lundi 4 septembre 2017

Fake news : de la vieille question des fausses nouvelles

Bonjour !

Ce matin j'écoutais la matinale de Franceinfo quand tout à coup ils se proposent de démonter un fake news paru sur le site de Sputnik selon lequel, à Stockholm, un homme a dû payer une amende pour avoir mangé du bacon devant trois musulmanes en hijab, pour insulte au sentiment religieux et incitation à la haine. En fait, après vérification des sources suédoises, il s'est avéré que c'était un peu plus compliqué que ça : l'homme s'est planté devant les trois femmes – qui ne parlaient pas suédois – et leur a demandé de manger le bacon. Quand elles se sont levées pour changer de place, il les a suivies et insultées. Ce que je trouve intéressant c'est que c'est typiquement le genre de fausse nouvelle auxquelles on croit parce que ça s'inscrit dans un certain contexte et que, ce sur quoi il faudrait vraiment s'interroger ce n'est pas si c'est vrai ou pas mais pourquoi on y croit.

En 1921, Marc Bloch, référence incontournable quand on parle d'Histoire, publie dans la Revue de synthèse historique un article à propos des fausses nouvelles de la guerre (que vous pouvez trouver ici). L'idée c'est que finalement on en a rien à faire que la nouvelle soit fausse du moment qu'elle a eu un impact sur l'Histoire – ici la réaction violente des Allemands face aux Belges qu'ils croyaient auteurs d'atrocités. Et, là où il dit quelque chose d'intéressant pour notre question c'est que "l’erreur ne se propage, ne s’amplifie, ne vit enfin qu’à une condition : trouver dans la société où elle se répand un bouillon de culture favorable. En elle, inconsciemment, les hommes expriment leurs préjugés, leurs haines, leurs craintes, toutes leurs émotions fortes."

Des lecteurs ont cru à cette histoire à Stockholm parce que nous sommes dans un climat quand même relativement tendu, dans lequel on se plaint de "ne plus pouvoir rien dire", dans lequel on a l'impression que les associations sautent à la gorge des humoristes pour un oui ou pour un non, qu'on riait mieux avant ; dans un contexte dans lequel on demande aux musulmans de se désolidariser des attentats, où il y a le doute, la suspicion... du coup pas étonnant qu'une prétendue décision de justice qui viserait à limiter les libertés individuelles pour ne pas blesser les minorités ait trouvé un public, des crédules, qui ont pensé pouvoir s'en resservir pour dire "mais vous voyez ! on ne peut plus rien dire !". Surtout que l'on croit plus facilement les mensonges qui "confortent notre vision du monde" – comme nous l'apprend le National Geographic de Juin de cette année. Surtout que c'est une nouvelle qui ne vient pas d'un obscur compte Twitter (même si je ne sais pas si dans les faits ça aurait changé grand-chose – je pense au mythe autour de la création des minions) mais d'un média.

Il s'est passé un peu la même chose dans les années 1960 avec le mythe des féministes radicales états-uniennes qui auraient brûlé leurs soutien-gorges. C'est pourtant faux. Mais ça s'inscrit, comme l'a expliqué Christine Bard dans un court article, dans un contexte où le feu était un outil de protestation. Et les antiféministes vont s'en resservir. En fait, les féministes radicales s'étaient bel et bien débarrassées de leur sous-vêtement mais dans une "poubelle de la liberté", avec d'autres objets. Pourtant le Times avait affirmé l'utilisation du feu ; et là, il y a effectivement un homme condamné pour avoir mangé du bacon devant des musulmanes, sauf que le média a légèrement oublié de préciser les détails de l'affaire (comme c'est fâcheux).

Marc Bloch parle aussi des journaux, assez rapidement parce que ce n'est pas son sujet ; il dit que la fausse nouvelle de presse est fabriquée (ce qui n'a rien d'étonnant) et qu'elle "est forgée de main d’ouvrier dans un dessein déterminé" (en même temps on prend rarement la parole pour rien). Le problème c'est que si les journalistes peuvent facilement vérifier ce genre d'histoires et rétablir la vérité, le lecteur lambda ne le peut pas et, de toute façon, prouver qu'une nouvelle est fausse ne change rien selon George Lakoff, linguiste cognitiviste qui a répondu au National Geographic pour son numéro de Juin, et ça parce que les gens évaluent un fait à travers "un réseau de préjugés et de croyances préexistantes". Une expérience menée par une psychologue a même prouvé que, même si les personnes admettent avoir eu tort, une semaine plus tard ils sont revenus sur leur pensée initiale.

Du coup je pense que les journalistes feraient mieux de ne plus perdre leur temps à traquer les fake news mais de chercher à expliquer pourquoi on y a cru, à s'interroger sur ce que ça dit de notre société, de ses peurs et éventuellement de ses haines. Encore une fois je trouve cette histoire d'homme condamné pour avoir mangé du bacon assez symptomatique des craintes de certains de voir les libertés des uns réduites dans un souci de caresser les minorités dans le sens du poil, de ne pas les vexer, les choquer, etc. ; assez révélateur des tensions qui entourent la question du vivre-ensemble. Je pense que cette fausse nouvelle n'aurait pas marché si elle avait concerné une autre minorité ou communauté religieuse (comme des bouddhistes végétariens) et qu'elle n'a fonctionné que parce que, ou en grande partie parce que, ça concernait des musulmanes (voilées qui plus est) dans un contexte d'attentats et d'une certaine méfiance et défiance.

