dimanche 21 mai 2017

"Aimer sa voix, c'est s'aimer soi"


Bonjour !

Avant de commencer je me dois d'être on ne peut plus honnête avec vous : si je vais parler un peu de moi dans cet article (une fois n'est pas coutume) je vais aussi parler d'un livre qui m'a été gracieusement envoyé par les éditions Leduc.s (autrement dit si vous ne voulez pas lire un article basé sur un partenariat vous pouvez partir (mais ça serait quand même dommage ! :P)) (oui, je suis vraiment entrain d'inciter mes lecteurs à déserter mon blog xD). Il s'agit de L'Art délicieux d'apprivoiser sa voix d'Abyale Nan Nguema, paru en 2016.

Depuis quelques années j'ai un rapport un peu compliqué avec ma voix. Tout allait bien, sans problème majeur, jusqu'à ce que j'entende un enregistrement et que je déchante : trop aiguë, sans caractère... tout le contraire des voix que j'aime, des voix chaudes... rien ne va plus. Mais, paradoxalement, je me destine à travailler à la radio où, plus qu'à la télé peut-être où on a le secours de l'image, la voix est essentielle, c'est même la voix qui fait tout. Cherchez l'erreur. D'ailleurs, vous savez, normalement on est censé réécouter ses émissions pour voir toutes les erreurs (par exemple je sais que je parle trop vite) : je ne l'ai pas fait. Jamais. C'est trop dur. Rien que quand je me réentends au montage des micro-trottoirs c'est assez compliqué.

J'aime pas ma voix. "Personne n'aime sa voix" m'a répondu le journaliste qui encadre notre émission. C'est sans doute vrai, mais c'est un peu bête... Parce que les deux sens qui nous permettent de prendre un premier contact avec le monde sont la vue et l'ouïe (l'odorat peut-être, mais comme je passe ma vie avec le nez bouché... xD) : on ne touche ou goûte quelque chose a priori seulement après l'avoir vu, entendu (ou senti). Alors, les deux premières images de nous qu'ont les autres ce sont notre visage et notre voix. C'est elle qui nous permet de communiquer. C'est fâcheux de ne pas l'aimer. Autant on peut éviter de croiser nos reflets dans les vitres, autant c'est difficile de ne pas s'entendre.

J'aime pas ma voix mais j'aime chanter. J'ai toujours chanté. Je me souviens qu'en primaire j'étais souvent seule dans la cour et je déambulais en chantant (on ne se moque pas ! xP). Je chante presque tout le temps, en fait. Même en partiels ça m'arrive de chanter en chuchotant quand j'ai une chanson dans la tête (mes pauvres camarades qui doivent me prendre pour une espèce de tarée !). Je chante dans la douche, je chante dans la rue, je chante dans ma chambre, je fredonne en cours... Même si je sais que je chante mal.

Du coup j'avais plusieurs raisons de m'intéresser à ce livre d'Abyale Nan Nguema et à ma voix. Seulement, vous voyez, mon porte-monnaie avait d'autres priorités et je me suis souvenue qu'un de nos profs nous a dit que, quand il était jeune prof, il faisait des compte-rendu de lecture dans des revues ce qui lui permettait d'avoir des livres gratuitement. Je me suis dit, un peu naïve, que je pouvais bien tenter le coup aussi, après tout qui ne tente rien n'a rien et puis il faut bien que mon blog me rapporte quelques avantages (tiens, bonne question, "faut-il ?"). Très sincèrement, quand j'ai contacté les éditions, je ne pensais pas qu'on me répondrait favorablement et si j'avais essuyé un refus j'aurais sans doute fini par acheter ce livre un jour ou l'autre.

