jeudi 10 août 2017

Le sport, la triche et le héros

C'est pas beau des adversaires qui s'encouragent ? ;)
Bonjour !

Je galère à écrire cet article, pourtant je veux juste partager avec vous une réflexion très simple sur la triche et le dopage, et les championnats du monde d'athlétisme (dont la mascotte est absolument génialissime :P) m'en donnent une occasion de par l'accueil réservé par le stade à Justin Gatlin avant sa course et les commentaires qui ont été fait après sa victoire notamment. Je trouve que l'on est très dur envers les athlètes qui se dopent ou se sont dopés par le passé alors qu'au final le dopage c'est "juste" de la triche. La différence entre la manière dont on considère la triche des gens lambda et la triche des athlètes s'explique à mon avis en partie par le régime de jugement moral complètement différent.

Je peux dire en toute sincérité que je n'ai jamais triché et quand je dis ça les gens s'étonnent et disent que eux ont déjà triché, et racontent ce qu'ils ont fait, comment, etc. Et j'ai l'impression, quand j'entends les récits de triches, que les gens sont fiers, que c'est une victoire d'avoir contourné ou enfreint la règle et de ne pas avoir été pris. Et, quand des gens se font prendre et doivent attendre cinq ans avant de repasser un examen ça ne fait pas la Une des JT, et cinq ans plus tard on ne refait pas de reportage sur eux en doutant qu'ils passent "proprement" leur examen. Pourtant, pour les athlètes, le doute est toujours là.

Alors vous allez me dire que je suis bien gentille et que les produits dopants, consommés pendant de longues années, créent une mémoire musculaire et que donc même quand l'on revient propre on continue de ressentir les effets du dopage et que donc ma comparaison ne vaut pas. Oui, c'est vrai, sur ce plan-là ma comparaison ne vaut pas et c'est pour cette raison que je ne fais pas de comparaison sur ce plan-là mais sur le plan du "régime de jugement moral". Il y a presque une fierté à dire que l'on a réussi à tricher, mais quand c'est un athlète on lui tombe dessus, et ce à cause du fait que l'athlète est censé être le représentant des valeurs du sport.

Le sport véhicule des valeurs de tolérance, de vivre ensemble, d'honnêteté, de fidélité, de respect des règles et des gens, de dépassement de soi, d'humilité, de courage, d'honneur, d'esprit d'équipe, et de toutes les valeurs positives dont est capable l'humanité (même si un article du Monde met en avant les nouveaux vices, et qu'il est difficile pour des athlètes homosexuels de se déclarer comme tels). Du coup on considère les athlètes comme des héros et on attend d'eux qu'ils soient irréprochables : honnêtes, humbles, souriants, etc. On ne veut pas voir, je pense, les athlètes comme des gens lambda, qui peuvent tricher, que ce soit par eux-mêmes ou en étant, quand jeune, influencés. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'un certain nombre d'entre eux est jeune. Quentin Bigot, vingt-quatre ans, s'est dopé à dix-neuf. Shawnacy Barber, vingt-trois ans ; Sam Kendricks, vingt-quatre ans. Et un certain nombre qui n'en a même pas encore atteint vingt, comme Kylian Mbappé, dix-huit ans. Ça n'excuse pas le dopage, ou des comportements très limites de certains footballeurs, mais ça peut expliquer certaines choses.

Mais on ne veut pas voir les athlètes comme des gens lambda, faillibles, parce qu'ils sont nos héros, ceux qui portent l'image et les valeurs de nos pays, à tel point que peut-être avons-nous oublié qu'ils sont aussi des humains.

Se doper c'est mal, et tricher ce n'est pas bien, mais peut-être que si on se rappelait que les athlètes ne sont pas des héros mythiques malgré leur courage, leur force, et leur exemplarité apparente, mais des hommes et des femmes, on serait moins durs avec eux, et je crois que ça ne pourrait pas faire de mal. Ça ne veut pas dire arrêter la lutte antidopage, ça ne veut pas dire cesser les sanctions et les suspensions, ni ne plus être ferme ou commencer à faire du cas par cas, mais être un peu plus bienveillant. La bienveillance ça ne tue pas ;)

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Reuters

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mercredi 2 août 2017

Pourquoi parle-t-on de nos corps ?

Bonjour !

Question hautement intéressante du corps qui a secoué (ébranlé ? chatouillé ?) quelques blogs ces derniers jours. Entre autres et d'abord le dix-neuf Juillet avec un billet de Delphine du blog Les Jolis Slims, puis un article de Caroline (Pensées by Caro), le tout sur fond de critique du body positivisme sur lequel je ne m'étendrais pas car c'est un fourre-tout innervé de plusieurs courants hétérogènes. Cependant il y avait dans ces articles des choses qui m'ont interpellée et qui m'ont forcée à sortir de la léthargie dans laquelle je m'étais plongée ces derniers jours (pour ne pas dire ces dernières semaines) et dont je ne sortais que pour manger, me poussant à la réflexion qu'un paresseux est sans doute plus actif que moi à l'heure actuelle. Ces remarques c'est d'abord Delphine qui pose la question de savoir pourquoi il faut sans cesse en revenir au corps ; et Caroline qui voudrait que l'on ne mette plus l'accent sur la beauté et déclare que la beauté comme sujet de société ne l'intéresse pas (c'est bien dommage, parce qu'il y en a, des choses à dire !).