Là où l'on pourrait aussi s'interroger sur notre société c'est que, si les fausses nouvelles ne sont pas nouvelles ce qui l'est c'est qu'elles ont une force de propagation assez inouïe ; que tout le monde peut en propager de manière à ce que tout le monde soit au courant ; comme cette personne sur Facebook qui avait révélé une origine controversée aux minions alors que c'était complètement faux, et qui avait elle-même admis avoir voulu faire une expérience sur le fake news. On est plongé dans des informations, tout le temps, à tel point qu'on ne prend pas le temps de douter et de s'interroger avant de retweeter (je généralise, évidemment, mais c'est l'idée). Pourtant prendre un peu de recul et se demander pourquoi telle ou telle nouvelle nous touche pourrait être la meilleure manière de ne pas en répandre de fausses, puisque prouver qu'elles sont fausses ne sert à rien.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Dew'blup

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samedi 2 septembre 2017

Digital intox

Bonjour ! :)

L'autre jour Estelle de Gloupsy Chérie se demandait dans un article si la digital detox était devenue un sujet de société ou si elle se bornait à être une simple mode. Il semblerait que le sujet prenne un peu d'ampleur ; mais pas tant que ça quand on constate par une petite recherche sur Hellocoton que relativement peu d'articles ont été publiés, mais un peu quand même quand on sait que des professionnels ont mis en place des séjours dévolus à vous détoxiquer. Et, en fait, lire deux articles sur le sujet le même jour m'a poussée à la réflexion. Pas particulièrement à propos de ma consommation du numérique en ce sens où je n'ai absolument pas besoin d'une digital detox (ceci n'est pas du déni ;P), mais un peu de manière générale et comme j'aime bien ne pas faire comme les autres j'ai décidé de vous parler de digital intox.

Ce n'est pas seulement pour faire un jeu de mot, c'est parce que de fait je me suis fait intoxiquer quand la tendance est plutôt à la détoxication – en témoigne ce restaurant qui interdit aux clients de prendre leur téléphone à table. En fait, comme vous le savez si vous avez lu mon précédent article, je suis à la recherche d'un Service Civique et cette recherche m'a forcée, depuis disons Juin, à peu près, je ne sais plus trop à vrai dire, à devoir allumer mon téléphone dès que je me levais, à l'avoir toujours avec moi, à portée de main, au cas où on m'appellerait, à ne l'éteindre qu'à une heure où il était entendu qu'on ne pouvait plus m'appeler, à retourner le chercher quand je m'étais rendue compte que je l'avais laissé dans une autre pièce et, surtout, à toujours laisser le son... et tout ça a véritablement fini par me peser parce que j'avais l'impression d'être esclave de mon téléphone (et ne m'a absolument pas empêché de rater un entretien téléphonique, en plus xD).

Déjà il faut dire que ce n'est pas moi qui ai demandé, ado, à avoir un téléphone. C'est à l'entrée du collège, plus ou moins, que mes parents m'ont dit que ça serait bien que j'aie un téléphone alors que, très sincèrement, ça ne m'intéressait pas plus que ça, pour des raisons dont je ne me souviens pas vraiment, juste que ça ne m'attirait pas particulièrement. Du coup la relation que j'ai avec mon téléphone a longtemps été (continue à être ?) un peu particulière. Je ne téléchargeais et ne télécharge toujours pas un tas d'applications à la mode, et je pouvais laisser mon téléphone dans un coin, en silencieux, jusqu'à ce qu'il se décharge et que j'en aie besoin... une semaine plus tard ; généralement ça arrivait pendant les vacances. Et je peux toujours l'abandonner dans mon sac à main.

Bon, il faut dire aussi que je n'ai jamais eu des tas d'amis ni une vie sociale hyper foisonnante et donc pas de discussions à rallonge avec mes contacts. Même aujourd'hui, presque dix ans après, mon téléphone n'est pas la première chose que je touche le matin, et rarement la dernière que j'éteins le soir – si je l'utilise c'est pour des vidéos d'ASMR dont je n'écoute que le son. Même aujourd'hui je n'ai pas des dizaines de contacts avec qui discuter et planifier des rendez-vous. Je n'ai toujours pas Messenger, ni Facebook, ni Twitter, ni Snapchat, ni Instagram que j'ai même supprimé l'autre jour parce que je ne m'en servais pas (ainsi que mon compte Twitter, d'ailleurs). Autant vous dire que je suis le contraire d'une accro à mon téléphone, aux réseaux sociaux, et au doux son des notifications.

