samedi 8 décembre 2018

Flics et citoyens

Source photoUn CRS pris dans les flammes pendant le défilé du 1er mai à Paris
AFP PHOTO / Zakaria ABDELKAFI

Bonjour !

L'autre jour, en cours d'Enjeux du numérique, nous parlions d'espace(s) public(s) et nous avons abordé les Gilets Jaunes. Notre professeur s'est un peu emportée contre nous parce que nous ne les défendions pas franchement et que nous parlions beaucoup des violences commises par eux. Elle nous a fait remarquer que les violences physiques sont un moyen de protestation et de manifestation (même si elle ne cautionne pas la violence) et que l'on peut comprendre que des gens qui subissent des violences symboliques en aient ras-la-casquette. Elle nous a dit "quand vous êtes viré à cinquante ans sans espoir de retrouver du boulot, ce n'est pas violent, ça ?! quand vous êtes en galère dès le début du mois, ce n'est pas violent, ça ?!". Etc.

Alors un élève a fait remarquer que, quand même, des manifestants avaient acculé un flic dans un coin pour le passer à tabac. Et elle a minimisé. Elle a dit "oui, mais c'est son métier". Elle a poursuivi : "son métier, c'est de défendre les gens". Je n'étais vraiment pas contente. C'est précisément pour cela que j'ai fermé ma grande bouche, histoire de ne pas m'emporter devant trente-deux étudiants et une prof touchée par le sujet et notre relative prise de distance par rapport aux Gilets Jaunes. J'avais quand même décidé de ne pas écrire d'article, parce que à quoi bon, mais je viens de voir dans mon fil Facebook une vidéo de policiers ayant arrêté des lycéens, avec comme commentaire de l'amie qui l'a relayée : "c'est à vomir d'indignation". Ah. Et les pluies de pavés lancées sur les flics, ce n'est pas à vomir d'indignation, ça ? Un flic acculé dans un coin pour être tabassé parce qu'il est flic, ce n'est pas à vomir d'indignation, ça ? Depuis quand les flics ne sont plus des gens ?

Minimiser la gravité d'un flic tabassé parce qu'il est flic est un système de pensée qui, selon moi, est dangereux.

Premièrement, les flics ne signent pas pour se faire passer à tabac. Ils ne signent pas pour mourir. Ils signent pour protéger des vies. Là, ce flic passé à tabac, la seule vie qu'il protégeait c'était la sienne.

Admettons que l'on puisse utiliser des violences en réaction aux violences symboliques subies. Admettons que dépaver les Champs Élysées c'est dire merde au Président parce que dans "Champs Élysées", y a "Élysée". Mais à partir du moment où, ces mêmes pavés, on s'en sert pour canarder les flics, ce n'est plus de la réaction : c'est juste de la violence. Ce n'est plus s'en prendre au bras armé de l'État, à l'insigne de sa violence légitime : c'est mettre sur la gueule à d'autres citoyens. Des gens qui ont des familles qui s'inquiètent. Des gens qui, s'ils ont beau être protégés, peuvent être blessés. Et des gens qui eux aussi subissent des violences symboliques.

Partir en intervention avec des gilets pare balles périmés, ce n'est pas violent, ça, peut-être ? N'avoir pas la possibilité d'alerter sur la situation de la police sans prendre de gros risques, ce n'est pas violent, ça peut-être ? devoir se taire sur les merdes qu'on vit tous les jours, ce n'est pas violent, ça, peut-être ? Partir en intervention en sachant que des gens vont nous taper dessus parce qu'on est flic, ce n'est pas violent, ça, peut-être ? La constante présomption de culpabilité, ce n'est pas violent, ça ? Des heures supp' qu'on accumule et qu'on peut pas rattraper, ce n'est pas violent, ça ?

Les policiers sont des citoyens comme vous et moi, des violences symboliques ils en subissent comme vous et moi. Alors oui, sous-entendre, voire même dire, ou cautionner, qu'un flic se fasse passer à tabac parce qu'il est flic est inadmissible ! À ce train-là on peut aussi dire que cette prof mise en joue avec une arme factice par un ado, ce n'est pas grave ! Ben oui, Madame, après tout, si vous ne vouliez pas avoir à faire avec des élèves compliqués, fallait pas faire prof ! C'est le même principe. Les flics ont signé pour protéger la vie des autres. Pas pour se faire tabasser.

