faudrait entre quatre et six personnes pour qu'avec moi ça fasse un nombre impair et qu'il existe une majorité. Fanfreluque et Amastuces se sont déjà proposées, donc si elles veulent toujours il ne me manque plus que deux ou quatre personnes.

Il va aussi falloir songer à choisir une association. Il y en a trois qui ont retenu mon attention ; SOS Enfants sans frontières, Enfants du monde, et Aide et Action. Je crois que ma préférée est cette dernière mais j'aimerais beaucoup avoir votre avis sur le sujet !

Aussi, comme je vous le disais dans le dernier article parlant du projet, j'ai lancé un forum sur l'idée de Cavali'erre sur lequel vous pouvez vous inscrire si vous avez des questions sur le projet ou sur l'écriture des textes à proprement parler, pour participer au choix de l'association... Si vous êtes amenés à faire partie du comité de lecture il faudra vraiment s'inscrire car je pense qu'un sujet sur le forum facilitera la discussion par rapport à une discussion par mail.

Je rappelle que les textes peuvent être envoyés pour le moment jusqu'au 1er Janvier mais que l'on pourra la repousser un petit peu au besoin.

Ce recueil est censé être un recueil illustré, donc si vous êtes illustrateur, pro ou amateur, vous pouvez aussi vous manifester (ici ou sur le forum et précisant dans votre sujet de présentation que vous êtes illustrateur, comme ça je pourrais vous mettre dans le bon groupe de membres). Comme ça, quand j'aurais reçu tous les textes et que le comité de lecture aura choisi (je pense que l'on ne va pas en retirer beaucoup car ils sont vraiment bons !) je pourrais vous envoyer un mail avec tous les textes et j'ouvrirai un sujet sur le forum pour que vous puissiez choisir celui que vous voulez illustrer (encore une fois pour simplifier les choses par rapport à une discussion par mail).

Pour vous inscrire sur le forum il faut cliquer sur l'icône du milieu (quand vous passez votre souris apparaît "s'enregistrer"). Vous allez recevoir un mail avec un lien de validation (si vous ne l'avez pas au bout d'un moment regardez dans les spams). Ensuite ça serait bien que vous ouvriez un sujet de présentation pour vous présenter aux autres membres :)

Il y a deux-trois jours j'ai envoyé un mail à plusieurs maisons d'éditions jeunesse, juste comme ça, parce que qui ne tente rien n'a rien, comme on dit, mais pour le moment je suis confrontée à l'ignorance et au silence, sans grande surprise.

Donc pour récapituler : il me faut des membres de comités de lecture [edit : j'ai tout le monde], des avis sur le choix de l'association, des textes (beaucoup de textes), et des illustrateurs :) Je ferais le prochain point dans deux mois, le jour de l'arrêt de l'appel à texte, le 1er Janvier ! Si d'ici là vous avez des questions n'hésitez pas !


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Les Jolies Plumes #8

Bonjour !

Ce mois-ci le sujet de l'Atelier des Jolies Plumes _ pour participer vous pouvez envoyer un mail à cette adresse latelierdesjoliesplumes@gmail.com _ c'était : "Ce mois-ci, nous vous invitons à écrire une histoire d'amour. Le début, la fin, le milieu, l'entier, dans l'ordre, le désordre, l'avant, l'après, c'est vous qui choisissez. Elle peut être magique, tragique, héroïque, fantastique, surréaliste, ancrée, légère, difficile, passée, présente, future, c'est votre histoire et nous avons hâte de découvrir les traits que vous lui donnerez...". J'ai été très embêtée parce que je ne sais absolument pas écrire les histoires d'amour... du coup j'ai triché. J'ai écrit un conte ;)

