jeudi 27 septembre 2018

La violence, c'est mal ?

Bonjour !

Ce matin je marchais entre les bâtiments des différents UFR de l'Université à la recherche de celui de STAPS quand je suis passée devant un groupe de jeunes qui discutaient des pires trucs en conduite. L'une d'elle dit "nan, le pire c'est le clignotant [...] quand ils le mettent pas" et à l'autre de répondre un truc du genre "ah oui, j'ai envie de les tuer !". Amusée, je marmonne "ah ben non, faut pas les tuer, la violence, c'est mal". Ce qui m'a fait me souvenir d'une réflexion que j'avais amorcée il y a quelques semaines mais que je n'avais jamais poussé au point de l'écrire. Et comme ça fait deux mois que je n'ai rien écrit ici il faudrait peut-être que je m'y remette...

La réflexion, en fait, a commencé il y a plusieurs années, sur un blog précédent, quand une lectrice m'avait dit qu'elle ne laissait pas jouer sa fille avec de fausses armes, parce que la violence, c'est mal. Quelques jours plus tard j'entendais un psychologue à la radio dire que, en fait, on pouvait parfaitement laisser jouer les enfants avec de fausses armes, pistolets à eau et autres, ce qui permettait aussi de trouver d'éventuels "problèmes" comme par exemple si l'enfant veut constamment prendre le rôle du méchant. Mais ce qu'avait dit cette lectrice m'est resté dans un coin de la tête. Et puis, l'année dernière, en faisant une émission sur les jeunes et la culture, j'avais invité la documentaliste du CDI d'un collège qui m'expliquait qu'elle avait eu une formation sur les mangas.

Elle ne savait plus trop expliquer le pourquoi du comment mais, en gros, la violence dans les mangas a une vraie histoire par rapport à l'Histoire du Japon et, quand il y a un dessin avec par exemple une paire de ciseau qui traverse le crâne par les oreilles, ce n'est pas ce que les gens voient. En gros, si j'ai bien compris, c'est un peu comme avec les contes. C'est une violence symbolique.

Du coup, j'avais commencé quelques recherches sur tout ça et j'ai mis la main sur quelques trucs intéressants, dont un article de Jean-Pierre Klein pour La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation en 2011 (n°53). Il parle d'ateliers qu'il a fait avec des jeunes réputés violents. Au début de l'article il aborde les cinq pièges de la lutte contre la violence : son degré de contagion, l'apologie de la "prise de conscience", la diabolisation de la violence, la confusion désir/acte, et la parole préventive de l'acte. Ce qui me paraît le plus intéressant pour ce que j'essaye de vous dire (je suis un peu rouillée, faut me pardonner) c'est le quatrième. La confusion désir/acte qui consiste à ne pas réprimer que la violence mais aussi la pensée violente, l'agressivité ressentie, le désir violent, qui mène finalement à interdire les gros mots, les armes en plastiques, les conflits, et la colère.

Nous avons besoin de la violence. Ne serait-ce que pour mettre quelque chose qui nous gêne à distance. Par exemple j'ai mis fin à ma période d'essai dans un restaurant de restauration rapide parce que j'avais sur le dos une espèce de pouffe méprisante. Pour décompresser, je la critiquais le soir sur le chemin du retour avec une collègue. Et je disais "j'ai envie de la massacrer". Violence, oui, mais plutôt salvatrice (pour éviter d'exploser devant elle et de faire fuir les clients) (ce qui ne m'a finalement pas empêcher de me carapater). Dans un genre un peu différent j'avais entendu parler d'une étude qui avait montré que les personnes qui juraient après s'être blessés donnaient un niveau de douleur moins élevés que les personnes auxquelles on avait demandé de se retenir de jurer. Vive la violence.

Je reviens aux mangas (c'est l'bordel, c't'article). Dans les mangas la violence est... violente. Y a du sang qui gicle partout, ou qu'on voit tomber au sol en une flaque d'ailleurs souvent épaisse (à un moment je m'étais intéressée à la représentation du sang dans les animés, je trouvais ça assez sympa de voir les différences de couleur et d'épaisseur). Et puis elle survient comme ça, tout d'un coup, perpétrée parfois par des personnages qui s'en délectent. Au final, l'important n'est peut-être pas le degré de violence en lui-même, mais le moment où elle survient (pour choquer un personnage qui pensait que tout était fini et qui pensait pouvoir se consoler). De cette violence extrême et qui paraît gratuite on peut pourtant se mettre à distance.