Alors dans ce livre il y a quoi ? Déjà, l'autrice le rappelle dès le début : ce n'est pas une méthode, l'argument principal étant qu'il faut un professeur pour s'assurer que les techniques de respiration, etc., soient bien appliquées. Ceci dit sept vidéos et deux bandes sonores sont associées au livre. Les deux dernières sont de courtes relaxations/méditations et les premières des conseils sur par exemple comment enregistrer son annonce de répondeur (la mienne n'ayant d'ailleurs jamais été faite ; je laisse la boîte automatique répondre à ma place : au bout de deux essais il y a quelques années j'ai fini par laisser tomber). Elles sont courtes et ne dépassent pas une minute trente. Cependant j'ai parfois trouvé que l'annonce dans le titre était, sans aller jusqu'à dire "mensongère" qui serait vraiment un mot trop fort, un peu trompeuse. Par exemple avec la vidéo sur le bâillement où on nous dit que l'on va apprendre à bien bâiller alors que, dans la vidéo, Abyale Nan Nguema est davantage partie sur un "pourquoi bâille-t-on". Du coup je trouve ça un peu dommage et, à vrai dire, j'aurais bien aimé des vidéos un peu plus longues... Même s'il faut un professeur en face pour bien faire certaine chose, il y a quand même des exercices qui semblent assez simple à faire seul sans tuteur, comme ceux que Claire Univoix propose sur sa chaîne Youtube (bien qu'elle n'ait rien publié depuis un moment).

Au début, je ne savais pas trop quoi penser de ce livre et il m'a fallu plusieurs chapitres pour me mettre dedans, en partie parce que les sous-parties sont très courtes et pas forcément toujours liées entre elles (j'avais eu le même problème avec le roman Le Souper des maléfices et ses sauts de lignes incessants (bon roman, ceci dit)). Mais finalement j'ai réussi à entrer dedans, au chapitre huit je crois (sur douze) lorsque l'autrice parle de "donner le "la"" à ses collaborateurs mais "[qu'elle] fai[t] confiance, [elle] délègue".

En fait, dans ce livre, elle montre, je pense, à quel point le chant est connecté à la vie et à l'humain. Le chant nous permet, par exemple, de nous reconnecter avec nous en nous ressentant de l'intérieur, mais aussi avec les autres, aide à construire ou renforcer un collectif via la pratique de la chorale. Je crois que c'est un livre fait pour positiver et donner confiance et j'ai particulièrement apprécié les chapitres dix et onze sur la prise de parole en public et je crois que beaucoup d'étudiants collés à leurs notes pendant leurs exposés devraient les lire pour prendre confiance et se rendre compte que ne pas lire ses notes c'est pas le bout du monde ;)

En réfléchissant je me suis dit qu'en fait, vouloir améliorer sa voix c'est formidable mais il faut voir par quoi on est poussé. Ce que je veux dire c'est que... si je prends l'exemple parallèle de l'orthographe : être mauvais en orthographe peut être un complexe et donc on cherche à s'améliorer pour ne plus avoir de raison de complexer et donc à la base du changement c'est un sentiment négatif, en réaction et pas en action positive sur ce que s'améliorer en orthographe peut nous apporter. Sur la voix c'est un peu le même principe : je n'aime pas ma voix, je veux la contrôler (à vrai dire je suis un peu maniaque du contrôle), je suis en réaction à elle et, en fait, je ne me demande pas ce que chanter ou améliorer mon souffle pourrait m'apporter et je suis mue par un sentiment négatif. Alors que comme le dit Abyale Nan Nguema quand elle demande ce que le travail de la voix a changé dans la vie de la personne à qui elle parle on lui répond que ça n'a pas eu d'effet mais en finissant par avouer qu'ils ont changé de travail, se sont épanouis, etc.

Je crois qu'au fond on est en réaction, en recherche d'amélioration pour la performance, bien trop, et pas assez sur ce que les améliorations peuvent nous apporter vraiment. Ce livre pousse à l’optimisme et à se dire que même si on ne sait pas chanter on n'a aucune raison de ne pas sauter le pas et d'apprendre ou même aucune raison de ne pas chanter dans sa douche. C'est de l’optimisme qui me donnerait presque envie de prendre des cours de chant (mais j'ai pas les finances, et même si je les avais je vous avoue que je prendrais d'abord des cours de pôle dance).