Du coup, devoir allumer mon téléphone dès le matin, l'avoir avec moi, le son allumé au cas où je recevrais un message, un appel, ne pas pouvoir regarder la télé tranquille ou plutôt vivre dans l'éventualité que mon appareil allait me sommer de faire attention à lui a vraiment commencé à me peser et à me stresser et au bout de deux mois et demi je suis bien contente d'être dans le creux de la vague et de pouvoir me relâcher un peu. D'ailleurs ça me fait penser que j'entendais quelqu'un, à la radio, je ne sais plus qui, dire qu'un jour il discutait avec un philosophe dont le téléphone avait sonné. Il n'avait pas répondu. "Vous ne répondez pas ?" qu'il demande ; et à l'autre de répondre "On ne me sonne pas". Je pense que ça dit bien la relation que nous devrions avoir à notre téléphone.

En fait je me suis dit que le problème n'était pas la quantité de fois que nous touchions notre téléphone dans une journée, où si nous avions laissé les notifications pendant les vacances... Je ne crois pas que la dépendance se mesure seulement à la quantité, je pense que ça se mesure aussi au type de relation dans le sens où la question que nous devrions nous poser est "sommes-nous maître ou esclave ?".

Pendant les mondiaux de lutte qui se tenaient à Paris et comme apparemment certains téléphones avaient du mal à passer dans l'Arena, notre responsable nous avait fait installer Whatsapp pour que nous puissions tous discuter, nous tenir au courant des journalistes qui essayaient de filouter avec les règles, etc. Comme c'était au moment où j'en avais déjà marre d'avoir mon téléphone toujours sur moi j'étais vraiment hostile à la question. Quand tout à coup j'ai découvert des choses extraordinaires : un : on peut mettre la discussion en silencieux ; deux : on peut demander à l'application de s'éteindre quand l'écran du téléphone est éteint : miracle. Du coup je jetais un œil à l'application, assez régulièrement, mais seulement quand je le souhaitais, et je ne le sentais pas vibrer dans ma poche pour un oui ou pour un non : je gardais le contrôle. Pourtant, pendant cette semaine, et parce que je m'en servais aussi de réveil le matin, il a été allumé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais je ne l'avais pas constamment à la main pendant mes visites des musées, ni lors des heures de pause, ni dans le métro : je n'étais pas dépendante de lui pour passer un bon moment, prendre cinquante-mille photos et me distraire. Ça ne me pesait pas. J'étais maître, et je crois que c'est ça la clef, être maître.

Le problème c'est que les réseaux sociaux se développent dans un besoin quand ils ne le créent pas et attention, qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit : ce n'est pas la faute des réseaux sociaux. Il n'y a rien de pire pour moi sur le sujet que d'entendre ou de lire : "c'est la faute à Instagram". Quoi ? Hein ? Non... euh... hééééé ? Pas du tout. Faut arrêter avec ça maintenant. Comme je vous le disais quand je vous parlais de la virulence sur les réseaux sociaux : ils sont un outil : un couteau peut tuer ou nous aider à faire la cuisine.

Mais les réseaux sociaux s'inscrivent dans un besoin. Un besoin de communication d'abord. Ma soeur par exemple, qui a dix-neuf ans, n'utilise pas les SMS pour communiquer mais seulement et exclusivement Snapchat. Du coup, si on lui enlève Snapchat, ça va être un peu compliqué. Elle s'est aussi fendu d'un truc du genre "Instagram c'est ma vie !". Voilà. On a des jeunes, et des moins jeunes, qui communiquent par les réseaux sociaux et exclusivement par eux, or la communication, pour les animaux sociaux que nous sommes, c'est indispensable.

Indispensable aussi le besoin d'extimité comme l'appelle Serge Tisseron*. En fait, l'extimité, c'est le besoin de mettre des morceaux de son intimité dans le public afin d'avoir des retours dessus pour les valider, avoir une meilleure estime de soi, aussi, et enrichir son intimité. Et de la même manière que les réseaux sociaux répondent au besoin de communication ils répondent aussi au besoin d'extimité : chacun peut y raconter sa vie, par morceaux choisis, avec, en plus, un pseudo qui permet une distanciation dans l'éventualité où il n'y aurait pas de retour ou des retours négatifs**. Et je me demande si le fait que certaines blogueuses ne montrent qu'une vie parfaite ne va pas aussi de paire avec le fait qu'elles n'ont pas de pseudo et bloguent sous leur vrai nom : pas de moyen de distanciation, donc ; pour prendre du recul sur les mauvais retours il faut une autre stratégie : ne pas avoir de mauvais retours : avoir une vie parfaite.

D'autant que, comme le dit Serge Tisseron, le désir de se montrer est fondamental chez l'être humain. Mais aussi que, quand on s'adresse à un public, notre système d'autoprésentation change "dans le sens d’une conformité à ce qui est attendu". J'ajouterais aussi une mention à un autre article, plutôt dirigé vers le corps, mais dont l'extrait que je vais vous mettre, un peu sorti du contexte du coup, pourrait aussi s'appliquer, je pense : "Nul n’échappe désormais à sa responsabilité face à l’image qu’il donne aux autres, il vaut ce que vaut son image"***. Bref, je m'égare. Mais l'article sur l'extimité est très intéressant et je vous invite à le lire !