Alors, vaillante et pleine d'énergie (à pas bouger de mon lit ou de mon canapé je peux en revendiquer, de l'énergie, vous pensez !), j'ai bouleversé mon programme de la journée à base de championnats du monde de beach volley ; j'ai rallumé mon PC de cours, j'ai rouvert mon cours d'Histoire de l'art sur le corps ; je me suis emparée de Comment le voile est devenu musulman ? de Bruno Nassim Aboudrard dont je vous ai déjà parlé ; et j'ai cherché frénétiquement entre les pages du catalogue de l'exposition Chamanes et divinités de l'Équateur précolombien (dont je vous ai parlé ici) ; j'ai demandé à Google la première "Vénus" préhistorique et le tout m'a pris un match de volley complet : ô frustration conflictuelle avec la jouissance d'écrire un article complet, documenté, et à peu près pensé (j'ai même pris des notes pour rien oublier !).

Commençons. Pourquoi parle-t-on de nos corps ? Déjà, pour l'utilisation que nous en faisons, qu'elle soit consciente ou non. Notre corps nous sert à communiquer. Que ce soit par la danse, notre communication corporelle (croiser les bras, ce genre de choses), nos vêtements, ou même nos tatouages. De nombreuses civilisations ont utilisé le tatouage dans leurs sociétés de manière bien plus fondamentale que nous ne le faisons aujourd'hui. C'est notamment le cas des peuples de l'Équateur précolombien qui, par exemple, à la suite d'un rite d'initiation, marquent le corps comme mise en évidence du nouveau statut. Cette marque prend la forme d'un tatouage, de scarifications, ou d'une nouvelle coupe de cheveux ; elle permet de "reconnaître l'individu en tant que membre adulte du groupe social". Le tatouage avait des motivations d'ordres esthétiques et sociales. Il pouvait servir à marquer l'appartenance ethnique, le rang, la hiérarchie, ou conférer des honneurs pour un événement spécial (dans le cadre de la guerre par exemple). Le tatoué ou le scarifié devait endurer la douleur et ainsi être purifié et protégé contre les maladies. Le tatouage avait une importance telle que seuls des experts tatouaient et que "ne pas se faire tatouer était un déshonneur, et comportait le risque de se placer en dehors de la société".

Communiquer en ornant notre corps, utiliser notre corps, ce n'est pas nouveau. Notre corps nous sert, à travers la mode, qu'elle soit alternative ou traditionnelle, à montrer qui nous sommes, notre caractère, et à nous présenter au monde. Nous nous présentons et nous jugeons (à divers degrés) les autres sur la présentation qu'ils font. La vue est le premier sens avec lequel nous appréhendons le monde (avec l'ouïe pour la voix). Pourquoi un bébé (humain, chien, chat, que sais-je) est-il mignon ? Pour qu'on ait envie de s'occuper de lui et qu'il puisse survivre : la beauté est utile. Nous parlons de nos corps parce qu'ils nous sont utiles à communiquer, à sociabiliser, et donc, à survivre (en plus de tous les avantages et inconvénients biologiques) (même si je vous accorde que c'est plus facile de survivre en ville que dans la savane, mais il y a quand même une dimension de "survie sociale"). Quelqu'un en surpoids paraîtra plus facilement fainéant tandis que quelqu'un de fin paraîtra plus tonique, que quelqu'un de grand aura plus facilement une augmentation... C'est inconscient (la plupart du temps), mais nous percevons le corps. Nous parlons de nos corps et montrons et représentons nos corps depuis le début de l'humanité. Je vous ai dit que j'ai recherché la première "Vénus" : c'est la Vénus de Hohle Fels qui date d'il y a au minimum trente-cinq-mille ans. Il s'agit de la première représentation humaine connue. Aux prémices de l'art : un corps, déjà.

Nous parlons de nos corps parce que nous n'avons jamais parlé que de ça. Nous parlons de l'esthétique de nos corps parce que nous n'avons jamais été préoccupé que par ça (j'exagère : on pensait à faire de l'alcool aussi :P (National Geographic, Février 2017)).

Quand j'ai lu l'article de Delphine je lui ai répondu en commentaire et s'en est suivie une discussion très intéressante mais au final il y a un angle qui ne m'était même pas venu à l'esprit. C'est quand je suis allée au musée des Beaux-Arts de ma ville et que je me suis retrouvée face à un marbre d'une femme sans tête, que mes yeux se sont posés sur le cartel, que j'ai compris ce qu'il manquait dans ma réponse : l'Histoire de l'art. Il était écrit sur ce cartel qu'à partir de la Renaissance on avait fait de l'idéalisation du corps une obligation.