Cautionner ça, soit-disant parce que c'est "son métier", c'est dangereux.

Pour moi, ça relève du même système de pensée qui amène à tabasser des Noirs parce qu'ils sont Noirs, des homosexuels parce qu'ils sont homosexuels, et des musulmans parce qu'ils sont forcément de Daech. C'est le même système de pensée qui amène à cramer des Juifs parce qu'ils sont Juifs (je le dis crûment, je pèse mes mots, on peut me reprocher cette phrase mais je l'assume !). C'est ce même système de pensée, et c'est dangereux !

On parle des violences policières. Elles existent sans aucun doute. Après tout il y a partout des gens qui font mal leur métier. Il y a des profs qui font mal leur métier, il y a des journalistes qui font mal leur métier, il y a des chirurgiens qui font mal leur métier, et donc il y a des flics qui font mal leur métier (et ils doivent être sanctionnés).

Cependant, blesser un être humain est facile. Nous n'avons ni exosquelette, ni écailles, ni carapace, ni protection naturelle de quelle que nature qu'elle soit pour nous protéger. Donc, c'est facile de blesser un manifestant. Par contre, les flics sont bien protégés. Au minimum un gilet pare balles, un casque avec visière, un bouclier, des jambières et genouillères, et même une espèce de machin-chose sur les bras qui font comme une carapace. Là où je veux en venir c'est que blesser un flic est sans doute plus compliqué que de blesser un être humain non protégé. Blesser un flic demande une volonté et une violence importante. On parle des violences policière, mais une bombe lacrymo reste toujours moins dangereuse qu'un putain de pavé. On parle des violences policières, mais, les flics, ils pourraient aussi tirer à balles réelles. Je ne dis pas qu'ils doivent le faire. Je voudrais juste qu'on prenne conscience qu'ils pourraient user d'une violence plus importante.

Je sais que cet article ne va pas plaire à tout le monde. Ni dans ce que j'y dis, ni dans la manière que j'ai de le dire. Mais j'en ai rien à battre. Si vous voulez qu'on débatte, il y a pas de soucis (et je serai bien moins violente et véhémente que dans ces lignes, promis-juré-craché !). Mais le fait est que j'en ai marre. On critique les flics, mais on oublie que : un : ils reçoivent des ordres ; deux : ce sont des gens. Ce sont des gens, pas des machines. Ce sont des gens qui eux aussi subissent des violences symboliques. Qui eux aussi ont des familles à nourrir. Qui eux aussi subissent la crise. Et peut-être même – sans aucun doute ! – que des flics, sur le tableau de bord de leur voiture personnelle, ont posé bien en avant sous le pare-brise, leur gilet jaune.

samedi 1 décembre 2018

Augmenter les frais universitaires pour les étudiants étrangers est une bonne mesure

Source photo – Ludwig Favre
Bonjour !

Avant de me sauter à la gorge en me traitant de sotte (pour les plus polis) et en me rappelant à quel point c'est injuste d'augmenter aussi fortement les frais universitaire, bla bla bla, laissez-moi m'expliquer. On peut critiquer cette mesure. On peut même le dire au gouvernement, si on veut. Mais pour le dire au gouvernement il faut lui parler dans sa langue ; et pour lui parler dans sa langue il faut admettre que cette mesure est une bonne mesure. Je m'explique :

Une bonne mesure est une mesure qui répond à la réalisation d'un ou de plusieurs objectifs (si on peut faire d'une pierre deux coups, c'est mieux). Ici, les objectifs sont un peu plus précis que ce que les journalistes relaient. Le gouvernement ne veut pas attirer plus d'étudiants étrangers hors Europe : il veut attirer plus d'étudiants chinois. Ce n'est pas moi qui l'invente, c'est dans le dossier de presse que vous pouvez télécharger ici. Page 25, je cite : "[...] la campagne de communication ciblera davantage les pays émergents (Chine, Inde, Vietnam, Indonésie) [...] les pays identifiés sont la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, le Moyen-Orient, les pays d’Afrique anglophone [...] et les grands pays francophones [...]". Le but, ce sont les pays émergents, avec une nouvelle classe moyenne qui a de l'argent. La Chine, donc. Et pour attirer ces étudiants-là, il y a un objectif intermédiaire : faire en sorte que ces (futurs) étudiants ne considèrent pas que les formations en France sont moins bonnes parce que moins chères. Conclusion : pour attirer davantage les étudiants des pays-cibles, il faut augmenter de manière significative les frais universitaires. La mesure annoncée par le gouvernement est donc une bonne mesure (CQFD).

