mercredi 24 juin 2015

L'humiliation, ce passe-temps

Bonjour !

Ce soir je viens d'apprendre qu'un professeur a été frappé et insulté, humilié en pleine salle de classe et, pour arranger les choses, qu'il est malentendant (ça fait tout de suite moins spectaculaire que "handicapé"). Ça me laisse... presque... blasée, en fait. Ça ne m'étonne même pas. Je crois que finalement c'est ça le plus aberrant dans cette histoire : qu'on en arrive à un point où on peut ne plus être surpris. Plus surpris que des jeunes ne respectent plus les gens au point de les humilier, plus surpris qu'ils publient leur "exploit" sur internet comme un trophée, plus surpris que la personne en question soit handicapée. Plus surpris parce que finalement, des faits divers d'humiliation on en entend régulièrement parler

De l'homme retenu en otage et torturé aux brûlures de cigarette pour un numéro de carte bleu, de la gamine qui se suicide parce qu'elle se faisait harceler au lycée, du jeune homme qui se fait tuer pour une histoire de bonnet, ou poignardé parce qu'il n'a pas rendu un vélo à son propriétaire le jour où il fallait, de la femme enceinte qui se fait tabasser parce que sa voiture est soit disant mal garée, par une dame qui lui dit qu'elle va lui "crever son bidon", des jeunes filles qui se font suivre et coller de près dans la rue, dans le métro, appellent à l'aide sans que personne ne vienne jamais, jusqu'à celles qui se font passer à tabac en plaine rue par une bande de filles en furie, et envoyées à l'hôpital parce que personne n'est venu les secourir à temps. Tout ça s'est arrivé, je ne l'invente pas. Quand ? Dans les deux dernières années, peut-être trois ou quatre si je vois un peu large.

Mais c'est vrai que frapper, humilier, c'est un passe-temps tellement amusant et stimulant ! Je ne suis même pas sûre que ça soit la faute des jeux vidéos et des rappeurs. Pas sûre, que ça soit la faute au FN et à son discours haineux. Pas sûre que ça soit la faute aux séries policières bourrés d'hémoglobines (surtout parce que je n'ai pas envie qu'ils accusent Esprits Criminels de donner des idées et le déprogramment :P). Même pas sûre que ça soit générationnel. Je crois que, quelque part... c'est peut-être notre faute à nous. Qui ne savons pas canaliser nos émotions. L'autre jour dans Le Grand Direct de la santé sur Europe1 la psychologue de l'émission disait qu'il fallait apprendre aux enfants à reconnaître leurs émotions en leur disant nous-mêmes ce que l'on ressent, pour que l'on soit capable de les maîtriser. Loupé. Ma mère est institutrice en ZEP, elle a des élèves de six à huit ans en fonction de leur mois de naissance dans l'année scolaire, qui ne savent pas ce qu'est un sapin. Un sapin. Ils ont sept ans, sept ans que leurs parents peuvent profiter de Noël pour leur apprendre ce qu'est un sapin. S'ils ne savent pas ce qu'est un sapin, comment peuvent-ils appréhender quelque chose d'aussi difficile qu'une émotion ? Comment peuvent-ils, une fois grands, ne pas exploser de colère et faire des choses inconsidérées ?

Et, comme si ça ne suffisait pas, ils ne respectent rien (ça y est, le discours de vieille fille à dix-huit ans xD). Ils ne respectent pas la Vie, ils ne se respectent pas les autres animaux et balancent des chats contre des murs, ils ne respectent pas les autres Hommes, leurs cultures, leurs croyances, leurs façons de penser. Ils ne se respectent pas eux-mêmes. Comment voulez-vous que quelqu'un qui ne respecte pas quelqu'un d'autre se retienne de le frapper quasiment sans raison ? Quand on n'a pas de considération pour l'Autre, comment lui appliquer une morale puisqu'il ne la mérite pas ?

Et, quand toutes les portes se ferment, comment avoir cette considération pour les autres ? Je veux dire... Ce matin dans Le Grand Direct de l'actu (toujours sur Europe1) ils parlaient d'Uber. Une auditrice disait qu'elle n'avait rien contre ça, qu'elle prenait Uber, qu'elle parlait avec les conducteurs, et qu'elle avait rencontré des personnes en réinsertion, et des jeunes à qui personne ne voulait donner de boulot et qui, grâce à Uber, travaillaient pour la première fois. Quand personne ne veut de vous, qu'est-ce que vous faites ? On va me dire certes, mais qu'ils se donnent les moyens. Je crois que certains d'entre eux se les donnent, les moyens (la majorité même). Mais que personne, ou presque, ne veut les aider. Les assistantes sociales, les éducateurs, sont débordés. On va me dire oui mais ce sont les jeunes des cités, dans ces espèces de ghettos. Vous savez, un sociologue a démontré, à l'aide d'un échiquier, que ces ghettos communautaires n'étaient pas forcément voulus (je vais essayer de vous retrouver ça si ça vous intéresse, c'était dans un "Que sais-je ?" et c'était très bien expliqué).