Alors, certes, le nu n'est pas le corps (le nu ne représente pas le handicap, la vieillesse, la laideur). Le nu, c'est l'idéalisation, ce sont les connaissances presque médicales des peintres mises au service de l'idéal. On a cherché l'idéalisation et le prétexte. Les peintres ne pouvaient pas représenter du nu sans prétexte (qu'il soit historique ou mythologique). La Rolla de Gervex a été, en 1878, retirée de l'exposition parce qu'elle a fait scandale : ce n'est pas un nu, c'est un déshabillé, c'est la consommation charnelle, ce n'est pas moral. Alors le nu n'est certes pas le corps. Mais il présente un corps idéal. Et quand Courbet peint Les Baigneuses, n'est-ce pas un scandale qui lui tombe sur le coin de la figure ? Ne lui reproche-t-on pas l'enlaidissement du corps féminin ? Et voilà son tableau refusé au Salon de 1853 (je vous ai parlé déjà du Salon sur cet article).

La beauté est une construction entre le réel et l'artificiel, la beauté évolue toujours, on peut même faire une Histoire du corps et de la beauté et je vous renvoie notamment à Pascal Ory qui a écrit un livre sur le bronzage. C'est intéressant, le bronzage. Au début, pour être beau, il fallait être blanc en comparaison des paysans qui travaillaient sans cesse dans les champs. Et puis sont venus en je ne sais quelle année (années 1960 ?) les congés payés. Avec les congés payés on a eu un renversement paradigmique en ce sens que le référent n'était plus le paysan mais l'employé qui ne partait jamais en vacances : il fallait être en bonne santé et le montrer et pour le montrer il fallait bronzer. Alors la beauté est changeante, mouvante en fonction des cultures, des époques, des régions du monde... Mais la beauté est quand même un sujet de société.

C'est intéressant, je pense, parce qu'il n'y a pas seulement le "corps artistique" avec lequel je vous bassine depuis le début de cet article : il y a le "corps politique", aussi. Et le corps politique, comme sujet sociétal, eh bien c'est intéressant. Le premier exemple qui est venu à mon esprit est un sujet sur lequel j'ai écrit un article il y a quelques temps : le collant et la propriété du corps des femmes. Je ne vais pas tout répéter mais, en gros, le corps des femmes est politique dans la mesure où certaines féministes (avec lesquelles je ne suis pas en adéquation) partent du principe que plus on s'habille court, plus on est libre. Le corps des femmes est politique, et on l'a vu l'année dernière, avec l'histoire du burkini. Le corps, le cacher, le montrer, se dévoiler publiquement : c'est politique et je vous renvoie au livre de Bruno Nassim Aboudrar dont je ne vous parlerais jamais assez. Mais s'il me faut un exemple dans un autre thème que les femmes alors je choisirais le sport. Le corps sportif est politique. Paris veut profiter, par exemple, des Jeux Olympiques de 2024 pour mettre en avant le sport-santé. On va donc utiliser, si je ne m'abuse, l'image des athlètes pour promouvoir une politique de santé publique. Ils sont beaux les athlètes, ils sont musclés, et quand un geste technique est réussi, c'est beau à regarder (vive le saut à la perche !). On profite de corps présentés comme beaux (ceux des athlètes) ou pouvant représenter une certaine image de la beauté pour la mise en place d'une politique publique.

Je continue dans le sport. Les nazis. Je ne me souviens pas des détails, mais l'idéologie nazie mettait en avant le corps musclé (y compris pour les femmes). Pourquoi Hitler a monopolisé les Jeux Olympiques ? C'est politique. Le corps est politique et donc le corps, et la beauté si on quitte un peu le général pour le particulier, sont des sujets de société. On peut s'y intéresser ou pas, mais quoi qu'il en soit ce sont des sujets de société bien installés et indéniables.

Pourquoi parle-t-on de nos corps ? Pourquoi ne peut-on pas ne pas en parler ? Pourquoi fait-on une fixette dessus ? Mais parce que nous parlons de ça depuis des millénaires et que ces millénaires se comptent même en dizaines ! Nous parlons de nos corps parce que nous les traînons inlassablement avec nous et qu'ils contribuent grandement à l'image que les autres ont de nous (au moins dans les premiers temps). Nous parlons de nos corps parce qu'ils sont un moyen de contrôle, parce qu'ils sont politiques que ce soit du registre de la santé ou des discriminations (et d'autres encore) ; je pense aux (certaines ?) universités sud-africaines qui ont interdit les coiffures traditionnelles aux étudiantes noires parce que ça fait "négligé" (j'ai lu l'article en anglais pour un exposé, donc je ne suis pas bien sûre de la traduction, mais c'est l'idée). Les discriminations raciales ne considèrent pas seulement la couleur de peau, mais la couleur de peau revêt une importance non négligeable dans les discriminations raciales. Tout n'est qu'une question de corps.

Nous parlons de nos corps parce qu'ils font partie intégrante de nos vies, que nous cherchons à nous aimer (et nous aimons le beau) ou plutôt que nous cherchons à ne pas nous détester, à être bien dans nos bottes. D'ailleurs, même quand nous essayons de ne pas parler des corps et de la beauté, nous en parlons ! C'est ce paradoxe d'importance de la non-importance de la beauté dont je vous avais déjà parlé. Pour un micro-trottoir nous demandons aux jeunes interrogés leur type idéal. Nous, nous voulons qu'on nous réponde "un mec musclé" ou "une fille fine". Mais la question n'a pas été comprise comme ça et c'est un festival de "c'est l'intérieur qui compte". Pourtant, quand nous demandons l'importance de la beauté sur une échelle de un à dix c'est huit, neuf, et même un dix ! Et, quand nous demandons à une fille ce qu'elle regarde en premier chez un homme : le visage ! Oups.