Même si j'ai eu du mal à entrer dedans et que je ne savais pas trop comment le prendre (parce que l'on passe d'un témoignage à un récit fictif, à quelque chose de plus méthodique très rapidement et j'ai eu du mal à m'habituer au rythme) et que j'ai regretté que les vidéos ne soient pas plus détaillées et approfondies c'est un livre positif qui se lit plutôt vite et qui donne envie de décomplexer et ça c'est cool !

Quelle est votre relation à votre voix ? Osez-vous chanter sans un parapluie à portée de main ? ;P

Source couverture – Élisabeth Chardin

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vendredi 28 avril 2017

Qu'est-ce qu'une femme ?

Bonjour !

La porte de la salle de bain est fermée. Je demande à ma soeur si je peux entrer et elle me répond : "non, me dérange pas pendant ma reféminisation". Elle était en train de se raser. Alors, même si elle l'a dit avec un sourire, ce terme de "reféminisation" est assez significatif de quelque chose et il s'inscrit dans d'autres questionnements autour de ce qu'est une femme et de ce qu'est la féminité.

L'autre jour je suis tombée sur C l'hebdo et l'actrice qui était invitée, cinquante-deux ans, a dit que, quand elle avait eu ses règles, sa mère lui avait dit que maintenant elle était une femme : désormais qu'elle ne les a plus, qu'est-elle ? Mine de rien c'est une vraie question : qu'est-ce qu'une femme ? quand une "fille" devient-elle une femme ? Pour les garçons c'est facile : ils deviennent homme en prenant de l'âge, c'est tout ce qu'on leur demande. Mais une fille devient femme avec ses règles, ou par le mariage... en fonction des époques et des sociétés ce qui fait d'une fille une femme varie. Une femme qui n'a plus (ou n'a jamais eu, à cause d'une malformation de naissance qui ferait qu'elle n'a pas d'utérus par exemple, ou qui se l'est fait retirer) ses règles est-elle encore une femme ?

Ce matin j'ai lu un article de Aloha Tallulah qui abordait la question de savoir comment se placer entre l'identité de mère et celle de la femme qui travaille. Et elle disait : "Cette idéalisation de la maternité ne fait pas que du bien, on peut le prendre comme "les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres"", ce qui m'a particulièrement interpellée puisque je venais tout juste de penser à écrire cet article. Ce qu'elle dit est particulièrement vrai. Quelle femme qui ne veut pas d'enfant ne s'est pas déjà retrouvée confrontée à des réactions d'étonnement, des reproches, ou même le presque doux mais non moins redoutable "tu as encore le temps de changer d'avis" ? Comment-ça, j'ai encore "le temps de changer d'avis" ? Mais je ne veux pas changer d'avis bordel de merde ! Une femme sans enfants, et qui n'en veut pas, n'est donc pas une femme ? Dans la mesure où une femme se définit en premier lieu par le mariage et la maternité, alors une femme non mère et non mariée n'est pas une femme (et donc une femme qui n'a pas ou plus ses règles n'est pas ou plus une femme puisqu'elle ne peut plus produire d'enfants à la société (au passage ça fait donc d'elle une inutile)).

Une femme doit aussi être féminine. Une "vraie femme" est une femme féminine. Donc une femme qui laisse pousser ses poils a besoin d'une "reféminisation". Une vraie femme est une femme qui se rase, qui s'épile, qui se "fait belle". Une vraie femme est une femme féminine et donc une femme qui porte des jupes et des robes. Je me souviens qu'en Quatrième j'avais mis une jupe, un jour d'été, et une prof m'avait dit "oh ! tu t'es habillée en fille, aujourd'hui !". Habillée en fille... euh... merci ? Je-je crois. Je ne suis pas sûre. Si on pousse un peu on pourrait presque dire qu'une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Et je ne suis même pas sûre que l'on ait besoin de pousser tant que ça parce que la peur de l'inversion, de la confusion des sexes a terrifiée nos ancêtres pendant très longtemps, interdisant le travestissement par exemple (si ça vous intéresse je vous invite à lire La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, de Sylvie Steinberg – je vous ai même dégoté un compte rendu si vous voulez vous faire une idée). Donc une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Mais, parallèlement et de manière tout à fait paradoxale, les femmes se font siffler dans la rue quand elles portent des jupes (quoi que, une États-unienne avait marché des heures dans New York, en pantalon noir et T-shirt sans décolleté et elle s'était quand même faite siffler).

