vendredi 30 octobre 2015

Ce harcèlement scolaire trop tabou

Bonjour !

Je n'aurais pas dû me doucher ce matin, parce que j'ai raté le début du débat sur le harcèlement scolaire chez Jean-Marc Morandini sur Europe1 et ensuite je n'ai pas osé appeler. Ce qui revenait beaucoup dans les témoignages, c'est que quand ils en parlaient à leurs parents ces derniers ne prenaient pas la mesure du problème, prenaient ça pour des "jeux d'enfants". Mais ça ne m'étonne absolument pas ! En Terminale, il y a deux ans, une experte en harcèlement nous avait dit que c'était un sujet tabou, qu'on en parlait vraiment que depuis cinq ans (donc sept maintenant), et que si c'était si tabou c'était parce que c'est un délit, et que l'on ne peut que difficilement admettre que des délits se déroulent dans le bras éducatif de l'Etat.

En début d'année, au collège surtout, les professeurs et les CPE vous répètent que si vous avez un problème vous pouvez aller les voir. Seulement, en réalité, quand vous allez les voir pour parler ils minimisent le problème. En Terminale, avec deux camarades, on avait participé à une espèce de concours de reportages et on avait fait le nôtre sur le harcèlement scolaire. Pas très loin du lycée il y avait un collège et on était allé demander un rendez-vous à la CPE. Elle nous a dit que dans son établissement il n'y avait absolument pas de harcèlement, seulement de l'incivilité (quand on sait que l'experte en harcèlement nous a dit que le harcèlement se faisait majoritairement au collège on est en droit de se poser des questions). Ensuite, on est allé demander un rendez-vous à la COPsy de notre lycée, qui travaillait aussi dans ce collège, et elle nous a confirmé qu'il y avait du harcèlement dans ce collège.

Dans le même genre, en Quatrième je crois, j'avais un ami gay. Et une bande de pestes dans la classe s'amusait à lui faire des remarques du genre "tu es sûr que tu vas dans le bon vestiaire ?" quand on était en sport. Un jour il s'est passé une scène amusante à base d'un ballon passant au-dessus d'un élève, j'ai souri et l'une de ces filles m'a dit que l'on ne devait pas faire de discrimination de taille ou de poids. J'ai halluciné. Je lui ai dit que vu ce que j'entendais, c'était pas moi la plus raciste des deux. Et à partir de ce jour je n'ai plus jamais entendu la moindre remarque ! Mais la prof de sport n'a jamais rien dit, alors que je suis sûre qu'elle entendait les remarques de cette bande d'abruties. Parce que c'est innocent, des jeux d'enfants...

Des "jeux" qui peuvent aller jusqu'au suicide. Et qu'on ne me dise pas "où sont les parents ?" comme ça m'arrive de le lire sur d'autres sujets ou même celui-là. Parce qu'on est dans le même processus que pour les victimes d'un viol par exemple : la honte. La dévalorisation de soi aussi, la peur, l'appréhension, l'idée que ça va passer. Et quand les victimes trouvent le courage de trouver un professeur ou un CPE _ vous savez, ces mêmes professeurs et CPE qui vous disent, à votre entrée au collège, que si vous avez un problème vous pouvez aller les voir _ et qu'ils vous répondent que c'est juste pour rire, que c'est de l'incivilité, ça donne vachement envie d'essayer d'en parler à quelqu'un d'autre...

J'ai failli être harcelée. Deux fois. En primaire, et au collège. Quand on me disait "t'es moche" je répondais d'un ton désintéressé "je sais", sans même prendre la peine de regarder la personne. Ils ont essayé plusieurs fois, de temps en temps, puis comme ils voyaient que ça ne marchait pas ils ont fini par arrêter. D'autres évitent le harcèlement en utilisant l'humour qui est une arme redoutable. Mais la plupart du temps on n'a ni le caractère pour se défendre, ni l'humour pour retourner la situation à son avantage, et comme derrière il n'y a pas le soutien que l'on devrait attendre des adultes, la situation s'enlise.