Nous parlons de nos corps parce que nous les jugeons (le nôtre et ceux des autres), nous nous comparons. Nous parlons de nos corps parce que nous vivons avec, qu'ils sont artistiques et politiques. Et je pense que, dans une certaine mesure, tant que ça ne devient pas une obsession, il est sain de parler de nos corps, de leur beauté, de notre bienveillance à leur égard (dit la fille qui s'aime pas, ça frôle le foutage de gueule xD), de comment on les traite et, surtout, surtout, de comment on les représente et on se les représente ! Car la représentation de nos corps, de leur beauté, est un réel enjeux, que ce soit au travers de la publicité, des films, ou de tout support qui met en avant nos corps.

Bref. Voilà pourquoi nous parlons de nos corps. Je ne pense pas qu'il faille arrêter et d'ailleurs je ne pense même pas que nous puissions arrêter, dans la mesure où ça fait au bas mot trente-cinq-mille ans que l'on parle de nos corps et qu'on les représente.

Qu'en pensez-vous ? En avez-vous marre que l'on parle de nos corps ?

Source tableau – Jean-Léon Gérôme, Vente d'esclaves à Rome, 1866

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jeudi 29 juin 2017

La non-mixité, nécessaire mais pas miraculeuse

La mixité est comme la peinture, elle s'imprègne sur nous et fait de nous ce que nous sommes. – Scheurer Kestner
Bonjour !

Je débarque longtemps après la bataille mais je débarque quand même ! Aujourd'hui j'ai envie de parler de non-mixité parce qu'il y a beaucoup de choses à dire et que c'est maintenant que j'ai envie de les dire. On en a entendu parler récemment à cause (je dis "à cause" et pas "grâce" parce que la polémique qui s'en est suivie n'a pas franchement, je pense, porté favorablement l'outil que peut être la non-mixité) du festival Nyansapo dont la plupart des conférences-débats est prévue pour être non-mixte et même des associations luttant contre le racisme comme la Licra se sont plaintes parce qu'ainsi des gens racisés "ne trouvent pas d'autre issue que l'entre-soi" (argument que je trouve assez pertinent). Ceci dit je ne suis pas contre la non-mixité, je pense que ça peut être extrêmement bénéfique, mais seulement si on maintient un équilibre et que l'on évite de frustrer et braquer les uns et les autres.

Il y a quelques jours je commentais l'article de Lison du blog Plumaline sur la non-mixité et elle me disait qu'elle avait rencontré l'ancienne directrice du Planning Familial de Gironde qui lui avait rapporté qu'à l'occasion d'une conférence mixte sur la place des femmes dans la société on avait donné la parole aux hommes en premier alors qu'ils étaient minoritaires ; ou comment reproduire les dominations de genre lors d'un événement qui s'en veut le dénonciateur : c'est assez succulent, comme anecdote. Et c'est là où je veux en venir : je ne suis ni pour le tout non-mixité ni pour le tout mixité : je suis à la recherche d'un équilibre qui doit éviter les frustrations. Rien de plus frustrant, pour une femme qui vient ici parler de sa place dans la société que de se voir chiper la parole par un homme qui n'est pas directement (et j'insiste sur le mot "directement") concerné. D'où la tentation de la non-mixité qui, elle aussi, pourtant, peut être frustrante. Elle peut être frustrante pour les gens rejetés de ces débats alors que pourtant ils ne discriminent pas et ont au contraire des choses à dire pour apporter au moulin de la lutte contre les discriminations.

J'entends déjà les exclamations ironiques sur le ton de "ah mais c'est vrai ! il faut les empêcher d'être frustrés les pauvres hommes blancs qui dominent le monde ! et puis quoi, encore ?!". Ce qu'il y a c'est que... je ne dis pas qu'il ne faut pas froisser les racistes, je dis qu'il ne faut pas se mettre à dos une bonne fois pour toutes les personnes de bonne foi. Pour deux raisons. Premièrement, comme je le disais dans mon article "Et les hommes alors ?" si tous les hommes ne sont pas féministes, tous ne sont pas non plus anti-féministes et se comporter avec agressivité peut nous les faire perdre à tout jamais et cela concerne la lutte contre toutes les discriminations. Deuxièmement, Lison avait demandé dans son article s'il ne valait pas mieux que les gens se rassemblent pour créer une synergie et faire évoluer leur place dans la société et je lui avait répondu que la société était multiple et que les Noirs seuls, les homosexuels seuls, etc. ne pourraient sans doute rien faire. De ce fait un système tout non-mixité est voué à l'échec parce qu'il confisque la parole aux gens non-discriminés mais de bonne foi, mais il confisque aussi l'écoute, et il crée une ségrégation dans le combat.