Aloha Tallulah avait une autre réflexion très intéressante sur l'animalisation des femmes noires desquelles on dénie la féminité en les ramenant à un animal, ou en les masculinisant. Comme si on n'avait pas assez de la misogynie et qu'il fallait en plus mettre une question ethnique là-dedans ; c'est pas gagné mais c'est pas nouveau. Au moment de la colonisation on prêtait vraiment attention aux questions de domination. Autrement dit un homme blanc pouvait batifoler avec toutes les autochtones qu'il voulait mais un homme noir ne pouvait pas toucher une femme blanche sous peine de la souiller (et c'est le même argument encore aujourd'hui de certains fous). Une femme noire est donc, on pourrait dire, en bas du bas de l'échelle : elle est femme, et elle est de couleur (manquerait plus qu'elle soit lesbienne et là ce serait fini pour elle). Le titre d'Aloha Tallulah était provocant mais finalement la question qu'il pose est une vraie question. Est-ce que ce qui fait d'une femme une femme est réservé aux Caucasiennes ? Est-ce que la couleur de peau est un facteur excluant de ce qui fait d'une femme une femme ? Qu'est-ce qu'une femme ?

La notion de "reféminisation" est assez intéressante par le "re" qui induit qu'il y a eu précédemment un "dé", une déféminisation, ici par le "laisser-aller" de la pousse du poil. La féminisation serait le fait de se raser, ou s'épiler, tout à fait régulièrement de manière à ce que le poil n'apparaisse jamais ; la déféminisation serait le laisser-aller qui demande une reféminisation d'urgence. Féminisation : donc une femme n'est pas féminine par nature : on lui apprend à l'être : rase-toi, épile-toi, mets des robes, maquille-toi ; sois belle (avant d'elle intelligente ou talentueuse). Donc une femme n'a pas besoin d'être féminine pour être femme ou alors quand elle naît elle n'est pas femme (ce qui introduit la question du genre et du sexe social construit).

Je sais que j'ai déjà écrit pas mal d'articles sur ce thème, mais je trouvais intéressant de l'aborder sous cet angle.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Campagne Dove

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jeudi 27 avril 2017

Bombes de Damoclès

Bonjour !

Avec Jesuisuneguerrière nous nous sommes engagées dans un long (et très intéressant) débat et on en est venues à discuter du fait qu'elle trouvait scandaleux qu'Emmanuel Macron ait dit qu'il ne savait pas quoi faire pour lutter contre le terrorisme, parce que c'est son travail de faire ça, et que c'est assez violent pour les familles des victimes. Je comprends tout ça mais je ne suis pas d'accord. Comme je lui disais tout à l'heure je ne trouve pas ça scandaleux, et presque ça me rassure ("rassurer" dans le sens de l'expression "ah... ! ça m'rassure !" plutôt que quand on on a peur du monstre sous notre lit et que quelqu'un vient nous rassurer, vous voyez ?).

Un haut placé états-unien avait dit que l'on s'engageait dans une guerre de vingt-cinq ans. Alors, quand certains politiques disent que, quand ils seront au pouvoir, tout ira mieux, c'est faux. La réalité c'est que, quand nous prenons le train, que nous nous rendons à l'aéroport, au marché, dans des spectacles en plein air ou non, quand nous allons dans la rue, passons devant une église ou une mosquée, que nous nous rendons à l'université ou à des conférences, nous pouvons être victime d'une bombe posée là, d'un kamikaze ou d'un tireur fou. Nous pouvons être pris en otage, nous pouvons être blessés. Tués. Ou des gens que nous connaissons peuvent l'être. La réalité c'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes. La réalité c'est que les policiers ne parviendront pas toujours à déjouer les tentatives et les projets d'attentats et que d'autres gens vont mourir un peu partout en Europe de l'Ouest. Sur des années.

