mercredi 1 juillet 2015

Les Jolies Plumes #5

Bonjour ! 

Ce mois-ci le thème était : « Quête d'identité - Votre personnage va vivre une expérience qui va révéler un aspect de sa personnalité, de son identité qu'il ne connaissait pas lui-même. Quelle est cette expérience ? La vivra-t-il seul, accompagné ? Que va-t-elle changer dans sa vie ? A vous de nous raconter ! » et je vous avoue que quand je l'ai lu j'ai pensé utiliser le personnage de Marozia mais c'était un peu trop évident, alors j'ai cherché autre chose. J'ai pensé prendre le personnage principal d'un futur roman mais ça ne me convenait pas, par contre j'ai pris un de ses ancêtres. Du coup je suis un peu obligée d'expliquer un minimum l'histoire.

En gros il y a des dieux et parmi ces dieux il y en a un qui a une âme mais deux corps : un dans le monde des dieux, et un corps humain qui lui sert à agir sur le monde, ce que les autres dieux ne peuvent pas faire aussi directement que lui. Son rôle c'est de tuer les gens qui lui semblent mettre en danger l'équilibre du monde (en gros), c'est le dieu des morts donc c'est lui qui accueille les âmes, etc., etc., etc. Sauf que un jour il a la bonne idée de tuer une déesse qui était venue se balader. Du coup son frère est pas très très content et tue le corps humain du dieu. Sauf qu'il arrive à survivre. Et c'est ça que je raconte. A peu près. Voilà. (Si j'étais youtubeuse je dirais "pouce vert si vous n'êtes pas parti en courant !" :P).

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La bruine tombait en continue sur le marché depuis deux heures, s’infiltrant dans les capes en lin et les manteaux des acheteurs. Najat ne mit pas sa capuche mais ferma son panier qu’elle tenait au creux de son coude avec un épais torchon plié. Elle avait toujours aimé faire le marché. Les odeurs des étals, les couleurs des étoffes, le bruit des pièces et des conversations, des pas sur les pavés. Elle appréciait l’empressement des passants, la concentration des servantes pour ne rien oublier des listes de leurs maîtres, pour compter les pièces, leur routine bien rodée ; tout ce qui faisait que personne ne la regardait jamais vraiment et ne voyait jamais vraiment ses yeux rouges que l’on fixait le reste du temps. Dès qu’on la voyait on savait qui elle était : la fillette qui avait échappé à un orage, à la noyade. On ne cessait de la détailler de haut en bas et de bas en haut. Son histoire avait au moins fait le tour du royaume si elle n’en avait pas franchi les frontières. Même les habitants du désert connaissaient Najat Gisco, la survivante, celle à qui les dieux avaient fait cadeau de la vie, avaient offert une seconde naissance. Et des histoires avaient commencé à circuler. L’on disait qu’elle était maudite, que personne ne pouvait revenir à la vie sans en être changé. Et on la regardait de plus belle, on murmurait sur son passage, on envoyait des cailloux dans les vitres de sa chambre. En trois ans elle était passée de miraculée à pestiférée.

La pluie forcie et les marchands entreprirent de protéger leurs possessions tandis que les passants et les acheteurs rentraient chez eux en se protégeant la tête. Najat glissa son panier sous un pan de son manteau blanc dont elle jeta la large capuche sur son crâne. Elle aimait la pluie, son odeur, la musique qu’elle faisait quand elle frappait les pavés et battait les tuiles. La jeune fille regardait avec amusement les visages des gens qui couraient, presque affolés comme s’ils craignaient que la pluie ne les dissolve. Elle était presque parvenue chez elle quand elle croisa le regard d’un jeune homme. Trente ans peut-être, brun, ses cheveux bouclés cachant ses oreilles, des iris clairs, froides. Najat eut un bref instant la sensation que son cœur s’arrêtait et que ses veines se glaçaient. Quelque chose la poussa à suivre du regard cet homme le plus longtemps possible. Son âme se déchirait entre le devoir de rentrer chez elle et l’envie irrépressible de le suivre, de savoir où il se rendait. Lorsqu’il tourna au coin d’une rue elle s’élança à sa suite sans réellement en comprendre la raison. Elle le suivit jusqu’à ce qu’il entrât dans une petite maison par une porte de bois étroite et rouge percée d’une vitre carrée et sale protégée d’une grille de fer forgé. La jeune fille s’approcha lentement, prenant garde à maintenir son panier sous son manteau afin de le protéger. Elle grimpa sur la marche qui surélevait la porte et, prenant appui sur la façade déjà glissante, se hissa sur la pointe des pieds, dévorée par une curiosité qu’elle n’avait jamais connue.