Alors toute cette haine, toute cette désillusion, cette incompréhension parce qu'on ne leur a pas appris à comprendre, ils la passent quelque part, pour s'exprimer. Et ils humilient et rabaissent les autres.

Quand j'ai commencé à écrire cet article je ne pensais pas utiliser ce ton, je voulais m'indigner contre ces jeunes qui ont tabassé ce pauvre prof, et contre tous les autres qui insultent les leurs à longueur de journées. Mais je n'y arrive même pas. Devant ma télé si, je me suis emportée, parce que ça m'énerve. C'est contre productif ! On ne va jamais vouloir les aider s'ils frappent des gens, parce qu'ils passeront pour les coupables (ce qu'ils sont) et pas pour les victimes (ce qu'ils sont aussi en partie, d'une certaine façon).

Ces jeunes ont été définitivement exclus de l'établissement. Et alors ? Ils recommenceront dans le suivant. Parce qu'ils ne connaissent que ça, la violence, les insultes, peut-être parce qu'ils ont été élevés comme ça, peut-être parce qu'ils vivent dans des cités et que, les grands influençant les plus petits, ils baignent dedans depuis gamins, peut-être parce que dans leurs groupes il y a de vrais leaders qui détiennent le pouvoir. J'aurais dû faire des études de psycho et de sociologie... Bref. C'est un problème complexe, mais on ne s'y frottera pas. Parce qu'on va avoir peur que, au moindre mot "de travers", de se faire insulter de raciste, de xénophobe, d'anti-jeunes. Parce que nos chers élus veulent se faire réélire, et qu'il ne vaut mieux pas s'attaquer à ce genre de problèmes un peu épineux. Et certainement pour d'autres raisons que j'ignore...

A un moment il s'est passé quelque chose, on a glissé. Soit on est devenu plus violent, soit les gens violents ne se cachent plus. Dans les deux cas la violence est devenue moins taboue, moins gênante, plus dans les normes, plus dans les manières correctes de réagir. On se plait à dire que nous vallons mieux que les autres animaux que l'on massacre, dont on détruit les habitats. Mais en réalité ce n'est pas vrai. Nous ne vallons pas mieux, nous ne vallons pas autant. Nous vallons moins. Nous vallons moins parce que nous sommes certainement les seuls animaux (en tous cas les seuls connus à ce jour) qui pouvons philosopher, les seuls qui avons conscience de notre passé dont nous pouvons tirer les leçons, et que nous ne le faisons pas.

Voilà. Je suis partie un peu loin, mais ce n'est pas grave. J'ai aussi énormément généralisé, ce qui est très mal, mais tant pis. La discussion est ouverte et je crois que l'on peut tous apporter notre pierre à l'édifice.

Qu'en pensez-vous ?


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8 commentaires:

  1. hé oui, tu as trouvé...on a glissé...et ça...c'était en 1968...au mois de mai...l'enfant roi...et voila le résultat, pour les ghettos, ils se sont ghettoïsés tout seul en faisant venir leur famille des pays à peine civilisé, des montagnes, sans aucune éducation, et vu que leur façon de vivre n'allait pas du tout avec la notre, petit à petit les gens qui vivaient dans ces hlm...sont partis et on été remplacé au fur et à mesure, par les étrangers...je l'ai vécu, c'est pour cela que je me permets. Ta maman fait un dur métier, et la violence de tes descriptions n'est pas prête de s'arrêter...le pire comme tu dis c'est qu'on si habitue...je préfère avoir mon âge et ne pas être jeune à cette époque, ce n'est pas facile pour vous. kiss!