Ce n'est qu'une fois que l'on a admis que cette mesure est bonne – parce que répondant aux objectifs – qu'on peut la critiquer. Et on peut la critiquer. Puisqu'augmenter les frais universitaires va nous priver des étudiants ne venant pas des pays-cibles, ou bien dans des familles peu aisées, et ne pouvant pas s'offrir des études à l'étranger. C'est le cas de ma colocataire, Mongole ; et d'une camarade de promo, Malaisienne. D'ailleurs, elle a été prof de français langue étrangère en Malaisie, et elle me disait l'autre jour que, pour donner envie aux élèves d'apprendre le français, les profs disent qu'en parlant français ils pourront venir étudier chez nous parce que ce n'est pas cher et qu'il suffit de trouver un travail pour payer le loyer, et que maintenant, avec cette mesure, cet argument ne tient plus, ce qui pose problème pour l'apprentissage du français. Il y a aussi cette étudiante colombienne, ce matin sur Europe1, qui disait qu'elle et ses sœurs ont été inscrites au lycée français, que le but c'était d'aller faire des études en France, et que c'est désormais compromis. Donc, il est vrai que l'on se coupe de toute une partie des étudiants étrangers, qui sont loin d'être bêtes mais n'auront pas les finances pour payer des études en France. On pourrait peut-être imaginer que les universités tissent des partenariats ou signent des conventions avec les lycées français pour accorder une ristourne sur les frais aux futurs étudiants ?

Mais il y a aussi un truc que les journalistes ne disent pas trop (je ne peux pas affirmer qu'ils ne le disent pas du tout, je ne m'informe pas assez pour ça) : c'est que, a priori, les étudiants qui font actuellement leurs études en France pourront les terminer, au moins s'ils sont en M1 ou en L2. Parce que, je cite le dossier de presse du gouvernement (page 18), "[...] les étudiants internationaux qui ne sont pas ressortissants d’un pays de l’Espace économique européen ou de la Suisse et qui s’inscrivent pour la première fois dans un cycle supérieur de formation en France seront amenés [...]". Donc, par exemple, ma camarade malaisienne et ma colocataires sont en M1, donc elles vont pouvoir faire leur M2. Par contre il faudrait préciser si les étudiants de L1 cette année devront payer ou pas pour leur L3, ou s'ils pourront finir leur cursus. Mais, je trouve dommage que l'on ne parle pas davantage de ce point de détail, parce qu'on peut vite avoir l'impression qu'en augmentant les frais on va foutre dehors les étudiants déjà présents...

Donc, je ne dis pas que cette mesure est parfaite, puisqu'elle va nous priver de beaucoup d'étudiants étrangers, et qu'elle pourrait même avoir des répercussions sur l'enseignement du français dans le monde. Mais si on la rejette complètement, on ne peut pas discuter avec le gouvernement. Pour discuter de cette mesure, il faut admettre que c'est une bonne mesure, dans le sens où elle répond à un objectif. Et il ne faut pas oublier non plus qu'il y aura plus de bourses, et des formalités administratives simplifiées (à voir si ça compense vraiment l'augmentation des tarifs). En fait, il ne faut pas dire au gouvernement "reculez", il faut dire "trouvez-nous une solution pour que les étudiants de milieux modestes puissent venir quand même" (par exemple en signant des conventions avec les lycées français ?).

Voilà ! Qu'en pensez-vous ?

jeudi 29 novembre 2018

Lâcher-prise

Source photo – telomi, Madame prend son envol
Bonjour !

Je crois que, malgré tous les articles que j'aie publiés, je n'ai jamais parlé de lâcher-prise. Pourtant je sais depuis longtemps que je suis dans le tenir-prise et qu'il faudrait quand même que je lâche du leste. Mais je crois que je ne m'étais jamais vraiment rendue compte à quel point ça me pourrit la vie. Pour moi c'était un truc un peu vague, un truc qu'il faudrait peut-être faire mais bon, sans urgence... sauf que, en fait, peut-être qu'il y a urgence... donc aujourd'hui je vais rajouter ma pierre à l'édifice qui en compte déjà plusieurs millions dans tout l'internet mondial et vous parler de lâcher-prise.