Tout ça pour dire que si nous devenons accro aux réseaux sociaux c'est parce qu'ils se proposent de répondre à nos besoins mais, qu'en réalité, il ne tient réellement qu'à nous de décider si on veut assouvir ces besoins par les réseaux sociaux ou par d'autres moyens. Tout ça pour dire aussi que les réseaux sociaux ne sont pas des sirènes mangeuses d'Hommes : ils sont ce que nous faisons d'eux. Ce peut être grisant d'exister exclusivement ou presque par le regard des autres et d'ailleurs il est important, comme le rappelle Serge Tisseron, pour les êtres humains, "de se montrer pour exister".

Je ne sais pas si la digital detox est devenue un sujet de société, peut-être qu'elle devrait. Au final, il ne tient qu'à nous de décider ce que nous voulons faire avec et des réseaux sociaux. C'est parce qu'ils répondent à nos besoins que nous en devenons dépendant et c'est parce qu'ils deviennent parfois le seul moyen de répondre à nos besoins que nous en venons à avoir besoin d'eux.

Qu'en pensez-vous ? Quelle est votre relation aux réseaux sociaux ? Besoin d'une digital detox ?

Source photo – Sanmal

*Je vous renvois à un article qui la met en lien avec l'intimité mais aussi l'intimité sur internet : Tisseron Serge, « Intimité et extimité », Communications, 2011/1 (n° 88), p. 83-91. URL : http://www.cairn.info/revue-communications-2011-1-page-83.htm
**Perea François, « Pseudonyme en ligne. Remarques sur la vérité et le mensonge sur soi », Sens-Dessous, 2014/2 (N° 14), p. 15-22. URL : http://www.cairn.info/revue-sens-dessous-2014-2-page-15.htm
***Le Breton David, « D’une tyrannie de l’apparence : corps de femmes sous contrôle », dans Éthique de la mode féminine. Paris, Presses Universitaires de France, « Hors collection », 2010, p. 3-26. URL : http://www.cairn.info/ethique-de-la-mode-feminine--9782130578154-page-3.htm

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mercredi 23 août 2017

Le périple, ou la recherche d'un Service Civique

Bonjour !

Je pourrais vous parler de mon bénévolat aux mondiaux de lutte mais comme je n'ai pour le moment fait qu'un seul jour et que je n'ai pas le droit de publier de photos (ni même vraiment d'en prendre à vrai dire) ça attendra un peu. Et puis, quand même, faut bien dire : j'aime bien râler, alors si je dois choisir entre un article où je vous raconte une expérience comme les blogueuses lifestyle et un article où je râle, eh bien je choisis l'article où je râle xD Bon ceci dit je ne vais pas faire que râler, j'ai quand même de vraies interrogations derrière (enfin je crois).

Je ne suis pas contente. Pas contente du tout, même. Comme vous savez peut-être (je vous en parlais là) j'ai décidé de chercher un Service Civique pour la rentrée. Et je me retrouve confrontée à un problème que je n'avais pas vraiment prévu : la distance. La plupart des missions auxquelles je candidate apprécient le fait que j'aie déjà un peu d'expérience en radio mais, à chaque fois, la première question c'est "je vois que vous êtes loin, comment vous allez faire ?". Comment ça "comment je vais faire" ? Étant donné que je ne vais pas faire sept heures de train par jour pour un Service Civique je vais déménager : que veux-tu que je fasse d'autre, au juste ? Alors j'ai bien compris qu'ils voulaient s'assurer que j'ai remarqué la distance et que j'aie une solution au problème, et ça se comprend : ils n'ont pas envie de me dire oui pour que je me désiste au dernier moment en disant que je n'ai pas trouvé de toit à me mettre sur la tête, mais il faudrait songer à tourner la question autrement, dans ce cas...

En fait, j'ai vraiment du mal à comprendre que la distance soit un critère dans le sens où, a priori, si je candidate, c'est que j'ai pris en compte cet élément et que je pense être capable de le gérer. Une dame me fait remarquer qu'avec un Service Civique on ne gagne pas grand-chose : certes, mais si je candidate c'est que j'ai confiance en le fait que je vais pouvoir déménager. J'ai tenté de la rassurer tant bien que mal mais je pense qu'elle s'était déjà fait une idée sur la question. D'un autre côté ça se comprend car elle m'a dit qu'ils avaient déjà eu des problèmes avec des personnes vivant moins loin que moi. Pour une autre mission j'ai cru marcher sur la tête. J'avais eu un entretien téléphonique (pendant lequel on n'avait pas su répondre à ma seule question concernant leur annonce, d'ailleurs) et le monsieur me dit qu'il faudrait vraiment que je me déplace pour que je puisse voir les studios, la ville, etc. Je comprends qu'il préfère que je puisse dire si oui ou non la région me plaît, mais croit-il vraiment que je vais faire plus de dix heures de train dans la journée (sans compter le prix du billet) pour à peine une heure d'entretien ? Ensuite, il me propose une autre ville de rencontre, un peu plus proche. Mais ne voulait-il pas me rencontrer pour qu'on voie les studios ? Et en fait ce n'est même pas le problème : ça me fait toujours dix heures de train au bas mot dans la journée pour une heure d'entretien. Je veux bien le faire, mais il faut me payer plus que 470€ par mois. Autant me dire tout de suite que vous ne voulez pas de moi, au lieu de me faire passer pour celle qui ne fait pas les efforts parce qu'elle ne veut (peut ?!) pas se déplacer.