Déjà, certaines histoires ont lieu dans des mondes qui ne sont pas les nôtres (comme Les Enfants de la Baleine, par exemple (dont je conseille la version animée qui est très jolie)), ou alors des mondes transformés (comme Les Mémoires de Vanitas, qui se déroule à Paris mais dans un Paris steampunk revisité). Et puis les personnages de manga ne sont pas vraiment humains, dans le fond. Sans parler de leur nez pointu ou de leurs grands yeux par lesquels passent toutes les émotions, ils ont beaucoup trop de cheveux et des coiffures impossibles, des poses gracieuses, précises, dont nous ne sommes pas capables sans une bonne concentration, et des expressions qui ne sont pas humaines. Ils ne pleurent pas comme nous, et quand ils sont contents leurs yeux se ferment en deux grands ponts. Moi, quand je suis contente, mes yeux ne se ferment pas... pas comme ça, en tout cas. Du coup, même si ce n'est pas la raison principale, je pense que ça permet de mettre à distance là aussi.

La violence dans les mangas est avant tout symbolique. Tout comme dans les contes. D'ailleurs, dans un article de la revue Le Débat (n°195), Jean-Marie Bouissou rappelle que l'on aime les mangas pour la même raison que Bettelheim dit que l'on aime les contes : ils sont en accord avec nos peurs, nos espoirs, et nos aspirations (article "Le manga en douze questions", question : "Le manga est-il dangereux pour les adolescents ?").

Le conte, donc. J'en ai un extrait des Contes populaires et légendes du Nord et de la Picardie (Club France Loisir, 1975). C'est l'histoire d'un tailleur qui, quand on lui apporte du tissu pour confectionner dedans des vêtements, se sert et met de côté pour son propre usage de grands morceaux qu'il garde dans un coffre. Il est averti par trois rêves mais passe outre. Sa réputation est tellement mauvaise que plus personne ne lui fait confiance et que les clients veulent le voir faire sous leurs yeux. Par un stratagème il se débarrasse d'une cliente et se coupe un grand morceau dans son étoffe, mais son attention est détournée et : "Le curieux Warlemaque releva la tête tout en continuant de jouer des ciseaux. /// Il en joua, hélas ! si maladroitement qu'il se coupa une artère et trépassa une heure après". Si ça, ce n'est pas violent, je ne sais pas ce qu'il vous faut. Mais voilà, ça arrive comme ça, tout aussi soudainement que dans les mangas, et on ne parle pas des détails, de la douleur, du sang partout, etc., etc., etc.. C'est le moment où ça intervient, plus que l'acte, qui est important, je pense. Ici encore, c'est une violence symbolique.

C'était aussi une violence symbolique que la violence de la jeune femme qui, face à des conducteurs qui ne mettent pas les clignotants, s'exclame : "j'ai envie de les tuer".

Est-ce que l'on doit réprimer ce genre de choses ? Je ne le crois pas, car ça ne peut amener qu'à plus de frustration et donc plus de violence.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – J.C. Staff/Netflix

mercredi 25 juillet 2018

Non, je ne ferai pas "attention"

Bonjour !

Panne d'électricité. Le monsieur envoyé habituellement par l'agence immobilière vient. On détermine quel appareil a déclenché la coupure. Comme c'est de ma faute, la facture est pour moi. Soit. J'ai pas de monnaie, pouvez-vous repasser dans la journée ? Non, mais laissez tomber, ça m'a pris cinq minutes, je m'arrangerais avec l'agence. Super. Quinze minutes plus tard je découvre un SMS pour lequel je n'ai pas entendu mon téléphone sonner et qui dit en substance : "je vous ai offert la gratuité pour mettre rendu coupable d'avoir aperçu votre poitrine quand vous vous êtes penchée" et qui ajoute un peu plus loin "faites attention lorsque vous accueillez des étrangers". Hrm.

Comme à midi je mangeais avec des collègues, j'en ai parlé, mais je dois dire que le réécrire me fait un drôle d'effet. Entre culpabilité, absurdité et agacement. Quand j'ai lu le message, je me suis sentie mal à l'aise, coupable, vraiment mal, et puis ensuite je me suis dit que quand même c'était gonflé ! D'où c'est à moi de me sentir mal ? D'où c'est à moi de "faire attention" ? Si je suis violée par un étranger que je fais entrer chez moi parce qu'il a aperçu un bout de sein ou un carré de lingerie ça sera de ma faute ? Ça, c'est un peu fort, quand même !

Il était question qu'il revienne l'après-midi pour un autre problème, j'ai décommandé pour une vraie raison, il a voulu s'assurer que je n'étais pas mal à l'aise : je ne le suis pas, ce qui me pose problème c'est qu'on sous-entende que c'est de ma faute si jamais quelqu'un me viole. Il a dit être désolé de m'avoir vexée. Je ne suis pas "vexée". Ça va plus loin que ça : je suis agacée. Un viol n'est jamais de la responsabilité de la victime, qui n'a pas à se sentir coupable. D'ailleurs, le vêtement n'a rien à voir avec ça.