Le fait est que je suis dans le contrôle. Pas forcément des autres ou d'une situation mais de moi. Et en fait je me suis rendue compte que ça infuse dans plusieurs domaines. Mon corps, d'abord. Pas tant sur le plan du poids, de la silhouette, etc., que de mes gestes. Par exemple, j'ai commencé le volley. Normalement, je devrais bondir sur la balle dès que je la vois arriver, mais dans les faits quelque chose me retiens. J'hésite. Et au lieu de laisser mon corps aller chercher cette putain de balle je le retiens sans faire exprès. Peut-être que c'est aussi lié à un manque de confiance en ma capacité à aller la chercher, je ne sais pas...

Mais je ne lâche pas non plus le contrôle sur mon esprit. Par exemple il y a une méditation de Claire Mallet où, à la fin, votre "muse" vous donne un cadeau. Bien sûr, c'est votre inconscient qui vous l'offre. Eh bien moi, ce cadeau, je ne l'ai jamais vu. Mon esprit ne lâche pas le morceau. De la même manière, quand, dans des hypnoses, la personne dit "votre inconscient va vous faire voir..." ben, mon inconscient à moi, il ne me fait pas voir grand-chose. Je m'impose un tel contrôle sur moi que, même quand j'ai besoin de pleurer, genre vraiment beaucoup vous voyez, de sangloter comme un enfant, je n'y arrive pas. Deux, trois larmes, et hop !, c'est fini. Faut dire que je me suis souvent retenue de pleurer, donc forcément, maintenant que je lui demande le contraire, mon pauvre moi ne sait plus trop quoi faire... Un autre exemple c'est que, parfois, quand je me réveille au milieu de la nuit pour aller aux toilettes, je me mets à cogiter, cogiter, cogiter, ressasser, ruminer, et je mets une heure ou deux (ou plus, mais c'est rare) à me rendormir. Ce qui fait que ce matin, lasse de tourner dans mon lit, je me suis levée à 5h30 (vivent les siestes !) (ah mince, aujourd'hui j'ai pas le temps (fallait que ça tombe le seul jour de la semaine où j'ai vraiment cours, forcément... ;P))

Je suis absolument incapable de "lâcher". Je voudrais pouvoir ton contrôler de moi ; mes émotions, mes gestes, et mes pensées (le fameux "il faut que je...." ceci, "il faut que" cela... "faut pas penser à ça"...). Sauf que, bien sûr, plus on veut contrôler ses pensées, et moins ça fonctionne. Un "événement psychologique déplaisant", comme ils disent les psy je crois, ça ne se contrôle pas. Et donc j'en suis là. Et je me rends compte à quel point ça me pourrit la vie (ouais, ça et l'article précédent, je pense qu'on peut dire que je suis très optimiste en ce moment xD).

D'ailleurs, c'est assez paradoxal, en un sens, parce que, si je reprends l'exemple du volley, vous devez contrôler votre corps pour vous placer correctement sous la balle et ne pas lui donner un gros coup d'avant-bras par réflexe et l'envoyer valser à l'autre bout du gymnase. Mais comme je manque cruellement de coordination (c'est peu d'le dire !...), et que mon temps de réaction, c'est-à-dire le temps entre lequel je vois et comprends qu'il faut que je fasse quelque chose, et le moment où je fais vraiment cette chose, est terriblement long (c'est peu d'le dire !...), je suis immanquablement très nulle au volley. Et comme j'ai très peu conscience de mon corps (par exemple je ne me rends pas compte que mon pied est de travers pour le service avant de l'avoir regardé), difficile de le contrôler.