Ce qui me permet de vous rappeler au passage le projet de recueil commun ! :)
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Il était une fois une jeune femme qui vivait au sommet des falaises dans la maison que ses arrière-grands-parents avaient construite plusieurs décennies plus tôt. Chaque matin, elle se promenait longuement le long de la roche et il semblait aux gens qui de loin l’apercevaient qu’elle marchait en équilibre au bord de la terre et qu’un coup de vent aurait pu à tout moment la faire basculer dans la mer déchaînée en contrebas. Cette jeune femme se nommait Laudine et, lorsque des étrangers demandaient depuis combien de temps sa famille vivait aux abords du village, personne n’était capable de répondre car on ne l’avait jamais su. Les anciens eux-mêmes ne se souvenaient pas de l’installation de ses aïeuls. Cela ravivait les rumeurs et les murmures que le vent portait d’une maison à l’autre et, chaque semaine, une nouvelle histoire voyait le jour autour de Laudine. N’était-elle pas un esprit de l’air pour que les rafales violentes qui rasent les falaises de bon matin en emportant avec elles les fines gouttes de pluies semblent entourer la jeune femme avec respect ? Ou n’avait-elle pas plutôt les pieds fermement ancrés dans la terre dont elle était la fille ? Ne serait-ce pas parce qu’elle était capable de voler qu’elle tenait en équilibre si près du bord ? Ou peut-être était-ce parce que, sous sa robe et sa cape vert foncé, elle n’avait pas de jambes et flottait au-dessus du sol ? Mais tous se trompaient et la jeune femme n’était rien de tout cela, et encore moins un fantôme ; Laudine n’était ni plus ni moins qu’une sorcière. Les villageois ne tardèrent pas à le découvrir.
Un jour que Laudine marchait au bord de la falaise comme tous les matins, le vent s’engouffrant violemment sous sa robe et sa cape qu’il soulevait, un chien jaillit de la forêt et courut dans la plaine en sa direction. À cause du vent, Laudine n’entendit pas ses aboiements, non plus les cris de la demi-dizaine d’hommes qui, plus loin, essayait de le faire revenir. Nul ne sait si le chien n’entendait pas, lui non plus, ou s’il n’en avait cure, mais le fait est qu’il fonçait sur Laudine comme sur son maître. La jeune femme ne l’aperçut que trop tard. Il sauta sur elle, se levant sur ses pattes arrière et s’appuyant au bas de sa poitrine pour rester à sa hauteur. Laudine n’avait pas imaginé qu’il puisse peser si lourd et avoir une telle force. Elle recula de surprise et pour tenter de reprendre son équilibre, mais, se trouvant au bord de la falaise, elle bascula dans le vide.
Dans la plaine, les chasseurs accélérèrent, affolés. Lorsqu’ils parvinrent au bord de la falaise le chien s’était couché tout au bord et aboyait dans le vent. Plus bas, Laudine avait trouvé une prise dans la face déchiquetée de la falaise et ses jambes battaient au-dessus des vagues enragées loin sous elle. Loin de s’affoler, elle réfléchissait. Si elle se laissait tomber et se transformait en goutte d’eau ou en poisson, elle devrait partir car les villageois se demanderaient comment elle avait pu survivre à une telle chute. Mais elle ne pouvait remonter seule en escaladant car sa robe la gênait et, le temps que les hommes aillent chercher une corde au village, elle n’aurait plus de forces. Alors, gravement, elle décida de prendre la décision d’utiliser la magie pour retrouver le sol de la falaise. Laudine prit la forme d’un bouquetin et, posant savamment ses sabots dans les interstices de la pierre, remonta les quelques mètres qui la séparaient du sommet, sous les yeux surpris et inquiets des chasseurs. Une fois saine et sauve, Laudine reprit forme humaine tandis que les hommes se regardaient, interdits. Finalement, l’un d’eux brandit son couteau et, de sa main libre, saisit fermement le bras gauche de Laudine.