Sur Arte il y a quelques temps j'ai regardé le journal du midi. Ils parlaient d'une exposition qui a eu lieu en Allemagne je crois et qui montrait les tenues portées par des femmes (et des filles) le jour où elles ont été violées. On découvre évidemment des pantalons couvrants et des T-shirt tout ce qu'il y a de plus normaux... (oui, je sais, on dirait que j'écris qu'un T-shirt échancré n'est pas normal, vous me pardonnerez :P). Il y a aussi cette vidéo d'une New-Yorkaise qui marche dans la rue pendant dix heures avec un pantalon noir et un T-shirt noir pas du tout décolleté et qui se prend des remarques par pelletées.

Il me semble aussi avoir entendu une fois (mais c'était il y a plusieurs années, donc je ne sais plus dans quel cadre j'ai entendu ça ni dans quelle mesure c'était sérieux) que des chercheurs avaient interrogé des violeurs emprisonnés pour leur demander comment ils choisissaient leur victime et qu'en fait la question n'était pas du tout si le vêtement couvrait leur corps ou pas mais si la femme possédait quelque chose pour se défendre (par exemple un parapluie).

Le vêtement n'a donc, s'il fallait une preuve, rien à voir dans une agression. D'ailleurs j'ajouterais que les seules fois où j'ai été abordée dans la rue je portais des jupes longues et pas de décolleté.

Il me paraît important de désacraliser cette partie du corps. Les hommes ont la même, elle a juste moins de graisse et est symboliquement moins chargée. D'ailleurs, savez-vous pourquoi les hommes ont des tétons qui ne leur servent à rien (sauf au plaisir sexuel) ? Mère Nature mettant au point cette partie du corps avant de savoir si elle doit faire un garçon ou une fille (donc avant la formation des organes génitaux déterminés), elle serait bien embêtée si, devant faire une fille, elle avait oublié les tétons... donc elle les fait avant ! Donc ceux des hommes ne sont pas foncièrement différents de ceux des femmes, c'est juste que ceux des femmes accomplissent leur rôle, voilà.

Est-ce grave si on aperçoit un bout de sein ? Un carré de lingerie ? La dentelle d'un soutien-gorge ? Il y a une collègue et amie qui a sa boîte de production de vidéos. Elle avait répondu à une commande et avait mis dans la vidéo un plan d'une femme dont on voyait les tétons au travers du T-shirt. La dame qui avait commandé la vidéo lui avait demandé de changer ça, en disant que ça la gênait, et aussi je crois que ça pouvait gêner la femme en question. Ma collègue lui a demandé si ça avait été différent si ça avait été un homme, je crois que la femme n'a pas répondu. D'ailleurs, si un homme au col en V s'était penché, est-ce que le monsieur qui est venu pour l'électricité aurait regardé ? Attention, je ne dis pas que ce monsieur, très gentil par ailleurs, est un pervers, un gros porc, etc. Je pose la question.

Toujours dans cette idée de désacraliser cette partie du corps je me souviens d'un collègue qui nous avait raconté une fois qu'une de ses amies, passablement féministe, ne voyait aucun problème à retirer son T-shirt en soirée lorsqu'elle avait trop chaud, à se mettre torse nu de la même manière que les hommes. Bien sûr, il ne s'agit pas de forcer toutes les femmes à faire pareil, d'ailleurs je pense que je ne pourrais pas le faire moi-même, mais il n'y a aucun problème à ce que cette fille le fasse. Ce n'est pas une partie du corps qui doit être taboue. D'ailleurs, dans la même veine, il me semble qu'à New-York les femmes ont le droit de se promener allant nus seins.

Vous allez me dire que je suis pleine de contradictions à dire que je ne pourrais pas me mettre torse nu en soirée et à revendiquer le fait que c'est pas grave si on entraperçoit un bout de sein. Certes, certes, on a tous nos contradictions. Je pense que le regard que l'on porte sur cette partie du corps doit profondément changer. Encore ce matin à la librairie je tombe sur une couverture où en premier plan se trouve une femme dont les longs cheveux noirs tombent devant elle. "Oh ! Un sein !" me dis-je sans être interloquée outre mesure que l'homme qui se tient derrière elle soit lui aussi torse nu.

Je crois que notre regard doit changer.
Et je crois qu'il faut arrêter de penser que c'est aux femmes de cacher leur corps.
Si une femme est victime de viol, ce n'est pas de sa faute. Même si elle portait une mini-jupe. Même si, au bord de son décolleté, le coupable a aperçu la dentelle d'un soutien-gorge ou pire, un sein !