Il y a peu j'ai pris le train. J'y ai pensé. Je savais que ça pouvait faire partie des possibilités. Il y a peu je suis aussi allée à un spectacle et je savais que ça pouvait potentiellement arriver. C'est ça, la réalité. C'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes et que je préfère que ça nous soit dit par les autorités et les hommes politiques ("Cette menace, elle fera partie du quotidien des prochaines années" – Macron ) plutôt qu'on nous fasse croire que l'on pourra nous protéger de manière sûre et complète. Je préfère que l'on nous dise que l'on ne sait pas, plutôt que l'on propose de jeter tous les fichés S en prisons, de déchoir de leur nationalité les terroristes et de les plonger dans l'anonymat. Tout ça ce ne sont pas des solutions. Si les gens qui les proposent savaient vraiment comment anéantir Daech ils l'auraient fait depuis longtemps. Si François Hollande, Nicolas Sarkozy et leurs ministres avaient su comment faire ils l'auraient fait parce que, comme je le disais à Jesuisuneguerrière, d'une part ils sont humains et vivent la situation en tant que citoyen, aussi, et, d'autre part, en tant qu'hommes politiques ils veulent de la popularité : agir quand on a la solution est donc la meilleure chose à faire pour eux. Alors, si ça n'a pas été fait, si Daech est toujours là, c'est peut-être que ce n'est pas si simple, que les solutions ils ne les ont pas.

Je préfère que l'on me dise que l'on risque de mourir, plutôt que l'on fasse semblant de pouvoir me protéger et que je m'étonne lorsque je perdrais une jambe dans un attentat. Je préfère que l'on me prévienne que ces choses peuvent arriver.

Les hommes et les femmes qui sont au pouvoir ne savent pas tout. Ils n'ont pas, comme par magie, toutes les solutions sous prétexte qu'ils dorment dans le lit de l'Elysée. Ils ne sont pas inspirés, comme je disais l'autre jour, par une divinité obscure. Ils sont humains et ils ont beau avoir fait des études brillantes ils n'ont pas toutes les solutions en un claquement de doigts. Nous sommes dans une situation complexe et en trouver les solutions prendra du temps. Nous sommes aussi dans une situation inédite, sans précédent : il n'y a donc aucun passé similaire sur lequel les hommes et les femmes qui nous dirigent puissent s'appuyer.

Nous avons souvent l'image d'un homme providentiel, d'un homme tout-savant qui va trouver les solutions immédiatement, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme (j'adore cette formule, elle sert à toutes les situations ! :P). Mais cet homme-dieu n'existe pas. Et je préfère qu'on me le dise, qu'on me le répète, qu'on me prévienne que peut-être en allant un jour à l'université je m'en reviendrais pas le soir, que peut-être un jour en prenant le train je n'arriverais jamais à destination. Que peut-être je finirais mes jours sur un fauteuil roulant. Que peut-être je perdrais un membre dans une explosion. Que peut-être je finirais mes jours avec la cicatrice de l'impact d'une balle sur ma poitrine. Voilà le discours réaliste et raisonnable que je veux entendre.

Je ne veux pas de promesses irréelles. Je ne veux pas de quelqu'un qui joue sur la peur et l'espoir. Nous sommes dans une situation complexe et nous devons garder notre sang-froid. Alors le discours que je veux entendre, le discours qui me rassure, le discours raisonné et sensé qui me rassure sur le réalisme d'un homme politique, c'est que les solutions ne sont pas évidentes, que l'on ne peut pas pondre un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit tout comme Rome ne s'est pas faite en un jour.