J'en discutais tout à l'heure avec une amie qui m'a dit qu'elle a eu le même problème quand elle a candidaté pour un Service Civique relativement loin, dans une branche très différente de la mienne. Du coup je me pose des questions. On nous rabâche qu'il faut être flexibles et mobiles et quand on est mobile on nous demande pourquoi et on nous le reproche. J'ai du mal à saisir... Une collègue des mondiaux me disait que c'était vraiment bizarre de trier les gens sur ce critère-là alors que s'ils cherchent des gens c'est qu'ils en ont besoin. Mais en fait ils ont tellement de candidats dans leur région (un des Services Civique où j'ai candidaté avait, à ce qu'ils m'ont dit, une quinzaine de candidats et seulement trois personnes venant d'une autre région) qu'ils peuvent se permettre ce genre de choses. Mais évidemment ! si on est refusé dans les autres régions à cause de la distance, on se rabat sur la nôtre, et c'est sans doute ce qu'il va m'arriver si les deux dernières missions pour lesquelles j'attends encore des entretiens me refoulent à cause du kilométrage.

Je ne sais pas s'il y a quelque chose à faire pour sensibiliser les organismes à ça (je ne suis pas vraiment favorable au tout-réglementé) mais je pense qu'il faut trouver une solution parce que ce n'est pas une situation satisfaisante. Découvrir une autre région, se déplacer, c'est super enrichissant, mais si on nous empêche de le faire on ne le fera plus et on ira nous le reprocher. Je pense aussi qu'il y a un problème entre ce qui est présenté et la réalité du terrain. On présente le Service Civique comme quelque chose d'ouvert à tous, pour lequel on n'a pas besoin de beaucoup d'expérience (et encore moins de diplôme, d'ailleurs je pense qu'ils n'ont pas le droit de prendre ça en compte), qui permet d'apprendre, mais, sur la réalité du terrain, les associations sont débordées, parfois en train de remonter la pente et de sortir la tête de l'eau et, dans les faits, elles n'ont pas le temps de former des gens et prennent ceux qui maîtrisent déjà la question. Bien sûr, je sais que c'est le jeu du marché de l'emploi : le plus qualifié gagne, un Service Civique n'est pas une formation, il faut quand même que la machine tourne...

Que fait-on si aucun Service Civique dans notre région ne correspond à nos ambitions, nos envies, nos projets ? On doit s'empêcher de candidater hors des frontières du département sous prétexte que c'est loin ? Mais enfin on n'a pas un pays aussi grand que les États-Unis quand même... !

Je m'interroge vraiment sur l'importance que l'on accorde à la mobilité. On ne peut pas à la fois nous dire "bougez !" et à la fois nous dire "mais pourquoi faire autant de kilomètres? comment vous allez faire ?". C'est ridicule. Et ça m'agace.

Qu'en pensez-vous ? Avez-vous fait un Service Civique ? Comment s'est passé la recherche ?

Source photo – Agence service civique / François Guenet

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jeudi 10 août 2017

Le sport, la triche et le héros

C'est pas beau des adversaires qui s'encouragent ? ;)
Bonjour !

Je galère à écrire cet article, pourtant je veux juste partager avec vous une réflexion très simple sur la triche et le dopage, et les championnats du monde d'athlétisme (dont la mascotte est absolument génialissime :P) m'en donnent une occasion de par l'accueil réservé par le stade à Justin Gatlin avant sa course et les commentaires qui ont été fait après sa victoire notamment. Je trouve que l'on est très dur envers les athlètes qui se dopent ou se sont dopés par le passé alors qu'au final le dopage c'est "juste" de la triche. La différence entre la manière dont on considère la triche des gens lambda et la triche des athlètes s'explique à mon avis en partie par le régime de jugement moral complètement différent.

Je peux dire en toute sincérité que je n'ai jamais triché et quand je dis ça les gens s'étonnent et disent que eux ont déjà triché, et racontent ce qu'ils ont fait, comment, etc. Et j'ai l'impression, quand j'entends les récits de triches, que les gens sont fiers, que c'est une victoire d'avoir contourné ou enfreint la règle et de ne pas avoir été pris. Et, quand des gens se font prendre et doivent attendre cinq ans avant de repasser un examen ça ne fait pas la Une des JT, et cinq ans plus tard on ne refait pas de reportage sur eux en doutant qu'ils passent "proprement" leur examen. Pourtant, pour les athlètes, le doute est toujours là.