Je crois que, d'une certaine manière, pour lâcher-prise, il faut avoir confiance en le fait que d'autres personnes peuvent vous aider. Il est évident que je ne peux pas plus contrôler ce qu'il m'arrive que je ne parviens à me contrôler moi-même. Il est évident que l'on a besoin des autres dans la vie. Mais entre le savoir et l'expérimenter il y a un monde. Un monde que je n'ai pas encore traversé. Et dans lequel je ne me suis même pas encore aventurée. Parce que, je ne sais plus si j'en avais déjà parlé ici, mais je ne sais pas faire confiance aux gens. En même temps plusieurs événements (la plupart sans intérêt mais dont un qui aurait quand même pu finir de manière dramatique) ont fait que j'ai perdu cette confiance en les gens. Et ça fait bien longtemps, parce que j'étais encore en primaire. C'est vous dire si j'ai passé la majeure partie de ma courte vie à penser que je ne pouvais me fier qu'à moi-même (et la psychologie humaine est ainsi faite que je ne changerais sans doute pas d'avis avant qu'on m'est prouvé le contraire). Donc je n'ai personne à qui me confier, donc je garde tout pour moi (donc je n'ai pas de vrais amis étant donné que pour créer des liens forts avec les gens il faut se confier et pas parler de la météo, vous voyez ?). Donc ce n'est pas demain la veille que je vais lâcher-prise. Même s'il faudrait. Genre, vraiment beaucoup.

Et vous ? Vous arrivez à lâcher-prise ? C'est quoi votre image du lâcher-prise ? (moi, c'est la vue aérienne d'une barque en bois cabossée et à la peinture écaillée sur un océan infini, voilà (si un psy passe par-là... xD))

samedi 17 novembre 2018

Le cercle de l'échec


Bonjour !

En ce moment, ça va pas fort, en même temps je peux m'en prendre qu'à moi-même, je me suis engouffrée dans un cercle vicieux toute seule avant même de m'en être rendue compte. En fait, en ce moment, j'échoue dans tous les domaines. Je suis nulle au code, je ne comprends pas les logiciels qu'on utilise en cours, je ne trouve pas de boulot, je ne trouve pas de stage, je n'y arrive pas en aïkido, et je suis une catastrophe en volley. En gros, rien ne va. En soi, c'est pas grave, je veux dire... il y a des choses plus grave dans la vie, des gens dans des situations pire que la mienne, et quand on échoue il suffit de rebondir. Sauf que d'une part c'est la première fois que je vis une situation d'échec comme un échec (ma moyenne de 6 en maths en Seconde j'ai vite lâché l'affaire en me disant que le prof était nul et que de toute façon j'étais intrinsèquement nulle en maths, que c'était comme ça et puis c'est tout (ou alors ceci est une reconstruction de ma mémoire, ce qui est largement possible)) ; que c'est partout ; et, en plus, ça touche a une peur que j'ai et dont je vous avais déjà parlé je crois : la peur de ne pas être à la hauteur de mes ambitions.

Je sais bien que, si j'échoue partout, ce n'est qu'une question d'état d'esprit. À force de me dire que je suis nulle, que j'y arriverai jamais, etc., j'ai fini par y croire et ça se répand dans tout ce que je fais. Et pour sortir de là, ce n'est pas simple (forcément). D'ailleurs je pense que c'est pour ça que je ne trouve pas de boulot : je me suis convaincue que seul McDo recrutait des filles comme moi, nouillasses, sans diplôme utile et sans expérience, et donc j'entre dans un truc qui pourrait ressembler au principe de la prophétie auto-réalisatrice : je me sabote toute seule en entretien et quand j'envoie des candidatures pour des stages (ou quand t'envoie à une structure mais que dans la lettre de motivation c'est le nom d'une autre...). Parce que je me sabote. Et quand je réponds aux questions en entretien je me rends compte que je me sabote. Mais je ne le fais pas exprès. Et après je m'en veux de m'être sabotée toute seule. Et après je me dis "bah tiens, c'est bien la preuve que t'es nulle", et donc ensuite j'ai encore moins confiance et je me sabote encore plus...

Et comme ce genre d'auto-conviction ça marche souvent beaucoup plus quand c'est du négatif que quand c'est du positif, sortir de là est assez compliqué...

Donc j'ai décidé de me reprendre (avec toujours l'arrière-pensée que j'y arriverai pas ; on fait ce qu'on peut, hein...). J'ai écrit mes objectifs sur une feuille que j'aie fixée au plafond au-dessus de mon lit, ce qui fait que je vais la voir tout le temps. J'ai décidé d'être moins passive, de travailler un peu plus sérieusement (mi-Novembre il était temps de se réveiller, quand même...). Mais je ne pense pas que ça suffira, parce que je pars quand même de loin... faut dire aussi que, comme je ne me confie à personne je n'ai personne sur qui m'appuyer, personne pour m'aider, donc je pense que ça ne simplifie pas les choses.