Le discours que je veux entendre, dans tous les sens du terme, c'est que sont perchées au-dessus de nos têtes des bombes de Damoclès.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Boris Horvat/AFP

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mardi 25 avril 2017

La virulence, l'anonymat, et les réseaux sociaux

Bonjour !

En 1667 se tenait le premier Salon devant accueillir les peintures des académiciens, en 1725 il s'installait dans le Salon Carré du Louvre et prenait le nom de Salon de Peinture, en 1745 un jury de sélection était mis en place à cause du grand nombre d'élèves et de tableaux. Dans ce Salon évoluaient des critiques d'art, aidés au cœur de ce foisonnement par une brochure leur indiquant seulement le nom des tableaux et des artistes ; à eux de se débrouiller pour tout retrouver. Vous vous demandez sûrement ce que je suis en train de vous raconter et pourquoi diantre je vous parle de peinture, de critiques, et de XVIIIème siècle dans un article sur les réseaux sociaux. Eh bien le mot-clef est "critique". Figurez-vous qu'en 1765 les auteurs des œuvres obtiennent que les critiques signent leurs critiques afin d'éviter qu'elles ne soient trop méchantes.

Je ne vous dis pas tout ça pour étaler ma science toute neuve qui avec un peu de chance (et ça ne tient qu'à moi) aura une longévité plus importante que la fin des partiels, mais parce que nous sommes précisément dans le sujet : l'anonymat, les critiques, la virulence... C'était il y a deux-cent-cinquante-deux ans. Comme quoi, on n'a vraiment rien inventé.

Quand la prof d'Histoire de l'Art nous a dit ça, ça a fait tilt dans ma tête, j'ai mis la phrase en gras, puis j'ai oublié et je l'ai retrouvée en relisant mes cours il y a deux semaines. Souvent on dit que le problème c'est que les gens se lâchent sur internet, que les réseaux sociaux sont vicieux, malsains... Mais je crois qu'il faudrait nous pencher là-dessus avec un peu plus de recul et de sérieux.

Tout comme nous ne sommes pas devenus narcissiques avec les réseaux sociaux et la possibilité de se prendre facilement en photo soi-même, les réseaux sociaux et les smartphones nous permettant simplement d'extérioriser et "d'extravertir" un narcissisme latent (si le narcissisme était né avec les réseaux sociaux, le mythe de Narcisse n'existerait pas !) ; les réseaux sociaux n'ont pas créés la méchanceté des gens, leur propension à agresser facilement les autres sur leurs idées, leurs œuvres, ou leur physique. Les réseaux sociaux ont permis un anonymat qui libère les gens, comme les compte-rendus du Salon le faisaient déjà il y a deux-cent-cinquante-deux ans (précisément ! :P). Et comme les pamphlets et autres libelles le faisaient déjà depuis longtemps. Les réseaux sociaux n'ont pas créé l'anonymat, ni ne l'ont permis dans un monde où il n'existait plus : ils ont été un nouveau territoire de l'anonymat, permettant un élargissement plus important d'un message.

Les réseaux sociaux n'ont pas créé des hommes méchants : ils leur ont permis de s'exprimer. Ils ne sont pas une hydre à huit tête, un monstre, une intelligence artificielle, une créature qui s'émanciperait de son créateur avec revanche : non ; ils sont simplement ce que nous faisons d'eux.

Le harcèlement scolaire existait avant les réseaux sociaux, et les réseaux sociaux lui ont permis d'entrer dans les foyers. Ainsi, on peut faire des réseaux sociaux une arme redoutable, meurtrière même, poussant au suicide. Ou on peut en faire un bras d'une activité bienveillante, sauvant du suicide, à l'image de cette histoire il y a quelques jours où, désespéré, un homme a mis sur Twitter un message assez équivoque disant qu'il allait se suicider. Les internautes se sont mobilisés pour le sauver, allant jusqu'à appeler le directeur de Twitter France pour avoir son nom et son adresse.