Alors vous allez me dire que je suis bien gentille et que les produits dopants, consommés pendant de longues années, créent une mémoire musculaire et que donc même quand l'on revient propre on continue de ressentir les effets du dopage et que donc ma comparaison ne vaut pas. Oui, c'est vrai, sur ce plan-là ma comparaison ne vaut pas et c'est pour cette raison que je ne fais pas de comparaison sur ce plan-là mais sur le plan du "régime de jugement moral". Il y a presque une fierté à dire que l'on a réussi à tricher, mais quand c'est un athlète on lui tombe dessus, et ce à cause du fait que l'athlète est censé être le représentant des valeurs du sport.

Le sport véhicule des valeurs de tolérance, de vivre ensemble, d'honnêteté, de fidélité, de respect des règles et des gens, de dépassement de soi, d'humilité, de courage, d'honneur, d'esprit d'équipe, et de toutes les valeurs positives dont est capable l'humanité (même si un article du Monde met en avant les nouveaux vices, et qu'il est difficile pour des athlètes homosexuels de se déclarer comme tels). Du coup on considère les athlètes comme des héros et on attend d'eux qu'ils soient irréprochables : honnêtes, humbles, souriants, etc. On ne veut pas voir, je pense, les athlètes comme des gens lambda, qui peuvent tricher, que ce soit par eux-mêmes ou en étant, quand jeune, influencés. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'un certain nombre d'entre eux est jeune. Quentin Bigot, vingt-quatre ans, s'est dopé à dix-neuf. Shawnacy Barber, vingt-trois ans ; Sam Kendricks, vingt-quatre ans. Et un certain nombre qui n'en a même pas encore atteint vingt, comme Kylian Mbappé, dix-huit ans. Ça n'excuse pas le dopage, ou des comportements très limites de certains footballeurs, mais ça peut expliquer certaines choses.

Mais on ne veut pas voir les athlètes comme des gens lambda, faillibles, parce qu'ils sont nos héros, ceux qui portent l'image et les valeurs de nos pays, à tel point que peut-être avons-nous oublié qu'ils sont aussi des humains.

Se doper c'est mal, et tricher ce n'est pas bien, mais peut-être que si on se rappelait que les athlètes ne sont pas des héros mythiques malgré leur courage, leur force, et leur exemplarité apparente, mais des hommes et des femmes, on serait moins durs avec eux, et je crois que ça ne pourrait pas faire de mal. Ça ne veut pas dire arrêter la lutte antidopage, ça ne veut pas dire cesser les sanctions et les suspensions, ni ne plus être ferme ou commencer à faire du cas par cas, mais être un peu plus bienveillant. La bienveillance ça ne tue pas ;)

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Reuters

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mercredi 2 août 2017

Pourquoi parle-t-on de nos corps ?

Bonjour !

Question hautement intéressante du corps qui a secoué (ébranlé ? chatouillé ?) quelques blogs ces derniers jours. Entre autres et d'abord le dix-neuf Juillet avec un billet de Delphine du blog Les Jolis Slims, puis un article de Caroline (Pensées by Caro), le tout sur fond de critique du body positivisme sur lequel je ne m'étendrais pas car c'est un fourre-tout innervé de plusieurs courants hétérogènes. Cependant il y avait dans ces articles des choses qui m'ont interpellée et qui m'ont forcée à sortir de la léthargie dans laquelle je m'étais plongée ces derniers jours (pour ne pas dire ces dernières semaines) et dont je ne sortais que pour manger, me poussant à la réflexion qu'un paresseux est sans doute plus actif que moi à l'heure actuelle. Ces remarques c'est d'abord Delphine qui pose la question de savoir pourquoi il faut sans cesse en revenir au corps ; et Caroline qui voudrait que l'on ne mette plus l'accent sur la beauté et déclare que la beauté comme sujet de société ne l'intéresse pas (c'est bien dommage, parce qu'il y en a, des choses à dire !).

Alors, vaillante et pleine d'énergie (à pas bouger de mon lit ou de mon canapé je peux en revendiquer, de l'énergie, vous pensez !), j'ai bouleversé mon programme de la journée à base de championnats du monde de beach volley ; j'ai rallumé mon PC de cours, j'ai rouvert mon cours d'Histoire de l'art sur le corps ; je me suis emparée de Comment le voile est devenu musulman ? de Bruno Nassim Aboudrard dont je vous ai déjà parlé ; et j'ai cherché frénétiquement entre les pages du catalogue de l'exposition Chamanes et divinités de l'Équateur précolombien (dont je vous ai parlé ici) ; j'ai demandé à Google la première "Vénus" préhistorique et le tout m'a pris un match de volley complet : ô frustration conflictuelle avec la jouissance d'écrire un article complet, documenté, et à peu près pensé (j'ai même pris des notes pour rien oublier !).