Donc non, je ne vais pas passer mon temps à faire "attention". Maintenant oui, quand je sentirai qu'un regard sur moi est malveillant et que je me sentirai mal à l'aise, bien sûr mon attitude changera. Je ne vais pas non plus arrêter de mettre une brassière sous mes hauts transparents ou ceux dont la bretelle tombe sur mon bras au point de révéler un sein. Mais je ne vais pas non plus passer mon temps à me demander ce qu'il va se passer si je me penche, si je me baisse, si ceci ou si cela. Sinon, autant mettre un voile islamique et on en parle plus. (Ceci dit c'est radical). (Je précise que je n'ai rien contre le voile islamique du moment que c'est un choix) (on sait jamais, ça pourrait être mal interprété, mon histoire).

Qu'en pensez-vous ? Faites-vous attention (à ne pas vous faire violer) ?

Source photo ‒ Alexandre Falguière. La Danseuse (Cléo de Mérode), vers 1896. Modèle en plâtre moulé sur nature avec traces de mise aux points. Paris, musée d’Orsay.

P.-S. : il semblerait qu'une partie de moi ne soit pas d'accord avec le fait de ne pas "faire attention" étant donné que j'y ai pensé en me penchant, à la nuit tombée, seule sur un balcon invisible des voisins, pour ramasser quelque chose... c'est pas gagné cette affaire... (et une contradiction, une !)

samedi 14 juillet 2018

Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat Noir

 
Bonjour !

Non, je ne reviens pas pour vous parler de foot (ne me remerciez pas, ça me fait plaisir ;P), ni pour vous parler de violence et de mangas (et pourtant j'en ai un peu envie) ; je reviens pour vous parler d'une série d'animation. Et quelle série !... Un bijou ! une perle ! un trésor ! Une merveille ! (oui, rien que ça). D'ailleurs, il serait presque insultant de dire "dessin animé" : Miraculous est une série d'animation, sans aucun doute.

C'est assez rare que je vous parle cinéma ou série. La dernière fois je crois que c'était pour Ballerina, et encore ce n'était même pas pour vous parler du film en lui-même mais pour dire que l'héroïne n'avait rien d'une princesse Disney. Cette fois je n'ai pas d'angle de ce genre : je veux juste vous parler de Miraculous, parce que c'est la première fois, dans mon souvenir, que je suis si enthousiaste (au point d'acquérir une housse de couette, quand même xD).

Alors déjà, Miraculous, qu'est-ce que c'est ? C'est une série d'animation française (hip hip hip...!) mais pas seulement dont la première saison est sortie en 2015 (et je ne la découvre que maintenant, quelle tragédie...!). C'est l'histoire de Marinette, une fille comme les autres exceptée que c'est une super héroïne qui se transforme avec l'aide d'un kwami (une espèce de petite bestiole avec une énorme tête et un tout petit corps toute mignonne qui vole, peut traverser les objets...) pour pouvoir affronter les super vilains que crée Le Papillon en envoyant des akumas (des papillons pas gentils) posséder des gens qui ont des émotions négatives (colère, frustration, sentiment de rejet, etc.). Le Papillon est à la recherche du miraculous de Marinette (l'objet grâce auquel elle peut se transformer) et de celui de Chat Noir (le pourquoi, je ne vous le révèle pas, vous le découvrirez par vous-mêmes). Accessoirement, Marinette est amoureuse en secret d'Adrien, un garçon de sa classe qui se transforme en Chat Noir et qui aide Ladybug (Marinette, donc) à combattre les vilains. D'ailleurs, Adrien, lui, il est amoureux de Ladybug, sans savoir que c'est Marinette (histoire d'amour on ne peut plus frustrante, vous en conviendrez).

Là comme ça on dirait une série tout à fait classique, et en fait elle ne l'est pas du tout !

Le Papillon crée des super vilains à partir de gens comme les autres... ce qui est assez intéressant scénaristiquement. Les super vilains eux-mêmes sont assez originaux, d'ailleurs, et intéressants. Le duo Ladybug/Chat Noir fonctionne vraiment très bien. Quand Marinette devient Ladybug elle n'est plus maladroite et ne bégaye plus : elle a plus confiance en elle et elle déchire ! Adrien, lui, plutôt réservé dans la vraie vie, se lâche quand il est en Chat Noir, il est beaucoup plus... extraverti, exubérant presque, théâtral même !

Si je vous dis que j'aime tout dans cette série, vous allez peut-être vous dire que j'exagère. Et pourtant, j'aime tout !

