samedi 14 novembre 2015

Les islamistes ne sont pas musulmans

Bonjour !

On voit un grand élan de pensées, de solidarité, moi j'aimerais passer à l'étape suivante, anticiper un peu sur ce qui va arriver : le communautarisme, les amalgames. Je ne sais pas si c'est parce que je ne suis pas Parisienne, ou parce que je ne connais personne qui était en danger à Paris, mais depuis hier j'ai gardé la tête bien froide. Je n'ai pas peur. Je savais que ça allait arriver, c'était évident. Bref. Je voudrais passer l'étape suivante. On s'en fiche des pourquoi, des comment. Pourquoi ? C'est évident : nous sommes engagés en Syrie, et Daesh a décidé de se battre contre tout le monde : Belgique, Tunisie, Liban, Russie... chacun son tour. Donc je voudrais passer à l'étape suivante.

L'étape suivante c'est celle où on se dresse contre les amalgames et où on dit "les islamistes n'ont rien à voir avec les musulmans". Parce que je n'ai pas l'impression que ce soit bien clair dans tous les esprits... ma soeur a dit un truc du genre "les islamistes c'est comme les musulmans mais en pire". Non. Ce ne sont pas des musulmans. Ce sont des dégénérés qui utilisent une religion comme prétexte. Comme Joseph Kony en Ouganda qui n'est pas chrétien : il veut juste renverser le gouvernement ougandais et le diriger avec sa vision des Dix Commandements. Pour ça il embrigade des enfants et leur met des armes dans les mains. Il utilise une religion. Les islamistes sont pareil : ils ne sont pas musulmans : ils utilisent une religion. Ce sont des dégénérés intelligents, qui ont tout compris à l'embrigadement, qui ont choisi un jour idéal, qui sont assez bien organisés et qui savent ce qu'ils font. Mais ce sont des dégénérés du bulbe quand même. Pas des musulmans.

Sur Europe1, de quatorze heure à dix-huit heure, il y avait une édition spéciale où les auditeurs qui le souhaitaient pouvaient appeler pour poser leurs questions. Un monsieur a dit qu'il avait perdu des amis à l'Hyper Cacher. Il a dit que s'il n'y avait pas eu Charlie on n'en aurait pas parlé, de l'Hyper Cacher. Mais, surtout, il a dit que les musulmans étaient responsables. Que c'était un peu de leur faute, quand même. Je trouve ça très grave. Qu'on se laisse emporter par les émotions je peux le comprendre même si ce n'est pas vraiment mon cas mais dire des choses comme ça c'est très grave. Les musulmans n'y sont pour rien. D'ailleurs la moitié, voire plus, des recrues de Daesh sont des convertis et pas du tout musulmans originellement (ni musulmans après la conversion, du coup). Je trouve ça grave de dire des choses comme ça. Parce que des auditeurs pourraient le croire, pourraient se dire "oui, finalement, oui c'est vrai" alors que pas du tout. Comme le rappelait l'une des personnes présentes dans le studio la plupart des victimes de l'Etat Islamique sont des musulmans.

Alors voilà, je prends l'initiative de passer à l'étape suivante ; l'étape après l'émotion, l'étape après l'indignation, l'étape après la colère, l'incompréhension : l'étape où l'on dit que ces gens qui se sont fait sauter la cervelle en prenant d'autres vies avec eux n'ont rien à voir ni avec l'islam ni avec les musulmans. Je trouve que c'est important de le dire, de le marteler. Ça évitera peut-être à des abrutis de dire à la radio qu'il faut interdire le voile à l'université parce qu'il y a de la radicalisation dans les facs. Et à d'autres abrutis en herbe de les croire. Ça évitera peut-être qu'on stigmatise des innocents. Donc je passe à l'étape deux, l'étape où on évite l'amalgame. La suivante ce sera l'humour noir, parce qu'on peut (et doit) rire de tout.

Que pensez-vous de tout ça ?

dimanche 8 novembre 2015

Discrimination invisible

Bonjour !

Ce matin je jetais un œil dans le fil d'actu d'Hellocoton et je suis tombée sur un article de Laura à propos des phrases que l'on peut lire parfois ; "je mange comme un gros", "repas de gros", etc. J'ai lu les commentaires (ce que je fais rarement) et certaines choses m'ont fait halluciner...

Des personnes qui crient à la liberté d'expression en passant par celles qui se plaignent qu'on ne puisse plus rien dire jusqu'à celles qui plaident l'expression et le détournement des mots ; on a le droit à tout. Je crois que toutes ces personnes ne se rendent pas compte de la violence de telles expressions ; assorties au fameux "ça fait pédé" de ma soeur, "c'est du gâchis que tu sois gay" et autres "le prof il fait son juif". Juste des expressions, des remarques, des trucs juste comme ça qui jouent sur les représentations collectives des gros qui se gaveraient de hamburgers matin midi et soir, des gays qui seraient plus faibles, plus petits, plus ridicules que les hétéros et qui ne pourraient pas être beaux. C'est pas grave, c'est vrai, ce ne sont que des expressions après tout.