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  2. Un commentaire un peu en vrac : je ne pense absolument pas que les gens étaient moins violents dans le passé, il n'y a qu'à étudier un peu l'histoire et on voit qu'il y a toujours eu des agressions, des vols, des passages à tabac ou que sais-je encore. Peut-être qu'on en entend plus parler aujourd'hui car c'est censé être punie par la loi et aussi que c'est médiatisé. D'autant que maintenant l'info on la trouve partout... Ensuite, pour rebondir sur le commentaire ci-dessus, je ne vois absolument pas le rapport avec mai 68, mais VRAIMENT pas. Enfin, contrairement à toi, c'est rare mais ça m'arrive, je peux émettre un jugement plus dur envers ces "dégénérés", par exemple je ne trouve absolument AUCUNE excuse à Youssouf Fofana, oui j'ai pris le premier gros "événement" qui m'est venu à l'esprit pour illustrer si j'ose dire, mon propos. Après bien sûr qu'il y a des gens paumés où là on peut se dire que ça a merdé quelque part et qu'ils ne sont pas entièrement responsables, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier. Pendant que j'y pense : tu crois réellement que la violence était moins taboue au XVIIIe ou XIXe ou même avant ? (c'est une vraie question hein ^^) Voilà commentaire décousue, désolée :-)

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    1. C'est vrai, on trouve l'info partout... et c'est vrai aussi qu'il y a toujours eu de la violence... le premier meurtre que l'on connait date de 435 000 environs avant notre ère !
      Oui, évidemment, il y a des personnes qui sont violents parce qu'ils sont violents... des psychopathes, des personnes qui aiment faire du mal, ou qui ne voient absolument pas le problème de frapper, et qui ne sont pas "paumé". J'ai énormément généralisé dans mon article, et il y a plusieurs points où on peut clairement nuancer.
      Je ne sais pas si elle était plus ou moins taboue, en fait. Après tout il y avait pas mal de guerres et il y a eu une période où le témoignage d'un esclave ne valait que sous la torture, et les exécutions se faisaient en place publiques... ce sont quand même des éléments de violence. Mais il y a aussi eu des périodes où on raisonnait en "paix". Au XVIII il me semble, vers le siècle des Lumières, on sortait de Louis XIV et ses nombreuses guerres, d'une époque où les relations conflictuelles étaient normales, et on était dans une période où les relations de paix étaient des relations à rechercher... Peut-être que ça se fait par vagues. Hier ils parlaient de spiritualité à la radio et ils disaient que si l'on remarque de plus en plus une tendance à la conversion c'était parce que l'on est dans une société consommatrice, matérialiste, et qu'on ne pense pas assez à nous-mêmes, notre intériorité, le spirituel, etc. Je me demande si quelqu'un en paix avec lui-même, qui porte son attention sur son intériorité, n'est pas moins violent que la moyenne. Je crois qu'en fait ça se fait par vagues... après la Première Guerre Mondiale on a dit "plus jamais ça" et ça a recommencé. Aussi on a vu en cours qu'avant la douleur était vue positivement, qu'on expiait le péché par la douleur, on n'aimait pas trop le chloroforme, l'anesthésie, tout ça. Et puis la reine Victoria s'est fait anesthésier pour son accouchement en 1850 il me semble, et on est devenu plus douillet. Donc en fait je ne sais pas trop répondre à ta question, mais c'est une question intéressante, il faudrait voir une Histoire de la douleur... Il me reste un partiel à passer, il y aura des profs pour nous surveiller, à la fin je peux leur poser la question, est-ce que selon eux on est plus violent maintenant ou est-ce que c'est par vagues...

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    2. Je vais faire un peu d'histoire de comptoir (ça change de la psycho de comptoir ^^), mais pour caricaturer, depuis que le premier homme a pris un bâton pour en tuer un autre, la violence a commencé. On a "compris" qu'on pouvait faire mal à quelqu'un si on ne l'appréciait pas, si on était en désaccord avec ses opinions ou que sais-je encore. Et d'après mes modestes connaissances, ça n'a jamais changé, même lors des siècles dits éclairés, les rues étaient toujours des coupe-gorges... Je crois que parfois on idéalise un peu le fameux siècle des Lumières, tu ne crois pas ? Encore une fois, je vais généraliser mais il n'y a pas si longtemps, frapper quelqu'un c'était monnaie courante et tout le monde s'en foutait (je parle du "peuple" là, pas des nobles). Mais maintenant il y a des lois, il y a les médias, ça change beaucoup de choses... Quant au commentaire qui était placé au-dessus du mien, je trouve ça un peu limite d'assimiler violence et "étrangers", voire même dangereux, enfin ce n'est que mon avis. Puis, je rebondis sur ce que tu dis sur la Reine Victoria car on en a entendu parler il n'y a pas si longtemps étant donné que Kate Middleton devait accoucher, ils ont remis cette histoire sur le devant de la scène et visiblement oui à l'époque, ça avait pu "surprendre", heureusement nous n'en sommes plus là ! Et je te cite : "Je me demande si quelqu'un en paix avec lui-même, qui porte son attention sur son intériorité, n'est pas moins violent que la moyenne." Là-dessus, je ne peux qu'être d'accord avec toi, tout simplement parce que si quelqu'un fait déjà l'effort de réfléchir, ça fait baisser de beaucoup les pulsions qu'on peut avoir. Ah et si ça t'intéresse, il y a deux films américains assez "intéressants" à regarder et qui traitent de la violence, tu connais sûrement déjà : American Nightmare (ou The Purge, c'est le même), et il y a également la suite "The Purge : Anarchy" ; oh et j'allais oublier il y a aussi "History of violence". Ce sont des bons films qui font réfléchir :-) Pour cette histoire de "vagues", tiens moi au courant si tu as des informations ! (au fait, j'aime de plus en plus tes articles !!!) Et désolée pour ce commentaire un peu en vrac.