Dans mon article "Et les hommes alors ?" j'avais dit que le concept de genre liait ensemble les notions de féminité et de masculinité, que c'était parce que les hommes étaient vus comme grands et forts que les femmes étaient vues comme des pleurnicheuses, en gros. Eh bien c'est exactement le même principe pour les notions d'homosexualité et d'hétérosexualité (je vous invite à lire Sociologie de l'homosexualité de Sébastien Chauvin). Par exemple, au début du XXème siècle, il y a ce que l'on pourrait appeler un tournant paradigmique et l'hétérosexualité, mal vue (elle n'avait d'ailleurs pas la définition d'aujourd'hui, en effet un dictionnaire médical datant de 1901 la décrit comme un « appétit sexuel morbide pour le sexe opposé »), perd sa dimension pathologique et devient recommandée pour améliorer la natalité (un peu comme la masturbation féminine dans les années 1500) et donc, en même temps, "l'apologie de la pureté" devient suspectée d'alimenter la méfiance pour le sexe opposé et donc de favoriser l'homosexualité. Tout ça pour dire que c'est le même principe qu'avec le genre. Et donc ma conclusion est la même : si le féminisme a besoin des hommes, la lutte contre l'homophobie a besoin des hétérosexuels (au passage l'homophobie est liée aussi au genre et à la peur de l'inversion des sexes).

La société entière est mixte. Dire que seuls les Noirs peuvent parler du racisme et lutter contre c'est dire que seules les femmes peuvent être féministes, que seuls les homosexuels peuvent se battre pour leurs droits, etc. et ça me pose un problème parce que d'une part cette manière de faire est vouée à l'échec et que d'autre part ça crée une ségrégation et pas un dialogue et on tombe dans ce que dénonce la Licra. Des fois j'entends "mais ça te concerne pas, qu'est-ce que ça peut te faire" (au sujet de l'homophobie, du racisme, ou toute autre discrimination). Ben ça me fait que les discriminations, même si je n'en suis pas victime étant Blanche et hétéro, ça me tue. Et puis d'abord si, ça me concerne, parce que cette société est aussi la mienne et que j'ai le droit à une voix au chapitre sur la direction que je veux lui donner. Et c'est pour ça que, je suis aussi pour la mixité : elle est représentative de notre société.

Je ne nie pas que la non-mixité puisse être utile, bien au contraire et on peut tous en faire l'expérience dans notre vie de tous les jours : c'est plus facile de parler de choses personnelles voire intimes avec des personnes dont on se sent proches du point de vue de l'expérience, du vécu, etc. Par exemple il y a quelques jours Juliette de Bicyclette à encre a écrit un article dans lequel je me suis pas mal reconnue et je lui ai écrit un long mail où... j'ai beaucoup de parlé de moi. Le mécanisme est exactement le même avec la non-mixité : parler entre soi sans risquer de se sentir intimidé par les personnes qui font partie des "oppresseurs" (d'ailleurs je m'interroge sur ce mot mais ce n'est pas le sujet), parler avec des gens qui vont nous comprendre profondément, et parler de choses dont on a jamais osé, peut-être, parler à d'autres. Mais, une fois que la parole a été libérée, on en fait quoi ? On en fait le symbole de notre cause et on confisque la parole aux autres ? Vraiment ?

Je crois que le problème de la mixité dans les débats c'est que bien souvent on risque de reproduire les mécanismes de domination, en donnant par exemple la parole en premier aux hommes dans un débat qui concerne directement les femmes. C'est ça, le plus gros problème de la mixité. Si l'on trouve une solution à cela (je vais y venir) il n'y a plus de raison de rejeter la mixité (ce qui ne veut pas dire arrêter tout débat non-mixte). La mixité dans les débats est importante parce que premièrement elle permet aux gens discriminés d'expliquer leur point de vue à ceux qui discriminent (que ce soit volontairement ou non, m'enfin si les hommes viennent dans un débat sur la place des femmes dans la société c'est qu'a priori ils ne sont pas plus misogyne que ça et ne sont pas là pour faire leurs macho mais pour entendre) autrement que par des manifestations, des slogans, ce qui peut paraître agressif, mais par la parole ; deuxièmement à ceux qui font partie des "oppresseurs" d'écouter, d'entendre, de comprendre et de prendre conscience. Parce que l'on a beau repérer ce qui relève du racisme, si l'on n'est pas de l'autre côté de la barrière et que l'on ne vit pas la fatigue que peut être de vivre plusieurs fois en une seule semaine des discriminations quotidiennes eh bien on ne peut pas comprendre par nous-mêmes : il faut quelqu'un pour nous expliquer, nous permettre de jouer sur le registre de l'émotion et plus seulement celui de la justice (légale ou morale) et donc permettre un meilleur dialogue avec les personnes que l'on cherche à convaincre, notamment.

En fait, je pense qu'il faudrait un système totalement hybride constitué de débats non-mixtes pour libérer les paroles et immédiatement suivis de débats mixtes sur les mêmes sujets (une fois que les paroles ont été libérées c'est plus facile de parler devant et à des personnes qui n'ont pas vécu les mêmes expériences). Mais, à l'intérieur des débats mixtes, et pour éviter les frustrations des uns et des autres, il faut instaurer l'égalité. Parce que l'on voit le problème de donner d'abord la parole à un homme dans un débat qui parle des femmes, mais il y en a aussi un à jouer la discrimination positive en donnant d'office la parole en premier à une femme. Le premier dispositif que l'on pourrait mettre en place pour instaurer l'égalité est le cercle.