Les réseaux sociaux sont un outil, ils n'ont pas de volonté propre. Comme un couteau de cuisine qui peut à la fois nous aider à préparer de bon petits plats et à la fois nous aider à écourter la vie d'une personne indésirable (ce que je ne conseille pas au regard de la loi (et de la morale mais ça, ça vous regarde !) (cela dit "pas vu, pas pris !")) (je précise, sait-on jamais, que je n'encourage pas au meurtre, hein ! :P) ; les réseaux sociaux peuvent faire du mal comme ils peuvent faire du bien, à l'image des personnes qui les utilisent.

Accuser les réseaux sociaux de tous les vices de l'humanité est donc faux. Mais en plus ça apparaît comme une excuse pour ne pas dire que ce sont les humains qui sont complètement tarés, irresponsables, méchants, agressifs, insultants, intolérants à tous points de vue... Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui permettent des prises de paroles très limites : c'est l'anonymat (qui permet aussi à des personnes de parler de leurs problèmes sans peur du jugement, donc il a aussi ses avantages). Et l'anonymat n'a pas attendu les réseaux sociaux pour se faire une place dans nos sociétés. Et l'anonymat n'attire pas les humains : il a été créé par des humains qui n'avaient pas le courage, ou ne pouvaient pas, assumer leurs propos de leur nom.

Qu'en pensez-vous ?

Source tableau – Gabriel de Saint-Aubin, 1767

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lundi 24 avril 2017

Animosité

Bonjour !

A dire vrai je ne pensais pas écrire ce genre d'article... mais j'ai vraiment besoin de comprendre quelque chose alors je vais l'écrire. Il se trouve qu'avec les résultats d'hier ont été charriés tout un tas de sentiments négatifs de la part des gens qui n'avaient voté pour ni l'un ni l'autre des deux candidats qu'il nous reste. Si j'arrive à comprendre la déception, j'ai vraiment du mal avec l'animosité, l'agressivité, et ceux qui donnent des leçons en pensant avoir mille fois plus raison que les autres... Je ne sais pas si c'est moi qui m'entoure mal, mais parmi les gens de gauche (pas centre-gauche, une gauche franche) que je connais tous sont agressifs à divers degrés, remplis d'animosité envers les gens qui sont plus à droite qu'eux (et j'ai remarqué ça bien avant l'élection).

Je ne comprends pas. Je veux dire... je comprends que l'on ait pas tous les mêmes idées, que l'on ne croit pas tous en les mêmes solutions pour régler nos problèmes, que, avec nos expériences diverses, nos croyances profondes en ce que doit être l'égalité, le mérite, le travail, etc., on ne se retrouve pas tous dans la même ligne politique. Ce que je ne comprends pas c'est cette agressivité des personnes à l'égard de ceux qui sont plus à droite qu'elles... Une camarade de lycée, estampillée NPA, qui montait au créneau avec emportement à chaque fois que quelqu'un n'était pas d'accord avec elle, tentant par tous les moyens de convaincre l'autre (alors que je ne pense pas que ça soit le but d'un débat) ; une camarade de collège que j'ai fini par supprimer de ma liste d'"amis" Facebook parce que chacun de ses messages, bien que contre le racisme et pour la tolérance, était haineux, violent, agressif et que, quand je lui en faisais la remarque, elle s'énervait encore plus ; ceux qui laissent des messages sur Facebook d'où suintent une certaine hostilité à base de "le courant s'est éteint au pays des Lumières" et de "vive le pays des débiles" juste parce que tout le monde n'a pas voté comme eux ; ceux qui disent que Macron et Le Pen c'est pareil et qu'à quoi bon avoir Macron si c'est pour avoir Le Pen dans cinq ans (euh... gagner cinq ans ?) avec, de la même manière, une certaine hargne que l'on sent poindre... Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas d'où ça vient, le pourquoi et le pour quoi, l'objectif, la cause, la raison... Je ne comprends pas. Je veux dire... comme je le disais à une blogueuse hier qui pensait que je cherchais à la convaincre, je crois que l'on ne peut pas convaincre les gens sur ce genre de sujets parce que, plus peut-être qu'avec tous les autres genres de sujets, on se fait un avis moins avec les mots qu'avec les expériences, les vécus, et les convictions profondes qui sont elles-mêmes basées sur l'expérience et le vécu et que, de ce fait, seule l'expérience peut modeler l'avis et le faire évoluer ou changer. Alors je ne comprends pas cette animosité. Je ne comprends pas qu'on me traite de débile parce que j'ai voté Macron et qu'on me donne des leçons en me disant que je vais pleurer dans cinq ans. Je ne comprends pas. La colère n'a jamais été un argument (Daniel Webster) et, c'est tout bête, mais j'ai beau être bienveillante je reste humaine et je n'ai pas envie d'écouter quelqu'un qui m'agresse. Je ne comprends pas... Pourtant je suis capable de comprendre et de concevoir et de conceptualiser beaucoup de choses, y compris le vote FN, mais cette agressivité, cette hargne, je ne la comprends pas et les quelques idées d'explications qui me viennent ne me satisfont pas.