Le harcèlement est un sujet tabou parce qu'il ne peut pas y avoir de délit dans un établissement scolaire publique, c'est comme un policier meurtrier ou violeur, c'est pas possible vous comprenez. Le harcèlement est tabou parce que l'on sait que c'est quelque chose de grave et que l'on ne peut pas imaginer que des adolescents si jeunes puissent se livrer à une pratique aussi destructrice pour leurs semblables. Je ne crois pas que ça soit aux parents de lutter contre le harcèlement scolaire. Evidemment ils peuvent rester attentif, ouvrir bien grands les yeux pour repérer les petits signes, mais ce sont aux professeurs de faire le gros du travail. Et surtout, il ne faut pas se dire que comme tel élève est mignon comme tout, n'a pas de signe particulier qui pourrait prêter à la moquerie, c'est qu'il ment. Les enfants trouvent toujours quelque chose, et ça peut aller jusqu'à se moquer du groupe de musique préféré...

C'est un sujet tabou qui a déjà fait beaucoup de victimes depuis des décennies mais je pense que si on le prend réellement au sérieux on peut lutter efficacement contre.

Qu'en pensez-vous ?


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11 commentaires:

  1. J'ai dévoré en une journée le livre "Marion, 13 ans pour toujours". Tu devrais le lire si ce n'est pas encore fait. J'ai été extrêmement remontée contre ce collège, les enseignants, le déni total et le comportement dégueulasse du proviseur. J'ai eu beaucoup de peine au coeur pour la mère qui, sans se douter des réels soucis de sa fille, avait déjà alerté à plusieurs reprises le collège. Collège qui s'en fichait puis, après le drame, était dans le déni et inversait les rôles... Les enfants sont victimes, pas écoutés, ni mis en confiance. C'est extrêmement dur pour eux (je sais de quoi je parle, malheureusement) mais si les parents eux-mêmes ne sont pas écoutés et que l'éducation nationale vous ferme les portes...

    Pendant ce temps, ils nous font chier avec leur mot anglais francisés (qui sont d'un ridicule soit dit en passant).

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    1. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé avec Marion, je n'ai pas le lu livre, mais pendant l'émission des parents ont appelé pour dire que le proviseur s'en fichait, arguant qu'il fallait toujours une tête de Turc dans une classe... au passage cette manière de réagir est complètement stupide ! Sous prétexte qu'il en faut toujours une c'est la fatalité et il ne faut pas aider cette personne ?! Mais laissez-moi rire !
      Je pense que l'un des problèmes c'est que les CPE et autres proviseurs ne sont pas très bien informés... on en est à appeler ça de "l'incivilité" c'est quand même un peu fort...

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    2. Marion s'est pendue car elle ne supportait plus les railleries des autres. Elles était une très bonne élève (intello) et ses notes ont commencé à chuter. Ses parents en ont parlé à plusieurs reprises aux profs et au proviseur mais ils ne l'ont pas écouté. La mère leur a fait part de ses inquiétudes, que sa fille se renfermait, que ses notes chutaient mais toujours le gros blanc... Son interview dans 7à8 m'avait beaucoup touchée. Car une mère qui se sent responsable du suicide de son enfant de 13 ans, c'est bouleversant... Mais alors je ne pensais vraiment pas découvrir dans le livre ce qu'a vécu cette pauvre mère en plus du suicide de son enfant. J'en ai pleuré (de peine et de colère).

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    3. C'est vraiment une histoire incroyable... j'espère au moins que le personnel du collège a été condamné pour non assistance de personne en danger !

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  2. Coucou, bravo pour ce bel article ! J'ai posté un article sur le sujet il y a peu moi aussi. C'est un sujet qui me touche particulièrement parce que j'ai connu le harcèlement scolaire. Je pense comme toi, que le problème est souvent trop pris à la légère, je ne compte pas le nombre de fois où j'ai entendu "c'est des histoires d'enfants", alors que non, pas du tout, certains vont jusqu'au suicide... preuve que c'était des histoires d'adultes. Tout ça me révolte !