D'abord, et c'est important, c'est très beau. Les graphismes et les images sont vraiment belles. C'est bien écrit, autant du point de vue du scénario que des dialogues. C'est bien réalisé, il n'y a pas de longueurs, tout se goupille bien et en même temps la trame de fond n'est pas lourde (mais elle est sérieuse). La morale non plus n'est pas lourde. Ce n'est ni sexiste ni féministe ; Marinette est une gamine normale. Ce n'est pas niais, même quand on parle de l'importance de la confiance, de l'amitié, etc. Les doublages sont géniaux, surtout Chat Noir. Et enfin (très important) l'histoire d'amour entre Marinette et Adrien n'est absolument pas culcul. Elle est frustrante, mais pas culcul.

J'ai terminé les vingt-six épisodes de la saison 1 et les seize premiers de la saison 2 (j'en ai pas trouvé d'autres, et il est hors de question que je ne le regarde pas en français, je vais donc prendre mon mal en patience) en quatre jours. Je me suis couchée parfois à deux heures du matin, ce qui pour moi, qui suis une couche-tôt et qui ai besoin de neuf heures de sommeil, est une folie x)

La saison 1 est finalement assez linéaire, même si un sursaut à la fin permet de donner un coup de fouet et de tenir en halène dès le début de la saison 2 (où nous allons découvrir (pour ceux qui comme moi n'auront pas su deviner) qui est Le Papillon). On arrive d'ailleurs à un moment du scénario un peu tendu, où d'autres miraculous (donc d'autres pouvoirs donc d'autres super héros) vont être mis en circulation et donc où, du point de vue du scénario, soit on confirme que cette série (imaginée il y a dix ans par ses créateurs et qui est partie pour six saisons) est absolument génialissime, soit elle devient Power Ranger (si ça venait à être le cas, ma déception, ma tristesse, et ma frustration, seraient à la hauteur de mon amour démesuré et irraisonné pour cette série, au point où un akuma pourrait me transformer en super vilaine (hrm hrm)). Ceci dit, je pense que les scénaristes ont su montrer leur qualité d'écriture, et que donc cette qualité d'écriture restera jusqu'à la fin.

Il y a juste une chose que je regrette. Parfois il y a quelques petites incohérences. Par exemple monsieur le Maire qui dit qu'il ne connaît pas le rockeur Jagged Stones alors que, dans l'épisode précédent, ils font tous les deux partie du juré d'une émission télé. Dans un autre épisode, Ladybug dit à Chat Noir qu'elle va lui envoyer l'adresse d'Adrien, visé par le super vilain, alors que, dans l'épisode précédent encore, Chat Noir est allé chez Adrien. Dans la saison 2 aussi, il y en a une du même genre, quand Tikki et Plagg, les kwamis de Marinette et Adrien, découvrent qui sont Chat Noir et Ladybug et que, dans l'épisode d'après Tikki s'étonne de la sensibilité de Chat Noir. Sauf qu'elle sait que Chat Noir est Adrien, et qu'elle connaît Adrien puisqu'il est dans la classe de Marinette...

Ce ne sont pas des incohérences bien graves, et elles s'expliquent en partie à ce que, pour la saison 1, chaque épisode était écrit par des personnes différentes, mais c'est un peu dommage quand même. Après, la série vise avant tout les enfants (même si elle était aussi première en audience sur les 15-24 ans) qui ne peuvent pas forcément suivre toutes les semaines tous les épisodes.

À part ça tout est parfait ! La trame de fond est présente, mais n'est pas lourde. Et en même temps elle est assez présente pour qu'on y pense. Aussi elle ne se presse pas, c'est une trame posée, qui prend son temps mais qui est efficace. Par exemple le père d'Adrien va avoir quelques soupçons, mais ensuite on n'en parle plus pendant plusieurs épisodes jusqu'à ce que ça ressorte. Et c'est bien fait.

C'est une série toute mignonne, jolie, efficace, assez drôle, bien faite, bien pensée, bien écrite, que je vous encourage de tout mon petit cœur battant d'amour à regarder, même si mon article ne vibre pas trop de tout cet amour dégoulinant x)

Vous connaissiez ? Vous avez envie de regarder ? (dites-moi oui ça me fera plaisir. En plus c'est l'été, c'est une mignonne série de vacances (enfin, sauf si vous la terminez avant que les épisodes manquants soient disponibles, là c'est la porte ouverte à la frustration)).

Source photo ‒ Zag/Method/SAMG/TOEI/SKB/EBS

samedi 9 juin 2018

Le changement se fait dans la rue, pas sur internet

Bonjour !

En discutant avec Tinhy du blog Ta Pote Reloue suite à l'un de ses articles, j'ai eu comme une impression étrange. Ce n'était peut-être qu'une impression due à mon esprit très tatillon sur la question du juste-milieu et du militantisme (disons que chez moi la marge est faible entre le raisonnable et le déraisonnable dans une opinion) mais c'est quand même mon impression ; qui m'a amenée à une réflexion sur le statut de victime ou plutôt comment réagir face à ce qui peut nous faire ou non sentir victime.