— Tu vas nous suivre, sale sorcière ! Et si t’essaye de t’échapper, je te tue, tu as compris !
Laudine hocha la tête. L’homme se tourna vers ses camarades.
— Camarades, nous devons nous débarrasser de cette diablesse ! Amenons-là sur la plage et jetons-là dans le trou où s’engouffre la mer ! Ainsi, comme la marrée monte, les vagues tomberont régulièrement sur elle, et elle n’aura pas l’occasion de se transformer pour sortir, et elle se noiera !
Tous approuvèrent. Et ils firent route vers l’escalier taillé dans la roche qui servait à accéder à la vaste plage de sable de laquelle partaient les pêcheurs très tôt le matin et en revenaient tard dans l’après-midi. Ils arrivèrent une heure plus tard au bas des marches que les années et l’eau puissante de l’océan avaient abimées. Le chef des chasseurs poussa Laudine vers le trou dans lequel s’engouffre la mer. Il s’agissait d’un grand puits naturellement creusé dans le sable par un assemblement de rochers et dans lequel tombaient les vagues lorsque la marrée montait. Non loin de là, assis sur un rocher lissé par les vagues depuis longtemps, un jeune apprenti pêcheur qui n’avait pu partir le matin réparait un filet avec application. De cet endroit il aimait regarder Laudine jouer les funambules sur le rebord de la falaise. Mais, ce matin, concentré, il ne l’avait ratée. Il fut donc surpris de la voir prise en otage par les chasseurs et son cœur se serra car, à force de voir son ballet avec le vent, il en était tombé amoureux. Mais, de peur que les chasseurs ne le capturent lui aussi, il fit mine de n’avoir rien remarqué, tout occupé qu’il était à réparer son filet.
Les chasseurs et leurs chiens d’approchèrent du gouffre et poussèrent brusquement Laudine à l’intérieur. La jeune femme s’écrasa sur le sable trempé et salé, et elle entendit le craquement sec de sa clavicule droite lorsqu’elle se brisa sur la pierre cachée sous une fine couche de sable. En haut les chasseurs ricanèrent.
— Si tu essaye de te transformer en oiseau pour t’échapper, nos chiens te sauteront dessus. Si tu te transforme en poisson pour survivre, nous reviendrons lorsque le gouffre sera plein et nous te tuerons, prévint l’homme qui avait entraîné les autres à se débarrasser de Laudine.
La jeune femme ne répondit rien et s’assit contre une pierre plate, le bras droit replié afin de ménager sa clavicule qu’elle ne pouvait soigner. Les chasseurs s’en allèrent, satisfaits de s’être débarrassée de la sorcière.
Lorsque le jeune pêcheur, qui se nommait Guénaël, ne vit plus les cinq hommes au sommet de la falaise, il se leva, emportant son filet et son sac avec lui, et s’approcha du trou dans lequel s’engouffre la mer. Les dix chiens se tournèrent vers lui avec méfiance, mais Guénaël n’avait pas peur et avait tout prévu. De son sac, il sortit le repas que sa sœur lui avait préparé plus tôt dans la matinée avant qu’il ne parte pour la plage. Il approcha la boite d’un des chiens et encouragea les autres à goutter aussi au plat. Lorsque tous les canidés furent en train de se repaître, il s’approcha plus avant du trou de pierres et appela Laudine qu’il ne voyait pas car elle était installée sous une corniche naturelle.
— Mademoiselle Laudine ? Mademoiselle Laudine ! Vous êtes là ?
Entendant cette voix, Laudine s’approcha à trois pattes, le bras droit replié, pour ne pas se cogner la tête contre la roche, et aperçut le jeune apprenti pêcheur. Lorsqu’il la vit, Guénaël fut tellement éblouit par sa beauté qu’il en tomba encore plus amoureux.
— Pouvez-vous m’aider ? demanda Laudine, qui n’osait pas se transformer.
— Si je vous sors de là, vous promettez de m’épouser ? tenta Guénaël tout en ayant bien l’intention de la mettre hors de danger quelque soit sa réponse.