Comme le dit Abyale Nan Nguema dans son livre, il n'y a rien qui instaure mieux l'égalité que le cercle. En cercle tout le monde voit tout le monde et tout le monde est vu de tout le monde. Tout le monde est à la même distance, personne au centre, personne sur une estrade... c'est l'égalité. L'un des problèmes pourrait être que dans le cercle les femmes se mettent toutes ensembles et les hommes tous ensembles, si c'est le cas il faudra replacer les gens pour que ce soit bien mélangé. Ensuite vient la question de la prise de parole. Le meilleur moyen d'instaurer l'égalité est le sort. À moins d'être particulièrement poissard tout le monde est égal devant le sort. On tire donc au sort le sexe de la personne qui parle en premier (parce que s'il y a plus de femmes que d'hommes ou de Noirs que de Blancs il y a un côté un peu hypocrite à tirer directement par le nom ou le numéro) ensuite, si ça tombe sur "femme", par exemple, on tire au sort parmi les femmes celle qui parlera en premier, et on tire aussi au sort le sens de la prise de parole (aiguilles d'une montre ou inverse). Ensuite chacun parle, sans s'interrompre, sur un ou deux tours en fonction du nombre de participants, et ensuite on entre dans un vrai débat. Ce n'est que la théorie, ça manque de pratique tout ça, mais je pense que c'est la meilleure solution pour que les débats mixtes ne créent de frustration dans aucune partie parce que de cette manière on court-circuite le risque de reproduire les dominations.

Tout ça pour un débat sain, qui n'apparaisse pas comme de l'agressivité ou de la hargne. Parce qu'au final les femmes ne veulent pas détruire les hommes, les Noirs ne veulent pas se venger des Blancs, et les homosexuels ne veulent pas remplacer les hétérosexuels. Ils veulent juste une meilleure place, sans prendre la place des autres. Mais si l'on n'est pas capables de discuter sainement, posément, et que l'on exclue systématiquement par la non-mixité il y a clairement un problème de méthode et de fond. Il y a eu des accusations de racisme anti-blancs. Je n'utiliserais pas ce terme parce qu'il est connoté, mais en revanche oui, de fait, la non-mixité, instaurant un système de discrimination positive, discrimine en creux les autres. À partir de là, si la non-mixité est l'unique système mis en place, elle pose problème.

Qu'en pensez-vous ?

P.-S. : Il y a deux choses que je ne veux pas entendre : l'ironique "ah mais oui, évitons aux pauvres hommes blancs d'être frustrés !" et le "mais façon t'es Blanche et hétéro donc t'y connais rien".

Source photo – Scheurer Kestner

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jeudi 22 juin 2017

Sommes-nous des individus ?

Bonjour !

C'est à croire que je ne traite presque que des questions de genre, sur ce blog ! Bon ! Faut dire qu'une réflexion très intéressante a été lancée et que je me suis engouffrée dedans. En fait, je suis inscrite au forum Jeunes Écrivains et une membre demandait comment on pouvait écrire un personnage masculin quand on est une fille, si les garçons, en gros, ont un mode de pensée différent (elle veut écrire une romance). Et à vrai dire c'est une question que je me pose moi-même depuis... longtemps, d'autant plus que j'ai peu (pas, en fait) d'amis garçons à observer ou interroger, donc ça ne me simplifie pas la vie. Plusieurs réponses ont été données et plusieurs qui disaient que garçon ou fille peu importait, que nous sommes des individus avant tout et que ce n'était qu'une question de caractère. Je ne suis absolument pas d'accord avec ça.

Oui, nous sommes des individus, avec des caractères uniques, définis, des qualités, des défauts, des manières de réagir qui nous sont propres, des valeurs que nous ne partageons pas avec tout le monde, des façons de raisonner et de penser qui sont uniques, nous faisons tous partie de l'humanité et c'est formidable... mais l'humanité est faite de femmes et d'hommes... dans un patriarcat aux modalités différentes en fonction des régions, des époques et des cultures et nous ne pouvons pas nier cela, sinon nous ne traitons pas le sujet. Je me suis vu rétorquer que c'était mieux de privilégier le caractère, caractère qui amènera le personnage à suivre ou pas ce qui est attendu de lui ou d'elle. Il y a deux choses qui me chiffonnent là-dedans : la notion de caractère et de "ce qui est attendu".

Alors histoire d'être sûre de pas dire de bêtise je suis allée chercher la définition de "caractère" sur le site du CNRTL et voilà ce que l'on me donne : "Ensemble des traits psychiques et moraux qui composent la personnalité d'un individu. [...] Ensemble des manières stables d'être, de sentir ou d'agir qui habituellement règlent le comportement d'une personne adulte dans ses relations avec d'autres personnes." Donc le caractère n'est pas que inné, il est aussi construit dans la mesure où l'on a en partie appris comment interagir avec les autres personnes, dans la mesure ou nos "traits moraux" sont construits sur nos expériences, nos désillusions, qui vont nous donner une grande importance de la justice, de la famille, de la confiance, de l'honneur, de la loyauté, etc. Le caractère est construit et j'en suis ravie parce qu'à vrai dire ça m'arrange. Si le caractère est construit (du moins en partie) alors cela veut dire que non seulement les parents et les éducateurs le modèlent par leurs interactions avec l'enfant puis l'adolescent mais aussi la société entière et les messages subliminaux qu'elle envoie. Et, dans une société patriarcale les messages envoyés aux garçons et ceux envoyés aux filles ne sont pas les mêmes. Donc une fille ne se construit pas de la même manière qu'un garçon et vice versa (comme un Noir ne se construit pas de la même manière qu'un Blanc, etc.) parce qu'un garçon et une fille ne se placent pas de la même manière du point de vue des rapports de domination. Il y a pour voir ça un exemple assez frappant : le modèle "rentrez vos poules je sors mon coq" ou : un garçon qui enchaîne les filles est un tombeur, une fille qui enchaîne les garçons est une salope.