Et puis c'est surtout que, le problème, il est dans la tête. Je me vis en situation d'échec et pas en situation d'apprentissage. Or, en réalité, j'apprends. Je n'ai jamais fait de volley de ma vie, comment puis-je réussir toute de suite ? Il y a des logiciels dont je ne connaissais même pas l'existence. Comment puis-je les utiliser si la prof ne m'explique pas clairement ? Je suis en situation d'apprentissage, si j'objective ma situation, mais ce n'est pas comme ça que je me vis. Donc, écrire des objectifs sur une feuille ne servira à rien si je ne change pas cet état d'esprit.

Alors je sais pas trop ce que je cherche avec cet article qui ne sera sans doute pas très intéressant pour vous mais j'ai eu la sensation que ça pourrait être bien de l'écrire. Donc voilà...


Sur ce je vais aller rattraper mon retard dans la lecture de vos articles ! :)

Source photo – Poike/iStock/Getty Images

jeudi 27 septembre 2018

La violence, c'est mal ?

Bonjour !

Ce matin je marchais entre les bâtiments des différents UFR de l'Université à la recherche de celui de STAPS quand je suis passée devant un groupe de jeunes qui discutaient des pires trucs en conduite. L'une d'elle dit "nan, le pire c'est le clignotant [...] quand ils le mettent pas" et à l'autre de répondre un truc du genre "ah oui, j'ai envie de les tuer !". Amusée, je marmonne "ah ben non, faut pas les tuer, la violence, c'est mal". Ce qui m'a fait me souvenir d'une réflexion que j'avais amorcée il y a quelques semaines mais que je n'avais jamais poussé au point de l'écrire. Et comme ça fait deux mois que je n'ai rien écrit ici il faudrait peut-être que je m'y remette...

La réflexion, en fait, a commencé il y a plusieurs années, sur un blog précédent, quand une lectrice m'avait dit qu'elle ne laissait pas jouer sa fille avec de fausses armes, parce que la violence, c'est mal. Quelques jours plus tard j'entendais un psychologue à la radio dire que, en fait, on pouvait parfaitement laisser jouer les enfants avec de fausses armes, pistolets à eau et autres, ce qui permettait aussi de trouver d'éventuels "problèmes" comme par exemple si l'enfant veut constamment prendre le rôle du méchant. Mais ce qu'avait dit cette lectrice m'est resté dans un coin de la tête. Et puis, l'année dernière, en faisant une émission sur les jeunes et la culture, j'avais invité la documentaliste du CDI d'un collège qui m'expliquait qu'elle avait eu une formation sur les mangas.

Elle ne savait plus trop expliquer le pourquoi du comment mais, en gros, la violence dans les mangas a une vraie histoire par rapport à l'Histoire du Japon et, quand il y a un dessin avec par exemple une paire de ciseau qui traverse le crâne par les oreilles, ce n'est pas ce que les gens voient. En gros, si j'ai bien compris, c'est un peu comme avec les contes. C'est une violence symbolique.

Du coup, j'avais commencé quelques recherches sur tout ça et j'ai mis la main sur quelques trucs intéressants, dont un article de Jean-Pierre Klein pour La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation en 2011 (n°53). Il parle d'ateliers qu'il a fait avec des jeunes réputés violents. Au début de l'article il aborde les cinq pièges de la lutte contre la violence : son degré de contagion, l'apologie de la "prise de conscience", la diabolisation de la violence, la confusion désir/acte, et la parole préventive de l'acte. Ce qui me paraît le plus intéressant pour ce que j'essaye de vous dire (je suis un peu rouillée, faut me pardonner) c'est le quatrième. La confusion désir/acte qui consiste à ne pas réprimer que la violence mais aussi la pensée violente, l'agressivité ressentie, le désir violent, qui mène finalement à interdire les gros mots, les armes en plastiques, les conflits, et la colère.