Laudine, à laquelle Guénaël plaisait beaucoup et que, du haut de la falaise, elle avait repéré depuis de nombreux jours, accepta sans hésiter bien qu’elle trouva étrange qu’un jeune homme veuille se marier à une sorcière. Alors, ravi, Guénaël jeta son filet dans le gouffre pour que Laudine s’y accroche.
— Vous ne pouvez pas vous transformer ? demanda-t-il.
— Non, car je suis blessée, et je ne sais pas les sors qui guérissent.
Laudine saisit le filet à une main et y coinça ses pieds. Elle tenta de grimper mais son bras droit lui faisait beaucoup trop mal, et Guénaël dû la hisser à l’extérieur du gouffre, trouant sa robe et sa cape en plusieurs endroits et lui écorchant les doigts de la main gauche contre les pierres. Mais, tendit qu’il l’aidait, les chiens finissaient leur repas, et ils virent bien que la femme que leurs maîtres avaient jetés dans le gouffre tentait de s’échapper. Tous se mirent à gronder et à aboyer. Laudine ne se démonta pas. Elle s’agenouilla, le bras droit toujours replié, et parla aux chiens car, si elle ne savait pas les sors qui soignent, elle connaissait ceux qui permettent de parler aux animaux.
— Chiens, écoutez-moi. Vous ai-je déjà fait du mal à vous ou à vos maîtres ? Ai-je déjà fait du mal aux villageois qui se promènent ou cueillent dans la plaine et dans la forêt, et ai-je déjà blessé les étrangers qui leurs rendent visite et parcourent les chemins ?
Les chiens répondirent par la négative.
— Alors pourquoi vouloir vous en prendre à moi ?
— Nos maîtres nous l’ont demandé, répondirent les chiens.
— Mais est-ce juste ?
Les chiens réfléchirent, Laudine enchaîna.
— Je vous propose quelque chose. Si vous me laissez partir et rentrer chez moi, j’apprendrai les sorts qui soignent les animaux en plus de ceux qui soignent les humains, ainsi, lorsque vous aurez mal quelque part, vous n’aurez qu’à venir me voir pour que je vous aide. Aussi, ma maison vous sera toujours ouverte si vous avez froid ou faim ou soif, ou que vous voulez dormir l’hiver devant le feu de ma cheminée. Quand vous serez vieux, et que les chasseurs ne voudront plus de vous, vous ne serez pas condamnés à errer, vous pourrez venir dans ma maison.
Les chiens réfléchirent. Puis ils acceptèrent. Alors Laudine prit le chemin de l’escalier taillé dans la falaise, les chiens l’entourant pour rentrer avec elle.
Guénaël, voyant la bonté dont avait fait preuve sa nouvelle fiancée, en tomba encore plus amoureux. Traversant la plaine, puis la forêt, ils rentrèrent dans le village et se rendirent à la mairie pour se marier. Chacun était tellement heureux pour le jeune couple, que personne n’écouta les chasseurs pestant que Laudine était une sorcière et qu’elle s’était transformée en bouc pour remonter sur la falaise.
Dès le soir, Laudine apprit les sorts pour soigner sa clavicule douloureuse, puis elle respecta sa promesse, et apprit ceux qui soignent les chiens et les autres animaux. De nombreuses années heureuses passèrent, durant lesquelles, chaque matin, le jeune couple marchait au bord de la falaise. De temps à autre, les chiens des chasseurs venaient les voir, parfois accompagner de leurs chiots. Un jour, à l’aube, alors que Guénaël et Laudine ouvraient la porte de leur maison pour sortir, ils aperçurent les cinq chiens, très vieux, s’approcher d’eux. Ils leur expliquèrent qu’ils étaient trop vieux pour chasser et que les chasseurs les avait chassé de leur maison pour se débarrasser d’eux. Alors Laudine les accueillit.
Depuis ce jour, Laudine et Guénaël qui est devenu vieux à son tour, recueillent les chiens trop vieux dont les chasseurs ne veulent plus, et s’occupent d’eux comme de leurs propres chiens.

FIN
_____________________

Voilà :) Qu'en pensez-vous ?

Les participantes : Fil culturelAlexJolly JuniperMarie KléberDans ma boîte à maliceAcid GirlChroniques d'une frenchieGoldfish Gang BlogLe Paradigm'

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