Commençons. Pourquoi parle-t-on de nos corps ? Déjà, pour l'utilisation que nous en faisons, qu'elle soit consciente ou non. Notre corps nous sert à communiquer. Que ce soit par la danse, notre communication corporelle (croiser les bras, ce genre de choses), nos vêtements, ou même nos tatouages. De nombreuses civilisations ont utilisé le tatouage dans leurs sociétés de manière bien plus fondamentale que nous ne le faisons aujourd'hui. C'est notamment le cas des peuples de l'Équateur précolombien qui, par exemple, à la suite d'un rite d'initiation, marquent le corps comme mise en évidence du nouveau statut. Cette marque prend la forme d'un tatouage, de scarifications, ou d'une nouvelle coupe de cheveux ; elle permet de "reconnaître l'individu en tant que membre adulte du groupe social". Le tatouage avait des motivations d'ordres esthétiques et sociales. Il pouvait servir à marquer l'appartenance ethnique, le rang, la hiérarchie, ou conférer des honneurs pour un événement spécial (dans le cadre de la guerre par exemple). Le tatoué ou le scarifié devait endurer la douleur et ainsi être purifié et protégé contre les maladies. Le tatouage avait une importance telle que seuls des experts tatouaient et que "ne pas se faire tatouer était un déshonneur, et comportait le risque de se placer en dehors de la société".

Communiquer en ornant notre corps, utiliser notre corps, ce n'est pas nouveau. Notre corps nous sert, à travers la mode, qu'elle soit alternative ou traditionnelle, à montrer qui nous sommes, notre caractère, et à nous présenter au monde. Nous nous présentons et nous jugeons (à divers degrés) les autres sur la présentation qu'ils font. La vue est le premier sens avec lequel nous appréhendons le monde (avec l'ouïe pour la voix). Pourquoi un bébé (humain, chien, chat, que sais-je) est-il mignon ? Pour qu'on ait envie de s'occuper de lui et qu'il puisse survivre : la beauté est utile. Nous parlons de nos corps parce qu'ils nous sont utiles à communiquer, à sociabiliser, et donc, à survivre (en plus de tous les avantages et inconvénients biologiques) (même si je vous accorde que c'est plus facile de survivre en ville que dans la savane, mais il y a quand même une dimension de "survie sociale"). Quelqu'un en surpoids paraîtra plus facilement fainéant tandis que quelqu'un de fin paraîtra plus tonique, que quelqu'un de grand aura plus facilement une augmentation... C'est inconscient (la plupart du temps), mais nous percevons le corps. Nous parlons de nos corps et montrons et représentons nos corps depuis le début de l'humanité. Je vous ai dit que j'ai recherché la première "Vénus" : c'est la Vénus de Hohle Fels qui date d'il y a au minimum trente-cinq-mille ans. Il s'agit de la première représentation humaine connue. Aux prémices de l'art : un corps, déjà.

Nous parlons de nos corps parce que nous n'avons jamais parlé que de ça. Nous parlons de l'esthétique de nos corps parce que nous n'avons jamais été préoccupé que par ça (j'exagère : on pensait à faire de l'alcool aussi :P (National Geographic, Février 2017)).

Quand j'ai lu l'article de Delphine je lui ai répondu en commentaire et s'en est suivie une discussion très intéressante mais au final il y a un angle qui ne m'était même pas venu à l'esprit. C'est quand je suis allée au musée des Beaux-Arts de ma ville et que je me suis retrouvée face à un marbre d'une femme sans tête, que mes yeux se sont posés sur le cartel, que j'ai compris ce qu'il manquait dans ma réponse : l'Histoire de l'art. Il était écrit sur ce cartel qu'à partir de la Renaissance on avait fait de l'idéalisation du corps une obligation.

Alors, certes, le nu n'est pas le corps (le nu ne représente pas le handicap, la vieillesse, la laideur). Le nu, c'est l'idéalisation, ce sont les connaissances presque médicales des peintres mises au service de l'idéal. On a cherché l'idéalisation et le prétexte. Les peintres ne pouvaient pas représenter du nu sans prétexte (qu'il soit historique ou mythologique). La Rolla de Gervex a été, en 1878, retirée de l'exposition parce qu'elle a fait scandale : ce n'est pas un nu, c'est un déshabillé, c'est la consommation charnelle, ce n'est pas moral. Alors le nu n'est certes pas le corps. Mais il présente un corps idéal. Et quand Courbet peint Les Baigneuses, n'est-ce pas un scandale qui lui tombe sur le coin de la figure ? Ne lui reproche-t-on pas l'enlaidissement du corps féminin ? Et voilà son tableau refusé au Salon de 1853 (je vous ai parlé déjà du Salon sur cet article).

La beauté est une construction entre le réel et l'artificiel, la beauté évolue toujours, on peut même faire une Histoire du corps et de la beauté et je vous renvoie notamment à Pascal Ory qui a écrit un livre sur le bronzage. C'est intéressant, le bronzage. Au début, pour être beau, il fallait être blanc en comparaison des paysans qui travaillaient sans cesse dans les champs. Et puis sont venus en je ne sais quelle année (années 1960 ?) les congés payés. Avec les congés payés on a eu un renversement paradigmique en ce sens que le référent n'était plus le paysan mais l'employé qui ne partait jamais en vacances : il fallait être en bonne santé et le montrer et pour le montrer il fallait bronzer. Alors la beauté est changeante, mouvante en fonction des cultures, des époques, des régions du monde... Mais la beauté est quand même un sujet de société.