Mais les mots ont un sens. Un vrai sens, un sens profond. Pourtant pas grand monde ne relève. C'est de la discrimination de tous les jours, de la discrimination suintante, insidieuse, invisible. De la discrimination qui se cache derrière l'excuse de l'expression, de l'humour, de la dérision, du second degré. Mais de la discrimination quand même. Le pire, ce sont les personnes qui se dédouanent en disant qu'elles ont des amis gays qui utilisent l'expression "c'est pas un truc de pédé" et qui en rient. Ce n'est pas parce que les gays l'utilisent que c'est bien. Dirait-on que les femmes doivent ne pas demander l'égalité des droits parce que certaines femmes disent que la gent féminine doit rester à la maison ? Puisque ma voisine dit que son homme a le droit de la tabasser pour la punir j'ai le droit de le dire et de le penser aussi ? Comment ça ce n'est pas pareil ? Ah bon ? Vous êtes sûr ? Réfléchissez-y et on en reparle dans quelques heures quand ça aura mariné un peu.

Bien sûr, avec ses amis, on peut se permettre plus de choses, on peut se permettre de les traiter de bougnoules tant que eux ça ne les dérange pas. Mais si je vais voir vos amis, que je les interpelle dans la rue en les appelant "sale arabe" ou "bougnoule" je pense qu'ils vont me regarder de travers. Vous voyez ma soeur a un ami Noir, un jour elle s'est amusée à lui dire "attends, t'as un truc là... ah nan ça part pas en fait". Elle peut, c'est rigolo, c'est second degré, c'est son ami. C'est un peu le même principe de dérision que quand mon amie commence une phrase par "tu sais j'ai réfléchi" et que je la coupe, avec un grand sourire, par "ah bon ? t'as réfléchi, toi ?". Parce qu'on accepte la dérision venue de nos amis, mais pas celle venue des simples camarades ou collègues auxquels on dit seulement bonjour le matin sans que ça n'aille jamais plus loin. Parce qu'on ne les connait pas, on ne sait pas s'ils rigolent vraiment, ils ne sont pas assez entrés dans notre "cercle" pour avoir le droit de se foutre de notre gueule avec insolence. Et c'est pas grave, c'est humain.

Mais, franchement, il ne me viendrait pas à l'idée d'interpeller une amie lesbienne en lui disant "eh la gouine !". Même si c'est mon amie. C'est comme les gens au lycée qui s'appellent "ma salope" ou "ma pute". Je suis désolée mais c'est une insulte. Jamais, jamais, jamais je ne parlerais de mon amie lesbienne en disant "la gouine". C'est d'une violence... ! Je ne pourrais pas.

"C'est pas grave, c'est une expression". Moui. Mais c'est bien sûr. Ce ne sont pas des expressions. Il y a un mot pour qualifier ces phrases, un mot dont on n'aime pas trop se faire accuser parce que l'on sait que c'est mal, pas gentil, et que non ô grand jamais on ne correspondra à ce terme. Ce mot c'est "discrimination". Dire "je mange comme un gros" ou "ça fait pédé" ça s'appelle de la discrimination. Et j'irai même plus loin en faisant un rapprochement avec un sujet de société dont on a pas mal parlé ces derniers jours, moi y compris, qui est le harcèlement scolaire. Pour deux raisons : premièrement parce que même si vous n'utilisez ces phrases que de temps en temps, si tout le monde le fait, dans les fils d'actualité une personne peut le lire quinze, vingt fois (répétition donc harcèlement), et deuxièmement parce que le harcèlement est le seul délit pour lequel on n'est pas obligé de prouver la volonté de la personne de harceler, de vexer, de faire du mal. Autrement dit, même si vous n'utilisez pas ces expressions à mal, comme les mots ont un pouvoir, vous faites du mal.

Dirait-on que des élèves qui insultent leur camarade de "sale roux" ou qui disent "tu pues le roux !" ce n'est pas grave ? Que ça ne se rapproche pas de ces expressions que l'on peut lire sur Instagram et entendre au coin d'une rue ? Ah non ? Ah... bon.

Le simple fait que vous ne voyiez pas le problème dans ce genre d'expression prouve que c'est de la discrimination invisible. Quand ma soeur dit "ça fait pédé" (même si j'ai l'impression qu'elle le dit moins ces derniers temps) mes parents ne relèvent pas. Quand je suis partie en vacance avec ma famille et des amis de la famille cet été et que les fils d'à peu près notre âge parlaient de "taffiole" (je sursautais intérieurement à chaque fois et serrais les dents mais franchement je pense que j'aurais dû dire quelque chose !) aucun des quatre adultes (je ne me compte ni moi ni la fille de vingt-deux ans _ qui a pas dû voir le problème non plus d'ailleurs) n'a réagi. Jamais. En deux semaines. Deux semaines ! Ben non. Parce que ce n'est pas grave. Ce sont des expressions. De simples expressions. De l'humour. De la dérision, du second degré. Des expressions.

De la discrimination.

Alors s'il vous plait, vraiment, faites attention à ce que vous dites ! Même si vous avez des amis homosexuels qui utilisent ce genre "d'expressions" ; ne les laissez pas faire ! Parce que ça n'aide vraiment pas à lutter contre le racisme, l'homophobie, et la discrimination en général. Dans les commentaires de l'article de Laura une personne disait qu'elle était surprise d'un article "pour si peu". Ce n'est pas "peu". C'est au contraire beaucoup. Autant que quand une fille de ma fac dit qu'elle n'est bonne qu'aux "sports de filles". Parce que c'est le genre de choses qui passent un peu inaperçues mais incruste dans les esprits les clichés, les sous-entendus, les idées selon lesquelles tel ou tel groupe de personnes vaut moins, est moins important, moins fort, moins intelligent... Ce n'est pas "si peu". C'est au contraire beaucoup.

Qu'en pensez-vous ?