"Ce qui est attendu" est lui aussi lié au concept de genre parce que le soucis c'est qu'un garçon doit se comporter "comme un garçon" et une fille se comporter "comme une fille". Le garçon grand, fort, rassurant, tout ça tout ça, et la fille un peu pleureuse, un peu nunuche parfois... comme je le disais dans mon post sur le forum, les shôjo sont un assez bon exemple pour cela : ils s'inscrivent toujours dans les mêmes clichés et dans la même caricature des relations entre garçons et filles. Les bornes de "ce qui est attendu" sont définies par les rapports de genre et de domination.

Femmes et hommes se sont construits différemment avec des univers mentaux différents. De ce fait on ne peut pas, et encore moins dans le cadre d'une romance, dire "nous sommes tous des individus" et faire complètement fi du concept de genre. Mais évidemment il ne s'agit pas non plus d'essentialiser en partant du principe que si telle fille agit de telle manière c'est parce qu'elle est une fille, que si un garçon agit de telle manière c'est parce qu'il est un garçon. Bien sûr il y a le caractère, la construction qui fait que l'on se détache ou pas des rôles de genre mais, à la base, il y a bien la question du genre et on ne peut pas traiter le sujet si l'on décide que "nous sommes tous des individus".

Je voudrais aussi ajouter quelque chose sur ce sujet, qui me paraît assez important. Plusieurs fois je me suis dit que c'était assez étonnant qu'une fille se demande comment pense un garçon dans la mesure où... comment dire... nous sommes une société patriarcale, certes, mais mixte. Les salles de classes sont mixtes, les rues sont mixtes, les entreprises sont mixtes, les magasins sont mixtes... On se côtoie tous les jours, et on se demande comment on pense... Je trouve ça assez étrange, en un sens et ça me fait penser à autre chose que je disais à Mathilde de What I Heart About sur son article il y a quelques jours : je me demande si les garçons et les filles savent vraiment comment s'aborder. Elle parlait du harcèlement et je lui disais que plusieurs fois je me suis demandé si finalement une partie de l'explication du harcèlement de rue n'était pas simplement que les garçons ne savent pas comment aborder les filles. Évidemment il y a aussi la question du patriarcat et qu'ils pensent qu'on leur appartient mais je me demande dans quelle mesure l'ignorance de comment on s'aborde agit. Parce qu'au final on se côtoie peu. Je veux dire... On peut avoir des amis garçons quand on est une fille et vice versa mais je ne me souviens pas franchement de groupes vraiment mixtes dans la cour du collège ou même au lycée, ou même à la fac. On peut aussi interroger la dynamique de groupe : ce n'est pas parce qu'on forme un groupe uniquement de garçons qu'aucun de ces garçons n'a d'amies filles, évidemment. Mais je me pose quand même la question.

Au final c'est extrêmement louable de dire que nous sommes tous des individus, mais ça ne colle pas à la réalité des rapports de genre, ça ne colle pas à la réalité de personnes qui se sentent racisées, ça ne colle pas à la réalité de personnes qui se sentent et sont discriminées de manière générale. C'est super de dire que nous sommes tous des individus, sur le même plan, mais cet aveuglement aux distinctions (qu'elles soient de genre, de race, etc.) pose un problème : elle oublie, elle nie volontairement, même, que nous ne nous construisons pas tous de la même manière en fonction de notre couleur de peau, de notre orientation sexuelle ou de notre sexe/genre. Au final, nous ne sommes pas des individus ou plutôt, avant d'être des individus, nous sommes des femmes, nous sommes des hommes.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Sunsword & Moonsabre

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lundi 19 juin 2017

La raison peut-elle rendre raison de tout ?

Bonjour !

Je sais pas si c'est le printemps, mes hormones, ou le chapitre du livre en espagnol que je viens de lire où ma pauvre petite Ahriel vient de perdre son premier amour (et sans doute le seul) à peine après l'avoir trouvé, ou les trois à la fois, mais j'ai envie de parler d'amour. Alors histoire de dissiper un doute qui peut-être pourrait vous avoir étreint : non, je ne suis pas amoureuse. D'ailleurs il semblerait que ça soit précisément le problème. Comprenez : bientôt j'atteindrai mes vingt-et-un an ; je ne suis pas en couple, pire je ne suis pas amoureuse et, pire encore (si-si, c'est possible) : je suis vierge. Je me souviens, il y a quelques mois, de ma mère qui, tandis qu'on regardait des photos d'une compèt' dont certaines montraient des couples d'amis de ma soeur, a demandé, son air-de-rien presque réussit (mine de rien, c'est dur à faire ces trucs-là !) : "pourquoi ils sont en couple et pas vous ?".