L'on ne considère pas tous la même chose comme étant une agression. Comme on est sur le thème du féminisme et du "droit à la rue" je vais puiser mes exemples là-dedans : à l'image de beaucoup de femmes j'ai déjà eu droit à des réflexions tandis que je marchais, mais je ne les considère pas toutes comme des agressions. Certaines sont de simple "bonjour" qui agacent mais ne sont pas méchants, d'autres des compliments jetés à la volée, d'autres appuyés de regards qui m'ont mise vraiment mal à l'aise : voilà donc en gros les trois catégories que je distingue. À partir du moment où je passe du stade "agacée" pour le stade "mal à l'aise" on est dans l'agression. Du moins est-ce mon barème (et je le partage avec vous pour pouvoir comparer mais aussi parce que cela peut avoir son importance pour l'article). Donc, nous ne considérons pas tous la même chose comme étant une agression et nous n'avons pas tous peur de la même chose, et la peur elle-même peut être relativisée (sur la peur, je vous renvoie à mon article sur les marches exploratoires (sous-partie "mon sentiment de la ville a-t-il changé ?")).

Étant donné que nous ne sommes pas tous intimidés par les mêmes choses, et que nous n'avons pas tous le même caractère, évidemment, nous ne réagissons pas tous de la même manière à l'objet de notre sentiment d'intimidation. C'est pourtant sur cette réaction que je voudrais lancer une réflexion.

Au cours de la discussion que nous avons eu avec Tinhy, elle me disait que le thème du "manspreading" ou cette tendance des hommes a écarter ostensiblement les jambes lorsqu'ils sont assis dans les transports en commun avait été véritablement relayée à partir du moment où des photos avaient été publiées sur les réseaux sociaux montrant des hommes continuant d'écarter les jambes tandis qu'à côté d'eux se trouvaient une femme qui, elle, se faisait toute petite. Et elle me disait combien il n'était pas normal qu'ils ne se rendent pas compte, qu'ils n'aient pas conscience que ça dérange, et que ce n'était pas aux femmes de s'imposer mais à eux de faire attention.

Alors... bon déjà, argument qui va sans doute m'attirer des critiques mais ce n'est pas grave, nous avons beau être civilisés nous n'en restons pas moins des animaux, or, à ma connaissance, les plus forts ne courbent pas l'échine devant les plus petits. Nous avons un gros cerveau, certes, mais une partie de ce cerveau est reptilien et basique : il faut lui parler simplement (et donc oser se manifester (sans leur taper dessus, on est quand même civilisés)). Mais, surtout, avant que vous ne me lanciez de gros cailloux, le "vrai" argument c'est que : ils ne peuvent pas se rendre compte si on ne le leur dit pas.

Et je ne parle pas de leur dire sur les réseaux sociaux.

Voilà. Nous sommes au point de ma réflexion.

Cette impression étrange que j'ai eu au cours de ma discussion avec Tinhy c'est celle-là : l'image de femmes qui prennent bien soin de fermer leur clapet pour ensuite aller tout cracher sur les réseaux sociaux et l'Internet mondial (oui, je caricature). Or, nous sommes des animaux, pas des machines : nous sommes pourvus de moyens biologiques de communication. Moyens de communication qui fonctionnent bien mieux que toutes nos technologies...

Bien sûr, que les hommes ne se rendent pas compte, si on ne le leur dit pas. Le dire sur les réseaux sociaux, sur les blogs, sur des sites militants, c'est ne s'adresser à personne. C'est parler à tout le monde mais ne s'adresser à personne. Vous trouvez étonnant, vous, qu'ils continuent de ne pas se rendre compte ? Moi pas. De la même manière que l'on apprend mieux avec un professeur en face de soi qu'en lisant un livre, on comprend mieux une critique quand elle nous ait faite directement.

C'est un peu la même chose avec les réflexions dans la rue, dans le fond. Une fois un mec m'a jeté un compliment, en ajoutant derrière "Mademoiselle". J'étais agacée, j'ai ignoré et je n'ai pas répondu. Il a dit "ou Madame, c'est pas grave". Pour lui je ne répondais pas parce qu'il m'avait interpellée de la mauvaise manière, pas parce qu'il m'avait interpellée tout court. Je n'ai rien dit. Peut-être que, le soir, en rentrant chez lui, il a vu passer des articles de blog, des posts sur Facebook, ou des tweet dénonçant le harcèlement de rue. A-t-il compris ? A-t-il fait le lien avec ce qu'il m'avait dit le matin-même ? Je ne pense pas. Aurait-il mieux compris si je m'étais arrêtée pour lui expliquer le problème ? Je pense que oui.