C'est intéressant, je pense, parce qu'il n'y a pas seulement le "corps artistique" avec lequel je vous bassine depuis le début de cet article : il y a le "corps politique", aussi. Et le corps politique, comme sujet sociétal, eh bien c'est intéressant. Le premier exemple qui est venu à mon esprit est un sujet sur lequel j'ai écrit un article il y a quelques temps : le collant et la propriété du corps des femmes. Je ne vais pas tout répéter mais, en gros, le corps des femmes est politique dans la mesure où certaines féministes (avec lesquelles je ne suis pas en adéquation) partent du principe que plus on s'habille court, plus on est libre. Le corps des femmes est politique, et on l'a vu l'année dernière, avec l'histoire du burkini. Le corps, le cacher, le montrer, se dévoiler publiquement : c'est politique et je vous renvoie au livre de Bruno Nassim Aboudrar dont je ne vous parlerais jamais assez. Mais s'il me faut un exemple dans un autre thème que les femmes alors je choisirais le sport. Le corps sportif est politique. Paris veut profiter, par exemple, des Jeux Olympiques de 2024 pour mettre en avant le sport-santé. On va donc utiliser, si je ne m'abuse, l'image des athlètes pour promouvoir une politique de santé publique. Ils sont beaux les athlètes, ils sont musclés, et quand un geste technique est réussi, c'est beau à regarder (vive le saut à la perche !). On profite de corps présentés comme beaux (ceux des athlètes) ou pouvant représenter une certaine image de la beauté pour la mise en place d'une politique publique.

Je continue dans le sport. Les nazis. Je ne me souviens pas des détails, mais l'idéologie nazie mettait en avant le corps musclé (y compris pour les femmes). Pourquoi Hitler a monopolisé les Jeux Olympiques ? C'est politique. Le corps est politique et donc le corps, et la beauté si on quitte un peu le général pour le particulier, sont des sujets de société. On peut s'y intéresser ou pas, mais quoi qu'il en soit ce sont des sujets de société bien installés et indéniables.

Pourquoi parle-t-on de nos corps ? Pourquoi ne peut-on pas ne pas en parler ? Pourquoi fait-on une fixette dessus ? Mais parce que nous parlons de ça depuis des millénaires et que ces millénaires se comptent même en dizaines ! Nous parlons de nos corps parce que nous les traînons inlassablement avec nous et qu'ils contribuent grandement à l'image que les autres ont de nous (au moins dans les premiers temps). Nous parlons de nos corps parce qu'ils sont un moyen de contrôle, parce qu'ils sont politiques que ce soit du registre de la santé ou des discriminations (et d'autres encore) ; je pense aux (certaines ?) universités sud-africaines qui ont interdit les coiffures traditionnelles aux étudiantes noires parce que ça fait "négligé" (j'ai lu l'article en anglais pour un exposé, donc je ne suis pas bien sûre de la traduction, mais c'est l'idée). Les discriminations raciales ne considèrent pas seulement la couleur de peau, mais la couleur de peau revêt une importance non négligeable dans les discriminations raciales. Tout n'est qu'une question de corps.

Nous parlons de nos corps parce qu'ils font partie intégrante de nos vies, que nous cherchons à nous aimer (et nous aimons le beau) ou plutôt que nous cherchons à ne pas nous détester, à être bien dans nos bottes. D'ailleurs, même quand nous essayons de ne pas parler des corps et de la beauté, nous en parlons ! C'est ce paradoxe d'importance de la non-importance de la beauté dont je vous avais déjà parlé. Pour un micro-trottoir nous demandons aux jeunes interrogés leur type idéal. Nous, nous voulons qu'on nous réponde "un mec musclé" ou "une fille fine". Mais la question n'a pas été comprise comme ça et c'est un festival de "c'est l'intérieur qui compte". Pourtant, quand nous demandons l'importance de la beauté sur une échelle de un à dix c'est huit, neuf, et même un dix ! Et, quand nous demandons à une fille ce qu'elle regarde en premier chez un homme : le visage ! Oups.

Nous parlons de nos corps parce que nous les jugeons (le nôtre et ceux des autres), nous nous comparons. Nous parlons de nos corps parce que nous vivons avec, qu'ils sont artistiques et politiques. Et je pense que, dans une certaine mesure, tant que ça ne devient pas une obsession, il est sain de parler de nos corps, de leur beauté, de notre bienveillance à leur égard (dit la fille qui s'aime pas, ça frôle le foutage de gueule xD), de comment on les traite et, surtout, surtout, de comment on les représente et on se les représente ! Car la représentation de nos corps, de leur beauté, est un réel enjeux, que ce soit au travers de la publicité, des films, ou de tout support qui met en avant nos corps.

Bref. Voilà pourquoi nous parlons de nos corps. Je ne pense pas qu'il faille arrêter et d'ailleurs je ne pense même pas que nous puissions arrêter, dans la mesure où ça fait au bas mot trente-cinq-mille ans que l'on parle de nos corps et qu'on les représente.

Qu'en pensez-vous ? En avez-vous marre que l'on parle de nos corps ?

Source tableau – Jean-Léon Gérôme, Vente d'esclaves à Rome, 1866

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