Alors... ! Cette question m'a profondément agacée et je me suis fendue d'un "parce que ça m'intéresse pas" qui aurait presque pu être sorti de ces shôjo où les héroïnes veulent se concentrer sur leurs études... Je crois que... au fond on ne peut pas répondre à cette question. On peut tenter de trouver des raisons, de dire "tu verrais la faune masculine que je côtoie, tu comprendrais" ou "je suis jamais tombée amoureuse et personne n'est jamais tombé amoureux de moi" que l'on ne répondrait pas, au fond, je crois, ou pas assez bien pour obtenir de la tranquilité. Parce qu'on aurait tôt fait de faire comme Kirikou et de demander encore "pourquoi ?". Est-ce que l'on peut répondre à la question "pourquoi tu n'es jamais tombé(e) amoureux/se ?". Je ne crois pas, même si pour ma mère la réponse est sans doute que je suis trop égoïste pour que ça m'arrive. Mais enfin, je n'écris pas cet article pour me plaindre, sinon je ne l'aurais pas titré d'un sujet de philo du bac.

Demander une raison au célibat signifie donc qu'il faut une raison pour être en couple (autre que l'amour, j'entends, puisque l'absence d'amour qui est une raison évidente du célibat n'empêche pas de poser la question (je sais pas si je suis claire)). Et, si on couple ça à l'autre pression sociale que constitue pour les femmes et les couples la question des enfants on comprend assez bien : une raison de se mettre en couple c'est de faire des enfants (souvenez-vous, j'avais écrit un article Pourquoi fait-on l'amour ? ;P) et de perpétrer la race humaine, de lutter contre la peur de la dépopulation qui a duré une bonne partie de l'époque moderne et évidemment après les Guerres mondiales. Alors peut-être que je vais chercher un peu loin mais je crois qu'il y a de ça. Il suffit de voir les réflexions que se prennent les femmes qui arrivent à l'âge moyen du premier enfant : "tu as vingt-sept ans, quand même", par exemple. C'est irrationnel. Nous sommes bientôt neuf milliards sur cette pauvre planète alors la race humaine ne va pas s'éteindre parce qu'une poignée de femmes refuse de se reproduire.

Pourquoi demander la raison ? Y en a-t-il une, d'ailleurs ? Je veux dire... si je peux comprendre qu'on n'ait pas besoin d'être amoureux pour faire l'amour et les avantages qu'il y a, je comprends mal l'intérêt de se mettre en couple si l'on n'aime pas. Pourquoi me mettrais-je en couple si je n'aime personne ? D'ailleurs faut être deux pour être en couple (c'est un peu ce que veux dire le mot) je signale au passage, alors pourquoi le problème viendrait de moi ? Ai-je besoin d'une autre raison que l'absence d'amour à mon célibat ? La raison ne peut vraiment pas faire entrer l'amour dans l'entendement des gens ? La raison ne peut pas rendre raison de tout, dans ce cas (c'était un peu couru d'avance, d'ailleurs, comme réponse (ils se compliquent la vie, les philosophes)).

Ai-je raté ma vie, ma vie adolescente, ma vie de jeune femme, parce que je n'ai pas eu d'amour estival ou même d'amour tout court, que je n'ai échangé mes bactéries buccales avec personne et ne me suis pas faite déflorée à l'âge moyen qu'est dix-sept ans ? Le couple doit-il être un but ? Il semble... dans l'inconscient de beaucoup de personnes, y compris dans le mien malgré ce que je veux bien me faire croire à moi-même, d'ailleurs... C'est parce que c'est la normalité d'être amoureuse/x et en couple que j'ai besoin d'une raison pour être célibataire. D'ailleurs on a demandé à ma cousine si elle faisait exprès de l'être. On cherche à rationaliser le célibat. Mais peut-on rationaliser l'amour ? (question cucul, je sais, je sais...).

Ma réponse "parce que ça ne m'intéresse pas" est aussi intéressante en elle-même, d'ailleurs. Parce qu'elle m'a permise d'être tranquille, de donner une raison à la raison. Si ça ne m'intéresse pas alors ça veut dire que sciemment je cherche à ne pas être en couple, donc que je ne pose le regard sur personne et que je ne me préoccupe pas de savoir si on me regarde ou pas. Comme une fuite, un renoncement à la recherche et aux efforts... Tout ce que la raison peut comprendre. Je pense que si j'avais dit "parce que je suis jamais tombée amoureuse" je n'aurais pas fait taire ma mère. Parce que ce n'est pas une "raison finale" : on peut encore enchérir un "pourquoi". Donc ma réponse donne une raison que la raison puisse comprendre et dont elle puisse rendre raison. Un truc raisonné, raisonnable. Je ne saurais pas vraiment aller plus loin dans l'analyse, mais je trouvais intéressant de le soulever.

Voilà. C'était ma participation décousue et désorganisée aux articles sur l'amour (je fais ce que je peux).

Qu'en pensez-vous ? Ressentez-vous ce genre de pressions ?

Source photo – arkaitz etxeberria photography

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