Le changement, le vrai changement, il se fait au niveau des individus. Regarder la situation en macro ? Pour quoi faire ? L'être humain ne comprend pas le macro. Par contre il comprend le micro. Si vous êtes agressée dans le métro, et que vous criez "aidez-moi ! quelqu'un, aidez-moi !" personne ne vous aidera, parce que tous se diront que l'autre, à côté d'eux, va faire quelque chose. Et nous n'y pouvons rien, c'est la psychologie humaine, le cerveau humain est comme ça. Par contre, si vous regardez quelqu'un droit dans les yeux et que vous dites "s'il vous plaît, aidez-moi", vous maximisez vos chances d'être secourue, parce que la personne éprouvera davantage de culpabilité à ne pas vous aider, puisque vous vous êtes adressée directement à elle, particulièrement à elle, individu. La psychologie humaine est ainsi faite.

Le changement, il ne se fait pas d'un seul coup à l'échelle de sociétés entières : il commence par une mère qui explique à ses enfants la notion de consentement et de respect ; et il commence par une femme qui explique gentiment au monsieur écartant les jambes à côté d'elle qu'elle ne se sent pas à l'aise.

Vous savez, l'être humain à beau être un petit peu bête (dû à son cerveau, on n'y peut rien :P), il n'est généralement pas méchant. On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir de les mettre mal à l'aise. Tinhy me disait "je trouve cela toujours différent de demander à quelqu'un de bouger son sac pour pouvoir s'asseoir vs demander à un homme de serrer ses jambes pour avoir davantage de place. [...] je me vois beaucoup plus difficilement demander à un homme de serrer ses jambes". Sauf que l'on est pas obligée de formuler comme ça (ce qui peut effectivement être étrange). On peut dire "excusez-moi Monsieur, pourriez-vous pousser votre genou, s'il vous plaît ? je ne me sens pas à l'aise". On ne met pas les gens mal à l'aise pour le plaisir. Le monsieur, je pense, poussera sa jambe sans trop de problèmes. Surtout si vous dites "je ne me sens pas à l'aise" et pas "vous me gênez". Pourquoi ? Encore un coup du cerveau ! Une personne prendra moins mal un reproche si vous ne l'attaquez pas ! ("je ne comprends pas" vs "tu ne sais pas expliquer" – et pourtant il y a véritablement des gens qui ne savent pas expliquer !).

Le changement il commence là.

D'ailleurs, le changement, il commence en vous.
(Mon Dieu, on dirait une phrase tout droit sortie d'un bouquin de développement personnel ! xD)

S'il est important de reconnaître le statut de victime, il est aussi important de ne pas s'enfermer dedans. Or, à attendre que ça soit aux hommes de prendre conscience, que ça soit aux hommes de penser à, que ça soit aux hommes de faire si ou de faire ça, eh bien nous nous complaisons dans le statut de victime. "Je ne peux pas m'asseoir, il écarte les jambes, je me sens intimidée".

Certes, on ne réagit pas tous de la même manière face à un sentiment d'intimidation, et le changement ne peut parfois pas se faire du jour au lendemain, on peut avoir besoin d'aide (par exemple commencer par mettre des shorts ou des jupes seulement quand on sort en groupe, pour prendre confiance). Mais il faut aussi savoir se mettre un grand coup de pied dans le derrière. Je peux me plaindre qu'il y ait des hommes qui me fassent chier dans la rue, mais c'est aussi à moi de m'affirmer et de leur dire que là, ça ne me plaît pas. Et si toutes les femmes qu'ils abordent chaque jour le leur disent, peut-être qu'ils finiront par comprendre. Le changement, il commence là.

Il commence là et certainement pas sur les réseaux sociaux. Sur les blogs. Sur les sites féministes. Ou même dans les média. Le changement il commence dans la rue. Il commence dans la vraie vie, en face à face et pas par écrans interposés.

Je pense que mon avis ne sera pas populaire mais je m'en fiche, c'est le mien.

Qu'en pensez-vous ? C'est aux hommes de prendre conscience ou bien les femmes peuvent leur filer un petit coup de main ?

Source photo – barnyz

lundi 4 juin 2018

Vous avez dit "original" ?

Bible de Gutenberg
Bonjour !

Est arrivé dans ma boîte mail aujourd'hui le nouvel article d'Alois Glogar, journaliste et blogueur espagnol qui parle de photographie. Il s'intéressait dans son article à l'impossibilité de faire œuvre originale et j'ai trouvé ça très intéressant ! Ça vaut pour la photographie mais ça vaut aussi pour l'écriture, et c'est ce qui m'intéresse ici.