L’homme de l’autre côté retira sa veste sombre détrempée qu’il jeta sur le dossier d’une chaise. Puis il saisit un verre et le remplit d’un vin clair. Lorsqu’il se retourna Najat ne fut pas suffisamment vive et il l’aperçut. La jeune fille recula mais il ouvrit grand la porte et lui saisit le bras avec violence, plongeant son regard clair et plein de haine dans ses yeux de sang.

— Qu’est-ce que tu regardes, gamine ?!
— Je… euh…

Que pouvait-elle dire de plus ? Elle avait suivi cet homme par une espèce de pulsion, de curiosité soudaine et irrépressible. Il ne la croirait jamais si elle lui disait cela. La curiosité ce n’était pas une excuse pour suivre les gens ; personne ne la suivait jamais malgré ses yeux rouges. Elle ne pouvait décemment pas lui donner cette explication.

— Réponds ! Pourquoi m’as-tu suivi ?!

Les mots restaient bloqués dans sa gorge tandis que la peur grandissait en elle. Le regard fou de l’homme ne cessait de s’agripper à elle et ses doigts se refermaient si fort au-dessus de son coude que son avant-bras était engourdi par le mauvais passage du sang. Par réflexe elle détailla le trentenaire de haut en bas et aperçut un poignard à sa ceinture. La peur grandit en elle.

Comme elle ne répondait pas il la secoua, manquant la faire glisser sur les pavés. Sans réfléchir et si vite qu’il ne pût l’arrêter, Najat saisit le couteau de sa main libre et en planta la lame dans la poitrine de son agresseur à plusieurs reprise jusqu’à ce que les doigts de l’homme lâchassent son coude. Le sang tâcha sa main et ses vêtements , elle sembla enfin se rendre compte de ce qu’elle était en train de faire et laissa l’arme plantée dans la poitrine de l’homme avant de prendre ses jambes à son cou, son panier la handicapant dans sa course effrénée.

Qu’avait-elle fait ?! L’angoisse remplaça la peur, les larmes chassèrent la pluie sur ses joues. N’aurait-elle pas pu simplement se dégager et s’enfuir ? S’excuser ? Pourquoi l’avait-elle tué ?! Il ne l’avait pas vraiment menacé, elle aurait pu se conduire autrement, elle aurait pu… Était-elle une meurtrière ? Pourquoi avait-elle fait cela sinon ? Pourquoi n’appelait-elle pas à l’aide ? Après tout c’était pour se défendre, n’est-ce pas ? N’est-ce pas… ?!

Les images remplirent son esprit et elle rejoignit sa maison sans même s’en rendre compte.

Au fond de son âme, Nersès jubilait. Trois ans qu’il était dans ce corps, trois ans qu’il agissait pour tenter de contrôler ce corps, et désormais il en était capable. Pas directement, non. Mais suffisamment pour lui faire faire ce qu’il voulait sans que son hôte ne soupçonnât sa présence.

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Alors ? Vous êtes encore là ? Nan parce que, si vous êtes parti, je parle dans le vide, alors j'espèce que vous êtes encore là ! :P Comment vous avez trouvé ?

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2 commentaires:

  1. J'aime beaucoup le style, les descriptions du marché et les pensées de Najat. Au début je me suis écrier intérieurement : Mais elle est folle ou quoi ? Pourquoi le tue-t-elle ? Elle est inconsciente. Puis la fin répond à cette interrogation mais pas totalement, elle laisse un peu en suspend quant aux motivations réelles de cet acte. Servait-il simplement à prouver au Dieu qu'il est en mesure de contrôler Najat ? C'est une question que je me pause :)
    En tout cas, l'idée est très bonne !

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    1. Je peux répondre à ta question : oui et non. Nersès est dans son corps depuis trois ans et depuis trois ans il essaye de la contrôler (elle a 12 ans) et comme il n'y arrive pas trop il a laissé passer plein de personnes qu'il aurait tuées trois ans plus tôt. Et là c'était une occasion trop belle pour essayer alors il a tenté le coup. En fait je dirais qu'il a fait d'une pierre deux coups : de une il prend plus ou moins le contrôle de Najat même si elle garde son libre-arbitre puisque Nersès n'est "que" son inconscient, et de deux il tue un "méchant monsieur".

      Merci :)

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