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  3. J'avais déjà écrit un article à ce sujet, pour dire que lorsque j'ai été harcelée, je ne me suis jamais tue, j'ai immédiatement parlé, j'arborais chaque bleu, et pourtant, personne ne m'a jamais aidée. C'était comme tu disais, tout était minimisé, pris comme des jeux d'enfants alors que ces enfants étaient loin d'être innocents et parfaitement conscients du mal qu'ils me faisaient. Les personnes en charge de l'autorité les ont juste laissés faire en toute impunité et en plus on me considérait comme une emmerdeuse lorsque je tentais de faire bouger les choses, punir les coupables. J'ignore ce qu'il en est actuellement mais je plains les victimes, déjà que c'est difficile d'en parler, mais en plus, on est seul face à ça.

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    1. Il me semble que j'avais lu ton article ! J'aime à imaginer qu'actuellement les choses bougent un peu plus mêmes si certains témoignages sont effarant et que je n'ose même pas imaginer le mal-être des gamins de ce collège pas loin de mon lycée qui s'entendent dire que c'est de l'incivilité... Je pense qu'il faudrait essayer de mettre en place, au collège surtout, des visites obligatoires chez les psy de l'établissement (ou les psy, tellement il y aurait d'élèves à passer) et qui pourraient détecter ça (et d'autres choses au passage comme les élèves surdoués ou à raisonnement global, ce qui permettrait de leur fournir un apprentissage adapté).

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  4. Pas d'accord sur un point : bien sûr que les parents doivent être impliqués ! Ce qu'il se passe à l'école les concerne que leur enfant soit harcelé ou harcelant mais bien sûr c'est à l'école d'être vigilante et aux parents aussi même si ce n'est pas toujours évident, je le conçois.

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    1. Oui, parce que ce sont leurs enfants, mais ce que je voulais dire c'est que ce n'est pas aux parents de trouver les solutions aux problèmes de leurs gamins (en les changeant d'école, ou en déboulant dans la cour de récrée pour choper le tyran), c'est à l'école, au collège, au lycée, de prendre en charge le cas, vraiment, sérieusement, sans le minimiser, pour parler aux harceleurs et leur demander d'arrêter.

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  5. J'ai été harcelée deux fois à l'école. Une fois au collège, et l'autre fois en septembre, alors que je suis au lycée.
    Ces abrutis, bien que ce n'ait pas été les mêmes au collège et cette année, ont réussi à me détruire en l'espace de quelques jours à peine.
    Tout s'est arrangé lorsque j'ai enfin osé en parler, d'abord à mes amis les plus proches, puis mes parents.
    Et je crois que réussir à en parler à ses proches est extrêmement important. On n'est plus seul face au problème, on peut nous aider.
    Je ne suis donc pas complètement d'accord avec toi quand tu dis que ce ne sont pas aux parents de lutter contre le harcèlement scolaire mais aux profs.
    Ce sont mes parents qui m'ont aidée, pas les profs, car je n'aurais jamais eu l'idée, l'envie ou même le courage d'en parler aux enseignants.
    Alors certes, l'école devrait probablement être un peu plus vigilante, mais nos parents peuvent nous aider face au harcèlement.

    Merci pour ton article, très intéressant comme d'habitude, et bonne journée ! :)

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    1. Ça ne m'étonne pas qu'ils t'aient eu en quelques joues : tu en avais déjà été victime donc tu étais plus facile à briser. Pour le reportage que j'ai fait en Terminale on avait deux cas de harcèlement en témoignage, et l'une des filles se faisait harceler depuis le collège pour diverses raisons (elle était en Seconde ou en Première je crois).
      Ce que je voulais dire en disant ce que c'était pas aux parents d'agir c'est que, comme je le disais à Charlie Dupin, ce n'est pas aux parents d'aller voir le harceleur pour lui dire ses quatre vérités, à changer le gamin d'école, voire de ville, pour le sauver, que sauver l'enfant c'est le rôle des enseignants et du monde scolaire en général, et que celui des parents c'est d'épauler, pas de régler le problème.

      Bonne journée à toi aussi !

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