Nous sommes constamment influencés. Par absolument tout ce qui nous entoure. Ce que nous lisons, ce que nous entendons, ce que nous voyons... nous avons dans la tête les musiques, les livres qui nous ont plu, les photos, et, pour faire court : les créations des autres. Nous imitons, nous tâtonnons. Parfois, quand je me lance dans un texte, je me dis qu'il y a l'ambiance un peu glauque de ce manga que je voudrais reproduire, que je voudrais faire ressentir à mes (hypothétiques futurs) lecteurs. Une ambiance un peu lourde qui m'a bien plu, un peu suintante, et que je voudrais être capable de retrouver. Je suis influencée. D'ailleurs, c'est assez net : si je lis un même auteur pendant longtemps, je vais avoir tendance à le "copier", à retrouver des expressions, par exemple, et ça très naturellement, sans le chercher (c'est même plutôt que je cherche le contraire !). Du point de vue individuel nous ne pouvons donc pas vraiment faire œuvre originale. Mais nous ne le pouvons pas non plus du point de vue de l'humanité.

C'est un handicap que sans doute n'a pas la photographie, dans la mesure où l'on a commencé à écrire bien avant de prendre des photos. On a commencé à écrire il y a quoi...? Cinq mille ans ? En tout cas, il y a environ quatre mille ans, un illustre inconnu a rédigé pour la première fois le texte connu sous le nom de L'Épopée de Gilgamesh. C'est une grande aventure, c'est l'histoire d'un homme qui ne veut pas mourir, de dieux, d'une rivalité mais aussi d'une amitié. Et vous savez quoi ? À la fin il y a un déluge. Oui, madame ! un déluge ! Le même que dans la Bible. Bible qui a été rédigée... bien longtemps après ! Eh non, même la Bible n'est pas une œuvre originale ! À partir de là je ne vois pas bien comment nous, en l'an 2018, nous pouvons faire guère mieux.

Nous avons tout écrit. L'amour, la passion, l'homosexualité, la peur, la joie, le deuil, la guerre, la trahison, l'immortalité, la richesse, le déclassement social ou au contraire l'ascension... Tout ! Tout y est passé ! Comment voulez-vous que l'on invente quelque chose ? Alois Glogar cite André Gide, qui résume assez bien la situation : "Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer." C'est comme en musique. On va tabler sur deux-mille ans d'Histoire de la musique : avec seulement sept notes toutes les combinaisons ont largement eu le temps d'être faites. Vous ne croyez pas ?

Et pourtant on cherche l'originalité. D'ailleurs, il y a cette question des "clichés" qu'il faudrait éviter à tout prix, ou détourner absolument (mais même les manières de détourner les clichés sont limitées !). Mais s'ils sont devenus des clichés c'est que, quelque part, ça marche, non ?

Alors, évidemment, il ne s'agit pas de les enchaîner, mais un ou deux par-ci par-là, dans le fond, pourquoi pas, si c'est l'histoire que vous avez envie de raconter ?

C'est comme ça qu'Alois Glogar conclut d'ailleurs son article : peut-être que ne pas chercher à être original est le meilleur moyen de s'en approcher. Peut-être que la solution, l'une d'elles en tout cas, est de chercher d'abord à raconter ce que l'on a envie ou besoin de raconter, et de ne se poser des questions existentielles qu'après ?

Alois Glogar dit autre chose de très intéressant, c'est qu'on devrait au contraire assumer nos influences, pour pouvoir s'en servir et les transmettre correctement. Par exemple si je prends mon cas (celui que je connais le mieux, héhé :P) : je vais beaucoup chercher dans l'Histoire de France et d'ailleurs (en ce moment beaucoup l'Amérique latine précolombienne), mais j'ai aussi des influences dans les contes, les mythologies, et les mangas. Avec tout ça, il y a moyen que je fasse une soupe à peu près digeste (bien que, si je m'en tiens aux articles de conseils avec citations d'éditeurs je ne fasse rien comme il faut).

Et puis, surtout, comme tout a déjà été dit, et que même la Bible a plagié un autre texte, l'important est sans doute moins l'histoire elle-même que le regard porté dessus. Je suis absolument persuadée que, si on donnait le même scénario à plusieurs personnes et qu'on leur demandait d'écrire une histoire complète, ces histoires seraient à la fin semblables (forcément) mais aussi complètement différentes ! Et ça dans la mesure où l'angle ne serait pas le même, le point de vue du narrateur ne serait pas le même, la morale ne serait pas la même... C'est le regard unique, sinon original, de l'auteur qui fait l'originalité du texte et globalement de la création.

Qu'en pensez-vous ? En quête d'originalité ?

Source photo – NYC Wanderer