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    3. Mais justement, avant la découverte de ce meurtre d'il y a 435 000 ans on n'avait pas de preuve qu'on tuait des gens. Les scientifiques soupçonnaient qu'on avait toujours été violent, mais ils n'avait aucune preuve. Et puis peu c'est fait.
      Oui, je crois aussi qu'on l'idéalise... Mais en même temps il montre quand même une tendance à essayer de se dégager de tout ça.
      C'est vrai, c'était assez répandu et on s'en foutait, mais justement. Maintenant on ne s'en fout plus (sinon les média n'en parleraient pas mais en même temps ce sont eux qui peuvent donner l'impression qu'il y en a plus, alors même qu'on est en plein débat de pour ou contre la fessé aux enfants, et donc enlever un élément de violence _ même si bon, on ferait mieux de s'intéresser aux enfants vraiment battus avant...).
      J'irais jeter un coup d'oeil à ses films un de ces jours ^^'
      J'ai pas osé poser la question aux profs... parce qu'ils étaient en train de discuter quand j'ai déposé ma copie x'D
      Qu'est-ce qu'ils ont mes articles ? En même temps ça ne m'étonne pas (parce que je suis exceptionnelle, c'est un fait x'D) parce que tu me suis depuis le début et ça fait... plus de deux ans (enfin pas tout-à-fait deux sur ce blog-là) du coup j'ai mûri et j'ai appris des choses, et donc mes analyses et avis sont peut-être moins tranchés parfois et plus matures, donc plus intéressants...

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    4. Bien, je trouve que tu choisis des sujets toujours plus intéressants pour tes articles et perso' il me semble qu'on sent la différence avec ton passage à l'université, tu t'es améliorée dans la rédaction, l'argumentation ou que sais-je encore... Et puis tu as acquis de nouvelles connaissances !!! Conséquemment, même si j'aimais déjà te lire avant, j'y prend encore plus de plaisir désormais. Et puis, on peut toujours discuter et débattre sous tes articles et ça c'est vraiment un bonus (cela dit, c'était déjà le cas avant). Allez, je vais arrêter de te flatter ;-) Je vais rebondir sur ce que tu dis concernant la fessée, je considère un peu que c'est un non-débat, et que c'est faire mouliner le cerveau pour rien que de légiférer là-dessus, comme tu le dis, on devrait peut-être privilégier les cas où les enfants sont réellement maltraités ! Et sinon, oui, je pense que j'avais mal compris ton propos quand tu disais qu'au siècle des Lumières ce n'était pas la même chose ; du coup je deviens encore une fois d'accord avec toi, c'est tout de même un moment de l'Histoire où on a commencé à réfléchir sur le sujet :-)

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    5. Haha c'est gentil ^^'
      J'adoooooooooore les débats donc manqu'rait plus que j'empêche mes lecteurs de débattre ! Ça serait un peu un comble quand même.
      Mais en même temps tu as raison aussi, ce n'est pas parce qu'on réfléchit sur le sujet que tout change du jour au lendemain. Par contre, en cherchant vite fait, j'ai trouvé un livre sur l'histoire de la violence : http://livre.fnac.com/a8038433/Robert-Muchembled-Une-histoire-de-la-violence Bon, j'ai déjà une PAL un peu grande (pour moi qui lit lentement, oui, 4 livres, c'est beaucoup xD) donc je vais m'abstenir pour un petit moment.

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  3. Je peux le confirmer : les jeunes sont plus violents qu'avant ! Je pense que cela vient d'un éclatement de la cellule familiale et de la mode de l"'enfant roi". Je travaille dans le milieu de l'éducation, m'intéresse beaucoup à ce sujet-là et j'affirme "haut et fort" que nous courons droit à la catastrophe !
    Le gouvernement ne souhaite pas, pour x ou y raison, régler les problèmes.

    Sable

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