Je me dis que peut-être que si ces gens qui prônent la tolérance sont incapables de tolérer que quelqu'un vote différemment c'est parce qu'ils ont l'impression qu'avec une autre personne que celle qu'ils ont choisie leur vie va s'empirer, s'écrouler ? J'ai l'impression que, dès que l'on est plus à droite qu'eux, ne serait-ce que de centre-droit, ils nous regardent comme des racistes esclavagistes prêts à écraser les autres pour devenir la personne la plus riche du monde. Alors je me dis que c'est peut-être ça la cause de l'animosité : ils sont contre les racistes et ces gens qui votent plus à droite qu'eux leur paraissent racistes ? Je ne sais pas, ça ne me paraît pas être ça, ça ne me paraît pas satisfaisant ; je ne comprends pas. Je n'ai même pas la capacité de m'agacer de leur hargne : je ne peux pas m'agacer de quelque chose que je ne comprends pas, dont je ne sais pas par quel bout le prendre, comment l'aborder. Mais ça m'embête. Ça m'embête parce que, au final, on veut tous la même chose, on veut tous un pays meilleur même si on ne pense pas aux mêmes solutions pour y parvenir et je ne comprends pas qu'au lieu de discuter ces gens soient juste prêts à nous lyncher et qu'au lieu d'essayer de comprendre un autre point de vue ils ne cherchent qu'à nous convaincre et à nous persuader. Mais comment convaincre quelqu'un si l'on ne comprend pas ce qu'il pense et pourquoi il le pense ? On ne peut pas.

C'est pour ça que j'ai souvent du mal avec les personnes très à gauche. Je trouve leurs idéaux et leurs valeurs tout à fait honorables, mais j'éprouve des difficultés avec leur comportement agressif (à différents degrés), leurs réflexions moqueuses et désagréables, presque condescendantes parfois.

Je ne suis pas agacée, je suis peinée et je ne comprends pas (ça on avait compris xD). Je ne comprends pas que l'on ne puisse pas discuter de manière posée et calme, réfléchie et apaisée, avec de la bienveillance et sans jugement, sans colère, sans hargne, sans animosité, sans agressivité. Je ne suis pas agacée, je suis désemparée, désorientée, je ne sais pas quoi penser de cette animosité, comment la prendre, comment la recevoir, et quoi en faire. Je n'en comprends pas les causes, je suis donc incapable d'y répondre (y compris par de la colère ou de l'irritation).

Alors, si vous faites partie des gens (de gauche ou pas, d'ailleurs) qui ont tendance à s'emporter et à devenir agressif quand on ne vote pas comme eux j'aimerais beaucoup que vous m'expliquiez (sans vous énerver) le pourquoi du comment de votre réaction parce que, véritablement, je suis perdue.

Qu'en pensez-vous ? Connaissez-vous des gens agressifs quand on aborde la politique ?

Source photo – Jean-Baptiste Rollin

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