Nous avons besoin de la violence. Ne serait-ce que pour mettre quelque chose qui nous gêne à distance. Par exemple j'ai mis fin à ma période d'essai dans un restaurant de restauration rapide parce que j'avais sur le dos une espèce de pouffe méprisante. Pour décompresser, je la critiquais le soir sur le chemin du retour avec une collègue. Et je disais "j'ai envie de la massacrer". Violence, oui, mais plutôt salvatrice (pour éviter d'exploser devant elle et de faire fuir les clients) (ce qui ne m'a finalement pas empêcher de me carapater). Dans un genre un peu différent j'avais entendu parler d'une étude qui avait montré que les personnes qui juraient après s'être blessés donnaient un niveau de douleur moins élevés que les personnes auxquelles on avait demandé de se retenir de jurer. Vive la violence.

Je reviens aux mangas (c'est l'bordel, c't'article). Dans les mangas la violence est... violente. Y a du sang qui gicle partout, ou qu'on voit tomber au sol en une flaque d'ailleurs souvent épaisse (à un moment je m'étais intéressée à la représentation du sang dans les animés, je trouvais ça assez sympa de voir les différences de couleur et d'épaisseur). Et puis elle survient comme ça, tout d'un coup, perpétrée parfois par des personnages qui s'en délectent. Au final, l'important n'est peut-être pas le degré de violence en lui-même, mais le moment où elle survient (pour choquer un personnage qui pensait que tout était fini et qui pensait pouvoir se consoler). De cette violence extrême et qui paraît gratuite on peut pourtant se mettre à distance.

Déjà, certaines histoires ont lieu dans des mondes qui ne sont pas les nôtres (comme Les Enfants de la Baleine, par exemple (dont je conseille la version animée qui est très jolie)), ou alors des mondes transformés (comme Les Mémoires de Vanitas, qui se déroule à Paris mais dans un Paris steampunk revisité). Et puis les personnages de manga ne sont pas vraiment humains, dans le fond. Sans parler de leur nez pointu ou de leurs grands yeux par lesquels passent toutes les émotions, ils ont beaucoup trop de cheveux et des coiffures impossibles, des poses gracieuses, précises, dont nous ne sommes pas capables sans une bonne concentration, et des expressions qui ne sont pas humaines. Ils ne pleurent pas comme nous, et quand ils sont contents leurs yeux se ferment en deux grands ponts. Moi, quand je suis contente, mes yeux ne se ferment pas... pas comme ça, en tout cas. Du coup, même si ce n'est pas la raison principale, je pense que ça permet de mettre à distance là aussi.

La violence dans les mangas est avant tout symbolique. Tout comme dans les contes. D'ailleurs, dans un article de la revue Le Débat (n°195), Jean-Marie Bouissou rappelle que l'on aime les mangas pour la même raison que Bettelheim dit que l'on aime les contes : ils sont en accord avec nos peurs, nos espoirs, et nos aspirations (article "Le manga en douze questions", question : "Le manga est-il dangereux pour les adolescents ?").

Le conte, donc. J'en ai un extrait des Contes populaires et légendes du Nord et de la Picardie (Club France Loisir, 1975). C'est l'histoire d'un tailleur qui, quand on lui apporte du tissu pour confectionner dedans des vêtements, se sert et met de côté pour son propre usage de grands morceaux qu'il garde dans un coffre. Il est averti par trois rêves mais passe outre. Sa réputation est tellement mauvaise que plus personne ne lui fait confiance et que les clients veulent le voir faire sous leurs yeux. Par un stratagème il se débarrasse d'une cliente et se coupe un grand morceau dans son étoffe, mais son attention est détournée et : "Le curieux Warlemaque releva la tête tout en continuant de jouer des ciseaux. /// Il en joua, hélas ! si maladroitement qu'il se coupa une artère et trépassa une heure après". Si ça, ce n'est pas violent, je ne sais pas ce qu'il vous faut. Mais voilà, ça arrive comme ça, tout aussi soudainement que dans les mangas, et on ne parle pas des détails, de la douleur, du sang partout, etc., etc., etc.. C'est le moment où ça intervient, plus que l'acte, qui est important, je pense. Ici encore, c'est une violence symbolique.

C'était aussi une violence symbolique que la violence de la jeune femme qui, face à des conducteurs qui ne mettent pas les clignotants, s'exclame : "j'ai envie de les tuer".

Est-ce que l'on doit réprimer ce genre de choses ? Je ne le crois pas, car ça ne peut amener qu'à plus de frustration et donc plus de violence.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – J.C. Staff/Netflix